‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 47 sur 276 · LIVRE XVII. io · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. io

blâment avec amertume la trêve qui termina cette 1 guerre malheureuse; en France on ne s’occupa que de la mort de Louis IX, et nos chroniques nationales du temps se bornent à de'plorer un événement qui plongeait le royaume dans le deuil : il n’est pas inutile néanmoins de remarquer ici que Ja paix conclue par le roi de Sicile, fut condamnée à-la-fois par les chrétiens et par les Musulmans ; la chronique d’Ibn-Férat (t) rapporte une lettre de Bibars au roi de Tunis , dans laquelle le sultan du Caire reprochait à ce dernier d’avoir trahi la cause de l’islamisme, et lui exprimait son mépris par ces paroles : Un prince tel que vous nest pas digne de commander aux vrais crojans (2).

Peu de jours après la signature de la trêve , le prince Edouard (3) arriva sur la côte de Carthage avec les croisés d’Ecosse et d’Angleterre. Parti d’Aigues-Mortcs , il se dirigeait vers la Palestine et venait prendre les ordres du roi de France. Les Français et les Siciliens prodiguèrent aux Anglais

(1) Voyez l’Extrait des auteurs arabes, §. qd.

(2) Bibars espérait que la résistance du roi de Tunis devait suffire pour dissiper ou détruire l’armée chrétienne. Il craignait que cette armée ,en quittant le pays de Tunis, ne vînt en Syrie ou en Egypte. (Ployez les auteurs arabes, règne de Bibars.)

(3) Le prince Edouard arriva avec la princesse sa femme , le prince Edmond, son frère, Henri d’Allemagne, sc.i cousin , et un grand nombre de seigneurs. Le Mémorial des podestats de Reggio dit qu’à l’arrivée de ce prince l’armée chrétienne était si forte qu’elle aurait pu résister à deux cent mille combaltans.

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j 270 tous les témoignages d’une sincère amitié : on reçut Edouard avec de grands honneurs; mais lorsqu’il eut appris qu’on avait fait la paix , il se relira dans sa tente , et ne voulut assister à aucun des conseils de l’armée chrétienne (1).

Cependant les croisés se montraient impatiens de quitter une terre aride et meurtrière qui ne leur rappelait que des infortunes sans aucun mélange de gloire (a). Cette impatience était si vive, que lorsqu’on donna le signal du départ, la plus grande confusion régna dans l’armée. Beaucoup de pauvres pèlerins n’avaient point de chefs , et ne savaient comment ils pourraient retourner dans leur pays» Celte multitude éperdue, faisait retentir le rivage de scs cris; elle craignait d’être abandonnée sur une terre maudite et de rester en proie aux mécréans. Cependant, le roi Charles, le connétable de France et Pierre-le-Chambellan, restèrent à terre jusqu’à ce que tout le monde fût embarqué. La

(1) L’historien Mathieu de Westminster regarde comme une punition de Dieu les malheurs qui arrivèrent à la flotte chrétienne à son retour en Sicile. Il loue beaucoup Édouard de n’avoir point consenti à ce traité. (Voy. Math. deWcslminster, Flores historiarum , ann. 1270. Voy. aussi dans la Chronique de Knigthon la conversation curieuse du prince Édouard avec les deux rois, sur le traité de Tunis. Biblioth. des Croisades , png. ^55. )

(2) Un auteur anglais dit que deux cents pèlerins restés sur la côte auraient péri sans le secours du prince Edouard. Les chroniques de France 11e disent rien de semblable. (V o v. le Spicile'ge , tom. 2, p. 553, et la Correspondance de Pierre de Condct. )

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