‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 48 sur 276 · LIVRE XVII. io · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. io

flotte mit à la voile le 18 octobre, pour se rendre en Sicile, et comme si la Providence eût arreté dans scs conseils que cette expédition ne serait qu’une suite de malheurs, une tempête affreuse assaillit la flotte près d’entrer dans le port de Trapani. Dix-huit grands vaisseaux et quatre mille croisés furent submergés et périrent dans les flots. La plupart des chefs et des soldats perdirent leurs armes, leurs équipemeus, leurs chevaux. Si nous en croyons un historien, on perdit encore dans ce naufrage l’argent qu’on avait reçu du roi de Tunis (i).

A la suite d’un si grand désastre , le roi de Sicile ne négligea rien pour secourir les croisés dans leur malheur. On doit croire aux sentimens généreux qu’il montra dans cette occasion ; mais à ces sentimens se mêlait sans doute quelque espoir de tirer parti pour ses projets d’une circonstance déplorable. Quand tous les chefs furent arrivés, on tint plusieurs conseils pour savoir ce qui restait à faire. Comme chacun déplorait scs infortunes ; Charles proposa un moyen sûr tic les réparer : c’était la conquête de la Grèce. Voici le plan qu’il avait arrangé : d’abord toute l’arinée passait l’hiver en Sicile ; au printemps le comte de Poitiers partait pour la Palestine avec une partie de l’armée; le reste devait suivre Charles en Epice , et de-là vers Bysance. Ce projet avait quelque chose d’aventu-

(i) Voyez Math, de 'Westminster, la Chronique du moine de Padoue, liv. ni; Jord., mauus. du Vatican. Voyez aussi, aux Pièces justificatives, les lettres de Pierre dcCoudet.

ioG HISTOIRE DES CROISADES.

1270 veux et de chevaleresque qui aurait pu séduire les barons et les seigneurs français; mais il arriva des lettres de France où les régens représentaient au jeune roi la douleur et les alarmes de ses peuples. Philippe déclara qu’il ne pouvait s’arrêter en Sicile, et qu’il allait retourner dans ses états. Cette détermination renversa toutes les espérances de Charles ; les seigneurs français ne voulurent point abandonner leur jeune monarque ; les princes et tous les chefs de l’armée chrétienne quittèrent la croix. Une chronique d’Italie rapporte que Charles, dans son dépit, fit confisquer à son profit tous les vaisseaux et tous les biens des naufragés que la dernière tempête avait jetés sur la côte de Sicile (1). Il avait profité des malheurs de l’armée devant Tunis; il s’enrichit des dépouilles de scs alliés et de scs compagnons d’armes. Cet acte d’injustice et de violence acheva d'indisposer contre lui la plupart des croisés, et surtout les Génois, à qui appartenait la flotte sur laquelle était embarquée l’armée chrétienne.

Cependant on décida qu’on reprendrait la croisade quatre ans plus tard. Les deux rois, les princes et les principaux chefs s’engagèrent par serment

(1) Foliela, que nous avons déjà cité, sc plaint ainsi de la conduite du roi de Sicile: Cœtcmm Genuenses majorent regis Siculi quant lempestatis sœyitiam experti sunt. Qui , pro eo, ut egcstalem miserorum benignitatc sua sublevaret , omnia ex nau/ ragio recuperata , lanquam jure sibi obvenientia , illis abslulit necquicquani ex poslulanlibus ac fidem recentium fœderum teslantibus. (Ibidem.)

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