LIVRE XVII
à s’embarquer pourla Syrieavec leurslroupes, dans 1270 le mois de juillet de la quatrième anne'e : promesses vaines qu’aucun d’eux ne devait tenir, et qu’ils ne faisaient alors que pour excuser à leurs propres yeux les inconséquences de leur conduite dans cette guerre. Edouard, qui avait annoncé la résolution dépasser l’hiver en Sicile, et de partir ensuite pour la Palestine, fut le seul qui ne manqua point à ses promesses.
Les guerriers français ne songeaient plus à la croisade; mais ils étaient loin de voir se fermer cet abîme de misères qu’elle avait ouvert sous leurs pas. Le roi de Navarre mourut peu de temps après avoir débarqué à Trapani ; sa femme Isabelle ne put lui survivre, et mourut de douleur. Philippe repartit pour la France au mois de janvier; la 1271 jeune reine qui l’avait suivi fut une nouvelle victime de la croisade. En traversant la Calabre , comme elle passait à gué une rivière près de Cozance , son cheval s’abattit: elle était enceinte; cette chute causa sa mort (1). Philippe poursuivit
(1) Sur la marche du roi Philippe III, à travers la Sicile, la Calabre et la Lombardie, consultez Ducliesne, tom. 5 , p. 524. L’historien dit que les magistrats de Crémone ne voulurent rendre aucun devoir au roi, et qu’ils refusèrent de le recevoir à la maison commune, casarn communcm ; mais que se repentant aussitôt de leur refus, ils vinrent le trouver dans la maison des Frères mineurs, et cherchèrent à l’apaiser par d’humbles prières. Le roi ne voulut point recevoir leurs excuses, et se remit en route dès le lendemain.
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,a7 1 sa route, emportant avec lui le corps Je son père , Je son frère et de sa femme. Il apprit dans sa marche que le comte et la comtesse Je Poitiers , retournant en Langucdoe , venaient de mourir en Toscane des suites Je la maladie contagieuse. Peu de temps après, Philippe passant à Viterbe, vit pe'rir d’une mort tragique un des plus illustres de ses compagnons d’armes ; Henri d’Allemagne fut assailli par les fils du comte de Leicester , poursuivi jusque dans une église, et massacre au pied des autels (i). Ainsi les grands crimes s’unissaient aux grandes calamités pour
(i) Henri d’Allemagne était fils de Richard, élu roi des Romains, et neveu du roi d’Angleterre. Il avait accompagné son cousin , le prince Edouard , sur la côte de Tunis. Ses assassins, Simon et Guy de Monlfort, étaient fils de ce fumeux comte de Leicester, qui avait eu tant d’autorité en Angleterre. On dit qu’IIenri , élaut entré dans une église pour entendre la messe, fut tout-à-coup effrayé par le son d’une voix bien connue , qui lui cr.ia : « Traître Henri , tu n’échapperas pas. » En se retournant, il vit ses deux cousins, Simon et Guy, qui fondireut sur lui l’épée nue à la main. Cet infortune prince s’élança vers l’autel; deux ecclésiastiques qui s’interposèrent généreusement, furent renversés. Henri tomba lui-même sous les coups des assassins , qui rautilè*rcnt son cadavre et le traînèrent à la porte de l’église. Les deux frères furent excommuniés par le college des cardinaux. Charles donna des ordres pour les saisir , et Philippe exprima publiquement la plus profonde horreur de leur conduite. Simon de Monlfort mourut misérablement dans la même année; Guy fut arrêté et gardé étroitement pendant dix ou douzeaus, jusqu’à ce que le pape Martin IV le délivra, pour te mettre à la tête de scs troupes. Le