‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 50 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

ajouter aux cruels souvenirs que devait laisser cette croisade.

Philippe , après avoir traversé le Monl-Cénis , revint à Paris par la Bourgogne et la Champagne. Quelles journées de deuil pour la France! Au départ de Louis IX pour l’Orient , tout le peuple pressentait les événemens les plus sinistres , et tous ces pressentimens venaient de se réaliser. Ce n’était point l’étendard de la victoire , mais un drap mortuaire qui précédait les guerriers français dans leur marche. Des urnes funéraires, les débris d’une armée naguère florissante, un jeune prince malade et n’ayant échappé que par miracle au trépas qui avait enlevé sa famille , voilà tout ce qui revenait de la croisade. La foule accourait de toutes parts; elle entourait le jeune roi ; elle se pressait autour des restes de Louis IX , et l’on voyait à son pieux recueillement, à sa tristesse religieuse , que les sentimens qui la faisaient accourir n’étaient pas ceux qui précipitent la multitude sur les pas des maîtres de la terre.

A l’arrivée de Philippe dans sa capitale , les ossemens et le cœur de Louis furent portés

prince Édouard soupçonna toujours les rois Charles et Philippe d’avoir favorisé la fuite des assassins d’Henri.

Voyez sur cet événement Math, de Westminster, p. 401; Duchesne, tom. 5, p. 524; la lettre de Grégoire X, dont le pontifical commença l’année suivante 127'-*» hv. 11, ép. 64; J eau de Vil la ni, liv. vu, chap. 10; et Ptolomée de Luo ques, liv. xxii, ch. 43.

i IO HISTOIRE DES CROISADES.

1271 dans l’église de Notre-Dame, où des ecclésiastiques chantèrent toute la nuit les hymnes des morts. Le lendemain , on célébra dans l’église de St.-Denis les funérailles du roi-martyr (1). Au milieu d’un immense cortège formé de toutes les classes du peuple , on remarquait avec attendrissement le jeune monarque portant luimême sur ses épaules les dépouilles mortelles de son père. Il s’arrêta plusieurs fois sur la route, et des croix, qui furent placées à chaque station , rappelaient encore dans le siècle dernier ce beau modèle de la piété filiale.

Louis IX fut déposé près de son aïeul Philippe-Auguste et de son père Louis VIII. Quoiqu’il eûl défendu d’orner son tombeau , on le couvrit de larmes d’argent (2) qui , dans la suite , furent enlevées par les Anglais. Plus tard une

(1) Ces détails sur la sépulture de Louis IX nous sont fouruis par l’auteur des Gestes de Philippe ///. (Voy. Duchesnc déjà cité.)

(a) L’auteur des Gestes de Philippe III , en parlant des ornemens du tombeau de saint Louis , s’exprime ainsi : Ciijits operis cælatura auri et argenti ditante materid quee Jiierunt a mundi principio arti/iciirn operibus excellcnter , ut creditur, supereminet unwersis. Cet historien ajoute qu’on plaça aux pieds du saint roi le corps de Picrre-le- Chamhellan, mort en chemin, lequel, par sa charge, avait coutume de coucher auprès de son maître. Cet honneur lui fut rendu à cause de sa vertu et de son mérite. Les corps de la reine Isabelle et du comte de Nevers furent mis à quelque distance de celui du roi et à sa droite. (Duchesnc , ibid. , p. 5aü. )

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