‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 57 sur 276 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Après avoir couru un si grand danger, Édouard 1 n’hésita point à accepter une trêve qui lui fut alors proposée par le sultan d’Égypte. Sans avoir rien fait d’important pour la cause qu’il avait juré de défendre, il revint en Europe, où il apprit le trépas de son père , Henri III, qui, chaque jour , rappelant son fils par ses prières, n’avait pu le voir à sa dernière heure , et lui donner sa bénédiction.

En terminant le récit de chacune des croisades, nous avons coutume de nous arrêter un moment pour en faire connaître le caractère etl’esprit, pour juger les hommes qui y ont pris part , pour apprécier les circonstances principales qui les ont accompagnées, les résultats immédiats qu’elles ont produits. Ici, notre tâche est facile à remplir;

sager et le tua. Un médecin anglais promit à Édouard de le guérir; mais il exigea que l’épouse du prince fût éloignée; alors il coupa toutes les cliairs noires de la blessure, et assura ensuite Édouard que dans quinze jours il serait en étal de se faire voir et de monter à cheval; ce qui eut lieu en effet au grand étonnement de tout le monde.

Jean d’Ipres parle aussi de cet assassinat et de la guérison d’Edouard. (Voy. Biblioth. des Croisades , tom. i, p. 420, et V Extrait d’Henri Knigthon, même vol., p. 757.) Gauthier d’IIemingford et Guillaume de Tripoli donnent aussi quelques détails sur cet événement.

Tous ces historiens , d’accord avec l’auteur arabe, Ibn- Férat , disent que ce fut à l’instigation du Soudan du Caire que le prince Edouard fut assassine; d’autres ont soupçonné que cet attentat était le résultat d’un plan combiné par les partisans de la maison de Monlfort.

371 après trois années de préparatifs, nous voyons une puissante armée partir pour une guerre lointaine, qui dure à peine trois mois, et dans laquelle les soldats et les chefs n’eurent réellement à se défendre que de l’influence du climat, du fléau de la peste, et surtout des suites d’un plan imprudemment arrêté. Ils virent à peine les murs de Tunis qu’ils allaient assiéger, et les Maures qu’ils voulaient combattre ou convertir. Dans cette expédition , prêchée au nom de Jésus-Christ , on ne songea guère à la délivrance des lieux saints; et si ou en croit certains chroniqueurs du temps, les calamités de celte croisade furent la manifestation de la colère divine. Le seul Louis IX porta , dans celte guerre malheureuse , de saintes pensées ; et , lorsqu’à ses derniers momens, il prononça plusieurs fois le nom de Jérusalem , peut-être s’accusait-il lui-même d’avoir cédé à des inspirations profanes, et d’être venu chercher la palme du martyre dans un pays où ne l’appelait point la volonté de Dieu. Lorsque le pieux monarque eut rendu le dernier soupir , tout ce qu’il y avait encore de religieux , de noble et de chevaleresque, dans cette entreprise dontil étaitle chef, et qu’il soutenait par sa présence, disparut tout-à-coup pour faire place à l’ambition et à la cupidité; ainsi, quand l’âme de l’homme se retire du corps auquel elle donnait la vie , elle 11’y laisse que corruption et poussière. Parmi les croisés on ne parla plus de la conversion des Musulmans, mais de leurs trésors; ce qui n’empêcha pas que les barons et les seigneurs ne revinssent fort misérables

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