LIVRE XVIII. ia
la Terre-Sainte. Philippe se contenta d’envoyer quelques troupes eu Occident, et d’avancer au pape Irente-six mille marcs d’argent, pour lesquels furent engagées toutes les possessions des Templiers dans le royaume. Pise, Venise, Gènes et Marseille fournirent plusieurs galères , et cinq cents guerriers à la solde du souverain pontife s’embarquèrent pour Ptolémaïs.
Ces secours étaient loin encore de répondre aux espérances et aux besoins des colonies chrétiennes. Grégoire résolut d’intéresser à son projet toute la chrétienté, et pour y parvenir, il convoqua un concile en 1 274. Ce concile , qui se tint à Lyon , fut plus nombreux et plus solennel que celui qu’innocent IV avait rassemblé trente ans auparavant dans la même ville (1). On y remarqua lespatriar-
pliers. Philippe témoigna un grand désir d’arracher les saints lieux des mains des Sarrasins, et le fit connaître au pape par ses ambassadeurs. Grégoire adressa à ce prince une lettre de félicitations, mais il lui conseilla de différer l’expédition et de ne pas s’en charger lui seul ; toutefois, il l’exhorta à s’y préparer, et il adressa les mêmes exhortations aux autres princes chrétiens. (Voy. scs épi t. 4; 5 et G, et le Manus. vclli. sig. lit. C, n°. 4o, p. 23.)
(1) Les lettres de Grégoire X pour la convocation du concile de Lyon sont datées de Viterbe, aux ides d’avril 1273. Ce concile oecuménique n’avait pas scellement pour but le projet d'une nouvelle croisade. Le souverain pontife s’adressa à plusieurs archevêques et évêques, et aux personnages les plus renommés pour leur savoir et pour leur prudence. Il leur enjoignit de rechercher avec soin toutes les réformes qu’ils jugeraient nécessaires.
i?.6 HISTOIRE DES CROISADES.
i2-, -j clics île Jérusalem et de Corislanliuople , plus de mille évêques et archevêques , les envoyés des empereurs d’Orient et d’Occident , ceux du roi de France , du roi de Chypre, de tous les princes d’Europe et d’outre-mer. Dans cette nombreuse assemblée , les regards des fidèles se portaient surtout vers les ambassadeurs et les princes tartarcs , envoyés par le chef puissant des Mogols pour contracter une alliance avec les chrétiens contre les Musulmans; plusieurs de ces princes tarîmes reçurent le baptême des mains du pape, et les chrétiens, témoins de celte cérémonie, y voyaient un gage assuré des promesses divines.
On admirait la puissance de Dieu, qui avait choisi les inslrumens de ses desseins dans des régions inconnues; la foule des fidèles regardait Je chef suprême des hordes de la Tartaric , comme un autre Cyrus, que la Providence avait chargé de la destruction de Babylonc et de la délivrance de Jérusalem (i). Dans sa dernière séance , le concile de Lyon arrêta qu’on entreprendrait une nouvelle croisade , et qu’il serait levé, pendant dix ans , une décime sur tous les revenus des biens ecclésiastiques. Paléologue ,qui se soumettait enfin à l’église latine, promit d’envoyer des troupes pour délivrer l’héritage de Jésus - Christ ; le pape reconnut.
(i) Sanuli, liv. 3, part. 12, cliap. i3, dit que les chrétiens de la Palestine appelèrent à leur secours les Tarlares qui, dans plusieurs grandes excursions, accablèrent les Sarrasins.