LIVRE XVIII
comme empereur d’Occident, Rodolphe de Haps- 1274 bourg , à condition qu’il irait en Palestine à la tête d’une armée (1).
(i) Voici l’extrait des actes du concile de Lyon , tirés des Annales ecclésiast. Le pape , qui présida le concile, demanda et obtint la dîme de tous les revenus ecclésiastiques pendant six ans pour venir au secours de la Terre-Sainte. Dans la seconde session, on permit aux procureurs des chapitres, aux abbés et prieurs de porter la mitre, dont l’usage ne leur avait pas encore été permis.
Dans la troisième, on lut plusieurs constitutions, qui avaient pour objet de réformer les mœurs des prêtres, de réprimer leur avarice et de les rappeler à la sainteté primitive. Les pères du concile demandèrent qu’on s’occupât du schisme de l’empire grec. Les ambassadeurs de Michel Paléologue firent, au nom de cet empereur, une profession de foi orthodoxe , qui ne tarda pas à être démentie.
Dans la quatrième session , les ambassadeurs du roi des Tartares furent introduits; ils racontèrent l’irruption que leur maître Abaglia avait faite en Turquie, la défaite de Bibars , le supplice du traître Pervana ; ils offrirent de joindre leurs armes à celles des chrétiens contre les Sarrasius. Cette offre remplit de joie les esprits des pères. Un ambassadeur du roi et deux nobles tartares reçurent le baptême des mains du cardinal évêque d’Ostie. Le pape écrivit h Abaglia pour l’exhorter à embrasser lui-même le christianisme, et promit de lui envoyer des ambassadeurs avant que l’expédition eût lieu. Sa lettre est datée de Lyon , le 3 des ides de mars 127a. (Voy. Annal, ecclés. , ann. 1274, 11°. 1 et suiv.)
Le P. Mansi remarque que ce fut dans ce concile que le peuple chrétien fut exhorté à incliner religieusement la tête lorsque le nom de Jésus serait prononcé dans les églises, il dit aussi qu’il y fut question de réuuir en un sculordrc tous
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i j8 HISTOIRE DES CROISADES.
Ccpendaut le spectacle d’un concile , les décisions et les exhortations du pape et des prélats ne purent réveiller l’enthousiasme des fidèles , qui n’était plus, pour nous servir d’une expression de l’Ecriture , que le reste fumant (Tune toile brïtlêe. Grégoire X était parvenu à pacifier l’Italie et l’Allemagne, et ces deux pays auraient pu fournir uu grand nombre de soldats de la croix , si les esprits avaient été portés aux entreprises d’outre-mer. Les lettres apostoliques sollicitèrent le zèle de Philippe-le-Hardi , qui avait fait le serment de combattre les infidèles, et celui d’Édouard, qui promettait de repartir pour l’Asie. Des légats étaient envoyés dans les différens états de l’Europe , pour animer par leur présence la prédication de la guerre sainte ; dans plusieurs contrées on s’occupait avec quelque succès de la levée des décimes ; mais partout les chevaliers et les barons restaient dans l’inaction et dans l’indifférence : les guerriers ne voyaient plus que les misères des croisades , et l’espoir de s’enrichir ou de se rendre illustres dans une expédition lointaine n’animait plus leur bravoure. Depuis qu’on avait vu des empereurs deBysance, des rois de Jérusalem , parcourir l’Occident en demandant l’aumône, l’Orient était désenchanté aux yeux de la noblesse belliqueuse , et les croisades avaient perdu un de leurs mobiles les plus puissans ; l’ambition des princes et des sei-
lcs ordres militaires; mais il y eut tant d’objections faites contre ce projet , qu’il parut plus prudent de laisser les choses comme elles citaient.