LIVRE XVI L i
Quand Ja fermentation des esprits fut portée à t son comble, Bibars ayant rassemblé ses complices, surprit le sultan à la chasse, le frappa de plusieurs coups mortels; puis, tout couvert encore du sang de son maître, il courut à l’armée des mainelucks, alors réunie à Salebié; il se présenta à l’atabek ou lieutenant du prince, en annonçant la mort de Koutouz. Comme on lui demanda qui avait tué le sultau r « C’est moi, répondit-il. — En ce cas,
»> reprit l’atabek (i), règne donc a sa place ; » étranges paroles qui caractérisent d’un seul trait l’esprit des mamelucks et celui du gouvernement qu’ils avaient fondé. L’armée proclama Bibars comme sultan d’Egypte, et les cérémonies préparées au Caire pour recevoir le vainqueur des Tarlares , servirent au couronnement de son meurtrier.
Celte révolution donna aux Musulmans le souverain le plus redoutable pour les chrétiens. Bibars lut surnommé la colonne delà religion musulmane et le père des victoires. Il devait mériter ces deux titres en achevant la ruine des Francs. A peine était-il monté sur le trône qu’il donna le signal de la guerre.
Les chrétiens de la Palestine , sans moyens de résister aux forces des mamelucks, envoyèrent des députés en Occident pour solliciter de prompts
(i) Ce trait singulier est rapporte par l’iiistoricn arabe Aboullcda, et répété par M. Degu ignés , tonie iv, pag. 1 33.
260 secours. Le souverain pontife parut touché des périls de la Terre-Sainte ; il exhorta les fidèles à prendre la croix ; niais le tou de ses exhortations et les motifs qu’il donnait dans ses circulaires, 11e montraient que trop son désir de voir l’Europe s’armer contre d’autres cnnemisqueles Musulmans. « Les Sarrasins, disait-il, savent qu’il sera im- » possible à aucun prince chrétien de faire un » long séjour en Orient (1), et que la Terre- « Sainte n’aura jamais que des secours passagers et » venus de loin. »
Alexandre IV avait été beaucoup plus sincère et plus éloquent dans ses manifestes contre la maison de Souabe, et la guerre qu’il avait poursuivie dans le royaume de Naples n’avait pu s’allier dans sa pensée avec l’entreprise d’une guerre sainte. Urbain IV et Clément IV, qui lui succédèrent, firent quelques démonstrations de zèle, pour engager les peuples à prendre les armes contre les Musulmans (2). Mais la politique suivie depuis long-temps parla cour de Rome, avait laissé en Italie trop de germes de discorde et de trouble,
(1) Cette lettre du pape Alexandre, adressée au roi de Caslilleest rapportée par Raynaldi, année ia55, nos. G8 et (x). Les motifs qu’allègue le pape étonnent le sage Fleuri , qui y remarque l’esprit de contradiction que nous venons de relever. ( Voy. Hist. eccles. , tom. xvn , in~4\, p. 543;)
(2) L’invasion de Bibars dans la Palestine cul lieu en 1263. Le pape Urbain IV adressa à saint Louis une lettre où il exprime toute sa douleur sur ce triste événement, et