LIVRE XVII. i
pour que ces pontifes pussent porter leur attention îafii sur l’Orient. D’un autre côté, l’Allemagne, toujours sans empereur, et livrée à toutes sortes de dissensions, avaitalors deux prétendans àï’empire(i), qui ne pouvaient ni l’un ni l’autre faire reconnaître leurs droits et rétablir la paix entre les chrétiens. Dans le même temps , les barons d’Angleterre, conduits par le comte de Leicestcr, avaient pris les armes contre leur roi (a), qu’ils accusaient d’avoir manqué à ses sermens ; et comme à celte époque il n’y avait point de guerre qu’on ne voulût faire passer pour une croisade, ceux qui combattaient contre Henri III, portaient une croix blanche, et se disaient les vengeurs des droits du peuple et de la cause de Dieu; cette croisade étrange ne permettait guère qu’on s’occupât de celle d’outre-mer. La France fut le seul royaume où
l’exhorte à défendre la Terre-Sainte. Cette lettre se trouve au commencement de l’année ia63 , Annal, ecclésiast. , n°. n. Elle renferme un récit abrégé de l’invasion du nouveau sultan. Elle est datée de Viterbe, le i3 des calendes de septembre.
(i) Ces deux prétendans à l’empire étaient Alphonse, roi de Castille , et Richard de Cornouaille, frère de Henri III, roi d’Angleterre.
(a) Simon de Montfort, comte de Leicestcr, ordonna à chaque soldat de s’attacher une croix blanche sur la poitrine et sur l’épaule, et de se préparer au combat par des actes de religion. (Yoy.Wkkes cl Mathieu de Westminster, ad antv. i at>4 , et Yllist. d' Angleterre , par le docteur Lingard , tom. ut , p. ao6. )
iG HISTOIRE DES CROISADES,
i ?.6 1 Ton ne repoussa pas loul-à-fait les prières des chrétiens de la Palestine. Quelques chevaliers français prirent la croix, et choisirent pour leur chef Eudes, comte de Nevcrs, fils du duc de Bourgoguc (i). Ce furent là tous Jes secours que l’Europe put envoyer en Orient.
En même temps qu'on recevait des nouvelles affligeantes de la Terre-Sainte, on apprenait un événement qui aurait plongé tout l’Occident dans la douleur, si on eut mis alors aux conquêtes des croisés un intérêt aussi vif que dans les siècles précédens. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de déplorer la rapide décadence de l’empire latin de Constantinople (2). Depuis long-temps Baudouin n’avait plus pour soutenir la dignité impériale et pour payer le petit nombre de ses soldats, que les aumônes de la chrétienté et quelques emprunts faits à Venise , pour lesquels il fut obligé de donner son propre fils en otage. Dans les besoins pressans, on vendait les reliques des saints pour des sommes modiques; on arrachait le plomb du toit des églises, pour le convertir eu une monnaie
(1) Ce comlc de Ncvers , nommé Eudes ou Ode, était fds de Hugues IV, duc de Bourgogne. Il avait épousé Maliaut II, héritière du comté de Nevers. ( Voy. Y Art de vérifier les dates. )
(a) On peut voir sur ce triste état de la Grèce les lettres du pape Urbain IV, adressées aux Génois et aux archevêques de Reims, de Sens et de Bourges, liv. 11, épit. 44 > 92> 9$> et le manuscrit de Vuuxelles, lettre C , n°. 49 > Pa8- *45-