‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 61 sur 276 · LIVRE XVIII. iag · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. iag

gneurs. Les principautés île l’Afrique ou de l’Asie , i que les papes offraient ou distribuaient à tous ceux qui se présentaient pour les conquérir , ne déterminaient plus personne à prendre les armes , et la dévotion de la chevalerie, pour les lieux saints, n’était plus assez vive pour l’entraîner dans une entreprise qui ne lui promettait que les palmes du martyre et les récompenses du ciel (i).

(1) On lit dans les Œuvres de Pétrarque , édition de Bâle, p. 4^1 , une anecdote plaisante, qui se rapporte à l'époque dont il est ici question.

« Dans un temps, dit Pétrarque, où il s’agissait entre les » princes chrétiens de faire la guerre aux Sarrasins et de » leur enlever une seconde fois la Terre-Sainte , chose que » nous entreprenons souvent et que nous n’exécutons jamais, » on délibérait à Rome sur le choix de celui qu’on mettrait » à la tête de celte entreprise ; donSanche, filsd’ Alphonse, » roi de Castille , fut préféré aux autres princes de l’Eu- » rope, à cause de sa bravoure et de son expérience dans la » guerre; il alla à Rome, invité par le pape, et fut admis » dans un consistoire public , où l’élection devait se faire. » Comme il ignorait la langue latine , il fit entrer avec lui » un de ses courtisans pour lui servir d’interprète.

» Don Sanche ayant été proclamé roi d’Egypte dans ce » consistoire, tout le monde applaudit à ce choix. Le » prince, au bruit des applaudissemens , demanda à son » interprète de quoi il était question. Le pape, lui dit » l’interprète , vient de vous créer roi d’Égypte : Il ne faut » pas être ingrat, répondit don Sanche; lève-toi , et piv - » clame le saint père calife de Bagdad?

» Voilà, ajoute Pétrarque, ce que j’appelle une bonne » plaisanterie, bien digne d’un roi. On donne à don Sanche » un royaume idéal , il rend un pontificat chimérique. » TOME V. IJ

i3o HISTOIRE DES CROISADES.

5 II nous reste de celle époque un écrit qui avait sans doute obtenu l’approbation et les encouragcmens du pape, et qui nous paraît très propre à faire connaître tout-à-la-fois le mauvais goût du siècle et l’opinion généralement répandue alors sur les expéditions d’Orient.

Dans cet écrit ou mémoire , qu’on jugera singulier et bizarre, au moins pour la forme, l’auteur, Humbert de Romanis, général desFrères prêcheurs, s’efforce de ranimer le zèle des chrétiens pour la guerre sainte ; et déplorant l’indifférence de scs contemporains, il trouve d’abord huit obstacles à l’effet de ses prédications : l#. l’habitude du péché ; i°. la crainte de la fatigue et des travaux; 3°. la répugnance à quitter son pays natal ; 4°. un amour excessif pour la famille et pour les pénales; 5°. les mauvais discours des hommes; G°. les mauvais exemples; 7°. une faiblesse d’esprit qui fait croire tout impossible , 8<». une foi sans chaleur. Parmi tous ces motifs d’indifférence, l’auteur aurait pu ajouter d’autres raisons tirées delà marche des gouvernemens et de la direction des affaires publiques; mais les moines qui prêchaient les croisades ne connaissaient guère Ja politique des rois, ni les changemens survenus dans lu société; et c’est pour cela qu’ils ne voyaient qu’une partie des difficultés qu’ils avaient à vaincre. Cependant Humbert de Romanis 11e se laisse point abattre par les obstacles qu'il croyait voir autour de lui ; et dans celle génération dont il accuse l’insouciance ouïes travers, il se persuade

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