‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 62 sur 276 · LIVRE XVIII. i3i · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. i3i

qu’on peut trouver encore de nobles causes d’en- i ihousiasme , et de puissans mobiles pour une guerre sainte. Il en compte jusqu’à sept dont il fait ainsi l’énumération : i°. le zèle pour la gloire de Dieu ; a0, le zèle pour la foi chrétienne ; 3°. la charité fraternelle ; 4°. la dévotion pour la Terre- Sainte ; 5°. la guerre commencée par les M usulmans ; 6°. l’exemple des premiers croisés ; y0. les grâces de l’Église (i). On voit ici qu’Humbert de llomanis ne faisait qu’opposer à la tiédeur des

(i) Voyez dans la Biblioth. des Croisades, tom. Ie*1., l’analyse de cet ouvrage.

Humbert de Romanis avait été élevé à la première dignité de l’ordre des Frères prêcheurs, qu’il avait abdiquée en ia(i3 : il mourut en 1277. Le P. Mansi , dans une note ajoutée aux nos. îv et vi des Annales cccle's. , année 1273, donne l’analyse du mémoire qu’Humbert dressa pour le concile de Lyon. Ce mémoire avait pour objet, non seulement la croisade , mais aussi la réunion des deux églises. L’ouvrage dont nous venons de parler n’en était, à ce qu’il paraît, qu’une partie. Humbert proposait, pour soutenir la guerre, qu’on choisît des soldats , non comme on avait fait jusqu’alors, parmi des hommes perdus de mœurs, mais parmi les hommes honnêtes et pieux. Pour fournir aux dépenses, il voulait qu’on prît le trésor superflu des églises; telsquc pierreries, vases précieux, etc.; qu’on taxât les prébendes et les collégiales ; qu’on prît les revenus des prieurés, où il ne restait, augrand scandaledu monde, que quelques religieux, et ceux des abbayes détruites , dont la réformation était désespérée. Nous ne suivrons pas Humbert de Romanis dans les détails qu’il donne à cet égard, et dans les autres moyens qu’il présente. Il proposait un plan pour réunir les deux églises, et s’occupait ensuite de la réforma-

i3i HISTOIRE DES CROISADES.

2^5 esprits qui s’introduisait dans le siècle , des vertus ou des passions qui n’existaient plus ou qui s'affaiblissaient chaque jour davantage. Nous ne répéterons point avec lui toutes les raisons qu’on alléguait de son temps contre les croisades, et qu’il cherche à réfuter dans son mémoire. Il divise les opposans en sept classes différentes : la première, s’appuyant des préceptes de Jésus-Christ et de l’exemple des apôtres, disait qu’il fallait savoir souffrir sans sc plaiudre, qu’on devait remettre l’épée dans le fourreau, et ne pas rendre le mal pour le mal; la seconde prétendait qu’il n’était pas sage de poursuivre la guerre contre les Musulmans , à cause du sang qu’on y avait répandu et qu’on devait y répandre ; car on pouvait craindre que la dent saine ne fût arrachée avec la dent gâtée, et qu’on ne versât plus de sang innocent que de sang criminel ; dans l’opinion de la troisième classe des adversaires de la croisade , cette guerre pouvait paraître indiscrète, et c’était tenter Dieu que de l’entreprendre, parce que plusieurs avaient dans leur pays tous les biens que la Providence peut donner , et qu’ils allaient dans des lieux où ils ne trouveraient que la misère et le désespoir ; la quatrième classe d’opposans pensait qu’il était permis aux chrétiens de sc défendre , mais qu’il ne l’était pas d’attaquer les Sarrasins, ni d’envahir

tion de l’église romaine et des affaires de l’empire relativement à l’élection d’un empereur.

Page 1