‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 64 sur 276 · LIVRE XVIII i · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII i

rcils discours auraient fait fortune dans le siècle , précédent, adressés aux passions dominantes ; ils ne produisaient aucun effet, adressés à l’indifférence.

Celte indifférence de l’Europe était funeste aux colonies chrétiennes en Orient; elle les livrait sans défense à la merci d’un ennemi qui devenait chaque jour plus puissant , et dont le fanatisme était échauffé par la victoire. D’un autre côté , on remarquait chaque jour dans la confédération des Francs en Syrie, de nouveaux symptômes de décadence et de nouveaux signes d’une ruine prochaine. Toutes ces petites principautés , toutes ces villes éparses sur les côtes de Syrie , étaient divisées entre elles ; et toutes les passions qu’enfantait l’esprit de rivalité devenaient les auxiliaires des Sarrasins. Chacun de ces petits étals, sans cesse dans la crainte, s’empressait d’acheter quelques jours de paix , quelques mois d’existence , par des traités avec Bibars , traités dans lesquels on sacrifiait presque toujours l’honneur et l’intérêt commun des chrétiens. Les sultans du Caire ne dédaignaient point de conclure un traité d’alliance avec une ville, avec une bourgade, et rien n’est plus curieux que de voir figurer dans ces actes de la politique, d’un côté le souverain de l’Egypte, de la Syrie, de la Mésopotamie, de vingt autres provinces ; et de l’autre une petite cité (i)comme Sidon ouTortosc,avcc ses champs,

(i) IjCS chroniques arabes nous eut conserve plusieurs

, 2-jü scs vergers et ses moulins : déplorable contraste, qui devait faire sentir aux chrétiens tonte leur humiliation, et leur montrer tout ce qu’ils avaient a craindre. Souvent les Francs s’engageaient à ne point bâtir des forteresses , à ne point fortifier leurs villes ; ils renonçaient même au droit de réparer les églises des saints lieux , et lorsqu’une pierre tombait d’une muraille ( telle est l’expression des traités), elle était jetée dehors , sans pouvoir être employée à la réparation de l’édifice (i). Dans tous ces traités , la politique musulmane cherchait surtout à diviser les Francs, à les tenir sous sa dépendance (2), ne les regardant jamais comme des allies, mais comme des vassaux , des fermiers et des tributaires (3).

de ces traités : on peut les voir dans les extraits des manuscrits orientaux, donnés par M. Rcinaud dans notre Bibliothèque des Croisades. Lorsqu’on lit les titres et les dépendances des maîtres et des habitons de Tortose, on croit lire le contrat d’un bail ou d’une ferme passé devant notaire.

(1) On trouve cette condition dans un traité conclu plus tard entre le sultan Kclaoun et la ville d’Acre ou Ptolémaïs. 11 s’agissait d’une église de Nazareth. (A oy. le règne de Kelaoun , Extraits des auteurs arabes.)

(2) On peut voir dans Ibn-Férat la lettre qu écrivit le sultan du Caire au sujet de la princesse de Bérouth , qui s était éloignée sans le consentement du sultan de sa petite principauté. (Voy. les Extraits des manuscrits arabes, $.Qq.)

(3) Des vaisseaux marseillais ayant enlevé un navire musulman , où se trouvaient des députés envoyés au sultan par Mankou-Timour , prince des Tartarcs du Capgiak , Bibars.

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