LIVRE XVIII
Telle e'tait la paix dont jouissaient les états , chrétiens en Syrie ; chose plus déplorable encore, il y avait alors trois prétendons au royaume de Jérusalem : le roi de Chypre , le roi de Sicile et Marie d’Antioche, qui descendait de la quatrième fille d’Isabelle, femme d’Amaury. Des partis s’agitaient; on se battait pour un royaume à moitié détruit, ou plutôt on se disputait la honte de le perdre tout-à-fait , et de le livrer, déchiré par la discorde , à la domination des Sarrasins.
Cependant Bibars poursuivait le cours de ses conquêtes ; chaque jour la renommée racontait quelque nouveau triomphe ; tantôt il rentrait au Caire traînant à sa suite un roi de Nubie qu’il avait vaincu ; tantôt il revenait de l’Arménie (i) , d’où il ramenait trente mille chevaux et dix mille enfans des deux sexes. Ces récits portaient l’effroi dans les villes chrétiennes, que ne rassuraient point leurs traités avec le sultan d’Egypte. Au milieu de toutes ces victoires , Bibars ne perdait jamais
s’adressa aux Marseillais, qui avaient un comptoir dans Acre, et les menaça, s’ils ne lui rendaient ces députés, de leur interdire tout commerce avec l’Égypte. Les Marseillais effrayés rendirent les députés avec leur suite. (Extraits des auteurs arabes, ibid.)
(i) Au rapport de Sanuli , Bibars fit périr dans les plaines de l’Arménie, en l’année 1275, vingt mille hommes, emmena en captivité jusqu’à dix mille enfans des deux sexes, et enleva 3oo mille animaux. Le manuscrit de Jordan , au lien de vingt mille hommes tués en compte 200 mille.
m"U Je vue le projet d’assiéger Ptolémaïs ; mais pour accomplir ce grand dessein , il fallait réduire le roi de Chypre à l’impuissance de secourir la place. On construisit en Egypte une Hotte sur laquelle le sultan fondait les plus grandes espérances. Cette flotte se mit en mer, et lorsqu’elle arriva devant Limisso, onze vaisseaux se brisèrent contre les rochers qui bordent la côte : ces vaisseaux avaient reçu la forme des navires chrétiens ; et pour surprendre les habilans de l’île de Chypre, on avait placé des croix sur les mâts , ce qui fait dire a l’historien de Bibars , que Dieu fut irrité contre les Musulmans et fit tomber sur eux le poids de sa colère (i). Le roi de Chypre écrivit au sultan du Caire pour lui annoncer la destruction de la flotte égyptienne. Bibars ne put retenir son indignation ; il jura de détruire tous les états chrétiens ; mais la mort ne lui permit point d’accomplir ses menaces (2).
La fin de Bibars est racontée de plusieurs manières ; nous suivrons le récit de l’historien arabe Ibn-Férat, dont nous emprunterons quelquefois les expressions. Bibars allait partir de Damas pour combattre les Tarlarcs vers l’Euphrate: avant son départ, il demanda un impôt extraordinaire ; l’imam Mohyeddin-Almoury lui adressa des repré-
(1) \ oir pour les détails les Extraits des auteurs arabes,
(2) Voyez les Extraits des auteurs arabes , règne de Bibars, §. 9'j.