‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 66 sur 276 · LIVRE XVIII. i3q · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. i3q

sentations ; le sultan répondit : « O mon maître, i » j’abolirai cet impôt quand j’aurai vaincu les en- » nemis. » Lorsque Bibars eut triomphé des Tartares, il écrivit en ces termes au chef du divan à Damas : « Nous ne descendrons point de » cheval que tu n’aies levé un impôt de deux cent » mille dirhems sur Damas , de trois cent mille » sur son territoire , de trois cent mille sur scs » bourgs, et de mille mille dirhems sur la pro- » vince méridionale. « Ainsi la joie qu’avait causée la victoire de Bibars se changea en tristesse,- le peuple désira la mort du sultan. On alla se plaindre au cheick Moliyeddin , homme pieux et respecté (i) : ou avait à peine commencé à lever le tribut que Bibars était rayé de la liste des vivans (2).

(1) Ce i-dcit est beaucoup plus long dans Ibn-Férat; nous avons cru devoir l’abréger: nous en avons conservé le ton et la couleur orientale. Au reste, la chronique d’Ibn-Férat, qui est un recueil de plusieurs autres chroniques, cl dont on retrouvera un long extrait dans notre Bibliothèque des Croisades , §. 98, rapporte des versions différentes; celleci nous a paru la plus vraisemblable et la plus propre à montrer quelles étaient les ressources des peuples de l’Asie contre les excès du despotisme.

(a) SanuLi rapporte en ces termes la fin de Bibars : «Dans » cette année 1277, le Soudan du Caire apprenant que les » Tartares assiégeaient un château appelé Lcbièrc, situé » sur l’Euphrate , traversa ce fleuve à la nage , et rencontra » six mille Mogols qui le battirent. 11 fut blessé et perdit » ses troupes. De retour à Damas, il mourut d’un flux de » ventre, le i5 avril. » Haylon , qui parle de la même dé-

i4o HISTOIRE DES CROISADES.

1 277 Les historiens arabe;» placent Bibars parmi les grands princes de la dynastie des mamelucks ballantes. 11 avait été d’abord vendu comme esclave, et quoiqu’il n’eût vécu que parmi des soldats, une grande sagacité d’esprit lui tenait lieu d’éducation. Lorsque dans la suite il eut fait la guerre, et qu’il eut été jeté dans les factions de l’armée, il sut tout ce qu’il devait savoir pour régner sur les mamelucks. Ce qui le servit le plus dans la carrière de son ambition , ce fut son incroyable activité ; pendant les dix-sept années de son règne, il ne connut jias un jour de repos ; on le voyait presque en même temps , en Syrie , eu Egypte , sur les bords de l’Euphrate : les chroniques rapportent que souvent il parcourait les rues d’Alop ou celles de Damas , tandis que les courtisans attendaient encore son réveil à la porte des palais du Caire. Comme deux sultans d’Égypte avaient péri sous ses coups , et qu’il arriva à l’empire par des révolutions violentes , ce qu’il redoutait le plus , c’était l’influence de son exemple (1) ; tous ceux dont il craiguail l’ambition ou l’infidélité ne pouvaient conserver la vie.

faite, dit que Bibars mourut empoisonné. (Voy. Sanuti , liv. ni , part. xnf cliap. i5, et Hayton , Histor. orient., cliap. 55. )

(1) Il fit mourir, dit-on, en peu de temps et sous divers prétextes, deux cent quatre-vingts émirs; il scdéfitdc tout ce qu’il put trouver de la race des anciens soudans. ( Voyez le fragment De statu sarace. )

Page 1