‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 67 sur 276 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Les plus simples commmiicalions des hommes entre eux alarmaient son humeur déliante et farouche; si on en croit les historiens orientaux, pendant le règne de Bibars les amis s’évitaient dans les rues , et personne n’osait entrer dans la maison d’un autre. Lorsqu’il lui importait de cacher scs desseins, de voiler scs démarches , de dérober aux regards sa présence, malheur à qui devinait sa pensée , malheur à qui prononçait son nom ou le saluait sur son passage. Sévère avec ses soldats, flatteur avec ses émirs, ne dédaignant point la ruse , préférant la violence , se jouant des traités et des sermons, d’une dissimulation que personne ne pouvait pénétrer , d’une avarice qui le rendait impitoyable dans la levée des tributs ; 11’ayant jamais reculé ni devant l’ennemi , ni devant un obstacle, ni devant un crime, son génie et son caractère semblaient faits pour ce gouvernement , qu’il avait en quelque sorte fondé , gouvernement monstrueux qui se soutenait par des vices, par des excès , et qui n’aurait pu subsister par la modération et la vertu (1).

(1) L’historien Aboulfarage a fait de Bibars un portrait qui n’est pas sans intérêt. Sa profondeur d’esprit, dit-il, et son application suppléaient en lui ail défaut d’étude. Il rendait comme siennes les connaissances des autres, aimant et faisant valoir dans autrui ce qu’il ne trouvait pas en luimême. La fécondité de ses pensées lui fournissait plus de desseins qu’un homme n’en peut embrasser. Son activité sc , multipliait en quelque sortej et ce fut apparemment ce qui lui fil établir le premier des postes réglées dont il se servait

i*a HISTOIRE DES CROISADES.

1277 Ses ennemis et scs sujets tremblaient sans cesse devant lui ; on tremblait encore autour de cette litière qui le transporta de Damas au Caire après sa mort. Mais tant «l’excès , tant de violences, tant de triomphes, qui ne servaient que son ambition personnelle , ne purent fixer la couronne dans sa famille,- ses deux fds ne firent que monter sur le trône et en descendre. Kclaoun , le plus brave des émirs, usurpa bientôt la souveraine puissance ; une marche uniforme dans la succession au trône ne pouvait convenir à une armée sans cesse portée à la sédition. Tous les mamelucks se croyaient nés pour l’empire , et dans celte république d’esclaves il semblait permis à tout le monde de rêver la tyrannie. Chose incroyable , ce qui devait perdre cette milice turbulente, fut précisément ce qui la sauva ; la faiblesse ou l’in-

si bien qu’il faisait quelquefois le tour de l’Egypte seul et déguisé , pendant qu’en Syrie les courtisans demandaient des nouvelles de sa santé à la porte de sa chambre. Il ht refleurir les sciences en Egypte : il y fonda des colleges et amassa des livres. Dans une grande famine, les soins qu’il se donna pour la subsistance des pauvres allèrent presque aussi loin que le saurait faire la véritable charité. Sa dissimulation , si profonde qu’il aurait voulu se cacher luimême à lui-même, était peut-être excusable dans un usurpateur et parmi des barbares ; mais rien ne saurait justifier son manque de parole, surtout à l’égard des chrétiens, dont il fut le plus dur fléau. ( Aboulfarage, §. 261 et suiyans. Voyez aussi l’Extrait des auteurs arabes qui font connaître le caractère de Bibars, §. 96, et Guillaume de Tripoli, Bibl. des Croisades , t. 1".)

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