LIVRE XVIII
capacité ne pouvaient jamais se soutenir long-temps 1378 sur le trône , et dans le tumulte des factions il ar-. rivait presque toujours que le plus brave et le plus habile était choisi pour diriger le gouvernement et la guerre.
Bibars avait été le plus redoutable fléau des colonies chrétiennes -, Kelaoun n’aurait pas tardé d’achever leur ruine s’il n’avait eu à combattre un ennemi formidable. C’est ici qu’il faut arrêter un moment notre attention sur cette multitude de barbares qui, toujours prêts à envahir les provinces occupées par les mamelucks , se trouvaient , par cela même , les auxiliaires naturels des Francs.
On se rappelle que dès le commencement du douzième siècle , surtout après la première croisade , des hordes innombrables , connues sous le nom de Turcs, inondaient sans cesse les plus riches contrées de la Syrie. Elles venaient du pays de Mousoul , des bords de la Mer Caspienne , du Curdistan et de la Perse. Ces hordes redoutables avaient embrassé l’islamisme , et le fanatisme musulman les poussait à faire une guerre implacable aux chrétiens. Les rives de l’Euphrate, de l’Oronte et même du Jourdain, furent souvent le théâtre de leurs ravages.
Vers le commencement du treizième siècle , la scène changea. Toutes les nations turques qui dominaient depuis l’Euphrate jusqu’à l’Oxus , furent vaincues et dispersées par Gengiskan et ses successeurs. Le kalifat de Bagdad, qui était le lien de
a-8 toutes ees puissances, fut lui-même anéanti. Déslors , les Tarlares ou Mogols , ne trouvant plus de barrières à leurs invasions , pénétrèrent , à leur tour, dans la Mésopotamie , l’Asie mineure et la Syrie. Comme ces nations nouvelles n’avaient point embrassé la foi de Mahomet, et que, jusque-là , elles n’avaient combattu que des Musulmans, elles se montrèrent disposées à s’unir aux colonies chrétiennes. Pendant tout le treizième siècle, elles ne cessèrent point de porter la terreur de leurs armes, tantôt au-delà du Taurns, tantôt dans les pays voisins du Liban, toujours fortifiées par l’alliance des chefs de la Géorgie , des princes de la petite Arménie, et de plusieurs autres états chrétiens. Les puissances musulmanes qui dominaient en Syrie et en Égypte , eurent ainsi tout-à-la-fois deux ennemis à combattre ; ce qui contribua à maintenir quelque temps les faibles restes de la puissance chrétienne en Asie. Malheureusement pour les chrétiens, leur alliance avec les Tartares, toujours subordonnée à un état de choses passager , à des circonstances imprévues , ne produisit point les fruits qu’on devait en attendre ; les Mogols , aidés de leurs alliés, ne purent jamais, dans leurs guerres irrégulières , triompher de la milice disciplinée des mamelucks, ni de la constance opiniâtre des sultans du Caire. Ils perdirent plus de dix batailles livrées dans le territoire d’Émesse, et les chemins de l’Egypte leur restèrent à jamais fermés. Si la fortune avait favorisé leurs armes, on doit croire qu’ils auraient, plus tard, embrassé la