‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 69 sur 276 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

foi du Christ, et dès-lors l’Orient aurait lout-à- «378 fait changé de face.

A peine Kelaoun fut-il monté sur le trône d’Egypte , qu’il reçut la nouvelle que les Tartares avaient de nouveau passé l’Euphrate , et qu’ils s’avançaient, précédés des guerriers de la Géorgie et de l’Arménie. Le nouveau sultan accourut en Syrie , à la télé de son armée ; bientôt le territoire d’Émesse fut le théâtre d’une bataille sanglante , où les mamclucks remportèrent une victoire complète et décisive. Après cette victoire des Musulmans, tous les états chrétiens attendaient dans la crainte. Kelaoun se rendit aux prières du comte de Tripoli, des chevaliers du Temple et de l’Hôpital, qui lui demandèrent la paix; mais il alla décharger sa colère sur les états du roi d’Arménie, qu’il accusait d’avoir appelé en Syrie les armes des Mogols. Toute l’Arménie fut ravagée par les mamelucks, et les tributs imposés par la trêve qui suivit la guerre, achevèrent la ruine de cette contrée; ce qu’il y eut de plus remarquable dans le traité conclu en cette occasion, c’est que le sultan du Caire dicta lui-même, au roi d’Arménie, la formule du serment; le prince (1) chrétien, en s’engageant à subir la loi d’une puissance musulmane . jura, par la vérité de la croix , parla vérité de l’Évangile, par la vérité du Père , du Fils et du Saint- Esprit ; et se soumit d’avance , s’il ne remplissait

(1) Voyez le traité «le Kelaoun el du roi d’Arménie dans l’Extrait des auteurs arabes, règne de Kelaoun, §. 99. TOM. V. IO

1U78 sos promesses, à fuira trente fois le pèlerinage de Jérusalem , les pieds nus et la tète découverte. KeJaoun brûlait (le punir aussi le roi de Géorgie ; mais il fut retenu par les obstacles et les dangers d’une expédition lointaine; le hasard ou la trahison 11e tarda pas à lui offrir l’occasion facile d’exercer sa vengeance; le prince géorgien, accompagné d’un seul de scs serviteurs , se rendait en pèlerinage à Jérusalem , lorsqu’il tomba entre les mains des mamclucks , qui le conduisirent au Caire, où le sultan le retint en captivité (1).

Pendant que les chrétiens d’Orient reconnaissaient ainsi la puissance toujours croissante des infidèles, Grégoire X poursuivait en vain, dans l’Occident, les préparatifs ou plutôt les prédications de la croisade; il avait plusieurs fois renouvelé ses instances auprès de Rodolphe de Hapsbourg (2) ;

(1) Voy. les Extraits des auteurs arabes.

(») Après la clôture du concile , Grégoire s'attacha à presser les préparatifs de la guerre sainte, accorda des indulgences à ceux qui prendraient la croix ou fourniraient de l'argent. Il ordonna aux croisés de faire pénitence, d’abandonner leurs ressenti me as particuliers , de renoncer au luxe et de tic point dissiper en vaines dépenses l’argent nécessaire à la croisade. {Annal, eccle's., ad ann. 1274, nos. xxxv et suiv.) Grégoire mourut au commencement de l’année 1276. Le pape Innocent V, qui lui succéda, mourut aussi bientôt après au milieu des soins qu’il se donnait pour la croisade. Adrien V, successeur d’innocent, mourut à Vitcrbe, peu après son exaltation. Jean XXI, qui fut élu ensuite, écrivit aux évêques de France d’accélérer le moment

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