LIVRE XVII
grossière; on détruisait la charpente des maisons iaGt impériales , pour fournir du bois aux cuisines de l’empereur. Des tours à moitié démolies , des remparts sans défenseurs, des palais enfumés et déserts , des maisons, des rues entières abandonnées, tel était le spectacle qu’offrait la reine des cités de l’Orient. •
Baudouin avait cependant conclu une trêve avec Michel Paléologue (1). La facilité avec laquelle cette trêve fut accordée aurait dû inspirer aux Latins quelques défiances ; mais l’état déplorable des Francs ne les empêchait pas de mépriser leurs ennemis, et de songer à de nouvelles conquêtes. Dans l’espoir du pillage , oubliant la perfidie des Grecs, une flotte vénitienne conduisit ce qui restait des défenseurs de Bysance dans une expédition contre Daphnusie, située à l’embouchure de la mer Noire. Les Grecs de Nicée , avertis par quelques paysans des rives du Bosphore, n’hésitèrent point à profiler de celte occasion que leur offrait la fortune. Ces paysans enseignèrent au général de Michel Paléologue , qui allait faire la guerre en Lpire, une ouverture pratiquée sous les remparts
(1) L'hislorien Georges Logotlièt.e rapporte que Baudouin envoya. des ambassadeurs à Pale'ologuc pour lui demander tout le pays depuis Thessalonique jusqu’à Constantinople. Paléologue reçut les ambassadeurs avec hauteur et nn'pris, et refusa d’accorder aucune des demandes qu’ils lui firent. Il consentit enfin à demeurer en paix avec Baudouin , à condition que lès Latins lui paieraient tribut.
i8 HISTOIRE DES CROISADES.
îaCi de Constantinople, près de la porte Dorée , et par laquelle on pouvait introduire dans la ville plus de troupes qu'il n’en fallait pour s’en rendre maître.
.Baudouin n’avait alors autour de lui que des enfans, des vieillards, des femmes et des marchands, parmi lesquels se trouvaient les Génois , nouvellement alliés des Grecs. Quand les soldats de Michel eurent pénétré dans la ville, ils durent s’étonner de ne trouver aucun ennemi à combattre (i) ; tandis qu’ils se rangeaient en bataille et s’avançaient avec précaution , une troupe de Comans, que l’empereur grec avait à sa solde, parcourut la ville, le fer et la flamme à la main. La foule éperdue des Latins fuyait vers le port; les habitans grecs accouraient au-devant du vainqueur, et faisaient entendre les cris de : Vive Michel Paléologue , empereur des Bomains ! Baudouin, éveillé par ces cris et par le tumulte qui s’approchait de son palais, se hâta de quitter une ville qui n’était plus à lui. La flotte vénitienne, revenant do l’expédition de Daphnusie , arriva assez à temps pour recueillir l’empereur fugitif et tout ce qui restait de l’empire des Francs sur le Bosphore (2). Ainsi fut enlevée
(1) Cives re improvisa percussi , dit un historien grec, témoin oculaire, lit quisque poterat salut i suce consulere : hinc quidem monasteria pelere et monasticum habituel, ut cladem cvilarenl , induere ; mulieres in murorum foratnina conjici , et in cellis obscuris , reconditisque abscondi, cii’ilali imperans Balduinus , in magnum advolare palatium. (Logotlièle, in Hist. Constant. Allalio interprété.)
(2) Latini ubi incendiis iirbcm injlammari conspiciunt ,