LIVRE XVIII. i
lcmaïs; on voit par ce traité, que les auteurs 128» arabes nous ont conservé, quels étaient les desseins des sultans du Caire, et quel ascendant ils prenaient sur leurs faibles ennemis. Les chrétiens s’engageaient, dans le cas où un prince franc ferait une expédition en Asie, à prévenir les infidèles de l’arrivée des armées chrétiennes d’Occident. C’était à-la-fois signer une condition déshonorante , et renoncer à l’espérance d’une croisade.
Au reste , la prévoyance des sultans du Caire ne se contentait pas des avertissemens que promettaient de leur donner les chrétiens de Syrie , Kelaoun envoyait fréquemment des ambassadeurs en Europe, et de nombreux agens qu’il entretenait en tous lieux, l’instruisaient avec régularité de tout ce qui se préparait contre les Musulmans, à la cour de Rome et dans les conseils des princes chrétiens. Une ambassade du Caire resta trois ans à la cour de Séville, où elle était traitée avec une grande distinction ; les princes et les états qui avaient quelques intérêts à ménager en Orient (1),
(1) M. de Sacy a traduit un traité conclu entre le sultan d’Egypte et les rois de Sicile et d’Aragon. On en trouvera un long extrait dans notre Bibliothèque des Croisadcs.'S oici une des clauses de ce traité : « Si le cas advenait que le pape de Rome, les rois des Francs, des Grecs, des Tartares ou autres, demandassent au roi d’Aragon et à scs frères, ou lissent demander dans les états de leur domination , des troupes auxiliaires ou quelques secours, soit cavalerie, infanterie, argent, vaisseaux, bûtimens ou armes, lcsdils princes 11’y donucronl aucun couseutemcut ni ouvertement
i5o HISTOIRE DES CROISADES.
ia8i non seulement s’alliaient sans scrupule avec le sultan d’Égypte, niais promettaient par des traités et juraient sur l’Evangile de se déclarer les ennemis de toutes les puissances chrétiennes qui attaqueraient les états de leur allié musulman. Dans un traité qui nous a été conservé, nous voyons le roi d’Aragon et ses frères s’engager à refuser leur coopération à toute espèce de croisade entreprise par le pape de Rome , les rois des Francs , des Grecs ou des Tartares. 11 n’était point de ville maritime en Italie ou sur les côtes de la Méditerranée, qui ne se montrât disposée à préférer ainsi dans ses relations avec l’Orient, les avantages de son commerce à la délivrance des saints lieux.
Tous ces traités (i) , dictés tantôt par la crainte ,
ni en secret ; ils ne leur accorderont aucun secours , et ne consentiront à rien de cela. Si le roi d’Aragon apprend que quelqu’un des rois susnommés soit dans l’intention de porter la guerre dans les états du sultan , ou de lui causer quelque préjudice, il enverra en donner avis au sultan, et l’instruira du côté par lequel ses ennemis se proposent de l’attaquer, et cela dans le plus court délai possible, avant qu’ils se soient mis en mouvement; il ne lui cachera rien de tout cela. »
Ce traité est fort long, et prévoit toutes les difficultés. On peut faire ici une remarque générale, c’est que la plupart des traités faits entre les Orientaux et les chrétiens, surpassent en quelque sorte la sagacité de la diplomatie moderne, tant la défiance réciproque donnait de prévoyance aux négociateurs et aux puissances contractantes.
(0 O*1 peut voir la plupart de ces traités dans l’extrait des auteurs arabes, traduits par M. Reinaud, §. tooct suiv.