LIVRE XVIII
tantôt par l’ambition ou l’avarice, élevaient clia- , que jour une nouvelle barrière entre les chrétiens de l’Orient et ceux de l’Occident. D’ailleurs ils «'arrêtaient point le sultan du Caire , qui trouvait toujours quelque prétexte pour les rompre , lorsque la guerre lui offrait plus d’avantages que la paix. C’est ce qui arriva pour la forteresse de Markab , située entre Tortose et Tripoli. On accusa les Hospitaliers , auxquels ce château appartenait , de faire des incursions sur les terres des Musulmans. Cette accusation, qui n’était peut-être pas sans fondement, fut bientôt suivie du siège de la place. « Markab (nous empruntons ici les ex- » pressions de l’histoire orientale), était comme » une ville placée en observation sur une monla- » gne; les sommets des tours, qui surpassaient en » hauteur celles de Palmire, n’étaient accessibles >i qu’à l’Aigle du Liban ; et lorsqu’on les conlem- » plait du rivage de la mer, on croyait voir l’astre » du jour à travers l’azur et les nuages du ciel (i). » Malgré les difficultés du lieu , on parvint à placer des machines ; on commença l’attaque dans les premiers jours d’avril ; les mineurs creusèrent la terre sous les remparts et les tours. Lorsqu’on eut fait une brèche aux murailles, on livra l’assaut; mais la bravoure des assiégés contint le choc des
(i) Ces expressions sont tirées d’une lettre que l'historien Abd-alrahim nous a conservée, et qu’il avail écrite luimême au nom du prince de Ilainali.
i5a HISTOIRE DES CROISADES.
ia83 Musulmans. Ceux-ci, après plusieurs attaques renouvelées avec impétuosité, sentirent s’ébranler leur courage j cependant Je dieu de Mahomet, disent les auteurs arabes, envoya ses anges mocarrabins et les milices célestes au secours de l’islamisme. La mine pratiquée sous les remparts fut poussée jusqu’à l’intérieur de la place -, la garnison chrétienne , qui reconnut qu’il n’y avait plus de salut pour elle, proposa de se rendre, et l’étendard du prophète flotta sur les murs de la forteresse. Tandis que les soldats chrétiens prenaient la route de Tripoli, les vrais croyans louaient Dieu d’ avoir exterminé les adorateurs du Messie et délivré le pays de leur présence. Un grand nombre d’imams et de fakirs avaient assisté au siège de Markab; cette milice sainte se retira en chantant les louanges de Kelaoun , et le nom du sultan victorieux fut proclamé au milieu des actions de grâces dans toutes les mosquées de la Syrie et de l’Égypte (i).
Entre Markab etTortose s’élevait un autre château entouré des eaux de la mer. Dans ce château , qu’on ne pouvait attaquer qu’avec une flotte, s’était retiré un seigneur franc, que les chroniques
(i) L historien Aboulféda, âgé seulement de douze ans, assistait au siège de Markab ; il en parle dans son Histoire ,
niais moins longuement que l’auteur de la Vie de Kelaoun . ^Voy. 1 Extrait des auteurs arabes, §. toi, année luüâ. Du y lit la lettre du pi iuce de ilumali à sou vitir pour lui annoncer cette conquête.)