‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 74 sur 276 · LIVRE XVIII. i · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. i

arabes appellent , les unes, le sire de Telima, les ii8 autres, le sire Barthélemi. Ce seigneur franc ne cessait de ravager les terres du voisinage , et chaque jour il revenait dans sa forteresse, chargé des dépouilles des Sarrasins. Kelaoun voulut s’emparer du château du sire de Barthélemi; mais n’ayant point de vaisseaux et jugeant le fort inexpugnable, il écrivit au comte de Tripoli : «C’est loi qui as » bâti ou laissé bâtir ce château; malheur à toi,

» malheur à ta capitale, malheur à ton peuple, s’il » n’est promptement démoli ! » Le comte de Tripoli fut d’autant plus effrayé de ces menaces, que lorsqu’il reçut la lettre du sultan, les troupes musulmanes étaient déjà sur son territoire; il offrit en échange au seigneur Barthélemi des terres considérables : les offres les plus brillantes , les promesses, les prières, tout fut inutile. Enfin le fils de Barthélemi s’interposa dans la négociation, et partit pour implorer la compassion du sultan du Caire. Le vieillard irrité vola sur les pas de son fils, l’atteignit dans la ville de Ptolémaïs, et le poignarda devant le peuple assemblé. Ce parricide révolta tous les chrétiens; Barthélemi se vit à la fin abandonné par ses propres soldats à qui son crime faisait horreur. Le château, qui était resté désert (i), fut démoli. Dès-lors le sire Bartlié-

(i) Les chroniques occidentales ne disent l ien de ce château, ni du sire Barthélemi. L’auteur de la V ic de Kelaoutt et Ibn-Férat en parlent longuement, mais d’une manière assez obscure pour nous laisser des doutes sur

iu85 lemi devint le plus cruel ennemi des Francs, cl se retira parmi les infidèles, sans cesse occupé de les associer à sa vengeance et de provoquer la destruction des villes chrétiennes.

Sa haine impitoyable n’eut que trop d’occasions d’être satisfaite. Le sultan du Caire poursuivait la guerre contre les chrétiens , et tout semblait favoriser ses entreprises. Depuis longtemps il avait le projet de s’emparer de Laodicéc, dont le port rivalisait avec celui d’Alexandrie ; mais la citadelle de cette ville, bâtie au milieu des flots, était inaccessible; un tremblement de terre, qui renversa les tours de cette forteresse, lui en facilita la conquête (i). Quelques châteaux bâtis par les chrétiens sur la côte de Phénicie, tombèrent encore au pouvoir des Musulmans. Après s’être ainsi ouvert toutes les avenues de Tripoli, le sultan du Caire ne s’occupa plus que du siège de cette ville. Ni la foi dos traités, ni les soumissions récentes de Bohémond , ne purent retarder un moment la chute d’une cité florissante:

quelques circonstances (le notre récit : toutefois le chAtcau, que les Arabes appelaient Marakia, se trouve décrit eu détail par l’auteur delà Vie de Kelaoun. (Voyez les Extraits des auteurs arabes. )

(0 Ce tremblement de terre, dit l’auteur de la Vie de Kelaoun , détruisit la Tour des Pigeons , et le pliare qui guidait les vaisseaux pendaut la nuit. Alors le sultan lit marcher vers Laodicéc ces redoutables machines, dont les langues chantent les triomphes , et les doigts font signe à la victoire. (Vo y. les Extraits des auteurs arabes, §. to3.)

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