‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 75 sur 276 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

aucune ville chrétienne , aucun prince de la Pales- i line ne vint au secours de Tripoli. Tel était l’esprit de division qui régnait toujours parmi les Francs, que les Templiers, d’accord avec le seigneur de Giblet, avaient, peu de temps auparavant, formé le dessein de s’emparer de la ville. Tout était prêt pour l’exécution du complot, et l’entreprise n’éclioua que par une circonstance imprévue. Nous avons sous les yeux (i) une déclaration manuscrite, rédigée par un notaire de Tripoli et signée par un grand nombre de témoins, dans laquelle le sire de Giblet raconte toutes les circonstances de sa trahison. Après la découverte de ce complot, le même seigneur de Giblet se mit, par ordre du grand-maître du Temple , a guerroyer les Pisans et à les piller. « 11 n’avait aucun » démêlé avec eux (c’est lui-même qui avoue sa »> félonie) j mais il en agissait ainsi parce que ledit » maître lui avait demandé du froment et de » l’orge pour sa maison et ses gens. » Toutes ces violences, tous ces désordres mettaient sans cesse en péril les cités chrétiennes , et personne n’avait assez d’ascendant ou de patriotisme pour chercher à en prévenir les effets. Poussé par le remords ou

(i) Ou trouvera aux Pièces justificatives de ce volume, celte déclaration , sous le titre de Confessio Guidonis, etc., ou Récit fait par Guy, seigneur de Giblet, de trois tentatives qu’il fit par l’ordre de messire Guillaume deBeaujeu, maître du Temple, pour surprendre, pendant la nuit, la ville de Tripoli.

i5G HISTOIRE DES CROISADES.

i jHÜ par le crainte, le sire cle Giblct voulut solliciter sa grâce auprès du coinle de Tripoli, offrant d'abandonner sa terre et d’ aller vivra ailleurs comme il pourrait. Mais les Templiers refusèrent d’intercéder pour lui, et de se mêler d’une aifaire où ils l’avaient engagé. Ibn-Férat rapporte que le sire de Giblct fut tué par les ordres de Bohémond. Son fils, dépouillé de l’héritage paternel, ne songea plus qu’à venger la mort de son père; et comme beaucoup d’autres chrétiens, victimes de la violence et de l’injustice, il implora l’assistance des Musulmans. La mort de Bohémond, qui suivit de près celle du seigneur de Giblet, acheva de jeter le trouble et la discorde parmi les habitans de Tripoli. La sœur et la mère du prince se disputèrent son autorité; tous ceux qui, jusque-là, avaient médité des projets de trahison ou de révolte, se mirent à renouveler leurs complots; l’esprit de licence et de jalousie animait tous les citoyens les uns contre les autres, lorsque Kclaoun parut devant leurs remparts avec une armée formidable.

Dix-sept grandes machines furent dressées contre les murailles; quinze cents ouvriers ou soldats s’occupaient de miner la terre ou de lancer le feu gregeois (i). Après trente-cinq jours de siège, les

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