‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 76 sur 276 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Musulmans pénétrèrent dans la ville le fer et la i flamme à la main. Sept mille chrétiens tombèrent sous l’épée du vainqueur; les femmes, les enfans furent traînés en esclavage; une foule éperdue chercha vainement dans l’ile de Saint-Nicolas un asile contre les mamelucks animés au carnage. Aboulféda rapporte qu’étant allé lui-même dans cette île, quelques jours après la prise de Tripoli (i), il la trouva couverte de morts. Plusieurs liabitans s’étaient retirés sur des vaisseaux et fuyaient leur patrie désolée ; la mer les repoussa sur le rivage , où iis furent massacrés par les Sarrasins. Non seulement la population de Tripoli périt presque tout entière , mais le sultan ordonna de brûler et de démolir la ville. Le port de Tripoli attirait une grande partie du commerce delà Méditerranée;

naux et s’occupa «les moyens de secourir les restes des colonies chrétiennes; mais ces secours arrivèrent trop tard pour défendre Tripoli. {Annal, ecclésias. , ad ann. 1288, n°. xl.) Le roi de Chypre envoya quelques navires avec des soldats au secours de la ville. Quatre galères génoises, commandées par Zacharie, entrèrent dans le port, et se déclarèrent contre les Musulmans.

(1) La ville de Tripoli fut prise le aG avril ia8t). Tous les historiens contemporains parlent de la chute de celle cité; les principaux sont Stcron , Jean Villani, la chronique de Bernard, le manuscrit de Jourdain, le continuateur de Ca fia rus, Marin Sanuti, Hayton, et les auteurs arabes.

Mathieu de Westminster ajoute que le sultan fit traîner dans les rues de la ville les saintes images, attachées à la queue des chevaux.

i5fi HISTOIRE DES CROISADES.

luHg la ville renfermait j>lus de quatre mille métiers en soie (i)j on admirait ses palais, ses tours, ses fortifications. Tant de sources de prospérité, tout ce qui pouvait faire fleurir la paix et servir de défense dans la guerre , tout périt sous la hache et le marteau. Le principal but de la politique musulmane, dans cette guerre , était de détruire tout ce qu’avaient fait les chrétiens , de ne laisser sur la côte de Syrie aucune trace de leur puissance, rien qui pût y attirer désormais les princes et les guerriers de l’Occident, rien qui leur donnât les moyens de s’y maintenir , si jamais ils étaient tentés d’y arborer de nouveau leurs étendards.

Ptolémaïs , restée neutre dans une si cruelle guerre , apprit la chute et la destruction d’une ville chrétienne par quelques fugitifs qui avaient échappé au glaive des Musulmans et venaient lui demander un asile. A celte triste nouvelle , elle dut pressentir les malheurs qui la menaçaient ellemême.

Ptolémaïs était alors la capitale des colonies chrétiennes , et la ville la plus considérable de la Syrie. La plupart des Francs, chassés des autres villes de la Palestine , s y étaient réfugiés avec leurs richesses ; c’est là qu’abordaient toutes les flottes qui venaient d’Occident ; on y voyait les plus riches

(i) Voyez la description de cette ville par Jacques de Vitri , liv. i , n°. 33 , et par Marin Sanuti , liv. ni , part, vi , chap. 18. La nouvelle cité de Tripoli fut bâtie à peu de distance de l’ancienne ville.

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