‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 78 sur 276 · LIVRE XVIII. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. l6l

des villes de la Syrie, elle passait encore pour être x la place la mieux fortifiée. Saint Louis, pendant son séjour en Palestine, n’avait rien négligé pour réparer, pour accroître ses fortifications; du côté de la terre, une double muraille entourait la ville, surmontée de distance en distance de hautes tours avec leurs créneaux. Un fossé large et profond défendait l’accès des remparts; du côté de la mer, la ville était défendue par une forteresse bâtie à l’entrée du port, par le château du Temple vers le midi, et par la tour appelée la Tour du roi, vers l’orient.

Ptolémaïs avait alors beaucoup plus de moyens de défense qu’à l’époque où elle soutint pendant trois ans l’attaque de toutes les forces de l’Europe. Aucune puissance n’aurait pu la réduire si elle avait eu pour habitans de véritables citoyens, et non des étrangers, des pèlerins, des marchands toujours prêts à se transporter d’un lieu à un autre avec leurs richesses. Ceux qui représentaient le roi de Naples, les licutenans du roi de Chypre, les Français, les Anglais, le légat du pape, le patriarche de Jérusalem , le prince d’Antioche , les trois ordres militaires, les Vénitiens, les Génois, les Pisans, les Arméniens, les Tarlares, avaient chacun leur quartier , leur juridiction , leurs tribunaux, leurs magistrats, tous indépendans les uns des autres, tous avec le droit de souveraineté. Tous ces quartiers étaient comme autant de cités différentes qui n’avaient ni les mêmes coutumes , TOM. v. Il

iGi HISTOIRE DES CROISADES.

1289111 le même langage, ni les mêmes intérêts. Il était impossible d’établir l’ordre dans une ville où tant de souverains faisaient des lois, qui n’avait point d’administration uniforme ; où souvent le crime se trouvait poursuivi d’un côté , protégé de l’autre. Ainsi toutes les passions étaient sans frein , et donnaient lieu souvent à des scènes sanglantes : outre les querelles qui naissaient dans le pays, il n’y avait pas une division en Europe, et surtout en Italie, qui ne se fit ressentir à Ptolémaïs. Les discordes des Guelfes et des Gibelins y agitaient les esprits , et les rivalités de Venise et de Gênes y avaient fait couler des torrens de sang. Chaque nation avait des fortifications dans le quartier qu’elle habitait; on y fortifiait jusqu’aux églises. A l’entrée de chaque place on remarquait une forteresse , des portes et des chaînes de fer ; il était aisé de voir que tous ces moyens de défense avaient été employés moins pour arrêter l’ennemi , que pour élever une barrière contre des voisins et des rivaux.

* Les chefs de tous les quartiers, les principaux de la ville se rassemblaient quelquefois : mais ils s’accordaient rarement et se défiaient toujours les uns des autres ; ces sortes d’assemblées n’avaient jamais aucun plan de conduite, aucune règle fixe, surtout aucune prévoyance. La cité tout-à-la-fois demandait des secours à l’Occident, et sollicitait une trêve auprès des Sarrasins. Lorsqu'on venait à conclure un traité , personne n’avait assez de puissance pour le faire respecter ; chacun au con-

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