LIVRE XVII
aux Latins cette ville dont la conquête avait coûté des prodiges de valeur , et dans laquelle les Grecs rentrèrent sans combat, secondés parla trahison de quelques paysans, par les ténèbres et le silence de la nuit (i). Baudouin II, après avoir régué trente-sept ans dans Bysance, se mit à parcourir l’Europe comme il l’avait fait dans sa jeunesse, en mendiant le secours des chrétiens. Le pape Urbain IV l’accueillit avec un mélange de mépris et de compassion. Dans une lettre adressée à Louis IX, le pontife déplorait la perte de Constantinople, et gémissait amèrement sur la gloire obscurcie de l’Eglise latine. Urbain exprima le désir qu’on entreprît une croisade pour reconquérir Bysance ; mais il trouva les esprits peu disposés à cette entreprise. Le clergé d’Angleterre et le clergé de France refusèrent des subsides pour une expédition qu’ils jugeaient inutile ; le pape fut obligé de se contenter des soumissions et des présens de Michel Paléologue (2), qui, effrayé au sein de sa
manibus divcrberalis , quotquot habere potuerunt ex suis intra et alia navigia assumptis retrocessere : ex triremibus vero una in magnum palatium progressa , Balduinum pene non vivum captum recepit. (Logolhète, ibid.)
(1) Constantinople retomba sous l’empire des Grecs le ü5 juillet 1261. Les details qu’on vient de lire sur la prise de cette ville sont tires de Georges Logothète. On peut consulter aussi la chronique du moine de Padoue,liv. ni; l’historien Grégoras et les lettres 129, i3i , i3a et 1 33 du pape Urbain IV , liv. 1 du Recueil de scs épîtres.
(2) Urbain adressa à l’empereur Michel Paleologue une
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12O1 nouvelle conquête, promettait, pour apaiser le Saint-Siège, de reconnaître l’Église romaine et de secourir les saints lieux (1).
iat)3 Cependant la situation des chrétiens en Orient devenait chaque jour plus alarmante et plus digne de la compassion des peuples et des princes de l'Occident. Le nouveau sultan du Caire, après avoir ravagé la principauté d’Antioche, était entré sur le territoire de la Palestine avec des forces si considérables qu'il comparait lui-même le nombre de ses soldats à la multitude des animaux qui peuplent la terre et des poissons qui habitent l’Océan. Les Francs, alarmés de son approche, lui envoyèrent demander la paix. Pour toute réponse, le sullan lit livrer aux flammes l’église de Nazareth (2). Les Musulmans ravagèrent ensuite tout le pays situé entre Nain et le Monl-Thabor , et vinrent camper à la vue de Ptolémaïs. Si on en croit quel-
fori longue leltrc qu’on lit clans les Annal, ecclés., ad ann. 12(33 , nl)s. 23 cl suiv.
(1) Suivant Makrisi, Bibars regarda la prise de Constantinople par Paléologue, comme un événement fort heureux. Il se liûla de former des liaisons avec le nouvel empereur grec. Michel , de son côte:, pour s’attacher le sultan du Caire, rétablit l’ancienne mosquée qui était à Constantinople, et Bibars se chargea de fournir les lampes, les voiles, les pariuuts et tout ce qui pouvait servir à la splendeur du culte musulman. (Voy. l’Extrait des auteurs arabes, §. 88.)
(2) Voy. dans l’extrait de Makrisi les reproches que Bibars fit. aux députés des Francs, §. 89; Guill. de Tripoli, apud Duchesne, loin, v, p. 4^4» et Satiuli , apud Bongars, font aussi mention de ces plaintes.
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ques chroniques orientales , le projet do Bibars m63 e'tait alors d’altaqucrlcplus puissant boulevard des chrétiens en Syrie j et dans nue si grande entreprise, il n’avait pas dédaigné les secours de la trahison. Le prince de Tyr , dit Ibn-Férat, réuni aux Génois, devait, avec une llotle nombreuse, assiéger Ptolémaïs par mer, taudis que les mauielucks l’attaqueraient par terre ( i ) ; Bibars se présenta en effet devant la ville , mais ses nouveaux auxiliaires s’étaient repentis sans doute des promesses qu’ils lui avaient laites; ils ne parurent point pour seconder ses desseins. Le sultan se retira plein de fureur, et menaça de se venger sur tous les chrétiens que la guerre mettrait en son pouvoir.
Toutes les campagnes étaient ravagées; les ha- I3°J bilans des villes se tenaient enfermés dans leurs remparts; chaque cité croyaitsans cesse voir arriver 1 ennemisoussesmurs. Aprèsavoir de nouveau menacé Ptolémaïs, Bibars alla se jeter sur la ville de Césarée. Les chrétiens, après une vive résistance, abandonnèrent la place, pour se retirer dans le château , environné des eaux île la mer. Cette forteresse, qui paraissait inaccessible, ne put résister que quelques jours aux attaques des Musulmans [2). Bientôt la ville d’Arsoufvit les mamelucks
(1) Le récit d'Ibn-Fcrat est confirmé par les lettres du pape Urbain IV., adresscesaux Génois. Ce pontife reproche amèrement aux Génois leur conduite en Syrie. ( Voy. Itaynaldi , au commencement de iaG3. )
(2) Ce fut pour punir les chrétiens d’avoir appelé le»
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aa HISTOIRE DES CROISADES.
(levant ses murs. Les liabitans se défendirent avec une bravoure opiniâtre. Les machines de guerre des Musulmans , des poutres, des arbres jetés dans les fossés de la place pour les combler , furent livrés aux flammes. Après s’être battus au pied des remparts, les assiégea ns et les assiégés creusèrent la terre sous les murailles de la ville. On se chercha , on se battit dans des mines et des souterrains; rien ne pouvait, ralentir l’ardeur des chréliensni l’impatiente activité de Bibars. Makrisi rapporte qu’un grand nombre de derviches, de dévots, de gens de loi étaient accourus pour prend repart à la conquête d’Arsouf: «Dans » l’armée musulmane, ajoute le même historien , » les regards des gens de bien n’étaient, blessés par » aucun sujet de scandale. On n’y buvait point de » vin ; il ne s’y passait rien de contraire aux bonnes »> mœurs; de sages matrones apportaient de l’eau » aux soldats, on les voyait se presser autour des » combattans, même au fort de l’action ; telle était » leur ardeur, qu’cllesaidaicntJesgucrriers àtrans- » porter les machines. » Le siège dura quarante jours. Le sultan planta enfin l’étendard du pro-
Tarlares à leur secours, que Bibars attaqua Césarce. Ces peuples avaient de nouveau passé l’Euphrate et étaient venus faire le siège d’Elbiré, forteresse qui domine sur les rives de ce fleuve. A. la nouvelle de l’approche du sultan , les Tartarcs s’enfuirent, et Bibars, malgré l’intercession du seigneur de Jafl'a , se disposa à soumettre Césnrée. (Voy., pour les détails du siège de cette ville, l’Extrait des auteurs arabes, §. 90.)