LIVRE XVIII
Ja guerre (i) ; les clire’tiens,qui avaient le pressenti- , ment de leurs nouveaux périls , implorèrent les secours du souverain pontife. Le pape engagea Venise à lui fournir vingt-cinq galères (2) , cette flotte transporta à Ptolémaïs une troupe de seize cents hommes levée à la hâte dans quelques villes d'Italie. Ce renfort , qu’on envoyait aux habitans de la Palestine pour leur défense , provoqua leur perle ; les soldats du Saint-Siège , levés parmi les aventuriers et les vagabonds, se livraient à toutes sortes d’excès. N’ayant point de solde, ils pillaient les
(1) Voyez sur les causes de la rupture l’Extrait des auteurs arabes , dont quelques-uns ont été témoins des événemens qu’ils racontent. (§. io5. )
(2) Le pape Nicolas fit armer vingt galères par les Vénitiens ; mais il paraît que les Vénitiens ne secondèrent pas les efforts du pape, car à peine y eut-il treize galères qui transportèrent des hommes et des ballistes en Syrie. Le pape écrivit à l’évêque de Tripoli pour se plaindre de ce manque de foi. Sa lettre est datée du i3 des calendes de novembre 1290, troisième année de son pontificat. {Annal, cccle's., ad ann. 1290, 110. 8.)
Le manuscrit de Jordan s’exprime ainsi sur l’envoi de ces galères :
« Nicolas IV fit armer à Venise vingt galères pour le » secours de la Terre-Sainte. Nicolas Teupulo en fut le » commandant. Le pape donna à Jean Grilli , 'capitaine » des troupes soldées du roi de France, trois mille onces » d’or , et mille à Rubeo de Suly , qui s’offrit pour l’expé- » dition. Jean Grilli, passant par la Sicile, obtint du roi » Jacques cinq galères bien équipées. » (Manusc. de Jordan, Fatic. sig., ti°. i960. )
i<56 HISTOIRE DES CROISADES.
Musulmans et les chrétiens ; enfin cette troupe indisciplinée sortit en armes de la ville , et alla faire une incursion sur les terres des Sarrasins ; tout fut ravagé sur son passage ; les bourgs et les villages furent pillés , les habitans insultés , plusieurs massacrés; le sultan du Caire envoya des ambassadeurs aux chrétiens pour se plaindre de ces violences commises dans la paix. A l’arrivée des envoyés musulmans , on tint plusieurs conseils dans Ptolémaïs : les avis étaient d’abord partagés; les uns voulaient qu’on défendît ceux qui avaient rompu la trêve, les autres, qu’on donnât satisfaction au sultan , et qu’on sollicitât la continuation des traités. A la fin on se décida à envoyer au Caire une députation chargée de faire des excuses et d’offrir des présens. La députation , admise à l’audience de Kelaoun, allégua que le mal avait été commis par des soldats venus d’Occident , et non point par des habitans de Ptolémaïs. Les députés offrirent au nom de leur cité de punir les auteurs du désordre ; leurs soumissions , leurs prières ne purent fléchir le sultan , qui leur reprocha avec amertume de se jouer de la foi des traités , et de donner asile à des perturbateurs , à des ennemis de la paix et du droit des gens. Il se montra d’autant plus inflexible (i) , qu’il jugeait
(0 L'auteur de la Vie de Kelaoun donne sur la détermination du sultan des détails qui sont confirmes par Mohy-cddin , qui figura alors dans plusieurs négociations importantes. ( Voyez l’Extrait des auteurs arabes, §. io5). La