‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 84 sur 276 · LIVRE XVIII. i · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. i

paix, et cherchant à ébranler son esprit, il exagéra les forces de Ptolémaïs ; le sultan , effrayé sans doute des difficultés du siège, et pensant trouver une autre occasion de se rendre maître de la ville, consentit à une trêve, à condition que chaque habitant lui paierait un denier de Venise. Legrand-inaître revint dans la place , convoqua une assemblée du peuple dans l’église de Ste.-Croix , et lui exposa les conditions que le sultan mettait à la conclusion d’une trêve nouvelle. Son avis était de souscrire à ces conditions, attendu qu’on n’avait aucun autre moyen de sauver Ptolémaïs. A peine avait-il exprimé son opiniou , que la multitude entre en fureur ; de toutes parts on crie à la trahison , peu s’en fallut que le grand-maître du Temple n’expiât sur l’heure sa sage prévoyance et son zèle pour le salut de la ville. Dès-lors ce généreux guerrier ne songea plus qu’à mourir les armes à la main pour un peuple ingrat et frivole , incapable de repousser la guerre par la guerre, et ne souffrant point qu’on le sauvât par la paix.

La présence du sultan avait redoublé l’ardeur des troupes musulmanes. Dès les premiers jours de son arrivée on poussa le siège avec une incroyable vigueur. L’armée des assiégeans comptait soixante mille cavaliers et cent quarante mille fantassins, qui se relevaient sans cesse et ne laissaient point de repos aux assiégés. Les machines lançaient des pierres et d’énormes pièces de bois dont la chute ébranlait les palais et les maisons de la ville. Une nuée de traits, de javelots, de pots à feu , de balles

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19.91 «le plomb, tombaient jour et nuit sur les remparts et sur les tours. Dans les premières attaques, les chrétiens tuèrent à coups de llècbes et de pierres un grand nombre d’inüdèles qui s’approchaient des murailles : ils firent plusieurs sorties , dans l’une desquelles ils pénétrèrent jusqu’aux tentes des Sarrasins. Repoussés à la fin, quelques-uns d’entr’eux tombèrent au pouvoir des Musulmans, et les cavaliers syriens, qui avaient attaché au cou «le leurs chevaux les têtes des vaincus , allèrent étaler devant le sultan du Caire les barbares trophées d’une victoire chèrement achetée.

Le danger avait d’abord réuni tous les habitans de Ptolémaïs et les animait des mêmes senlimens. Dans les premiers combats , rien n’égalait leur ardeur : ils étaient soutenus par l’espoir qu’on recevrait des secours de l’Occident ; ils espéraient aussi que quelques avantages, remportés sur les Sarrasins, forceraient les assiégeans à la retraite ; mais à mesure que ces espérances s’évanouissaient, on voyait se ralentir leur zèle ; la plupart ne pouvaient supporter de longues fatigues ; la vue d’un péril qui renaissait sans cesse , lassait leur courage ; ceux qui défendaient les remparts voyaient chaque jour diminuer leur nombre; le port était couveiT de chrétiens qui fuyaient emportant leurs richesses. L’exemple de ceux qui prenaient ainsi la fuite, achevait de décourager ceux qui restaient; dans une ville qui comptait cent mille liahilans, et qui , dans les premiers jours du siège, avait fourni près de vingt mille guerriers , on ne

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