‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 85 sur 276 · LIVRE XVIII. i · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. i

trouva plus enfin que douze mille hommes sous les armes.

A la désertion se joignit bientôt un autre malheur, ce fut la division parmi les chefs ; plusieurs désapprouvaient les mesures qu’on suivait pour la défense de la ville, et parce que leur avis n’avait point prévalu dans le conseil , ils restaient dans l’inaction, oubliant les périls et les malheurs qui menaçaient la cité et les menaçaient eux-mêmes.

Le quatrième jour de mai (le siège durait depuis près d’un mois) , le sultan du Caire donna le signal d’un assaut. Le sultan fit réunir dans la plaine trois cents chameaux , et sur chacun de ces chameaux on plaça un tambour; un bruit épouvantable retentissait au loin ( 1 ). Les soldats musulmans , rangés en bataille, sortirent de leur camp : la multitude des guerriers et des armes offrait le plus terrible spectacle. « A mesure que l’armée musulmane » s’avançait ( ce sont les expressions d’une cliro- » nique contemporaine), le soleil resplendissait » sur les targes d’or, et tout le pays semblait ré- » fléchir leur éclat. Le fer des épées polies ressem- » blait aux étoiles qui brillent au ciel pendant une » nuit d’été ; quand les troupes se déployaient les » lances levées, on croyait voir une forêt mou- » vante; plus de quatre cent mille combattans » couvraient les plaines et les collines (2). » Dès le

(1) Ce fait est rapporté par Makrisi. ( Voy. l’Extrait des auteurs arabes, par M. Rciuaud, §. 106.)

(a) Voyez la relation citée plus haut.

1291 lever du jour, les plus formidables machines de guerre 11e cessaient de battre les remparts; tous les « cjforls des assiégeans se dirigèrent surtout vers la porte et la tour de St.-Anloinc, à l’orient de la ville.

Ce poste était gardé par les soldats du roi de Chypre ; les Musulmans vinrent planter leurs échelles au pied des murailles ; la défense ne fut pas moins vive que l'attaque ; le combat dura toute la journée, la nuit seule força les Sarrasins à la retraite.

Le roi de Chypre, plus occupé alors de sa sûreté que de sa gloire, ne pensa plus qu’à déserter une ville qu’il n’espérait plus sauver. Il se retira le soir avec sa troupe , sous prétexte de prendre quelque repos , et confiant le poste du péril aux chevaliers Teutoniqucs , il leur promit de revenir au soleil levant; mais quand le jour parut, le roi de Chypre s’était embarqué avec tous ses chevaliers et trois mille combattans. A la nouvelle d’un si lâche abandon, quelles furent la surprise et l’indignation des guerriers chrétiens. « Plût au ciel, s'écrie un té- » moin oculaire (1), plût au ciel qu’un vent de » tourbillon eût souillé , eût submergé ces fugi- » tifs, et qu’ils fussent tombés au fond de la mer » comme du plomb. »

Le lendemain, les Musulmans donnèrent un uouvel assaut ; ils s’avancèrent en bon ordre couverts de leurs larges boucliers , approchant leurs ma-

(1) Relation manuscrite dont nous avons parlé plus haut.

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