‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 87 sur 276 · LIVRE XVIII. i?ç · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. i?ç

du vainqueur qu’à la bravoure des guerriers chrétiens ; loin de porter du secours à ses voisins, chacun se réjouissait en secret de leurs pertes ; les principaux chefs de chaque quartier ou de chaque nation craignaient d’exposer leurs soldats, non point pour conserver leurs forces contre les Sarrasins, mais pour avoir plus d’empire dans la cité, et se ménager les moyens d’être un jour les plus puissans et les plus redoutés dans les discordes publiques.

Cependant la véritable bravoure ne se laissait point entraîner à de si lâches passions ; les milices du Temple et de l’Hôpital se montraient partout où il y avait du danger; Guillaume de Clermont, maréchal des Hospitaliers, accourut avec ses chevaliers au lieu du désordre et du carnage. Il rencontra une foule de chrétiens qui fuyaient : ce brave guerrier ranime leur courage abattu , et se précipitant lui-même dans les rangs des Sarrasins , il frappe et renverse tout ce qu’il trouve sur son passage ; les Musulmans , dit la Relation déjà citée , fuj oient, à son approche , comme brebis devant le loup. Alors la plupart de ceux qui avaient pris la fuite revinrent au combat ; le choc fut terrible , le carnage effroyable : vers le soir, les trompettes des Sarrasins sonnèrent la retraite ; les Musulmans échappés au fer des chrétiens se retirèrent en désordre par la brèche qu’ils avaient faite.

Cet avantage inattendu changea tout-à-coup les esprits. Ceux qui n’avaient point pris de part

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i3g, aux combats, et qui étaient restés paisibles clans leurs demeures , craignirent enfin qu’on ne les accusât de trahir la cause des chrétiens. Us se mirent en marche , les bannières déployées, et s’avancèrent vers la porto St. -Antoine ; la vue du champ de bataille, rempli encore des traces du carnage, dut réveiller en eux quelques généreux sentimens , et s’ils n’avaient point fait éclater leur bravoure, la vue des guerriers étendus à terre, qui les conjuraient de panser leurs blessures , leur offrit au moins l’occasion d’exercer leur humanité. On soigna les blessés , on enterra les morts ; on s’occupa ensuite de réparer les murailles , de placer des machines; toute la nuit fut employée à préparer les moyens de défense pour le jour qui devait suivre.

Le lendemain , avant le lever du soleil , on convoqua une assemblée générale dans la maison des Hospitaliers. La tristesse était peinte sur tous les visages ; la veille on avait perdu deux mille guerriers chrétiens; il ne restait plus dans la ville que sept mille combaltans; ils ne pouvaient plus suffire à défendre les tours et les remparts ; ils n’étaient plus soutenus par l’espoir de vaincre leurs ennemis ; l’avenir n’olfrait que des périls et des calamités (t).

"Quand toute l’assemblée fut réunie , le patriarche de Jérusalem prit la parole. Le vénérable prélat

(i) La Relation manuscrite parle de cette assemblée , et donne des détails intéressai».

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