‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 88 sur 276 · LIVRE XVIIL · texte numérisé non relu

LIVRE XVIIL

ne fit point de reproches à ceux qui n’avaient 1291 pas assisté au combat de la veille ; on devait oublier le passé; il ne loua point ceux qui avaient signalé leur bravoure , de peur d’éveiller la jalousie : dans son discours il ne parla point de la patrie; car pour la plupart de ceux qui l’écoutaient, la patrie n’était pas dans Ptolémaïs. Le tableau des malheurs qui menaçaient la ville et chacun de ses liabitans, fut présenté sous les couleurs les plus sombres; il n’y avait point d’espérance et point d’asile pour les vaincus ; on ne devait rien espérer de la clémence des Sarrasins, accomplissant toujours leurs menaces , jamais leurs prônasses. Il n’était que trop certain que l’Europe ^renverrait point de secours; on n’avait point assez de vaisseaux pour songer à fuir par la mer; ainsi le patriarche cherchait moins à dissiper les alarmes de ses auditeurs qu’à les animer par le désespoir. Il termina son discours en les exhortant à placer toute leur confiance en Dieu et dans leur épée, à se préparer au combat par la pénitence, à se chérir, à se secourir les uns les autres, à rendre leur vie et leur mort glorieuses pour eux , utiles à la chrétienté.

Le discours du patriarche fit la plus vive impression sur l’assemblée; ou n’entendait que des soupirs et des sanglots ; tout le monde fondait en larmes; les sentimens religieux , que ranime d'ordinaire la vue d’un grand péril , remplissaient toutes les âmes d’une ardeur et d’un enthousiasme inconnus; la plupart s’embrassaieut , s’exhortaient

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i réciproquement à braver tous les dangers ; ils se confessaient les uns aux autres et souhaitaient la couronne du martyr ; ceux même qui la veille méditaient leur désertion, jurent qu’ils n’abandonneront point la ville , et qu’ils mourront sur le rempart avec leurs frères et leurs compagnons.

Les chefs et les soldats vont ensuite occuper les postes confiés à leur bravoure. Ceux qui ne sout point employés à la défense des remparts et des tours, se disposent à combattre l’ennemi s’il vient à pénétrer dans la ville ; on élève des barrières dans toutes les rues , on fait des amas de pierres sur les laits, à la porte des maisons, pour arrêter dan™eur marche et pour écraser les Musulmans.

A peine avait-on achevé ces préparatifs que l’air retentit du son des trompettes et des tambours; un bruit horrible, qui se faisait entendre dans la plaine , annonce l’approche des Sarrasins ; après avoir lancé une multitude de flèches, ils se précipitent vers le mur qu’ils avaient renversé le jour précédent. On leur opposa une résistance à laquelle ils ne s’attendaient point ; plusieurs trouvèrent la mort au pied des remparts ; mais comme leur nombre s’accroissait de moment en moment, leurs attaques sans cesse renouvelées devaient à la fin épuiser les forces des chrétiens, toujours en petit nombre et ne recevant point de renforts. Ceux-ci, vers la fin de la journée, avaient à peine la force de lancer leurs traits et de manier leurs lances. La muraille s’écroula de nouveau sous les coups des

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bcliers; alors on entendit le patriarche, toujours présent au lieu du danger, s’écrier d’une voix lamentable : « O Dieu , enloure-nous d’un rempart » que les hommes ne puissent détruire , et couvro- » nous de l’égide de ta puissance. » À celle voix les soldats parurent se ranimer, et firent un dernier effort; on les voyait se précipiter au-devant de l’ennemi, en appelant le benoist Jésus-Christ à haute voix. Les Sarrasins, ajoute la Relation manuscrite, appelaient le nom de leur Mahomet , et proféraient les plus violentes menaces contre les défenseurs de la foi chrétienne.

Tandis qu’on se battait ainsi sur les remparts , la ville attendait dans la crainte l’issue du combat ; l’agitation des esprits enfantait mille rumeurs qu’on adoptait , qu’on rejetait tour-à-tour. On disait dans les quartiers les plus éloignés que les chrétiens étaient victorieux et que les Musulmansavaient pris la fuite ; on ajoutait qu’une flotte arrivait de l’Occident avec une armée. A ces nouvelles, qui donnaient un moment de joie , succédaient des nouvelles effrayantes , et dans tous ces bruits il n’y avait de vrai que ce qu’ils annonçaient de sinistre.

Bientôt on apprend que les Musulmans sont entrés dans la ville (i). Les guerriers chrétiens qui

(.) Le père Mansi donne jour par jour, sur le siège cl la prise d’Acre, les details suivans :

Les Sarrasins arrivèrent devant cette ville le .5 de mars, et la tinrent assiégée jusqu’au ter. mai, où le sultan vint

ta<).

1291 défendaient la porte St.-Ântoine n’avaient pu résister au clioc de l’ennemi , et fuyaient dans les rues , implorant le secours des liabilans. Alors ceux-ci se rappellent les exhortations du patriarche ; des renforts accourent de tous les quartiers ; on voit reparaître les chevaliers de l’Hôpital ayant à leur tète le valeureux Guillaume. Une grêle de pierres tombait du haut des maisons; des chaînes de fer étaient tendues sur le passage de la cavalerie musulmane ; ceux qui avaient déjà combattu reprennent des forces , et se précipitent de nouveau dans la mêlée ; ceux qui arrivaient à leur secours volent sur leurs pas , enfoncent les bataillons musulmans , les dispersent et les poursuivent

avec sa troupe d’élite. Le 4 mai, ils commencèrent à battre la place avec leurs machines. Le i5, ils tentèrent un assaut; la nuit suivante, le roi de Chypre s’enfuit. Le lendemain l’assaut recommença. Guillaume de Clermont, maréchal de l’Hôpital , empêcha par sa valeur les ennemis de pénétrer dans la ville. Le 17 et le 18 il les repoussa encore; mais les apostats qui étaient avec eux ayant renouvelé le combat , et Jean de Gerliac ou de Gresly, dernier chef de farinée chrétienne, s’étant retiré de la ville, Ptolémaïs fut occupée par les ennemis. Les chrétiens qui survécurent au combat se retirèrent dans la maison du Temple et s’y défendirent. Les Templiers ayant perdu leur grand-maître, élurent le moine Gaudiui. Celui-ci accepta des conditions qui lui furent offertes; mais ces conditions furent aussitôt violées. Les chevaliers reprirent les armes et périrent presque tous sous les ruines d’une tour qu’on avait minée. (Vov.

. Annal, ecclésiasl. , ad ann. tacjt , et Y Art de vérifier les dates. )

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