LIVRE XV lit. j
Une multitude de peuple fuyait au hasard, sans '^9* savoir où elle pourrait trouver un asile. Des familles entières se réfugiaient dans les églises, où elles étaient étouffées par les flammes, ou égorgées au pied des autels ; des religieuses , des vierges timides , se mêlaient à la multitude qui errait dans la ville, ou se meurtrissaient le sein et le visage (1) pour échapper à la brutalité du vain-
(1) Wadin , auteur de la chronique intitulée : Annales niinorum , toin. n, pag. 585, cite un trait que St.-Anloniu rapporte dans la 3e. partie de sa Somme historique. Après avoir dit que la plupart des Frères mineurs lurent tues pattes Sarrasins , il ajoute ces mots : « Mais aucune des vierges de Ste.- Claire n’èchappa. » L’abbesse de cet ordre , qui avait un cœur mâle, ayant appris que les ennemis étaient entres dans la ville, convoque toutes ses sœurs au son de la cloche , et par la force de ses paroles leur persuade de tenir la promesse quelles avaient faite à J.-C. , leur epoux , de garder constamment leur virginité. « Mes chères filles , mes » excellentes sœurs, leur dit-elle, il nous faut dans ce dan- » ger certain de la vie et de la pudeur nous mettre au-des- » sus de notre sexe. Ils sont près de nous les ennemis , non » pas tant de notre corps que de notre âme; ces barbares » qui , après avoir assouvi sur celles qu’ils rencontrent leur » passion brutale , les percent de leur épée. Dans la crise » où nous nous trouvons, nous ne pouvons échapper par la » fuite à leur fureur; mais nous le pouvons par une réso- » lution pénible, il est vrai, mais sûre. La plupart des » hommes sont séduits par la beauté des femmes ; ôtons- » nous cet attrait, cherchons un préservatif à notre pudeur » dans ce qui sert d’occasion de la violer. Détruisons notre » beauté pour conserver intacte notre virginité : je vais » vous donner l’exemple; que celles qui désirent aller sans
rgo HISTOIRE DES CROISADES.
1291 queur : ce qu’il y avait de plus déplorable dans le spectacle qu’ofFrait alors Ptolémaïs , c’était la désertion des chefs qui abandonnaient un peuple livré à l’excès de son désespoir. On avait vu fuir, dès le commencement du combat, Jean de Gresly et Oste de Granson , qui s’étaient à peine montrés sur les remparts pendant le siège. Beaucoup d’autres, qui avaient fait le serment de mourir, à l’aspect de cette destruction générale, ne songeaient plus qu’à sauver leur vie , et jetaient leurs armes pour précipiter leur fuite. L’histoire peut cependant opposer à ces lâches désertions quelques traits d’un véritable héroïsme (1). On n’a pas oublié les actions • éclatantes de Guillaume de Clermont. Au milieu des ruines de Ptolémaïs , au milieu de la désolation universelle, il déliait encore l’ennemi; cherchant à rallier quelques guerriers chrétiens , il accourut à la porte Saint-Antoine, que les Templiers venaient d'abandonner; lui seul veut recommencer le combat , il traverse plusieurs fois les
» tache au-devant de l’époux immaculé, imitent leur maî- » tresse. » A ces mots elle se coupe le nez avec un rasoir; les autres font de même et se défigurent avec courage, dit l’historien, pour se présenter plus belles à J.-C. Par ce moyen, elles conservèrent leur pureté, car les Sarrasins , en voyant leurs visages ensanglantés , conçurent de l’horreur pour elles , et se contentèreut de leur ôter la vie.
(1) L’historien Aboulfëda, qui se trouva au siège d’Acre avec ses guerriers de Ilama , rend hommage à la bravoure des chrétiens. « Leur ardeur, dit-il, était telle qu’ils ne daignaient pas même fermer leurs portes. »