LIVRE XVIII. îgi
rangs dos Sarrasins, et retourne sur scs pas coni- i battant toujours; quand il fut revenu au milieu de la cité, « son dextrier , nous copions la Relation » manuscrite, fui molt las et lui-même aussi; le » dextrier résista en contre les espérons , et s'ar- » resta dans la rue comme qui n en peut plus. Les » Sarrasins , à coups de flèches , ruèrent à terre » frère Guillaume ; ainsi ce loyal champion de » Jésus-Christ rendit l’âme à son Créateur, »
On ne peut refuser des éloges au dévouement du patriarche de Jérusalem , qui , pendant tout le siège , avait partagé les dangers des combaltans ; lorsqu’on l’entraînait vers le port pour le dérober à la poursuite des Musulmans, ce généreux vieillard se plaignait avec amertume d’être séparé de son troupeau au fort du péril; on le força enfin de s’embarquer; mais comme il reçut dans son navire tous ceux qui se présentaient , le vaisseau fut submergé, et le fidèle pasteur mourut victime de sa charité.
La mer était très orageuse , les navires ne pouvaient s’approcher de la terre; le rivage présentait un spectacle déchirant : c’était une mère qui appelait son fils , un fils son père ; plusieurs se précipitaient de désespoir dans les flots; la foule s’efforcait de gagner les vaisseaux à la nage; les uns se noyaient dans le trajet , les autres étaient écartes à coups de rames. On vit arriver sur le port plusieurs femmes des plus nobles familles , emportant avec elles leurs diamans et leurs effets les plus précieux; clics promettaient aux nautonniers de devenir leurs
igi HISTOIRE DES CROISADES.
1291 épouses, de se livrer à eux avec toutes leurs richesses , si on les conduisait loin du péril (i) ; elles furent transportées dans l’île de Chypre ; on ne montrait plus de pitié que pour ceux qui avaient des trésors à donner; ainsi, tandis que les larmes ne touchaient plus les cœurs , l’avarice tenait lieu d’humanité. Enfin les cavaliers musulmans arrivèrent sur le port; ils poursuivirent les chrétiens jusque dans les flols : dès-lors personne ne put . échapper au carnage.
Cependant , au milieu de la ville livrée aux flammes, au pillage , à la barbarie du vainqueur, plusieurs forteresses restaient debout, défendues par quelques soldats chrétiens ; ces malheureux guerriers moururent les armes à la main, sans avoir d’autres témoins de leur fin glorieuse que leurs implacables ennemis.
Le château du Temple, où s’étaient réfugiés tous les chevaliers qui avaient échappé au glaive des Sarrasins, fut bientôt le seul lieu de la ville où l’on combattît encore. Le sultan leur ayant accordé une capitulation, envoya trois cents Musulmans pour l’exécution du traité. A peine ceuxci furent-ils entrés dans une des principales tours, la tour du grand-maître , qu’ils outragèrent les femmes qui s’y étaient réfugiées. Cette violation du droit des gens irrita à tel point les guerriers chrétiens, que tous les Sarrasins entrés daus la tour fu-
(i) Ce trait est rapporté par Ibn-Férat.