‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 93 sur 276 · LIVRE XVIII. ig · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. ig

rentsur l’heure immolés à une trop juste vengeance, i Le sultan irrité ordonna qu’on assiégeât les chrétiens dans leur dernier asile, et qu’on les passât tous au fil de l’épe'e. Les chevaliers du Temple et leurs compagnons se défendirent pendant plusieurs jours ; à la fin la tour du grand-maître fut minée : elle s’écroula au moment où les Musulmans montaient à l’assaut ; ceux qui l’attaquaient et ceux qui la défendaient furent également écrasés dans sa chute; les femmes, les enfans, les guerriers chrétiens, tout ce qui était venu chercher un refuge dans la maison du Temple, périt enseveli sous les décombres. Toutes les églises de Ptolémaïs avaient été profanées , pillées , livrées aux flammes ; le sultan ordonna que les principaux édifices , les tours et les remparts fussent démolis (i).

Les soldats musulmans exprimaient leur joie par de féroces clameurs; et cette joie des vain-

(i) Les auteurs arabes célèbrent avec enthousiasme cette victoire de Khalil ; mais ils racontent à peine les événeraens du siège; les vers qu’on fit à cette occasion tiennent, selon leur usage, une assez grande place dans leurs histoires. Un scheik avait vu pendant son sommeil un homme qui récitait des vers en l’honneur du sultan vainqueur des chrétiens; le cadi Mohi-eddin composa un distique dans lequel il menaçait les enfans du Nord d’une invasion des Musulmans sur leur territoire. Une partie du butin fait â Ptolémaïs fut employée à entretenir la chapelle où reposaient les restes de Kelaoun. ( Voy. les Extraits des auteurs arabes. )

ia9' queurs formait un horrible contraste avec la désolation des vaincus. Au milieu des scènes tumultueuses de la victoire, on entendait d’un côté les cris des femmes à qui les barbares faisaient violence dans leur camp , de l’autre les cris des petits enfans qu’on emmenait (i). Une multitude éperdue de fugitifs, chassés de ruine en ruine, et n’ayant plus de refuge , se dirigèrent vers la tente du . sultan pour implorer sa miséricorde ; Khalil distribua ces chrétiens supplians à ses émirs , qui les (irent tous massacrer. Makrisi fait monter à dix mille le nombre de ces malheureuses victimes.

Après la prise et la destruction de Ptolémaïs , le sultan envoya un de ses émirs avec un corps de troupes pour s’emparer de la ville de Tyr(a); cette ville saisie d’épouvante ouvrit ses portes sans résistance ; les vainqueurs s’emparèrent aussi de Béroutli , de Sidon , et de toutes les villes chrétiennes delà côte. Ces villes, qui n’avaient point porté de

(i) Voy. le récit du siège de Ptolémaïs fait devant le pape par le moine Arsenne. ( Biblioth . des Crois., tom. i.)

(a) Marin Sanuti dit que le jour où Ptolémaïs fut prise, les habitansde la ville deTyr, montant sur des vaisseaux, laissèrent celte place aux vainqueurs. Selon l’auteur de Y Epitome de la guerre sainte , les lrabitans de Sidon eu firent autant. Ceux de Bérouth, se fiant aux paroles pacifiques des Sarrasins , furent tués ou faits prisonniers et emmenés au Caire. (Voy. Antiq. lectiones, apud Canisium, tom. vi, pag. 278. Voyez encore Ptolomée de Lucques, liv. xxiv, cliap. u3 et 24, ainsi que les auteurs arabes, traduits par M. Rcinaud.)

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