LIVRE XVIII. ig
secours à Ptolémaïs, et qui se croyaient protégées par une trêve, virent leur population massacrée , dispersée , traînée en esclavage; la fureur des Musulmans s’étendit jusque sur les pierres, on bouleversa jusqu’au soi qu’avaient foulé les chrétiens; leurs maisons , leurs temples , les monumens de leur industrie , de leur piété et de leur valeur, tout fut condamné à périr avec eux par le fer et par l’incendie.
La plupart des chroniques contemporaines attribuent de si grands désastres aux péchés des habitansde la Palestine, et ne voient dans les scènes de la destruction que l’effet de cette colère divine qui s’appesantit sur Ninive et sur Babylone. L’histoire ne rejette point ces explications faciles; mais il lui est permis sans doute de pénétrer plus avant dans les affaires humaines , et tout en reconnaissant l’intervention du ciel dans les destinées politiques des peuples, elle doit au moins chercher à connaître les moyens donls’est servie la Providence pour élever , maintenir quelque temps, et détruire enfin les empires.
Nous avons montré, dans notre récit, jusqu’à quel point l’ambition des chefs, l’indiscipline des guerriers, les passions turbulentes de la multitude, la corruption des mœurs, l’esprit de discorde et de dissension , enfin l’esprit d’égoïsme et d’isolement, avaient pu précipiter le royaume de Jérusalem vers sa décadence. Dans les livres suivans, nous nous étendrons davantage sur les causes qui amenèrent la fin des croisades, et qui firent
lyG HISTOIRE DES CROISADES.
1291 perdre aux Francs, long-temps victorieux, le fruit de leurs conquêtes. Nous nous bornerons à dire ici en peu de mots comment la puissance chrétienne en Syrie avait pu tomber si promptement.
Cette puissance avait été jetée sur les côtes de l’Asie comme par une tempête; semblable à ces plantes exotiques, qui ne s’élèvent qu’avec peine loin du sol qui leur est propre, elle n’avait pu recevoir son développement naturel dans un climat et sous un ciel étranger : les colonies chrétiennes en Orient comptaient plus de quatre-vingts cités , un plus grand nombre de châteaux ou forteresses (1) ; mais la plupart de ces châteaux et de ces villes rcce-
(1) Voici la liste des villes ei châteaux qui appartenaient aux Francs établis en Syrie :
Antioche , Tarse, Adana, Mamistra, Coxon, Plastenzia , montagne Noire ou mont Amanon, Alexandretle, Gaston (château) , Russa , Roia ou Rugia (chât.), Arcican (chât.) , Seleucic, dite Pieria, port St.-Siméon , Artesie ou Arlasie, Ilareuc (chât. ) , Népa , Foulaine-Murée, Barra ou Albara, Marra, Cafarda (chât.), Apamée, Aretusa, Silari ou Chezat, Daphné, Doxau (vallée), Pulzin, Liche ou Laliche,Avota, Château-de-la- Vieille , Lena, Gabulou ou Gibel (citât.), Saint-Gilles , Paltos , Valania, Maraclée, Margat (chât. ).
Edesse ou Rhoës, Mélelénie ou Mélilène, Colomgenhart ouColmadara,Samusartou Samosale, Bile, Cresso (chât.), Carra, Anléinusia, Saiut-Serge ou Sergiopolis , Gertnanicia ou Adala, Sororgie ou Sororge, Tulupan, Turbessel (chât. lorl), Commi (chât.), Marésie ou Marasia.
Tripoli, Raphanéa, Monferran t (chât.), Arado (île), Tortose ou Antarade, Cralo ( chât. ), vallée des Chameaux, Bocce( chât. fort), Arcliis ou Archas (chât. fort), Mout-