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* f • font* entendre : à consignai , la terreur s’empare iio|
des plus braves ; on ne songe plus à disputer la victoire aux Latins. Lascaris , resté seul , est obligé d'abandonner lui-méine une ville que personne ne'veut défendre. Ainsi Constantinople, qui avait vu deux empereurs dans une nuit, se trouvait encore une fois sans maître, et pe présentait plus que l’image d’un Vaisseau sans gouvernail , battu par les vents , et près de périr sous les coups de la tempête. L’incendie, allumé par les Latins, embrasa plusieurs quartiers , et consuma , de l’aveu des barons , plus de maisons que n’en contenaient les trois plus grandes villes de France et d’Allemagne (i). L’embrasement dura toute Ta? nuit. Quand le jour fut, sur lç point de paraître, les croisés, à la lueur des flammes , se disposaient à poursuivre leur victoire. Rangés en bataille, ils *s’avançaient avec précaution et défiance , lors- <, qufils entendirent des voix suppliantes qui faisaient retentir l’air de prières et de gémissemens. Des femmes, des enfans, des vieillards, précédés du clergé , portant des croix et les images des saints, venaient en procession se jeter aux pieds des vainqueurs ; les chefs se laissèrent toucher/ par les cris et les larmes de celte foule éplorée. Un hérault d’armes parcourut les rangs , en proclamant les
(i) Villehardouin paraît ignorer ou affecte d’ignorer quels furent les auteurs de cet incendié. (Lib. v., pag. i3o.) « Il y eut plus de maisons brûlées que ne contiennent trois des bouncs villes de France. » (Ibid.) t*
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lois de la clémence ; les soldais reçurent Tordre d’épargner la vie des habitans, de respecter l’honneur des femmes et des filles. Le clergé latin réunit ses exhortations à celles des chefs de l’armée , et menaça des foudres de l’Eglise tous ceux qui abuseraient de la victoire pour outrager l’humanité.- *.
Cependant les croisés s’avançaient au bruit des clairons et des trompettes; bientôt leurs drapeaux furent arborés dans les principaux quartiers de la ville. Lorsque Boniface entra danS le palais de Bucole'on , qu’on croyait occupé par "des gardes impériales , il fut surpris d’y trouver un grand nombre de femmes des premières maisons de l’empire, qui n’avaient pour défense que leurs gémissemens et leurs larmes. Marguerite, fille du roi de Hongrie, et femme d’Isaac; Agnès, fille d’un roi de France (i), épouse de deux empereurs, se jetèrent aux genoux des barons et des clievaliers, en implorant leur miséricorde. Le .marquis de Monferrat respecta -leur infortune, et leur donna des gardes. Pendant que Boniface s’empalait du palais de Bu-
coléon, Henri de Hainaut prenait possession du
(i) Agnès , fille de Louis "VII, avait été, à l’âge de huit ans, accordée en mariage à Alexis Comnène, fils de Manuel, en 1 179. Après la mort d’Alexis, son meurtrier, Audrouic, usurpa l’empire, épousa Agjcs, et n’en eut point d’enfans ; Agnès demeura ,veuvc à Coustantïnople jusqu’à l’époque de la prise, où, elle épousa Brarms, qui resta attaché au parti des Latins. •-
palais des Blaqucrnes; ces deux palais, remplis d’immenses. richesses, furent préservés du pillage, et n’offrirent point les scènes lamentables qui désolèrent , pendant plusieurs jours , la, ville de Constantinople (i).
Les croisés , impatiens de recueillir les trésors qu’ils s’étaient partagés d’avance , se répandaient dans tous les quartiers de la capitale, et enlevaient sans pitié tout ce qui s’offrait à leur avidité (3). Les maisons des plus pauvres citoyens n’étaient pas plu» respectées que celles de%rlclies. Les Gï'ccs, dépouillés de leurs biens, maltraités par les vaiix-
(i) Nicetas ( lib. i , cap- 3) parle du carnage qui suivit la prise de Constantinople ; nous avens cite’ les paroles memes de Villehardouin, qui ne contredit pas Xout-à-fait Nicetas. Le pape, dans ses lettres, faisait à ce sujet de vifs reproches aux croises. Qunther ne porte qu’à deux mille le nombre des personnes tuées* à l’entrée des croises dans Constantinople : ceciderunt in (lie civium quasi duo millia ( cbap. i8)j il attribue ce carnage aux Latins établis à Constantinople, et qui avaient beaucoup à se plaindre des Grecs. Le même historien nous apprend que les ecclésiasti-? quesqui suivaient l’armée, contribuèrent, par leurs discours, à faire cesser le massacre. Il ne manque point celte occasion .de louer la pietéet l liumanité de Martin-Litz, qui parcourait les rangs de l’armée victorieuse, prêchant la modération aux vainqueurs.
(a) Villehardouin dit que lessoldats gagnèrent infiniment en or, argent, pierreries, drap de soie et fourrures exquises de marthe, zibeline, loups-cerviers , hermines, et d’or de gris... «Si oneques ne fut vu nulle part un si riche saccagement. » ( Lib. ,v. )
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n„4 queurs , imploraient l'humanité îles comtes et des barons, se pressaient autour du marquis de Montferrat, en criant : Saint roi marquis, ayez pitié de nous (y). Boniface était touché de leurs plaintes , et s’efforçait de rappeler les croisés à des senti mens de modération; mais la licence des soldats croissait à la vue du butin ; les plus dissolus, les plus indisciplinés donnaient le signal, marchaient à la te te., et leur exemple entraînait tous les autres : l’ivresse delà victoire n’avait plus de frein, ne connaissait * T ni la crainte ni la pitié.
Les croisés, qui avaient cessé le carnage, employaient partout l’outrage et la violence pour dépouiller lesvaincus; Constantinople n’avait point deüeuqui ne fut exposé à leur recherche brutale (2). Malgré les défenses plusieurs fois renouvelées de leurs chefs et de leurs prêtres , ils ne respectèrent
(1) A' oyez le texte, Bibliothèque des Croisades , tom. h, chap. 18, extrait de Nicetas. Voyez aussi la Bibliothèque des Croisades , où nous avons donné un extrait de la Chronique de Gunther : « Quidam, dit Innocent III ( G esta, cliap. 94, pag. 53 1 ) , nec religioni, ncc œtati, nec sexui pepercerunt : sed Jbrnication.es adulteria et incestus in oculis omnium exercenles non solum maritatas et viduas sed matronas , virgines deoque dicatas exposuerunt spurcitiis gartionum. »
(2) « Il n’y avoit rien de si difficile, dit Nicetas, que d’adoucir l’humeur farouche de ces barbares, que d’apaiser leur colère , que de gagner leur affection. Leur bile étoit si échauffée qu’il ne falloit qu’un mot pour la mettre en feu: c’étoit une entreprise ridicule que de vouloir les rendre
ni la pudeur des femmes, ni la sainteté dos églises. ,30i* Des soldats et des valets de l’armée dépouillèrent les cercueils des empereurs ; le corps de Justinien , que des siècles avaient épargné, et qui s’offrit tout entier à leurs regards, ne put retenir leurs mains sacrilèges et leur faire respecter la paix, des tombeaux; ou les voyait dans les temples porter leurs mains avides partout où éclatait la soie , où brillait un peu d’or. L’autel de la Vierge , qui décorait l’église de Sainte-Sophie, et qu’on admirait comme un chef-d’œuvre de l’art, fut mis en pièces, et le voile du sanctuaire déchiré en lambeaux. Les vainqueurs jouaient aux dés sur des tables de marbre qui représentaient les apôtres , et s’enivraient dans des coupes l’éservées pour le service divin (1). Des chevaux, des mulets, amenés jusque dans le sanctuaire, succombaient sous le poids des dépouilles, et, percés de coups d’épée, souillaient de lçur sang et de leurs ordures le parvis de Sainte-Sophie. Une fille prostituée, que Nicolas appelle la suiyante des démons, la prêtresse des furies, monta dans la chaire patriarcale , entonna une chanson impudique et dansa dans l’église , au milieu de la foule des soldats , comme pour insulter aux cérémonies de la reli- . gion O).
traitables, une folie que de leur parler raison. » (Lib. n , cap. ni.) . .
(i) Voyez la description un peu emphatique de Niceias, traduite dans la Biblioth. des Croisades , tom. n.
(a) Voici la traduction curieuse que fait le président \ TOM. III. 17
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Los Giecs ne pouvaient Voir’ sans frémir d’horreur, ces scènes impies. Nioctas, en déplorant les malheurs de l’empire, et de l’église grecque, déclame avec véhémence contre la race barbare des Francs. « Voilé donc ‘ s’écrie-t-il, ce que nous » promettaient ce hausse-col doré, cette huineur » lière , ces sourcils élevés, cette barbe rase, cette » main prête à répandre le sang, ccs narines qui » ne respirent que la colère, cet œil superbe, cet » esprit cruel , celte prononciation prompte et » précipitée (i). » L’historien de Bysatice reproche aux croisés d’avoir surpassé les Sarrasins en barbarie , et leur rappelle l’exemple des soldats de Saladin, qui, maîtres de Jérusalem , ne violèrent point la pudeur des matrones et des vierges ; ne remplirent point de cadavres sanglans le sépulcre du Sauveur , ne fiient ressentir aux chrétiens ni le fer, ni le feu , ni la 'faim , ni la nudité.
Les campagnes voisines du Bosphore n’offraient pas un spécüiele moins déplorable que la capitale. Le» villages, les. églises, les maisons de plaisance avaient été dévastés et livrés au pillage. Une foule éperdue couvrait les chemins et marchait au hasard, poursuivie par la crainte, succombant à la
Cousiu de ce passage de Nicetas : «Uue femme chargée <le pèches, une servante du démon , une prêtresse «les Furies, uife boutique trenchanlemens, s’assit dans la chaire patriarcale pour insulter insolemment à J.-C. Elle y entonna une chanson impudique et dansa dans l’église. » (T. v, p. 5g i.) (i) Bibliolh. des Crois. , mine u , extrait de Nicolas.