FIN I)U LIVRE XII
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N°. Ier.
Le rôle important qu’a joué le chancelier Conrad dans cette croisade , nous impose l’obligation d’entrer dans quelques détails sur sa personne.
Conrad était d’origine noble, quoique les historiens ne s’accordent point touchant la famille à laquelle il appartenait; mais toujours paraît-il certain qu’il sortait d’une des trois maisons de Rabensburgk , de Reinstein ou de Querfurt, et que sa naissance favorisa son ambition. L’étendue de son savoir et ses qualités personnelles le firent distinguer à la cour de Frédéric I". , et ce prince le fit son chapelain et son chancelier. Dans cette place éminente, qui le mettait à la tête des affaires publiques, il déploya les talens les plus rares. Ce fut pour récompenser ses services que Frédéric l’éleva , en 1 1 83 , à l évêché de Lubeck. Il était difficile que la vie d’un prélat pût convenir à un homme qui avait vécu à la cour et parcouru la carrière politique avec éclat , et'dont les succès avaient accru l’ambition. Aussi , profitant de quelques démêlés qu’il eut âvec le comte Adolphe, il abdiqua son évêché, revint à la cour, et y reprit la dignité de chancelier.
On a prétendu qu’il avait accompagné Frédéric dans sa croisade : bien plus, qu’après sa mort, c’était lui qui avait pris le commandement de l’armée , et en avait ramené les restes en Allemagne. Mais on a confondu l'expédition de j 1 8g avec celle de i ig6. Tageno , à qui on doit le récit
5 uo ÉCL AIRCISSEMENS. '
détaillé de la troisade de Frédéric , ne nomme point Conrad, quoiqu’il fasse connaître tous les personnages de marque dont ce prince fut accompagné. Godefroi-le-Moine met à la tète de l’armée , Henri et Gérard , qui la commandèrent pendant dix semaines. Enfin, Arnault de Lubeck nomme Godefroi de W urtzbourg comme le grand moteur de cette croisade.
Conrad occupa la même dignité de chancelier sous Henri VI , et jouit des faveurs de ce prince ; il fut employé par lui dans les affaires d’Italie , et on trouve , dans Arnault de Lubeck , une lettre du prévôt de l’église d’Hildesheim , dans laquelle il rend compte de son voyage en Italie et en Sicile. Dans le même temps où il dirigea la croisade de i ig6 , il fut fait évêque de Hildesheim. Nous avons parlé de ses faits pendant la croisade. A son retour de Syrie, dans les guerres que se firent Philippe de Souabe et Othon duc de Saxe , il se déclara pour le premier. A la même époque , le siège de Wurtzbourg étant devenu vacant, il le postula , parce que le titre de dux Francice orientalis , qui y était attaché , flattait son ambition , et il s’y installa sans demander l’approbation du pape Innocent III. Le pontife , irrité du mépris de sa suprématie , prononça des ana<thêmes et lança des sentences d’excommunication contre Conrad , l’obligea de renoncer à l’évêché de Hiidesheiai comme au siège de Wurtzbourg , le trouvant indigne de dirige^- ceux qu’il avait délaissés par orgueil ou qu’il avait recherchés par avarice. Conrad employa en vain , pour l’appaiser , les présens et l’intercession des premières personnes de l’empire, il fallut s’humilier. Après avoir protesté de sa soumission absolue envers le pape , en présence de l’archevêque de Magdcbourg et de Mayence, il se rendit à Home , malgré l’intempérie de la saison. Conrad parut devant le pape, les pieds nus, le pallium et la cordc aa.i
ÉCLAIRCISSEMENT 5n
cou , se prosterna le visage contre terre ; et, étendant les bras en croix , versant des torrens de larmes, il confessa ses fautes et se désista des deux évêchés. Nous possédons une bulle d’innocent, sous la ctote de 1200, dans laquelle il rend compte de cette pénitence solennelle. Conrad obtint , par celte démarche , les faveurs du Saint-Siège, et fut promu canoniquement à -l’évêché de Wurtzbourg.
Livré dès-lors aux soins de l’épiscopat, il s’appliqua à établir l’ordre dans son église , forma les clercs à l'honnêteté, à la chasteté , enfin à toutes les vertus religieuses qui les pouvaient rendre agréables à Dieu et aux hommes. La •
pureté de sa doctrine , la fermeté de sa conduite , le tirent craindre et respecter des laïques : cette même sévérité fut la cause de sa mort. Car une contention s’étant élevée entre des séculiers et le clergé , pour des atîaircs d’intérêt ,
Conrad soutint les droits de l’Église avec toute la fermeté de son caractère , et périt , assassiné par ses adversaires , dans la ville de W urtzbourg , au mois de décembre 1 202.
Plusieurs historiens lui ont reproché une trop grande ambition dirigée vers les grandeurs humaines et les richesses : nous n’entreprendrons point de le justifier de ces accusations, que ses apologistes mêmes avouent, en convenant qu ’il était un peu cupide ( elenim alujuanlulum cupidus erât ). C'était cette même cupidité qui avait établi la division entre lui et le comte Adolphe; mais on doit également adopter l’éloge qu’en font les écrivains du temps, et Arnault de Lubeck en particulier, qui l’appelle : F ir litteratus valdè , et in causis tractandis acerrimus orator .* »
ËCLAIRCISSEMENS.