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Éclaircissement sur l'établissement des Princes francs dans F empire de Constantinople.
La marche rapide de notre récit ne nous a pas permis de nous arrêter sur quelques détails curieux qui tiennent à l’établissement des Francsdans l’empirede Constantinople ; nous allons donc revenir dans cet éclaircissement sur ce sujet. les souvenirs de l’ancienne Grèce, les hauts faits de la chevalerie française, la situation actuelle de ces contrées , tout semble se réunir pour jeter un puissant intérêt sur rétablissement des croisés dans la ville fondée par Constantin. •
Avant la prise de Constantinople , nous avons vu que les croisés étaient convenus entr eux de partager les provinces du nouvel empire qu’allaient fonder leurs armes ; l’auteur des Gestes d'innocent III nous a conservé ce traité de partage ; les pèlerins y conviennent que les Vénitiens seraient conservés dans les privilèges et prérogatives qui leur avaient été accordés par les empereurs de Constantinbple; que l’empereur élu aurait la quatrième pârlie du territoire, avecles palais de Blaquerne et deBdcoléon , et que les trois autres parties seraient divisées également entre les Français et les Vénitiens. Que les ecclésiastiques auraient droit d’élire un patriarche, et se partageraient eotr’eux les bénéfices ; douze personnes devaient faire la division et la distribution des fiefs et des honneurs, et régler les services dus par les chevaliers et les barons de l’empire. On convint en outre que les fiefs seraient héréditaires, sous les mêmes charges de service et de redevance militaire que les fiefs de Jérusalem et d’Occident ; le duc de Venise
ÉCUJHClSSEiflENS. Sa3
ne devait faire aucun hommage à l’empereur; sa souveraineté serait indépendante , et la république ne devait reconnaître aucun suzerain. Ce traité fut envoyé au pape par des députés, et approuvé par le souverain pontife (i).
Après la prise de Constantinople et le couronnement de Baudouin , le premier soin des croisés fut de mettre à exécution le traité antérieur. Avant tout partage, le nouveau souverain investit le marquis de Montferrat des terres d’outre le canal , vers la Natalie et l’île de Candie; et comme ( le marquis 8 'était allié au roi die Hongrie , il témoigna le désir de posséder le royaume de Thessalonique , qui avoisinait le territoire hongrois ; après quelque contestation , il en reçut l’investiture (a).
' Par une charte du la août i ao4 , le roi de Thessalonique vendit à Marc Sanudo, noble vénitien , et à Bavinio Carcerio , gentilhomme véronais , député à cet effet par le duc Henri Dandolo , l’île de Candie, moyennant cent mille pepres d’or , monnaie de l’empire (3).
( Vers le mois de septembre on procéda au partage général du territoire. La portion attribuée aux Vénitiens se trouva presque plus considérable que celle du monarque élu ; Baudouin n’eut que le quart de tout l’empire, comme on l’avait stipulé ; Venise obtint la moitié du reste, et l’autre fut distribuée en tre les pèlerins , et dut dépendre comme fief de Constantinople ; l’empereur donna le duché de Nicée ou Bitkinie à Louis, comte de Blois , et à Renier de Trit, gentilhomme du comté de Hainaut , celui de Philippoli en Thrace.
Lorsque les deux légats du pape arrivèrent à Constantinople, suivis de l’élite de la chevalerie d’Occident, Bau-
(i) Gest. Innocent ad ann. lao^.
(a) Innocent III, lib. vin, epist. 5g.
(3) Hkamnus ,13). 4- Vojre* plus loin la valeur de cette monnaie.
5»4 ÉCLAIRCISSEMEN'S.
ilouin , pour les retenir , leur conféra plusieurs fiefs Étienne du Perche reçut le duché de Philadelphie , et Thierri de Thenemonde une portion de terres en Romanie, Les églises, les terres, les hôpitaux, furent distribués entre les chevaliers du Temple et ceux de Jérusalem j ils s’obligèrent à tous les devoirs de la vassalité , et promirent le service militaire.
Pour mettre plus d’ordre dans cet éclaircissement, nous consacrerons un paragraphe par ticulier & chacun des grands états fondés par la conquête.
•• > §. I De l’ empire de Constantinople.
Nous avons raconté, avec quelques détails , dans notre histoire , les progrès successifs de l’empire latin de Constantinople et sa décadence rapide jusqu’à la malheureuse bataille d’Andrinople. C’est à cette époque que nous allons reprendre le récit des événemens.
Après la victoire des Bulgares , dit l’historien Nicétas , il ne resta plus aux Français , de toutes leurs conquêtes , que les cités de Constantinople, Rodosto et Selivri dans la Thrace ; toutes les villes grecques subirent la domination des Bulgares et de Théodore Lascaris. Dans ees tristes conjonctures, les Francs résolurent de solliciter la piété et de réveiller le courage de leurs frères d'Occident; l’évêque de Soissons, Nicolas de Mailly et Jean de Bliaut, se dirigèrent vers l'Italie. L’empire se trouvait alors gouverné par deux bails ou régens ; Henri , pour Baudouin , captif chez les Bulgares ; et Marin Zeno, que les Vénitiens avaient élu après la mort de Dandolo. Les deux bails firent défenses expresses aux barons et aux chevaliers qui avaient des fiefs dans l’empire, de les aliéner, l’Etat se trouvant dans un moment de péril. Henri partit tout aussitôt de Constantino-
ËCLAIRC1SSEMENS. 5a5
pie à la tête de ce qui lui restait de troupes ; il s’empara sue4 cessivement de Chiorli, Arcadiople, Bysie, Apres; à Bysie, il établit pour gouverneur Anseau de Cahieu , et rendit Apres à Théodore Branas, le seul des seigneurs grecs qui eût conservé la fidélité féodale aux empereurs latins; il avait épousé l’impératrice Agnès , sœur de Philippe-Auguste; et telle était leur affection réciproque, que, suivant le moine Albéric, on disait publiquement qu'il y avait eu avant mariage dou'x parler et jeux d’amour ; mais les Bulgares arrêtèrent bientôt les conquêtes des Latins; ils les dispersèrent, selon Nicétas, comme le cheval disperse la poussière du sol qu’il frappe de ses pieds. Cet événement arriva la veille de Noël; partout où passèrent les Bulgares, les villes et les campagnes furent détruites; si bien que les Grecs se virent contraints à s’unir avec les Latins pour se sauver des ravages de leurs féroces alliés ; ils députèrent vers le grec Branas, qui servit d’intermédiaire dans cette négociation ; on convint que ce seigneur recevrait à titre de fief de l’empire, Andrinopleet Dydomélique, et que les Grecs révoltés se soumettraient à cette condition à l’obéissance de l'empereur latin. *. r
En ce moment éclatait une violente querelle entre le clergé franc de Constantinople et le patriarche Morisini. Lés chanoines de Sainte -Sophie et les Vénitiens l’avaient reçu avec toute espèce d’honneur, mais les clercs francs ne voulaient pas reconnaître son autorité; enfin le cardinal de Sainte-Susanne calma l’irritation des esprits ; il fut convenu que la quinzième partie des biens de l’empire appartiendrait à l’Église, non compris dans iceux, dit Villehardouin, les cloîtres et les maisons qui leur appartenaient. On apprit alors à Constantinople que le bail avait forcé les Bulgares à lever le siège d Andrinople , et que le souverain pontife avait écrit pour appeler les peuples chrétiens au secours de
5a<5 ÊCLA1RCISSEMENS.
la nouvelle France ; car c’est ainsi qu’on commençait à
appeler l’empire naissant de Constantinople.
Lorsqu’on eut appris avec quelque certitude la mort de Baudouin , Henri ceignit la couronne impériale, le dimanche d’après la Notre-Dame de la mi-août; il se mit immédiatement en campagne , atteignit et dispersa les Bulgares, s’empara de Dydomitiqueet d’Aquilée. Au milieu des réjouissances publiques, l’empereur épousa la jeune Agnès , Bile du marquis de Montferrat, qu’Othôn , seigneur d’Atliènes et de Thèbes , lui avait amenée.
Quelques seigneurs grecs se disputaient alors les derniers débris de l’empire de Constantin ; Théodore Lascaris , qui setait fait proclamer empereur à Nicée, d’abord attaqué par David Comnène, qui se qualifiait pareillement d’empereur, et avait placé le siège de son empire à Trébisonde, capitale de la Colchide , et par Manuel Maurozomes , qui s’était emparé , à l’aide du sultan d’Iconium , son gendre , de toute la contrée qui environne le Méandre ; les avait vaincus , et , fier de ses succès, résolut de chasser du territoire impérial les Francs , hôtes importuns et conquérans ambitieux ; il rompit tout-à-coup la trêve anciennement conclue,' et parut dans la lice à la tête d’une puissante armée. L’empereur fit passer le bras de Saint-Georges à ses troupes , et les mit en sentinelle avancée dans le château «Je Piga , de l’autre côté du détroit ; mais aussitôt les Bulgares envahissent l’empire par la Thrace , viennent devant Andrinople , défendue seulement par dix chevaliers latins , l’assiègent et la pressent de toutes parts. Lascaris, de son côté, attaque les frontières maritimes. Henri, par des prodiges de courage, les force à se retirer; une trêve est conclue entre Lascaris et l’empereur , qui revient à Constantinople ; ce retour fut marqué pr l’hommage que fit le marquis de Mon ferrât au nouveau souverain , des terres
ÉCLAIRCISSEMENT 5a?
qu’il tenait de l’empire , et par la concession faite à titre de üef au sirede Villehardoüin, de la ville de Messinople, à la charge d'hommage et de service militaire. Cette année 1 207 , le roi des Bulgares mourut, et l’empire fut ainsi délivré d’un de ses plus cruels ennemis. Tandis qu’il assiégeait Thessalonique , et que ses tentes se déployaient sur tout le pays , on entendit une nuit le roi des Bulgares s’écrier : « Je suis blessé à mort. » Il avait vu en songe un cavalier revêtu d’armes blanches qui l’avait percé d’outre en outre avec le fer d’une lance ; s’éveillant en sursaut , il accusa Manastras , un des chefs qui avait sa tente tout à côté de la sienne, de l’avoir frappé du glaive ; Manastras, qui entend ces paroles, ne perd pas un moment, fait emporter et ensevelir le corps du prince, et lève le siège de Thessalonique. Cantacuzème attribue la mort du Bulgare à une vengeance particulière de saint Démétrius , dont il avait menacé de détruire les églises.
Après la retraite des Barbares, pour la première fois les empereurs latins prirent le nom de Constantin ; on voit ce titre sur leur monnaieyPour honorer ce grand titre, dit l’historien Acropolite, Henri marcha contre les Bulgares, les délit et les força pour long-temps à demeurer dans leur pays. La guerre éclata entre l’empereur et le bail du royaume de Thessalonique , qui par sa désobéissance avait mérité la colère d’Henri. «Les Lombards n’ont-ils pas conquis le pays comme les Francs? disait le bail de Thessalonique. Pourquoi seraient-ils soumis au respect et à l'obéissance? » La guerre se prolongea par la perfidie du bail, qui promit de se soumettre , et chaque fois qu’on le sommait de sa parole il prenait les armes. La haine des Lombards et des Francs était d’ailleurs la cause réelle de ces différends ; elle était tellement violente , qu’un italien , nommé Careerio, s’était chargé de poignarder ou d’empoisonner l’em-
5iB ÈCLAIRCISSEMENS.
pcreur; enfin la paix fut conclue aux conditions que le bail quitterait la Grèce et se retirerait en Italie; ledespote d’É* tolie et de l’Épire se fit comprendre dans le traité; il fit hommage’, donna sa fille à Eustache , frère de l’empereur , et en dot le tiers de ses états.
Les princes francs cherchaient à s’allier avec les familles qui pouvaient favoriser leurs conquêtes ; Henri épousa la fille de Vorillas, roi des Bulgares , et le roi des Bulgares épousa la nièce de l’empereur ; mais le prince d’Epire rompit le traité qu’il venait de conclure ; il s’empara du connétable de Romanie et de cent chevaliers. Le connétable et son chapelain sont suspendus à une colonne élevée ; les chevaliers sont livrés au fouet des eunuques ; en même temps Michel conclut un traité avec Lascaris, et tous deux cherchent à attirer à leur service les soldats latins mécontens de la paie de l’empereur ; ils y réussissent; sur deux mille chevaliers , Lascaris en avaient plus de huit cents italiens ou français. Après avoir vaincu le sultan d’Iconium , et arraché à David Comnène, empereur de Trébisonde, Héraclée et plusieurs autres places, le prince grec marcha contre l’empereur Henri , alors occupé à calmer les dissensions qui s’étaient élevées, comme dans tous les pays conquis parles armes chrétiennes, entre les possédant fief ecclésiastique, et le prince, à l’occasion du service militaire. Tandis qu’on disputait sur les privilèges des églises , sur la place que devait avoir l’empereur dans Sainte-Sophie, sur le solium , ou siège d’or du patriarche, sur les prérogatives du légat, sur les interdits , Lascaris s’avança dans la Cappadoce , renversant tous les obstacles, et chassant devant lui les soldats latins , si bien que l’empereur fut obligé de marcher contre lui avec toutes ses forces ; on allait en venir aux mains lorsque les évêques rapprochèrent les deux princes, et le traité suivant fut conclu : Toutes les contrées qui
ÈCLAÏRCISSEMEN $. 5ag
s'étendaient depuis le mont Cantine jusqu'à Achirao, demeuraient à l’empereur ; Lascaris eut poûr lui Niocastre , Celbian , Chliare , Pergame et leur territoire, les villes de Pruseet de Nicée. L'empereur lui donna sa nièce en mariage ; elle se nommait Yolande, elle était fille de la comtesse d’Aüxerrc. . ■ , .
On disputait toujours à Constantinople sur les affaires de l’église ; il s’agissait alors délire un patriarche; l’empereur favorisait l’archevêque dlléraclée , le duc de Venise le curé de Saint-Paul ; le légat du ppe n’osa se décider , et renvoya l’affaire au Saint-Siège , qui désigna un troisième patriarche , Gervais , natif deéToscaue ; il assista au concile de Lairan , avec les archevêques latins d’IIéraclée, de Tlièbes , de Thessalonique , de Serre , dë tarisse , de Pat ras , de Candie, de Neopatras , de Vérisie, de Philippi , et leurs suffragans , ce qui prouve que toutes’ ces provinces étaient alors soumises aux rites latins. Sur ces entrefaites , Henri mourut ; la plupart des auteurs prétendënt qu’il fut empoisonné : les uns disent que le poison lui fut donné par sa femme, princesse barbare et fille du roi des Bulgares ; lés autres par les Grecs , qui ne pouvarft supporter le joug de l’église latine r que l’empereur leur avait imposé , se vengèrent par sa mort. Cependant les historiens grecs ne l’accusent pas d’uné' intolérance trop sévère ; plusieurs le louent de sa condescendance politique pour les Hellènes , et de la douceur de son gouvernement. *
Henri ne laissait d’autmdescendance qu’une fille naturelle, jolie , dit Aeropolite, mais. bâtarde, -mariée à un parent jd’Azen , roi de Bulgarie et despote deMclenie. Les barons, privés d’un chef, s’assemblèrent pour nommer un bail ou régent de l’empire; les uns voulaient choisir Pierre , comte d’Auxerre, beau-frère de Boni; ereuf Henri ; les autres Tom. ut. 34
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portèrent leur choix sur André, roi de Hongrie. Le roi de Hongrie avait un plus grand nombre de voix , parce qu’il avait plus de moyen de défendre l'empire ; mais on le consulta avant de l’élire : comme il avait promis d’aller en Terre-Sainte . il ne voulut pas de la couronne qu’on lui offrait. On députa donc vers le comte d’Auxerre; les barons de Constantinople arrivèrent à son château , où on les accueillit magnifiquement. Philippe Monske dit que les dûmes desarmèrent les chevaliers , et les damoiselles les écuyers jeunes d’âge. Pierre fit annoncer une levée de gens de guerre , et, prêt à partir pour son nouvel empire, il engagea à Henri , comte de Nevers , son gendre , le comté de Tonnerre et la seigneurie de Cruzi; il traversa l’Italie, suivi de cent soixante chevaliers portant bannière, et cinq mille cinq cents cavaliers ou fantassins , pris parmi les hommes du comté d’Auxerre et de Flandre ; dans la route il y eut maintes joûtes essayées , et en passant par Bologne , le comte conféra solennellement l’ordre de chevalerie à Guy Lambertini , Louis Rampon et Testa Petro. A Rome, l’empereur et l’impératrice, après quelques difficultés, reçurent la couronne de Constantin dans l’église de Saint-Laurent, le dimanche qu’on chante 'Misericordia ; les deux époux se mirent en marche , suivis de leurs quatre damoiselles , du légat du pape, de Jean Collone, cardinal du titre de Sainte-Praxèdc ; ils s’embarquèrent sur des vaisseaux Vénitiens, dans l'intention d’assiéger Durazzo, alors au pouvoir d’un prince grec , le plus grand ennemi des Latins, Théodore Comnène. Tandis que sa femme et ses filles se rendaient à Constantinople, Pierre assiégeait vainement la capitale de Théodore, et forcé de lever le siège , il se mit en marche à travers les montagnes de l'Albanie; son ennemi vigilant se saisit de toutes les hauteurs , de sorte qu’il fut impossible au comte d’Auxerre d’échapper au danger
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qui le menaçait ; ses barons et ses chevaliers furent dispersés; lui-même, prince crédule, se liant aux paroles trompeuses de Théodore, fut chargé de chaînes au milieu des plaisirs d’un festin , ainsi que le légat , qui faisait bonne chère, et plusieurs barons et chevaliers portant bannière et montant dextriers.
Le pape, instruit de l’arrestation de l’empereur et du légat , se plaignit à Théodore par l’organe de messire André, son diacre et son propre cl^pela in. a Prenez garde que les croisés ne tirent de vous une cruelle vengeance , lui dit le pieux chapelain. » En même temps le pape écrivait aux évêques de France pour presser le départ des eroisé$, sous la conduite de Robert de Courtenay, seignei# de Conciles, grand bouteiller de France. L’empereur mourut en prison , ou fut tué par Théodore, qui peu de temps après conclut une convention avec le pape, par laquelle il consentit à délivrer le cardinal légat.
Cependant il fallait pourvoir à la sûreté de l’empire ; les barons s’assemblèrent : Conon de Réthune , sénéchal de Romanie , fut élevé au rang de bail de Constantinople ; les églises et les barons disputaient toujours sur les immunités ecclésiastiques; on régla que les églises cathédrales jouiraient des mémèsdroits quesous l’empereur Alexis Comnène.
Pendant Ce temps , Robert de Courtenay s’avançait à travers l’Allemagne au, secours de l’empire ; en passant sur le territoire des Bulgares, Robert donna sa fille Yolande pour ép ouse à Àzen , roi des Barbares ; la jeune demoiselle* pleura chaudement, mais elle se consola parce qu’Azen était fort et de bonne mine. Enfin , arrivé à Constantinople , ce nouvel empereur fut couronné dans l’église de Sainte-Sophie ; il ratifia tout ce qu’avait fait Ie régent , et rassemblant les barons et les Vénitiens , il prit conseil d*euix pour savoir ce que demandait la situation du
53a ' ÉCLAIRCISSEMENS.
pays ; les plus puissans ennemis étaient toujours le brave
Lascaris et le despote cFÉpire. Or, on résolut de conclure
un traité d’alliance avec le premier de ces princes ; Gérard
de la Truife , et Thiërri de Valincourt, clercs lettrés, t * • • ■ "JV- ^ « »
furent chargés de la négociation ; on convint d’un échange
des barons chrétiens faits prisonniers , contre les plus braves des Grecs tombés au pouvoir des Francs ; et l’impératrice étant morte sur ces entrefaites, on proposa une des* filles de Lascaris pour^pouse au nouveau maître de Bysance; mais la mort frappa Lascaris au milieu de ces négociations; elles furent rompues par l’opposition du patriarche; car, dit Acropolite, il était inouï qu’iune même per-, §onne fût. pèse et beau-frère tout-à-fa-fois , ce qui serais arrivé parle fait.de cette alliance , Lascaris ayant épousé la sœurdè Robert de ■Çourtenay,
Vâtace sntfcéda à Lascaris; il descendait de l’iftustre* fa-; mille desDucàs, piafs par les femmes. Les paï ens de Lascaris privés du trône, se retirèrent auprès de l’empereur Robert et demandèrent vengeance. Lé prince , les yeux toujours fixés sur l’Europe, sollicitait des secours; le despote de l’Epire venait de s’emparer de fhessalonique, et ses armées s’étaient répandues sur Je* territoire de jour en jour plu» resserré des Latins. L’emgite se* trouvait alow -ainsi divisé : Robert régna?! à Constantinople, tVa lace A Nicée , un Comnène à Trébisonde,' et Théodore h Thessalonique.
La Grèce ainsi morcelée fut bientôt en fendes premières querelles éclatèrent entre l’etupereuretYa tacejuans lesplainesdeRomanie l’armée. des Francs éprouva encore une défaite; toutes les posseswonsdcsbaronset des chevaliers, dans l’Asie, tombèrent ûü pouvoir du prince greo, qui s’empara même des îles de Lesbos et cÿ Aïetelin ; la consternation fu t à son comble dans la Nouvelle-France; Messinopte, Xante, Andrinople , répondent à l’appel d’irtdépèndançe que leur
fait Vatace ; le drapeau des Ducas , surmonté du dragon de l'empire, est arboré sur la plupart des villesdcla Grèce; le pape sollicitait toute la chrétienté de secourir les ctablissemens des Latins menacés ; il recommandait l’union aux princes , réchauffait le zèle attiédi des fidèles.
A cette époque, le bruit courut dans le Hainaut que Baudouin , empereur de Constantinople , vivait caché sous les habits d’un ermite dans les bois de Glanson ; voilà que plusieurs nobles hommes et le commun du peuple , qui ne croyaient pas à la mort de Baudouin, l’entourent et lui demandent qui il était, ainsi déguisé en l’ermitage ! « Je suis un pauvre homme , et je ne puis dire mon nom , répondil. » Alors la comtesse de Flandre et sa fille rappellent en secret dans leur palais , et lui persuadent dose faire passer pour le véritable empereur de Constantinople, ce qui pourrait lui être utile. A peine a-t-il dit ce qu’on exigeait de lui, que le peuple enthousiaste l’enlève de Feriqitage ; et après l’avoir baigné, car il était tout sale , on le revêtues habits impériaux, et on le conduit de cités en cités; vods enssiezvu les communes, les nobles hommes accourir pour le fêter et célébrer son retour; I14), précédé de la croix , racontait comment il était- tombé au pouvoir des Bulgares; sept fois il s’était sauvé de sa captivité , sept loisAl avait été repris «t conduit devant le ioi*barbare; enfin, échappé aux dangers de toute espèce, il avait fait vœu de demeurer comme un pauvre ermite , dans le jeûne et la solitude. Louis VIII, roi de France, voulut voir et interroger luimême ce nouvel empereur; il envoya auprès du prince l’évêque de Senlis , Mathieu de Montmorenci ; l’imposteur 11e put éviter cette entrevue ; il vint donc à Péronne sous sauf-conduit et accompagné du duc de Brabant et de Valeran de Luxembourg, donnant dtes fiefs, conférant Tordre de chevalerie à la manière des princes. Lorsqu’il parut devant le
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roi, le monarque lui dil : « Beau sire , quand donc vous êlesvous marié? quand avez-vous reçu l’accolade de chevalerie ? quand m’avez-vous fait hommagedu fief de Flandre? » L’imposteur ne put répondre que par des paroles évasives et prit la fuite pendant la nuit ; ne se trouvant pas assez en s&reté dans la Flandre, il s’achemina vers Romq avec la harpe de ménestrel et le bourdon de pèlerin. Arrêté dans la Bour- . gogne , on apprit en effet qu ’il était ménestrelet jongleur de son métierj qu’il se nommait Bertrand de Reitzou de Rens.
Fendant ce temps le véritable em pereur de Constantinople, au lieu d’appliquer ses soins , dit la chronique de Baudouin d’Avesnes , à s’appuyer de quelque illustre alliance , se prenait inconsidérément des chfrmes d’utie jeune demoiselle française, fille de Baudouin de Neuville , promise à un chevalier ^maître au fait des armes ; l’empereur lâchant bride aux violens mouvemens de sa passion, enleva la jolie damoiselle , et Dueange n’ose prononcer s'il l’entretint en qualité d’amie , ou bien s’il la prit comme une femme légitime. Quoi qu’il en soit, le chevalier à qui elle était promise conçut un violent dépit , et soulevant les barons de Constantinople, pénétr^dansle palais et enleva la mère et la fille ; on les mit toutes deux dans un bateau } la mère fut noyée et la fille eut le nez et les lèvres coupés. L’empereur se retira de Constantinople, et vint à Rome pour se plaindre à Grégoire IX de la violence qu’il avait éprouvée} le pape lui donna satisfaction ; mais en retournant dans sa capitale , dit un chroniqueur , le mal dt amour qui le dévorait causa sa mortj l’an 1228.
Robert ne laissait qu'un fils âgé de neuf ans , le je une Baudouin ; les barons hésitèrent à lui confier l’empire dans un temps oi tant d’ennemis aboyaient après l’empire ( ce sont les expressions de Dueange); ils* s’allièrent d’abord avec le roi des Bulgares, résolurent même de demander la
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tylc d’Azen pour le jeune Baudouin ; mais réfléchissant arec plus de maturité sur le besoin qu’ils avaient d’un chelj,, ils jetèrent les yeux sur Jean de Brien ne , qui avait porté la couronne de Jérusalem , et commandait alors les années du Saint-Siège contre Frédéric. Le pape approuva le choix des barons, et l’on convint que Jean de Brienne conserverait la pourpre pendant toute sa vie et le titre d’empereur , qui retomberait à sa mort au jeune Baudouin.
Lorsque Jean de Brienne arriva dans le palais de Constantinople , on apprit la nouvelle de la captivité de Théo- /
dore, despote d’Epire, un des pluscruels et des plusambitieux ennemis des francs ; il avait été vaincu par Azen , roi des Bulgares. Jean de Brienne pr ofita de cette circonstance pour passer en Asie. Vataoe, le successeur de Lascaris, était alors occupé à réprimer la sédition du césar Léon Gabala (on conservait encore dans les petites souverainetés grecques les formes et lés dignités de la cour de Bisance). Andronic , grand domestique du palais de Vatace, et général de ses troupes, était à leur tête dans l’ile de Rhodes révoltée;
Jean de Brienne trouva donc peude résistance. Yatace, pris au dépourvu , manifesta par ruse l’intention de s’unir à l'église romaine. Plusieurs conférences gurent lieu à Nicée;ou ne put réussir à concilier les intérêts et les croyances. Jean de Brienne s’empara de Piga; Yatace alors fait alliance avec Azen , dont il épouse la iille „ et bientôt l’empire des Francs fut menacé jusque dans sa capitale. Le danger était pressant ; le pape écrivit aux Vénitiens , aux seigneurs féodaux de la Morée; il les pressait, au nom du ciel, de venir au secours de la Nouvelle-France- Azen s’avançait à travers la T h race; Yatace envahissait la Propontide, la Chersonèse; et les deux armées > après avçir réuni un butin- ynmensc, se présentèrent devant Constantinople.
Selon Philippe Monskc , elles s’élevaient à plusrde cent
ni : Ile hommes. Jean deBrienne avait aldrscent soixante cavaliers et quelques sergens ; ajoutons à cela lernenu peuple. Le brave prince n’hésita pas cependant dans’ses résolutions : à la tête de ses chevaliers portant bannière, il dispersa les Barbares , tandis que la flotte vénitienne s’emparait de leurs vaisseaux.
L’historien Acropolife assistait, à côté de Vatace, àcette miraculeuse bataille , dont il adissiminé la honte pour les armées grecques et bulgares. Une seconde fois les Barbares se présentent devant Constantinople ; nnë seconde fois ils sont défaits ; niais c’était déjà beauebup que la capitale eôt été assiégée : cette circonstance annonçait que les projets des ennemis s’agrandissaient ; qu’il ne s’agissait plus d’une ville, d’une province, mais de l’empire. Les colonies > latines étaient dans le plus triste état , sans armées , sans argent , au milieu ejes populations ennemies. Baudouin partit alors pour Rome, et le pape publia une croisade pour l’empire des Latins menacé. Tandis que Pierre de Dreux, comte de Bretagne, Hugues IV, duc de Bourgogne^ Henri II , comte de Bar-tc-Duc , Raoul de Nesle , comte de Soissons, Jean, comte de Mâcon, et plusieurs autres barons, et gentilshommes, prenaient la croix , on apprit la mort de Jean de Brienne; le messager qui arriva à la cour du roi de France, raconta qûe l'empereur ayant souvent demandé à Dieu , dans la ferveur de ses oraisons , de' loi révéler le jour de sa mort , les nuits qui. la précédèrent il avait vu un vieillard vénérable qui, lui montrant la corde*et les sandales de la pénitence, lui déclapa que la volonté dè Dieu était qu’il mourût en habit de fièrg-minéur ; la nuit suivante il vit une légion d’anges vêtus de blanc; alors il consulta son chapelain. « Beau sire, lui*tfit le prêtre, l 'heure approche ; » il fut surpris par une fièvre tierce , durant laquelle il prit l’habit de saint François ,
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et expira en répétant ces paroles : « Mon doux Jésus! plût » à Dieu, qu’après avoir vécu délicieusement revêtu des hait bits somptueux dans la pompe des siècles, jé pusse, comme » je le souhaite passionnément, couvert de cet habit et du n sacdepénitent, suivre votre sainte pauvreté et humilité.» Il faut remarquer, comme une chose singulière, que Jeande Brienne, destiné par son oncle à la vie monastique , s était enfui de Clairvaux. tant alors il répugnait 5 la solitude et au repos delà vie religieuse. Anseau dcCahieu, gentilhomme de Picardie, en l’absence de Baudouin, fut établi bail de Constantinople. L’empire latin était dans une situation désespérée; mais les Bulgares , qui décidaient pour ainsi dire alors de la puissance , abandonnant le grec Vatace et le schisme, s’unirent aux Français et reconnurent FéglisedeRome; secourus par ce puissant allié, les Français se présentèrent devant Chiorli, une des places les plus importantes de la Thrace; mais le Bulgare ayant appris la nouvelle delà mort de sa femme et delbn fils , leva ptiUpiT&m nient son camp pour retourner dans ses états"; elres'Frâftcs, n’étant pas iitez forts pour ’lési'ster à Vatace, fftrent obligés de se ré-
tirer .^Dans cC temps le Bulgare quitta encore une fois Failiancedes Latins, s’unit à Vatace, et replaça sur le trône de Thessalonique Théodore Comncne ; le jeune Baudouin parcourait alors la France et l'Angleterre , provoquant des secoarset des auxiliaires ,' tandis que de son côté le souverain pontife, prenant toujours sous sa protection les colonies des Francs, persuadait au roi de Hongrie de faire la guerre au barbare Azen. Jean de Béthune s’avançait en même temps dansl’Italie avec les forccsque Baudouin avait pu lever ; mais l'empereur Frédéric lui lit défense de traverser la Lombardie; et, après de longs pourparlers, leur permit enfin de s’embarquer à Venise. Jean de Bclhmie fut seul arrêté, scifl retenu par l’ordre de Frédéric.
538 éclaircissements.
Tel était le besoin d'argent qui pressait les barons français, qu’ils furent obligés d’aliéner les plus précieux trésors de l’empire, la couronne d’épines du Seigneur, les reliques, et, comme le dit un historien de ce temps, les choses qui sont hors du commerce. Une charte constate quelles furent données en gage à Albertini Morsini , bail de la république de Venise, à l’abbesse de Notre-Dame , surnommée Perinlepte, à deux autres \enitiens, pour la somme totale de vingt mille pepres (monnaie de l’empire), avec faculté Je retirer ces gages en payant et remboursant toutes ces sommes , en dedans le terme qui serait convenu. On prolongea de plus en plus ce terme , j usqu’à ce qu’enfin Saint Louis dégagea la sainte couronne en payant à Nicolas Quirini, qui était dépositaire des reliques, les sommes dues, avec intérêt à 20 p. 0/0. On trouve l’acte de dégagement dans le trésor des chartes. Philippe Monske a célébré en vers les pompes qui accompagnèrent la translation de la relique dans la Sainte-Chapelle, à Paris, et le cartulaire de l’églîÉ de Notre-Dame du Puy a conservé la prière qui fut dite à l’occasion de l’envoi fait par Saint Louis , à l’église du Puy , d’une épine détachée de la sainte couronne.
Baudouin pressait ledépart des troupes qu’il avait levées pour défendre l’empire des Latins 5 il engagea le comté de Namur pour 5o mille'livres parisis à Saint Louis, et fit des donations pieuses, assura le douaire de Marie de • Brienne, sa femme, traversa l’Allemagne, la Hongrie, la Bulgarie, arriva enfin à Constantinople, tandis que Ihibaut de Navarre allait chantant et balladant, comme le dit Philippe Monske, à la Terre-Sainte. Baudouin fut couronné dans Sainte-Sophie de la main du patriarche. Il se mit en campagne le printemps suivant, et se fortifia de l’alliance des Cunians par un traité jolcnncl. Acropqlite
ÊCLAIRCISSEMENS. 53©
ne manque pas de faire observer que les Francs et les Cumans,» à la mariière des barbares, mêlèrent leur sang, pour figurer leur étroite alliance. Alberic des Trois-Fontaincs dit seulement que les Cumans et les princes latins firent passer un chien en Ire les deux armées et le découpèrent ensuite en petits morceaux, pour montrer qu’ils traiteraient de la même manière celui qui méconnaîtrait le traité qu’on venait de conclure.
Les nouveaux alliés assiégèrent Cliiorli, alors défendu par un grec, dont la famille, originaire de ,
suivant Ducange, serait alliée aux Blacas, et aiyait possédé le fief d’Aulps (de Alpibus). Baudouin, pendant le siège, donna l’investiture du fief de Nègrepont à Guillaume de Vérone, et au prince d’Achaïe, de la terre deCourtenay, donation qui ne fut point ratifiée par Saint Louis. Toutes ces investitures furent données pour de l'argent, tant les besoins de l’empereur étaient pressans. 11 envoya aussi le bois de la vraie croix A Saint Louis.
Il ne paraît jamais de comète , di& le docte Ducange , sans être suivie de quelqu’événcment sinistre; aussi cette année fut-elle marquée par la mort de grands personnages, tels qu’Azen, roi de Bulgarie, Naiÿt de Torcy, qui savait le turc , Jonas, roi des Cumans, son gendre; enfin , pour derniers effets de la comète, l’impératrice Irène, femme de Yatace, Manuel Comnènc, fils de Théodore , despote de Thessalonique, perdirent aussi la vie en cette année.
Vatace agrandissait toujours sa puissance; il fit la guerre à Jean , empereur de Thessalonique, s’cijipara de ses états, convint avec lui qu’il |»e porterait plus le clutpeau ptramidal , les brodequins depourpre , marques de la dignité impériale; qu’il ne prendrait plus que le titre de despote, faisant hommage de son territoire à Vatucê. *
54» ÉCLÀIRCISSFMEKS.
Baudouin, qui voyait s'amonceler l’orage, conclut un traité d’alliance avec le sultan de Choni; les émirèetlcs barons chrétiens unirent- leurs bannières , ce qui ne contribua pas peu, selon Pachimère, à précipiter la chute de l’usurpation des Francs. Baudouin vint encore une fois en Occident, assista à l’élection du pape Innocent IV , au concile de Lyon , et obtint differens subsides pour soutenir l’empire des Latins à Constantinople.
Cet empire était toujours menacé par Vatace; ses flottes s’emparant des îles de Metelin , Lesbos, Chio, Samos, Candie; cçs terres étaient alors possédées à titre de chevalerie cl de fief de haubert (ou grand fief), par une multitude de petits seigneurs grecs, sous la protection des républiques de Gènes et de Venise; on cherchait toujours à unir les églises grecque et latine ; c’était 1;\ une des pré^occupations du Saint-Siège. La mort de Yutace favorisa ces négociations. Alexandre IV envoya des légats vers l’empereur Théodore , mais l’issue des négociations ne fut point décisive, l’irritationctait trop grande. L’empire d& Constantinople se réduisait à sa seule capitale; Théodore Lascaris , âgé de vingt-trois ans lorsqu’il succéda à Vatace, allait suivre le noble dessein de son père lorsqu’il mourut dans l’Asie-Mineure , au mois d'août ia58; Michel Paléologue, de l’illustre famille de ce nom, fut élu en sa place. Il suiv.it le projet de son prédécesseur , qui était alors l’unique pensée des princes grecs ; il chercha d'abord à s’emparer de Constantinople par les intelligences qu'il sutse pratiquer pfhni les habitans. Telle était la triste situation des Francs , qu’ils avaient été obligés d’ôter le plomb qui couvrait les églises pour en faire de la monnaie, et de démolir les palais pour se procurer du bois’; Baudouin mit même son jeune fils Philippe comme otage dans les mains des Vénitiens, ^ui lui avaient prêté ipielques somme» d’argent ;
tous les châtcauj qui environnaient Constantinople étaient au pouvoir tic Michel, qui s était uni aux Génois, alliés naturels des Grecs, parce que les Vénitiens l’étaient des Latins. Vainement les Latins, sur le conseil du bail de Venise , tentèrent-ils de détourner l'attention de Strategopule , général de Michel, en attaquant Daphuiosie du côté de la Tlirace; vainement firent-ils des prodiges de valeur, Constantinople fut escaladée par les hardis aventuriers, appelés volontaires , qui, n’appartenant à aucun pays, se mettaient indifféremment au service de tous; bien tôt on entendit retentir les cris de vivent les empereurs Jean et Michel! vivent les Grecs ! La ville est envahie par les soldats furieux. Pendant ce vacarme , dit Dncange, Baudouin était dans le palais des Blaqucrnes; 11’osant plus se hasarder dans les rues , pleines de soldats et de Grecs, il s’embarqua du palais des Blaquernes même. Un historien dit que le nombre des fugitifs qui s’embarquèrent sur la flotte vénitienne fut si considérable que la plupart moururent de faim avant d'arriver à lile de Négrepont. Les Grecs célébrèrent leur victoire dans la ville, et effacèrent des fastes publics le régne éphémère des usurpateurs latins. Baudouin , de l'ile de Nègrepont vint au royaume de Naples, Après sa mort , les droits à l’empire, car les Latins considéraient leur conquête comme un droit, passèrent successivement à Philippe , son fils, à Catherine, comtesse de Valois, et vinrent s’éteindre dans la maison des princes deTarcnte.
Voici maintenant la liste généalogique des empereurs de Constantinople.