‹ Histoire des croisades (volume 3)Chapitre 3 sur 30 · I%|DES · texte numérisé non relu

I%|DES

i aétiJci

3a HISTOIRE DES C.RO(

it>7 se mellre en marche lorsqu’un ;4®^enl tragique • vint de nouveau plonger les chrétiens dans le deuil, et retarder l’effet de l’heureuse harmonie que venait de rétablir parmi eux l’approche du péril. Henri de Champagne s’étant avancé dans une galerie extérieure de son palais, la fenêtre s’écroula tout-à-coup et l’entraîna dans sa chute (i).

(1) Tous les historiens du temps ont rapporté la mort de Henri de Champagne, mais tous ne sont pas également d’accord sur la cause de celte fin tragique, et sur les circonstances qui l’accompagnèrent.-

Bernard le Trésorier dit qu’Henri de Champagne étant à une fenêtre de son palais, l’esprit préoccupé, tomba du haut en bas et se tua ; il ajoute que le roi de Jérusalem était sujet à des étourdissemens. ( Biblioth.des Croisades, tom. i.) D’après François Pipin, le roi de Jérusalem s’était mis à la ’’ fenêtre pour se laver les mains afin d’aller souper; le serviteur, lorsqu’il vit tomber son maître, se précipita après lui afin qu’on ne l’accusât pas. {Ibid.) Albert de Stadt raconte ainsi la mort de Henri : « Ce prince se levant la nuit pour uriner, tomba d’une fenêtre, se brisa la tête et expira. Un de ses serviteurs, qui voulut le retenir, tomba après lui et mourut de même.» Roger de Hovcden raconte aussi la mort de Henri de Champagne. Arnold de Lubeck ajoute que ce prince s’était placé sous un portique de son palais pour prendre l’air. ( Le latin se sert du mot exedrh ; d’après Ducange , c’est une petite chambre attenante au portique. ) Le chroniqueur ne manque pas de dire que Dieu se vengea sur le comte Henri de la manière peu fraternelle dont il avait traité les Allemands: Henri, dit-il , avait partagé les sentimens des barons de la Terre-Sainte, qui enviaient aux Allemands la gloire de délivrer le royaume de Jésus-Christ. Les accusations d’Othon de St. -Biaise ' I

•rk»

Ce malheureux prince expira à la vue de ses guerfiers, qui , au lieu de lo suivre au combat, raccompagnèrent à son tombeau > et perdirent plusiehrs jours à célébrer ses funérailles. Les chrétiens de Ptolémaïs pleuraient encore la mort de leur roi , lorsque le malheur qu’ils redoutaient vint accroître ' *• leur douleur et leur consternation : la garnison de Jaffa ajant voulu faire pne sortie, était tombée dans une embuscade j tous les guerriers qui la composaient, avaient été tués ou faits prisonniers ; les Musulmans étaient entrés presque sans résistance dans la ville, où vingt mille chrétiens avaient été passés au Cl de l’épée (1). .

Ces désastres avaient été prévus par ceux qui craignaient de rompre la trêve ^ mais les barons et les chevaliers de la Palestine ne perdirent point leur temps à exprimer de vains regfets, à faire entendre d’inutiles plaintes. On attendait avec impatience l’arrivée des croisés, partis des ports de l’Océan et de la Baltique. Ces croisés s’étaient arrêtés sur les côtes du Portugal (a) , où ils avaient défait les Maures, ^t pris sur eux la ville de Sil—

sont encore plus violentes. (Voyez Biblioth. des Croisades , tom.n.)*Le comte Henri eût rît à Acre, tomba d’un lieu élevé et se tua , dit l’historien arabe Ibn-Alatir , Biblioth. des Croisad. , ad ann. 5ga de l’hégire, ” «

(1) Voyez le récit d’Ibn-Alatir sur la prise de Jaffa, Bi- , bliotli. des Croisades, ibid.

# (a) Voyez, pour ce$tc croisade dans IcPortugal, l’Éclaircissement sur les croisades eu Espagne, en Portugal, et dans le nord de l’Europe, à la fin de ce volume.

TOM. III

*97 vcs (0- Fiers de ce premier triomphe sur les infidèles, ils débarquèrent à Ptolémaïs au moment oui tout le peuple déplorait la prise de JalTa, et courait dans les églises implorer la miséricorde du ciel.

L’arrivée des nouveaux croisés rendit aux clirétiens l’espérance et la joie -, sans perdre de temps , on résolut de marcher contre les infidèles. L’arméo clirélienne sortit de Ptolémaïs et s’avançai vers la côte de Syrie , taudis qu’une flotte nombreuse côtoyait le rivage , chargée de vivres et de munitions - de guerre. Les croisés, sans chercher l’armée do Malek-Adel , allèrent mettre le siège devant 13érilhe.

La ville de Bérilhe (2) , placée à une égale distance de Jérusalem et de Tripoli , par la commo-

(1) Il reste peu de monumens nationaux, pour ces temps reculés , de l’histoire du Portugal ; plusieurs savans de Lis* bonne s’occupent dans ce moment & recueillir tous les débris de ces époques héroïques. Le Portugal était alors en partie sous la domination des Maures , et les guerriers chrétiens allaient essayer leur valeur dans ces contrée^ comme dans les royaumes de Castille et de Valefcc. (Voyez l’Eclaircisse-'* meut sur les croisades dans lePortugal , à la tin du volume. )

(2) a La ville de Bérilhe, dit Arnold de Lubcçk, est la

plus belle et la plus forte de cé pays j. elle a un port exe cl- ^

lent ouvert à tous les vaisseaux qui arrivent. Depuis la . ruine du royaume de Jérusalem jusqu’alors, dix-neuf mille prisonniers chrétiens y avaient été conduits. Cette ville a • pour privilège, que tous les rois du pays y sont couronnés. Lorsque Saladin s’en rendit maître, il s’y lit couronner roi de Jérusalem , et sajucr sultan de Babylone. » ( Biblioth. det Croisades , tome u . ) ;

dite de son port, par sa population , par son commerce, était la rivale de Ptolémaïs et de Tyr. Les provinces musulmanes de la Syrie la reconnais-? * saient pour leur capitale j c’est dans Bérithe qua les émirs et les princes, qui se disputaient les villes du voisinage, venaient étaler la pompe de leur couronnement. Saladin, après la1 prisé de Jérusalem, y fut salué souverain de la cité de Dieu , et Couronné sultan de Damas et du Caire, Les pirates qui infestaient!» mer, rapportaient çlans celte ville dépouilles des chrétiens -, les guerriers musulmans y déposaient les richesses acquises par la victoire ou par lu, brigandage. Tous les captifs faits sur les Francs dans les dernières guerres , étaient , entassés dans les prisons de Bérithc. Si les chrétiens avaient de puissans motifs pour s’emparer de cette place , les Musulmans n’en avaient pas moins pour la défendre.

Malek-Adcl, après avoir détruit les fortifications de Jaffa, s’était avancé avec son armée sur la route de Damas, jusqu’aux montagnes de l’Anti-Lroan. En apprenant la marche et la résolution des croisés, il traversa les montagnes qui s’élevaient à sa gauche, et s’approcha des bords de la mer. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine qu’arrose le fleuve Éleutlière , entre Tyr et Sidon (i). Aus- . sitôt les trompettes sonnent la charge ; les clxré-

(i) « D:ins la nuit dè S.ùnt-Sevetfin, dit le duc de Saxe à » l’archevêque de Cologne , tandis que nous nous avancions » en ordre et avec beaucoup de précaution entre Tyr et

(}n tiens et les Musulmans se rangent en bataille ; l’armée des Sarrasins, qui couvrait un espace immense, cherche tantôt à envelopper les Francs, tantôt à les séparer du rivage de la nier,' la cavalerie inusulmanese précipite tour-à-tour sur les flancs, sur le front et sur les derrières de l’armée chrétienne.

Les croisés serrent leurs bataillons, et présentent partout des rangs impénétrables. Pendant que leurs ennemis les accablent de traits et de flèches, leurs lances et lenr$ épées se rougissent du sang des Sarrasins. On combattait avec des armes diflérente^ mais avec la même bravoure et le même acharnemeut. La victoire resta long-temps indécise; les chrétiens furent plusieurs fois sur le point de perdre la bataille, mais leur opiniâtre valeur tiiomplia eufiu de la résistancp des Musulmans. Les rives de la mer, les bords du fleuve Eleuthère, le penchant des montagnes, étaient couverts dejnorts. Les Sarrasinsrpgr dirent un grand nombre de leurs émirs. Malek-Àdel, qui avait montré flans, cette journée l’haftleté d’un grand capitaine, fut blessé sur le * charr^S de bataille , et ne dut son salut qu’à la fuite. Toute squ armée était dispersée ; les uns fuyaient vers Jérusalen^j,) , les autres suivaient en désor-

Sidon , Saphadiu et tous les amiraux de Babylone et de » Damas, à la lêlè d’une grande multitude de Sarrasins, se » sont présentés à nous du llauc de la montagne. » ( Epist. duc. Saxon. Elle, est rapporte'e par Othoi>de St.-Blaise, ad ann. 1197; elle a éÊé traduite dans les pièces justificatives.*)» ' * . * .

(1) Nous n’avons; sur ce' combat, qu’un seul docu-

dre la route de Damas, où le bruit de cette san- 1 glante défaite porta la consternation et le désespoir.

A la suite de celte victoire, toutes les villes de Ja côte dç Syrie qui appartenaient encore- aux Musulmans , tombèrent att pouvoir des chrétiens; les Sarrasins abandonnèrent Sidon, Laodicée, Giblet. lorsque la flotte et l’armée chrétienne parurent devant Bérithe (1) , la garnison fut surprise et

ment, c’est la lettre du duc de Saxe à l’archevêque de Cologne , dont nous avons parlé plus haut. Le duc de Saxe assistait lui-même à la bataille. Il termine sa lettre en ces termes : « Nous prions donc instamment Votre Révérence qu’elle veuille bien, tant pour notre prospérité que pour celle de toute la chrétienté, faire faire mémoire de nous sur toute l’étendue de son archevêché, et engager tous ceux de cet archevêché qui ont pris le signe de la croix, à s’acquitter de leur vœu et à marcher au secours de la chrétienté ; quant à ceux qui voudraient sc fixer dans la Terre-Prftmise, • nous leur assigucrous des revenus suffisans. Roger de Hoveden dit que dans cette bataille deux fils de Saladin et plus de soixante émirs furent faits prisonniers, et que Saphadin y fut blessé grièvement. ( Iloveden , ad aun'. 1 197.)

(1) Arnold de. Lubeck dit que lorsque les chrétiens de la ville de Bérithe aperçurent des voiles carrées sur inei% ils s’écrièrent : « Voilà une Hotte de peler iris L» \ Voyez la description que ddime de cette cité le même chroniqueur, Dtblioth. des Crois. vtoJn. 11 , extrait d’Arnold de Lubeck, et rapportée -page 34 de ce volume. Comparez squ récit à celui de Bernard le Trésorier, Biblioth. des Cf-ois., tcmi. 1.) La chronique d’Arnold de Lubeck est ainsi intitulée : Chronique des Slaves , pur Helmode \ et continuée par Arnold de Lubeck. Helmode la fait commencer an temps de Charlemagne , et la laisse en 1170. Arnold l’a continuée pour les époque» postérieures.

38 I1IST4IR» &S fRÔlSADES.

11’oSa point se^déferià^è S cette viüe renfermait , disprit les historiens, plus de vivres qu’il n’en fallait pour nourrir les habitarts Ridant plusieurs années; dotix grands vaisseaux, ajoutent les mêmes cloniques, n’auraient pu suffire k porter les traits, les arcs et les machines de'guerrc qui furent trouvés dans la ville dfe Bérithe (i). Dans cette conquête ,

(i) Comerius Hennan donne, sur la prise de Bérithe les details curieux que nous allons faire connaître :

Les habitans de Bérithe, abandonnant leur ville désolée , •fortifièrent le beau château qui y était joint; ils y mirent les plus braves d’entr’eux et beaucoup d’armes et de vivres.

La garnison se voyant pressée de toutes parts, marcha au- « * devant de l’ennemi; on livra un combat dont le succès fut incertain; le comte Adolphe de Holstein s’était placé en embuscade dorant le combat , comme il aperçut le chef des infidèles monté sur un cheval plein de feu, il l’attaqua vigoureusement et le renversa de son coursier ; deux fois l’émir tenta de se relever, deux fois le comte Adolphe lo foula aux pieds , enfin il le perça d’un coup de lance ; les Sarrasins étaut venus porter du secours" à leur chef, le comte Adolphe leur résista , et fit prisonniers deux émirs de distinction, ce qui le couvrit de gloire.

Pendant ce temps la flotte chrétienne s’avançait "du côté de la ville, où il n’était resté que des prisonniers chrétiens ; ceux-ci montèrent daus la tour , et cqmmé ils trouvèrent les gardes endormis, ils changèrent "leur sommeil en celui de la mort: Alors, élevant un signal , ils appelèrent les pèlerins des vaisseaux à la ruine de la ville.

Ceux-ci crurent que c’était, un mirafcle de Dieu, ils débarquèrent eu foule sur le rivage. Les ennemis effrayés, et ayant déjà pçrdu leur plus grande espérance par la mort ..de haïr chef et par la («rte de la tour, s’enfuirent à travers

* LIVRE IX. 3o

IJ

d’immenses richesses devinrent le partage dos 1197 'vainqueurs j mais le prix le plus doux.de leurs vie- • toircs fut sans doute la délivrance de neuf mille captifs impatiens de reprendre les armes pour venger les longs outrages de leur captivité. Le prince d’Antioclie , qui était venu se réunir à l’armée chrétienne , envoya une colombe (1) dans sa capi-

les rochers et les montagnes. Les chrétiens entrèrent pleins do joie dans la ville et dans le château , où ils trouvèrent des provisions de bouche pour trois ans , et une si grande quantité de traits, d’arcs et de hàllistes, qu’ils auraient pu en charger deux grands vaisseaux.

Roger de Hovedcn et Bernard le Trésorier donnent d’autres détails sur le siège et la prise de Béritho ; suivant Roger de Ilovcden, les Sarrasins,- ayant détruit les murailles de la cité, se réfugièrent dans la forteresse et y furent surpris par les croisés; les prisonniers chrétiens, servirent les pèlerins ; ils tuèrent les gardes des portes et les ouvrirent aux chrétiens, en s’écriant : « que le Christ, lits de Dieu et son St. -Sépulcre nous soient en aide, » Bernard le Trésorier parte assez longuement du dévouement d’un menuisier qui favorisa la prise de Bèritliépl ajoute qu’on mit les esclaves à la torture pour leur faire découvrir les trésors cachés dans la vilte. Le menuisier fut très hien récompensé, ajoute Bernard, et on lui assigna dhmmçnscs revenus dans la cité. (Comparez à tous ces récits l’extrait d’Arnold de Lubeck, Biblioth. clés Croisades , 1. 11. ) ' >

(1) Arnold , qui raconte ce message de te Colombo , paraît craindre qu’on n’ajoute p’as foi à son récit, et croît devoir expliquer le fait pour le faite croire. Voici conpncnt il s’exprime dans le qhapitre ni. a Hic cfuidiam diclunts » sum non ridiculum , sed ridicule h Ç'entibus tractum ,

» qui • quoniam scifjientiorcs filiis lacis in gcncr’alioncjud

4o HISTOIRE DES CROISADES.

nj7 U|le , {jour annoncer à tous les halntans de sa principauté1'les triomphes miraculeux des soldats de* la croix. toutes les villes chrétiennes, on reivdit des actions de grâces au Dieu des armées. Les historiens qui nous ont transmis le récit de ces glorieux événemens, afin de peindre les transports du peuple chrétien, sc contentent répéter ces paroles de l’Ecriture : A\ovs Sion tressaillit d’ailé-* gresse , et les enfans de Juda Jurent remplis de joie (i), -f- . . ' •>. • '

Pendant que tes croisés poursuivaient ainsi leurs triomphes en Syrie , l’empereur Henri VI profitait de tous les moyens et de toutes les forces que la Savait remig. entré ses mains , pour achever royaume de Naples et de Sicile. Ce historiens et les poètes de l’ancienne Rori^Jious représentent cÿtfSte le séjour du repos et de la paix, cpnune îe rendez-vous des plaisirs, conirae la retraite" fortunée des muses latines, avait été, dans le moyen âge ^ le théâtre de toutes les ’ calamités de la guerre et de tous les excès de la

» surit, milita ejccogitant , quœ nost rates non nov.erunt, » nisi forfè ab ’eis didicerint. Soient enint exeunt.es ad » quœlibet negotia secum exporiare colutnbas , quœ domi •» mit ova cuit pullos , noviter habçnt creatos , et si in vid » forte accclerarc voient nuncium , scriptas lilteras sub umj> bilico columbœ , subliliter ponant ,et eam avolare perrnil- % lunt. Quœ cum ad suos fœtus properat , celeriler amicis. » desideratum nuncium apportât. » ( Bibl. des Crois. , t. n.} (i) Voyez Arnold de Eubcck, Bibliothèque des Crois. h <ome u. i

barbarie. Le dixième et le onzième siècle virent i tour-à-tour ces belles contrées en proie à la domination des Grecs, des Arabes et des Francs. Nous ne parlerons point ici de la conquête et des expéditions i'omanesques de quelques guerriers normands, attirés sur ces bords lointains par la dévotion des pèlerinages et par la fécondité d’une terre favorisée du ciel. Ces farouches guerriers, qu’on pourrait comparer aux compagnons de Roinulüs, fondèrent d’abord une république militaire où l’on ne reconnaissait d’aufre loi que l’épée, d’autre droit que la violence. Du sein même de leurs discordes naquit une royauté qui fît oi*-i blier enfin aux peuples désolés de la Sicile et de la Calabre , les maux inséparables de l’invasion et de la conquête. Sous la dynastie des princes normands, ce nouvel empire fit quelquefois trembler Constantinople, et triompha des Sarrasins d’Afrique. Des écoles où l’on enseignait les sciences humaines, s’ouvrirent dans les cités de Naples et de Salerne; les Arts et l’industrie de Ja Grèce enrichirent les villes de Syracuse et de Païenne ; le commerce florissant entretint d’utiles relations • avec l’Asie, et les chrétiens de la Palestine, dans leurs périls, fur mit souvent secourus par les flottes victorieuses ^orties des ports de Barry et d’OtrtmtefO. *

(1) Le royaume de Naples et' de Sicile avait déjà subi les dominations successives des Grecs, des Francs et des Saiv Ï4MD5, lorsque quelques aventuriers normands vinrent s’éta-

4 a HISTOIRÈ DES CROISADES.

ij)7 Toute cette prospérité s’évanouit loul-à-coup avec la race des princes normands. Le mariage de Cons-

blir daps cette partie du territoire de l’Italie; l’histoire de rétablissement des Normands est assez curieuse pour que % nous entrions dans quelques détails.

Dans les viiic. et ixe. siècles , les pirates do la Scandi- ^ navie avaient ravagé toutes les côtes maritimes de l'Océan, et, suivant les chroniques, avaient pénétré jusque dans la Méditerranée. Charles-le-Simplo donna , vers le commencement du x«. siècle , à Rollou, leur chef, un établissement dans la Neustrie ; les Normands imposèrent quel- . que chose de leurs mœurs et leur langue à leur patrie nous \vellc , et conservèrent cet esprit aventureux qui distinguait leur nation. La coutume des pèlerinages, si conforme à leurs habitudes errantes , devint familière parmi les j nouveaux habi tans de la Neustrie. Dans un de ces pieux voyages au mont Gar-Gan , quelques pélerius normands curent l’occasion de voir un habitant de Barry , ennemi mortel des Grecs et de l’empire de Bizance. L’espoir des ^ richesses réveilla l’ambition des pèlerins, qui, retournant dans leur patrie, excitèrent, par leur récit, leurs compagnons à les suivre. Bientôt une troupe choisie de Normands parcourut l’Italie sous l’humble habit de pèlerin; ils se mirent à la solde de tous les princes, et assurèrent toujours la victoire au drapeau sous lequel ils com- . battirent. Le duc de Naples les établit dans la Ville d’A versa qu’il venait de construire, et qui devintainsi une sorte de colonie gauloise. Alors les Sarrasins possédaient la Sicile. Les Grecs, après de vains efforts , appelèrent les Nor- •mands à leur aide. Guillaume de Hautevillc, surnommé Fier-à-Bras, se mit à la tête de cinq cents de ses braves compagnons; réunis aux Grecs, ils défirent soixante mille Sarrasins; les historiens de Bizance ne leur attribuent qu’une faible jKirt dans la victoire. Les Normands , ayant éprouvé

r ‘LIVRE IX. * nfS

tance, dernier rejeton de cette famille, avec Tempe- 1 1 reur Henri VI , offrit aiix Allemands un prétexte

ringratitu(]c4et la perfidie des Grecs, prirent les armes et exterminèrent les légions de Constantinople. Bientôt les empereurs ne possédèrent plus que les quatre places de Barry , d’Otrente, de Brinde et de Tarente. Les Normands adoptèrent d’abord une forme de gouvernement presque républicaine ; ils élisaient douze comtes et un chef à ces douze comtes pouf le temps de la guerre ; cependant ils reçurent f l’investiture de l’empereur d’ Allemagne. Les chroniques du temps parlent en gémissant £ gouvernement de fer des aventuriers de Normandie et des vexations qu’éprouvèrent les peuples soumis îtleur empire. Cchnme lapatrimoinc de St.- Pierre avait été entamé par les conquêtes des Normands, le pape, uni il l'empereur d’Allemagne, les attaqua; mais les troupes invincibles de Guiscard, après avoir olfert et même ‘Vainement sollicité un traité avantageux même pour le chef de l’Église, mirent en fuite les troupes papales et les Aile- + mands bardés de fer. Cependant l’esprit religieux dominant toujodrs parmi les peuples de ce siècle, les Normands , quoique vainqueurs, s’engagèrent à payer aupape une redevance de douze deniers par charrue , et c’est depuis cette époque que le royaume de Naples est considéré comme fief du Saint-Siège. A la suite de ses triomphes, Robert Guiscard acquit une certaine autorité sur scs compatriotes, qu’il surpassait par toutes scs qualités militaires qui faisaient alors les grands htfmmes. Le pape, par reconnaissance, lui conféra, dans un concile de cent évêques, leititre de duc avec Itfjmissance souveraine sur la Fouille, la Calabre, et puis enfin toutes les possessions qui composent aujourd’hui le royaume de Naples. Eu même temps, Roger fondait un autre royaume dans la Sicile, et il devint, sous le litre de grand comte, légat perpétuel du Saint-Siège dans ce royaume nouveau. les jt deux royaumes de Naples c* de Sicile furent perpétuelle-

44 / v HISTOIRE DES CROLSADES. ' i ii ij’j pour porter la guerre dans des contrées objet de leur ambition. Tancrède , fils naturel de Roger, m que la noblesse sicilienne avait choisi pour roi , repoussa pendant quatre années les guerriers de la Germanie ; mais à sa piort,'le royaume^ resté sans chef, divisé en mille factions opposées, fut de " toutes parts ouvert à l’invasion des conquérans. Tel était le pays sur lequel Henri VI voulait établir sa domination. Pour accomplir son dessein, il n’a- . vait pas besoin d’employer toutes les forcés de son empire et toutes les rigueurs de la guerre : la clémence et la modération mi auraient sufli pour assu- ' rer sa conquête et^oumeltre à ses lois un peuple désolé ; mais tourmenté par le sentiment d’une im- ' pla cable vengeance, il ne fut touché ni du mal-

heur des vaincus, ni de la soumission de scs ennemis. Tous ceux qui avaient montré quelque respect, quelque fidélité pour la famille de Tan--

* ment en guerre contre les Grecs; il n’entre pas dans l’objet de cette note de les rappeler. Au nfilieu du xi°. siècle , la lignée de Guiscard s’éteignit; celle de Roger de Sicile seule survécut, et ses descendans reçurent le titre de rois. GuiHanme-le-Mauvais régna depuis 1 1 54- à n()G. Guillaume, surnommé Je Bon, de n66à 118g. Son (ils, Roger, mourut jeune encore, el.ee fut pour disputer la succession à Tancrède, petit-fils illégitime de Roger, qu’Henri VI envahit la Sicile. Henri VI fondait ses préteptions sur lesdroits , de Constance, fille de Roger. (Voyez Muratory, Annal. d'Italie , 1 080- 1 jt)o. Dans le a®, vol. de sa collect. des Antir/ui -■ .. tes de V Italie, ce savant a réuni un grand nombre de chroniques qui parlent de l’étafelisseraeul des Normands.)

* Livre ix. . 45

credc, furent jetés par scs ordres dans des cachots, ou périrent dans d’horrihles supplices que luimême avait inventés. L’armée qu’il conduisait avefc lui ne secondait que trop sa politique sombre et farouche; la paix què les vainqueurs se vantaient d’avoir rendue aux peuples de Sicile , leur causait plus de maux, et faisait plus de victim.es que la guerre. Falcaudus, qui était mCfrt quelques années avant celle expédition , avait déploré d’avance , dans Son histoire , les malheurs qui devaient désor 1er sa patrie; il voyait déjà les cités les plus florissantes et les riches campagnes de la Sicile , ravagées par l’irruption des Barbares ( i ). « O malheureux

' (1) La première invasion des Allemands date de 1190. Après avoir soumis une grande partie de la Fouille , ils furent oblige's de l’évafcuer à cause des grandes chaleurs et de là- famine. La seconde est dtf mai 1191. Beaucoup de villes se rendirent à l’empereur Henri ; mais les maladies s’étant encore mises parmi les Allemands , il fut obligé de se retirer à San-Germano. Henri entra de nouveau dans le royaume de Naples ; Salerne, après quelque résistance,^ fut prise de vive force; le vainqueur traversa sans obstacles la Pouillcet la Calabre; Palerme lui ouvrit scs portes, et Tancrède étant mort, le jeune roi Guillaume vint déposer la couronne aux pieds de l’empereur qui le fit étroitement enfermer. Henri se livra à tous les excès de la vengeance ; aux uns il fit crevc^les yeux , il fit pendre les autres , et cent soixante chevaux furent chargés de l’or arraché aux malheureux Siciliens. L’empereur quitta le territoire conquis, et revint en Allemagne, laissant Constance dans ce pays ravagé. • . •

Les choses étaient dans cet état , lorsque l’empereur

’ i \ ff

ii97 M Siciliens, s’écriait-il, ^ il serait moins a (Freux

» pour vous (le supporter encore les tyrans de la

Henri , prétextant une expédition dans la Terre-Sainte en

• 1196, repassa dans l’Italie avec un grand appareil de guerre : son véritable but, selon le rapport des historiens, était d’exterminer le parti des Normands. "Voici ce que dirent le^, historiens de la croisade sur cette expédition. - «

Arnold de Lubeck rapporte que l'empereur , pour asservir les peuples de Sicile , avait rassemblé une armée de la Souabe , de la Bavière, de la Franconie , et autres, pays , au nombre • de soixante mille hommes. Lorsqu’il eut ^riompüé de ses ennemis , il tira d’eux une . vengeance terrible. Il fit clouer le diadème avec des clous #ès pointus sur la tète de celui qu’ils avaient élu roi , fit" pendre ou brûler ses fils , et en condamna d’autres à divers supplices. Roger de Iloveden raconte que l’empereur fit priver de la vue et condamna l’amiral Margucrit, auquel il avait donné lui-mème le duché dçDurazzo et la principauté dcïarcnte, à une honteuse mutilation. L’impératrice Constance , voyant les maux que Henri avait faits aux Siciliens, forma une conspiration contre son mari avec ceux de sa nation. Richard de SaflflNrcrmain , en parlant de celte conspiration, dit que Henri vint à bout de rétouf- *Ter par sa prudence. Jean de Cellan , dans sa chronique , et la chronique de Fosse - Neuve , ^caçontent qu’Henri étant à Capoue , où il tenait unèéj assemblée générale , fit traîner par les rues le comte d'Accerra , attaché à la queue d’un achevai ; qu’ensuite. il le fit suspendre la

* tète en bas', et qu’au bout de deux joura , le comte vi-

ura ,

vont encore , un histrion , nommé FollW, pour plaire à l’empereur , attacha au cou de ce malheureux une grosse pierre qui le força à rendeg^ l’âme. Henri mit sur toute la Sicile une. forte contribution, Roger de Hoveden rapporte que Hdâvi étaut tojpbé malade, après s’ê-

» vieille Syracuse, que do vivre sous l’empire de 1197 » cette nation féroce qui s’avance pour errvaliir - » votre territoire , ^pvous plonger dans tous les » excès do la misère et de la servitude (1). »

tre réconcilié arec sa femme et les grands de Sicile, envoya Swÿi , évêque.de Bath , son parent et son chancelier de . Bourgogne, auprès de Richard , roi d’Angleterre , pour lui t offrir en indemnité de l’argent qu’il avait reçu de lui pour , sa rançon , soit de l’or et de l’argent , soit des terres. Pendant que Swan -était en voyage, l’empereur mourut À Messine la veille de la Saint-Michel , excommunié par le pape Célestin , à causa, de la captivité et de la rançon du roi d’Angleterre. Le pontife défendit qu’on ensevelît le corps de Henri , malgré les prières de l'archevêque de * Messine. ( Voyez les annales d’Italie'de Mura tory, A. D.

1 190-1 197 t et Baronius, avec le commentateur Pagy, aux mêmes années 1 fpo-i 197. )

(1) Le tableau de Falcandus est tout-à-fait prophétique ;

) voici la traduction de quelques morceaux curieux :

« Il me semble déjà voir les armées turbulentes des barbares frapper de terreur les cités qui jusqu’alors avaient joui de la paix , les dévaster par la mort , les affliger par le pillage , les souiller par leur luxure ; ces malheurs de l’avenir m’arrachent des larmes. Les citoyens qui veulent arrêter ce torrent, ou sont massacrés par le glaiye, ou sont réduits à la plus cruelle servitude j les vierges seront souillées en présence de leurs païens ; les matrones subiaÿit le même outrage , après avoir été dépouillées ' de leurs plus précieux omemens. Cette antique noblesse de la Sicile , qui , abandonnant Corinthe , sa patrie, vint jadis habiter les bords de la Sicile , sera réduite à servir des barbares ! A quoi nous sert d’avoir été autrefois la source des doctrines de la philosophie et l’àutiquc fontaine

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