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» rcconnaîlrc loule douiiuation cjui le protégerait 1 168 n contre ses ennemis et contre lui-raême. Les ») clirelicns ne connaissaient que trop l’état de dé- , » cadence de l’empire du Caire, toute leur poli-
» tique était de s’en emparer; il fallait donc les » dévaucor dans leurs projets, et ne pas dédaignei;- )> une conquête que la fortune offrait en quelque » sorte à la première puissance qui se présenterait M en Égypte. «
'Ainsi le roi de Jérusalem et le prince de Damas avaient la même pensée et formaient les mêmes desseins. Dans les églises des chrétiens , comme dans les mosquées des ISIusulmans , pu adressait au ciel des prières pour le succès de la guerre qu’on allait porter sur les bords du .Nil. Comme chacune des deux puissances rivales cherchait à légitimer scs projets et ses démarches, on accusait à Damas le calife d’Égj pte d’avoir contracté une alliance impie avec les disciples du Christ; tandis qu’on disait à Jérusalem , que le visir Chaver, manquant à la foi des sermens, entretenait une correspondance perfide avec Noureddin (i)»
Les chrétiens furent les premiers à violer les traités; à la tête d’une nombreuse armée , Amauiy se mit en marche, et parut eu ennemi devant llilr béis qu’il avait promise aux chevaliers de Saint- • Jean , pour prix de l’ardeur et du zèle qu’ils montraient dans cette expédition ; cette ville , située
(i) Voyez, sur tous ces évenemens, le récit des tuteurs arabes. ( Bibliothèque des Croisades 26. )
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• 28o mSTOIllE^ des croisades. ,•
1168 sur la rive droite du NU’, fut prise d’assaut , et toute la population passée au fil de l’épée ; car moins on avait de motifs pour commencer cette guerre , plus on la poursuivait avec fureur.
' Les malheurs de Bilbéis jetèrent la consternation dans toute l’Egjpte ; le peuple s’irrita au récit des cruautés exercées par les Francs, prit les armes et chassa du Caire la garnison chrétienne. Chaver rassembla des troupes dans les provinces',
^ la ca^tale •, et pour réveiller dans les peupl^|^ courte dù désespoir, fit mettre le feu à l’ancîétine Foslàl(i) dont l’incendie dura plus de six semaines. - Le calife du Caire implora de nouveau les armes de Noureddin, et lui envoya dans une lettre les cheveux des femmes de son sérail, gage de sa conliance et' signal de sa détresse profonde. Le prince de Damas se rendit avec joie aux prières du calife d’Egypte , et comnte son armée était prête à se mettre en marche, il donna l’ordre à Ghirkou de traverser le désert et d’accourir sur les bords du Nil.
Après la prise de Bilbéis , si le roi de JéncÉIem avait 'marché avec rapidité sur le Caire , il aurait pu prévenir ses ennemis et s’emparer de la '‘capitale ; mais par une politique qu’on ne peut expli-
(1) C’est ainsi qu’un héroïque désespoir a fait, dans les temps modernes, brûler la ville de Moscou. "Voyez d’ailleurs, pour cette expédition, Guillaume de Tyr, lib. xx , et les auteurs arabes analysés. ( Bibliothèque 'des Croisades y tom. Il, §. ab. ) ■ *
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quer , et comme si tout-à-coup il eût été lui-même i iG8 cffrajé de son entreprise , ce prince , qui avait méprisé les traités et ne voulait rien' devoir qu’à la victoire , écouta les ambassadeurs du calife , dont la Voix suppliante s’adressait tiintot à sa pitié, tantôt à son avarice. Amaury n’était pas moins entraîné par l’amour de l’argent que par l’ambition des conquêtes , et l’offre d’uiuf somme exborbitante suffit pour l’arrêter dans sa rnarche et lui faire suspendre les hostilités. Tandis qu’il attendait les trésors promis , et qu’il prêtait l’oreille aux propiwîtions de ceux auxquels il avait lui-même manqué de foi, les Egyptiens achevaient leurs préjiaratifs de défense j on relevait les fortifications des villes, lé peuple s’assemblait en armes. Les Francs, environnés d’enneniis, attendirent vainement la flotte que les Grces devaient leur envoyer. Enfin, après un mois de négociations^ dans lesquelles le 1^69 visir n’épargna ni les flatteries, ni les fausses promesses, au heu de recevoir les trésors qu’on lui promettait, et de voir arriver des auxiliaires, Amaury apprit tout-à-cou^i que Cldrkou entrait pour la troisième fois eu Egypte, à la tête d’une année formidable (i).
Ce fut alors seulement qu’il reconnut le piège dans lequel il était tombé; il vola au-devant des Syriens pour les combattre; mais leur^chef évita sa rencontre et se joignit aux Égyptiens’. Les chré-
(1) Voyez, ))onr les detHÜs, le récit ries auteurs arabes, tom. Il de la Bibliothèque des Croisades. '
28a HISTOIRE DES CROISADES.
C(j liens ne pouvaient résister à deux armées réunies. i)ès-lors toutes les négociations furent rompues ; on menaça ceux qu’on avait flattés; l’Egypte n’offrit plus ses trésors, mais montra ses soldats irrités. Le roi de Jérusalem, attaqué de toutes parts, précipita sa retraite vers le désert, et rentra dans son royaume^ avec la honte d’avoir échoué dans une guerre que le succès seul pouvait lui faire pardonner, et qui paraissait d’autant plus injuste qu’elle avait été mal conduite et qu’elle était malheureuse.
Non- seulement les chrétiens avaient a regretter les avantages qu’ils reliraient d’un pays voisin et tributaire, mais cette riche contrée, dont ils s’étaient fermé l’accès, allait passer entre les mains du plus redoutable de leurs euüemis, dont elle devait accroître la puissance. Chirkou fit arborer ses # drapeaux sur les ^ours du Caire ; l’Egypte , qui croyait recevoir un libérateur, 'ne vit bientôt qu’un conquérant. Le visir Chaver paya de sa vie les maux qu’il avait attirés sûr sa patrie; il fut tué dans le camp même de Chirkou, et son autorité devint le partage du vainqueur. Le calife qui, pour se sauver lui-même , avait demandé la tête de son premier ministre, lui donna pour successeur le généi-al de Noureddin , qu’il appela, dans ses lettres, le prince victorieuse. C’est ainsi que le monarque avili do l’Égjqjtc se joifait de ses propres faveurs, en flattant un homme qu’il ne connaissait point, et dont il avait peut-être souhaité la mort : image de l’aveugle fortune, qui répand au hasard
les Liens cl les maux, et voit avec la même indif- n6g fêreucc scs favoris^ cl ses victimes.
Deux mois apres son élévation, Clilrkou mourut suLitemeut. Pour le remplacer, le calife choisit le plus jeune des émirs de l’armée de Nouredeyn. Saladln , à peine âgé de trente ans, cpioi([u’il se fût distingué au siège d’Alexandrie, n’avait point encore de renommée J mais bientôt son nom devait occuper l’Orient et rOccldcnt. Il était neveu de Cliirkou cl fils d’Ayoub ; son oncle çt son père avaient quitté les montagne^sauvages du Curdistan pour servir les puissances musulmanes de la Mésopotamie, et s’étaieutatlacliésà la fortune dCs Atabecks, quelque temps avant la seconde crçisade. Saladin, dans sa jeunesse, aima la dissipalion et les plaisirs, et resta long-temps étranger aux soins de la politique et de la guerre J mais, arrivé ahx dignités suprêmes, il changea sa conduite et réforma scs mœurs; jus- 117P qu’alors il semblait fait pour (i) les loisirs cl l’obscurité d’un sérail; loul-à-coup on vit en lui un homme nouveau, qui paraissait né pour l’empire; sa gravité insj>ira le respect aux émirs ; scs libéralités lui attirèrent les suffrages de l’armée; l’austérité de sa dévotion le rendait cher à tous les vrais crojans.
(i) Bernard le Trésorier, rapporte que. Saladin avait la surveillance des femmes prostituées. ( Voy. la Bibliothèque des Croisades , tom. i. ) Pour le portrait et la jeunesse de Saladin, voyez Ibn-Alatir, Ibn-Aboutaï et Aboulféda , analyses dans la Bibliothèque des Croisades, t.n, §§. 37 cl a8.
284 HISTOIRE DEé CROISADK.
Les Francs J qui ne voyaient point dans Saladin un ennemi redoutable, n’avaient pas encore renoncé à leurs projets sur l’Éf^pte. La flotte grecque, vainement attendue dans l’expédition précédente , arriva enfin dans le port de Ptolémaïs. Dès-lors on résolut de retourner sur les bords du Nil. La flotte et l’armée chrétienne , commandée par le roi’ de Jérusalem, allèrent mettre le siège devant la ville de Damiette. Dans celte expédition , les chrétiens perdii’cnt la moitié de leurs ÿ)ldats , moissohné^ar la famine ou le fer dé l’ermemi, et tous leurs Aisseaux bridés par le feu grégeois ou, dispersés par la tempête; ils se virent enfin obligés de renoncer a leur entreprise, après cinquante jours d’un siège où leurs chefs furent accuses de manquer à -la- fois de epurage, de prudence et d’habileté. Ainsf l’opiniâtreté d’Amaury à poursuivre une guerre malheureuse, ne fit que servir les progrès des Musulmans, et dut rappeler aux Francs de la Palestine ces paroles que les prophètes répétaient aux Hébreux : Fils d’Israël , ne dû'igez ni vos regards ni vos pas vers l’Egj'pte^ Comme les députés qu’on avait envoyés en Occident étaient revenus en Syrie sans espérance de secours, le roi de Jérusalem plaça tout son espoir dans les Grecs, et partit pour Constantinople, laissi^nt, ainsi qu’il le disait lui-même, à Jesus-Christ, dont il était le ministre, le soin de gouverner son royaume. Les chroniques contemporaines s’étendent longuenient sur la brillante réception que reçut Amatuy à la cour de %sance, mais elles
LWRE VII. 28j
ne font point connaître les traités conclus avec n-ja Manuel, qui restèrent d’ailleurs saps exécution. Quand le roi retourna à Jérusalem, il trouva son royaume de toutes parts menacé par les forces toujours croissantes de Nonreddin.
Si la guerre avait cessé un moment ses ravages, cet intervalle de paix n’était dù qu’à un horrible lléau qui venait de désoler la Syrie. Un’ tremblement de terre avait ébranlé toutes les cités; Tyr , Tripob, Antioche, Emesse, Alep, u'offraienl plus que des pierres entassées; la plupart des placesfortes virent tomber leurs plus solides remparts, et perdirent à-la-fois leurs babitaus et leurs défenseurs. Chaque prince, chaque peuple, occupé de ses alarmes et de Ses calamite's, ne songea jdus à s’armer contre scs voisins, et la crainte dfs jugemeiis jle Dieu, dit Guillaume de Tyr^ devint comme un traité de paix entre les chrétiens et les jMusuhnans.
Cependant Saladin achevait de soumettre l’É- 1171 gypte à l’empire de Noureddin; et pour qu’il no manquât rien à sa conquête, il réussit à réformer les opinions religieuses dupeiqde vaincu. L’autorité des fati mites fut abolie , et peu de temps après, le cahfe Aded , toujours invisible dans son palais, mourut sans savoir qu’il avait perdu sou empire. Leschrétiens accusèrent alors Saladin de l’avoir tué de sa propre main(i); mais aucun des historiens
(i) Guillaume de Tyr accuse ici Saladin; on peut voir à ce sujet le conte singulier et invraisemblable que fait Ber-
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a8G HISTOIRE DES CROISADES.
O musulmans u’a icvclc cet liorrible secret de la politique orientale. Les trésors du calife servirent à apaiser les murmures du peuple el dfcs'soldats. La couleur noire des abassldes remplaça la couleur blanche des enüins d’Aly, et le nom du calife de Bagdad fut seul prononcé dans les mosquées. La dynastie des fatimites, qui régnait depuis plus ^le deux siècles, et pour laquelle on avait versé tant de sang, s’éteignit dans un seul jour, et ne trouva pas un défenseur. Dcs-lors les Musulmans d’Egypte et de Syrie n’eurent plus qu’une même religion et qu’une Seule cause h défendre.
Saladin n’avait plus rien à redouter de scs ennemis j mais une fortune si rapide, inie si grande puissance devaient exciter à-la-fois là jalousie de ses rivaux e^ les défiances de son nfàître. Le souverain de Damas ne jetait plus que des regards i»quiel.s sur une conquête qui avait fait sa joie. Oh doit croire néanmoins que Saladin ne songea point d’abord à l’empire j mais telle était la position ôù les circonstances l’avaient placé, quM ne fut plus le maître de choisir le parti qu'il avait à prendre, ét que le pouvoir suprcihe qu’ôn l’accusait de voliloir usurper, devint pour lui comme le seul \ moyen qui luj| restait tlé se sauver. C’est un spectacle curieux de voir dans les historiens arabes
nard le Trésorier. ( Bibliothèque des Croisades, tora. i. ) Quant aux auteurs orientaux, aucun écrivain musulman ne fait mention d’un trait aussi déshonorant pour Saladin. Voyez au reste le tome n de la Bibl. des Croisades , §. 3ô.
coir^racnt le sultan Je Damas et le fils d’Ayuul) emploient tour-à-lour le mensonge et la dissimulation, Tun pour prévenir IcS projets d’un lieutenant infidèle, l’autre pour échapper aui soupçons d’un maître irrité. Noureddin, afin de faire sortir Saladin de l’Egypte ôù il était tout puissant, l’appelà plusieurs fois eq ^yrie, pour l’associer, disait-il, à ses entrej^'ises contre les chrétiens (1) ; Saladin , feignant d’ol)éir, traversait l^désert, fa\'agcait les fi’ontières de l’Idumée, et se hâtait dcretoui iicr sur les bords du Nil, alléguant tantôt uïie nouvelle conquête à faire en Nubie ou vers la irtcr Ronge; tantôt un soulèvement à réprimer dans quelque.*? •\ illes égyptiennes. Cependant la ruse et la perfidie ne pouvaient long-téinps suffire à cacher les secrets desseins d’une ambition impatiente ou d’une autorité jalouse, et la guerre,' avec tous ses périls, allait éclater, lorsqu’on apprit tout-â-coup la mort de Noureddin (a). A cette nouvelle, les chrétiens se réjouirent, et crurent n’avoir plus' d’enncmi formidable à combattre; le sultan de Damas ne laissait qu’un fils en bas âge, incapable de gouverner .ses vastes états, et d’assurer le triomphe de la foi mu-
(1) Sur tous ces e'vcncmcns nous u’avons guère eu d’auires guides que les auteurs arabes. Voyez' au tpmc n (le bliothèque des Croisades, §. 3o.
(2) Rien n’esi plus curieux que le portrait (pie lesâtUôurs arabes font de Noureddin et de sa politique. Voyez au
,lome II de la Bibliot. des Crois,, §. 3i et suiy.On y verra aussi dans quel état se trouva la Syrie après sa mort, et comment Saladin rencontra si peu d’obstacltrdans scs projets.
a88 HTSTOIRE DES CROISADES.^ .
sulinaue; mais cequiGl alors la sécurile des Francs, devait plus tard amener leur ruiné; car Saladin , resté maître de l’armée victorieuse, et profitant du désordre qui troublait la Syrie, s’empara de l’empire des Atabecs, et, devenu l’héritier de la puissance et des projets de Koureddin, dirigea bientôt toutes les forces des Musulmans contre les colonies cliréliennes. /
Amauiy mourut dans le même temps , sans prévoir les progrès d'iifie piiissahce', ouvrage de sa politique imprudente.^ Il laissait à sa mort un royaume désolé, et pour lui succéder au trône de, Jérusalem, un fils âgé de treize ans, malade et couvert de lèpre. Raymond , comte *de Tripoli , et Milon de Plansy , Baigneur de Carac et de Montroyal, se disputèrent la rég’ehce pendant la niinorilé du jeune Baudouin. Milon, que Guillaume de Tyr nous représente comme un homme sans vertus, sans .remords et sans craintes, obtint -à force de brigues les suffrages des barons, et quelque^ temps après on le trouva percé de plusieurs „çQups d’épée dans une rue de Ptolémaïs. Raymond succéda à son rival , dont toute la Palestine lui reprochait la jnort.
Le père Ai comte de Tripoli avait été tué par les Ismaéliens, et lui-méme était resté huit ans dans les fers des infidèles. Quatrième descendant du fameux comte de St.-Gilles , il avait la bravoure , .^l’activité, l’ambition du héros dont il tirait son origine , et surtout cet indomptable caractère qui, dans lés temps difîlciles, irrite les passions etpn^
. . • IJVRE VII. •• a8o
\’oque des haines implacables. Plus impatient de , ,^4 régner sur les chrétiens que de vaincre les infi- ‘ dèles , Raymond regardait le droit de commander aux hommes comme le seul prix des maux qu’il avait soufferts; il demandait avec liauteur la récompense de ses services , de ses longs travaux, et ne. voyait le triomphe de la justice , le salut du royaume que dans sa propre élévation. - .
Si, au milieu des désordres qui sans cesse agitaient les états chrétiens , le nouveau régent avait ' ru assez d’autorité pour diriger la politique des
Francs , et faire à son gré la paix et la guerre, l’histoire devrait l’accuser d’avoir favprisé la puissance de Saladin et préparé la chute du rqjaume de Jérusalem. Après la mort de Noureddin, le fds ,,-g d’Ayoub aviut eu cà combattre la famille de son ancien maître , les émirs fidèles à la dynastie des Atabecks , et tous ceux qui voulaient profiter des troubles de la Syrie pour se faire des états indépendans. La prudence commandait aux chrétiens d’entretenir la discorde parmi les infidèles , et de s’allier à tous les partis qui résistaient à Saladin (1).
Le gouverneur musulman d’Émesse et plusieurs émirs de Syrie \4nrent solliciter l’appui des Francs; mais ceux-ci mirent a leur serviçc un prix extraordinaire , et lorsqu’ils entrèrent en campagne, ils menacèrent.ceux qu’ils allaient défendre, et
(i) Voyez les auteurs arabes au tome 11 de la Biblio- ‘
thè(jue des Croisades ,5-33. • .
TOM. II. Tn '■
aç>o IILSTOIRE DES CHDfiADES. '
11'^ ravagèrent à-la-fois le territoire de leurs amës et de leurs enueniis. Cependant les probes Ae leurs ai'mes et leur alliance passagère avec les princes * musulmans alarmèrent Saladin qui faisait la guerre au fils de IN'eureddin, enfermé dans la ville d’Alep.
. Le sultan résolut de les éloigner du théâtre de ses •y ’ .
conquêtes j il fit à leurs chefs de brillantes promesses, leur distribua de riches présens, et biept' tôt il obtint ùne trêve dont il profita pour aflèr^ mir sa puissance et reculer les limites de son empire. ‘
Les Francs rentrèrent à Jérusalem , contens d’avoir forcé Saladip à leur demander la "paix. Après avoir imprudemment consenti à une trêve, ils firent une seconde faute ; ce fut de violer le traité qu’ils venaient de siglier, non point pour tenter quelque entreprise importante, mais pour faire une incursion sur les terres de Damas. Ils ravagèrent les campagnes, pillèrent les bourgs et les villages qu’ils trouvèrent" sans défense,. tandis que Saladin faisait d’utiles conquêtes en Syrie et se, rendait assez puissant pour punir ses ennemis de la violation des traités. . ,
Au milieu des périls qui menaçaient le royaume de Jérusalern , les chrétiens célébrèreut , par des transports d’allégresse , l’arrivée de Philipjfie , comte de Flandre, accompagné d’un, grand nombre de chevaliers. Phihppe élaitle fils de Thiéri , qui avait quatre fois visité la Terre-Sainte; il inspira d’abord tant de confiance que Baudouin lui offrit l’adminrstration et la régence du royaume ; ce qu’il re-
■ LIVRE Vit. ' îQi
ï’iisa, en disant qu’il était venu non pour gouvcrlier les chrétiens, mais pour combattre leurs ennemis. Lorsqu’il arriva dans la Palestine , les Siciliens venaient de faire une tentative malheureuse sur Alcxaudrie , et l’empereur grec , que tant de revers n’avaient point éclairé , olFrait «ncorc des soldats et des vaisseaux pour recommencer la guerre en Egy pte ; ou proposa au comte de Flan- >'77 dre le commandejnent de cette expédition , qu’il n’accepla jjoint. N’alléguant aucun motif raisonnable de son refus, et n’obéissant, dit Guillaume do Tjr, qu’à l’inconstance de sou caractère, ce prince se rendit avec scs chevaliers su ries terres d’Antioche, où il ne signala son zèle et sa bravoure par aucune entreprise (i) importante contre les infidèles.
Bientôt le ^ultan du Caire et de Damas rassembla une armée formidable et s’avança vers la Paln.stine. Toutes les campagnes étaient en (lamines sur le passage des Sarrasins ; à leur approche , les ; chrétiens avaient abandonné les villes et les bourgs pour se retirer dans les montagnes et les cavernes- Baudouin IV, qui venait de prendre les rênes du gouvernement, se mit à la tète de l’armée des F’rancs; mais craignant de se mesurer avec Sala- Uin, il s’enferma dans Ascalon, d’où il contemplait avec eflroi scs provinces désolées.
(i) Voyez, sur ce comte de Flandre, Guill. de Tyr,liv. XXI , §. i4 et suiv. , et Bihlioth. des Croù. , t. i , p. iGo ; Voyez aussi les Annales de Meyer , t. ir du même ouvrage, pg. 53.
royaume, et déjà Saladin en partageait les ville.s entre ses émirs , lorsque la Providence , quf prît enfin pitié de la situation des chrétiens, leur ofl’rit une occasion de réparer leurs malheurs. Les menaces des Sarrasins et la vue des ravages Je la guerre, indignèi-ent les soldats chrétiens. L’armée , commandée par le roi de Jérusalem , sortit d’Ascalon et surprit les Musulmans dans ces mêmes plaines où Godefroy et les autres chefs de la première croisade avaient remporté une célèbre victoire sur les Egyptiens. Saladin ne put résister à l’impétuosité de ses ennemis, et perdit la bataille après s’être défendu vaillamment au milieu^ de ses Mameloucks, milice intrépide , qu’il avait formée lui-même , et dont il était toujours, entouré dans les dangers de la guerre. Les chrétiens s’étaient fart précéder dans le combat du bois de la vraie croix, et plusieurs guerriers croyaient avoir vu les branches de cette croix miraculeuse s’élever d’un côté jusqu’au ciel, de l’autre s’étendre jusqu’aux extrémités de l’horizon. Saladin avait vu périr toute son armée dans cette bataille, dont le souvenir ne s’effaça jamais de sa mémoire, et qui fit pâlir, comme il le dit lui-même dans une lettre , l’étoile de la famille d’Ayoab. Monté sur un chameau , et suivi de quelques officiers , Saladin courut les plus grands dangers dans sa fuite à travers le désert. A son retour au Caire, animé ^par le souvenir de sa défaite , il condamna à mort tous les prisonniers chrétiens qu’on lui avait envoyés de la principauté
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d’AnliocheJ et, si on en croit les chroniques musulmanes , U leur fit trançher la tête par la main des hommes pieux ei dévots (i). ' ' >
Cependant les chrétiens pe profitèrent point de leur victoire, et se conteAt^nt de bâtir une forteresse sur les bords du Jourdain , au gué de Jacob. Saladin rassembla, de douvelles troupes en Egypte, et revint bientôt ,Aienacer le royaume de Jérusalem.. La -victoire d’Ascalon avait enflé l’orgueil-des chrétiens et les rendait téméraires. Salatlin, au contraire, devenu plus prudent depuis sa défaite, mit a profit les fautes des chrétiens, leur dressa des embuscades , employa toutes les ruses de la guerre et les battit plusieurs fois sur les rives du Jourdain et dans le voisinage de Panéas. Baudouin , qui avait été sur le point de tomber enti’c les' mains de .seà ennemis , réunit toutes les forces qui restai^tt dans- ^ états , mais il ne put obtenir aucun avantagé- sur Saladin ,,et fut obligé de demacç^erlà paix, qué l’éfat de son rpyaume"^et ses infirmités lui rendaient chaque jour plus nécessaire. ''
L’intérêt des colonies chrétiennes exigeait alors
(1) Voyez, sur ce combat, les détails que’ donne Guillaume ^dé ïyr , liv. XX et suiv. , et Bernard le Trésorier. Biblioth. des Crois., tom. 1 , pag« 568. Les auteurs arabes appellent cette bataille,^ Combat de Ramla. A.boulfarage attribue, dans sa Chronique syriaque, la victoire des chrétiens à un. vent miraculeux qui tout-;à-coup porta la pous- .sière dans les yeux des Musulmans. (Voyez au tome u de 1a Bibliothèque des Croisades, §. 34- )
' 394 mSTOmE DES CROISADES.
•fi qu’on observât la trêve faite avec les Musulmans j mais telle était la destinée des états chrétiens eu Sjrie, que personne n’avait assez, d’ascendant et de puissance pour maintenir la paix, et que le dernier ' lies barons et des chc^^|lIers pouvait à son gré provoijuer la guerre. La témérité et riniprudcnce d’un seul homme attirèrent de nouveau dans la Pales-" line toutes les forces de Saladin (i). <
Les vieilles chroniques ont raconté les aventures romanesques et la fortune extraordinaire de Renaud de Châtillon. Né à Châlillon-sur-Indre , il 48 avait suivi en Asie l’armée de Ix>uis -le -Jeune , et s’était enrôlé dans les troupes de Raymond do Poitiers , prince d’Antioche. Rayrpond ayant perdu ' la vie dans une bataille, sa veuve Constance fut sollicitée de prendre un nouvel époux pour l’associer à son gouvernement. Cette princesse refusa les plus illustres d’entre les princes elles chevaliers j'
, elle avait rèmarqué la beauté et la bravoure chevaleresque de Renaud de Châtillon,* elle ne voulut point avoir d’autre époux, et par un mariage qui, au rapport de Guillaume dé Tyr,’ remplit de surprise tous les barons chrétiens , elle éleva tout-àcoup jeune chevalier inconnu éh Orient sur le tronc d’Antioche (a)y-
(1) Guillaume de Tyr ne peut s’expliquer ce chauf'emrnt de fortune pour les chrétiens , et s’arrête pour demander à la Providence cllc-mchie les motifs qui lui av.aient fait retirer son appui aux chréifens. (Guillaume de Tyr, liv. xxi. Voyez la Bibliot. des Crois., t. i, p. 48. ).
(2) On s’ctoniu- que Guillaume de Tyr, auteur coulcm-.
, LIVRE VII. ■ agS
Rpnancl Je CliîküUuu , qui avait obtenu l’amour , ,5g Je Constance, ne sut point mériter la confiance et restiinc Ile scs nouveaux sujets. Il se forma contre lui un parti puissant , à la tête Juquel était le patriarche Amauiy. Renan J, plein Je Jépit et Je colère, fit jeter Jaiis les fers tous ceux qui lui étaient opposés. Par ses or Jres le patriarche J’Aulioche fut conJuit sur les tours Je la citaJelle, et, Jausla chaleur Jel’été, latéte JécouvertectenJuite Je miel, il resta tout un jour exposé aux mouches et aux insectes. RçnauJ Je Châtillon , après avoir rempli la ville J’ Antioche Je terreur et Je Jeuil , voulut signaler sou règne par quelques entreprises guerrières. Devèuu 1^ chef J’unc armée Jaus laquelle il avait été simple chevalier, il lit la guerre à l’empereur Je Constantinople, arma quelques vaisseaux et ravagea l’Ue Je Chypre. L’empereur grec voulut se venger et vint camper avec Une armée h la vue J’ Antioche (i). RenauJ n’ayant point assez Je forces pour se JéfenJre, eut recours à la bassesse pour Jésarmer son ennemi, et vint la cor Je au cou , ses vétemens Jéchirés , Jéposer son épée aux j)ieJs Je l’empercul', qui lui accorJa la paix. Lors-
porain, et qui se trouvait sur les lieux , iut pu igilorcr que Ilcnaïul était de l’illuslrc faindle de Châtillon. Voici, au reste , les paroles mêmes de l’archevêque : Non sine muUomtm adniiratione quod tain prœclara , potens et it- , lustrh fœmina ei tant excellenlis uxor viri militi quasi Gregorio nuheré digneretur j liv. xvn, §. a6.
(i) Voyez , pour les détails , Guill. de Tyr , liv, xvui ,