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montre l’esprit chevaleresque que Frédéric portait 1 189 dans cette croisade Ce qui le 'détermina sans doute à s’adresser au sultan d’Iconium , ce fut l’opinion répandue alors en Europe, que ce prince musulman avait témoigné le "àésir d’embrasser la religion chrétienne (i).' Frédéric partit de Ratisbonrit à la tcte d’une armée composée de cent mille combattans, et traversa la Hongrie, la Bulgarie., comme les premiers croisés. Il arriva dans les provinces de l’empire grec avant que Richard et Philippe ne se fussent embarqués pour la Palestine (a),
de Saladin à Fre'deric , ont etc çonseiVées par Gauthier Vhiisauf : nous les avons données au tome 1 de la Bihlioth. ■ ' des Croisades, pag. 6G4. - '
(0 On trouve, dans les œuvres de Pierre de Blois , une lettre d’Alexandre III qui écrit au sultan d’Iconium, et lui Sonne des conseils pour le' diriger dans sa conversion. La même lettre est Hans plusieurs autres recueils. Il paraît que le sultan d’Iconium avait donné lieu à ce bruit j car les auteurs arabes, Ibn-Alalir et Boha-eddin, l’un et l’autre contemporains , l’accusent d’être un mauvais Musulman, et d’avoir du penchant pour le christianisme. ( Voyez au t. n de la Biblioth. des Croisades , §§. 3i et 5i.)
(2) Plusieurs chroniques latines put raconté l’expédition de l’empereur Frédéric I®r., telles sont- la chronique d’Othon, de saint Biaise, celle de Tagenon, celle de Reichesperg; l’histoire impériale de Riçobaldo , l’itinéraire de Richard par Gauthier "^nisauf, et les Annales de Cologne par le^ moine Godefroy. Nous en avons donné un extrait assez étendu dans la Bibliothèque des Croisades. La chronique de Reichespcrg et celle de Tagenon ont beaucoup do ressemblance, parce que toutes deux sont en grande partie la copie d’une lettre de l’cvêquo de Passaw , qui suivit l’cm-
1189 Isaac TAnf^e était alors assis sur le trône de Conslantinoplei; ce prince n’avait été brave qu’un seul jour, et son courage lui valut un empire. Andronic, le Néron des Grecs, ayant été averti par les devins tpi’il serait détrôné par un de scs sujets qui * j)ortait le nom d’Isaac, voulut se défaire d’Isaac l’Ange, et lui envoya un de ses officiers p<»ur le y conduire en prison. Jsaac, poussé par le désespoir, au lieu d’obéir, se jeta sur le ministre d’Andronic, l’étendit par terre cl courut sur une place publi-
pereur Frédéric. Tageiioii, doyen de l’eglise de cette ville, accompagna aussi sou evêque, et son témoignage es.t d’une grande autorité. La chronique de Rcichcsperg contient de plus des details fort intéressans sur les relations do Saladin avec les empereurs de Constantinople. L’histoire impériale de Ricohaldo donne une description assez curieuse de l’armée de l’empereur et des tribus, turcomanes avec les» quelles elle eut à combattre. Othon de Saint-Biaise elle moine Godefroy entrent dans de grands détails sur les préparatifs de l’expéditjbn et sur la marche de l’armée à travers' la Bulgarie. Gauthier . Vinisauf s’est aussi fort étendu sur les victoires de Frédéric et sur la perfidie de l’empereur grec. En lisant et comparant le récit de ces historiens, on aima une idée Complète de cette partie ou plutôt de cet épisode de la troisième croisade. Les auteurs artibes eux-mêmes ont parlé de Frédéric d’une manière qui prouve qu’ils redou- , . taieiiL beaucoup l’arrivée de ce prince, dont la haute réputation s'était répandue jusque dans l’Orient. Les historiens de l’Occideiil, qui ont fait iqpntion de cette expédition , s’accordent tous dans les éloges qu’ils font de ce prince , et dans les regrets qu’ils donnent à sa mort. ( \’oy. la Biblioth. des Croisades, t. i, p. Sjo, GiG, GG-j, et I. u, ^ S-§.5ict53. )
que de Constantinople, en criant : J’ai tué le Diable î Au bruit de cct événement, le peuple s’assemble en foule et proclame Isaac empereur. En vain Andronic veut conjurer l’orage j il est arrêté par ses propres soldats et chargé de chaînes'. Traîné dans les rues par une multitude furieuse, il éprouva plus 'de tourmens en un Jour qu’il n’en avait fait souffrir à ses ennemis pendant tout son règne , et Constantinople vit alors un peuple cent lois plus barbare que tous ses tyrans.
Ce fut au milieu de ces scènes sanglantes quTsaao fut revêtu de la pourpre impériale; il n’eut pas le caractèi-e farouclie et cruel d’Androuic, mais il ne sut point défendre l’empire contre scs ennemis. Au lieu de lever des armées , il avait rassen^lé dans sou palais une troupe de moines qui entretenaient sa sécurité par leurs prièrès, et le détournaient des soins de la politique par leurs visions et leurs pi*ophétics. La haine des Grecs et -des Latins n’avait fait que s’accroître sous son règne et sous celui d’Androuic (i) . Les Latins qui habitaient Constantinople avaient été chassés de la viUe, leurs maisons livrées aux flammes,, un grand nombre d’entr’eux mis à mort. Ceux qui échappèrent au carnage, réfugiés sur leurs vaisseaux et sur leurs galères, avaient exercé de sanglantes représailles dans les îles et sur les rives de l’ilellespont. Les moines qui en-
( i) Consultez, sur ces e'vénemens , le récit impartial des historiens grecs Ciuuam etNiedtas , au tome ii de WBibliolh. des Croisades, et celui de Guillaume de Tyr, lib. xxii, -
8(j touruicnt Isaac , parlaycaient l’aveugle lutine^ dit peuple pour les chrétiens de l’Occident et redoutaient leur vengeance. Ils ponseillcrent au successeur d’Andronic de se défier de l’einpereui; d’Allemagne, et de le traliir s’il ne pouvait le vaincre.
Fidèle à leurs conseils, Isaac promit d’accueillir les Allemands dans scs états, et fit crt même temps une alliance avec Saladin ( i envoya à scs gouvep-
iieurs l’ordre de harceler les croisés, et mente de les attaquer par la force ouverte. Ces hostilités imprudentes montrèrent la faiblesse des Grecs et servirent les Allemands; l’empereur d’Allemagne, après avoir mis en fuite les troupes d’isàac, usa de tous les avantages de la victoire. Isaac, toujours enivré l’encens de scs courtisans, séduit par les promesses des moines, ne répondait aux victoires de r^’édéric que par des lettres pleines de hauteur et de menaces; il ne voulait point le reconnaître pour empereur, et ne voyait qu’un vassal dans un ju'inec qui marchait en triomphe vers sa capitale. Tandis que ses sujets fuyaient de toutes parts devant les Allemands, il se donnait à lui-même, dans ses lettres, le litre de très sublime , très puissant empereur, d’ange de toute la terre ; il faisait arrê- . ter les,am.bassadeurs de Frédéric. Le jialriarche de
‘ (i) Suivant Gautliler Vinisauf et l’auteur arabe Bolia-
cddiii, l’un et l’autre contemporains, Isaac fit élever une mosquée à Constantinople. Boha-eddin ajoiite qu’il envoya imc ambassade solennelle à Saladin. 11 vit lui-meme le chef do la députation. ( Voyez Bibliolh. des Croisades, tom. j»ag. (J08 , et tom. ii , 5 1 . ) ,
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Conslaulinoplc prêdpit par ses ordres, dans l’e- 1189 glise de Sainto-SopBR, le meurtre des- Latins.
Cependant la terreur vint s’emparer tle la cour d’Isaac ; dès-lors ce prince changea de langage et descendit aux humbles supphc&tions. Frédéiic fut }K)m'^i, le très victorieux empereur des Allemands fdfk lui accorda beaucoup plus qu’il ne lui avait d’abord refusé. Après avoir exigé des otages/ il en doàna lui-même , et nourrit pendant plusieurs mois une armée qu’il avait juré de détruire.
U soufFi'it ’^pns murmure les violences que les croisés exerçaient sur leur passage, et traita ceux qui ravageaient ses provinces comme s’ils avaient sauvé l’empire. L’empereur d’Allemagne reçut des préseils magnifiques, et tous les vaisseaux de la marine grecque furent employés à transpdHer les croisés en Asie'(i). ' ' • ' , '
Les Allemand» s’embarquèrent à Gallipoli et jiQo traversèrent rUcllespont. La vue des côtes de l’A-' sie, et les victoires faciles qu’ils avaient remportées sur les Grecs, leur* faisaient oublier les obstacles et les dangers d’une marche longue et pénible. Ik ne voyaient plus, dans les régions qu’ils allaient ‘traverser,. que des lauriers à cueillir, des royaumes • à détruire ou à fonder ; mais, cette brillante pers- . poclive ne tarda pas'à s’évanouir. Tant qu’ils res-' lèront sur les terres d’Isaac, ils eurent à souffrir de
(i) Tant de bassesse de la part d’Isaac indigna Saladin.
IVous avons traduit la lettre que l’empereur écrivit à Sala din pour se justitier auprès du sultan. (Voyez tome u dé la Diblioth, des Croisades, S \.) - ’
38o HISTOIRE DES CROISADES. ‘ ' ^
190 la perfidie des Grecs; et lorsott’ils arrivèrent chez les Turcs , ils eurent de nou\liux ennemis à combattre. Le sultan d’Iconium , qui avait fait les mêmes promesses que l’empereur de Constantinople , ne se montra pas plus fidèle sa parole. Les Allemands ^ étant parvenus aux Tives du Méandre , pUès de * Laodicée, trouvèrent les Turcs raqgés eqi^ataille sur les hauteurs et prêts à les surprendre dans les. défilés : ces nouveaux ennemis furent punis de la trahison de leur maître et taillés en pièces ; les débris de leur armée couvrirent les péages qu’ils étaient chargés de défendre.
Les croisés, toujours persuadés que le ciel protégeait leurs armes , attribuèrent cette victoire à des miracles, plusieurs chevaliers attestèrent par scrmen^i sur l’Evangile, qu’ils avaient vu saint Georges et saint Victor , vêtus de blanc , armés d’une lance ét combattant à la tête des soldats chrétiens ; mais les puissances célestes qui avaient ainsi fait triompher les Allemands des armes de leurs ennemis ^ ne détruisaient point les obstacles qui arrêtaient leur marche victorieuse. Les croisés manquaient de vivres dans un pays ravagé à-la-fois par les .vainqueurs et les vaincus. La neige, la pluie et les / . rigueurs de l’hiver rendaient leur marche pénible au niUicu d’un pays montueux et co>ipé de plu- ^ .sieurs torrens débordés; la disette, les maladies firent périr un grand nombre de soldats. Pour re-médier aux maux qui menaçaient son armée d’une rijine entière, Frédéric fut obligé d’attaquer Iconium. C’est dans cette, capitale qu’il devait trouver
la paix et les vivres dont il avait besoin. La multi- 1 190 tude des Musulmans qui défendaient les approches de la ville , fut dispersée au premier choc par une armée poussée à-la-fois par l’enthousiasme et par la faim.. Les portes d’Iconium s’ouvrirent devant cette dernière victoire ; le suHan, vaincu, rempht euGn ses promesses , et l’abondance revint dans le camp des croisés.
Dès-lors l’armée des' Allemands» répandit partout l’épouvante. Les Arméniens solhcitèrent leur alliance; les tribus indépendantes des Turcomans éprouvèrent plusieurs fois leur courage Dans leur marche triomphante ils faisaient admirer leur disciphne ; et les émirs chargés d’annoncer leur ar- ' rivée à Saladin , vantaient leur indomptable valeur dans les eombats , leur patience héroïque dans les travaux et les fatigues de la guérre (i). '
Le chef de cette formidable armée avait vaincu plusieurs peuples , dicté des lois à deux empires , sans avoir rien fait encore pour le but de son voyage. -Après avoir traversé le mont Taurus, auprès de Larenda , il s’élait remis eü marche pour la Syrie au commencement du printemps , et côtoyait la rivière de Sélcf (2). Attiré par la fraîcheur >
• (i) Rien de plus curieux que l'eloge que les auteurs arabes font de la discipline et de la bravoure des Allemands. Roha-eddin nous a conservé' à ce sujet une lettre écrite par un évéque d’Arménie à Saladin. (Voyez au tome II de la Biblioth. des Croisades , 5 1 . )
(a) La plupart des historiens font périr Frédéric dans le fleuve Cydnus où se baigna Alexandre ; on a confondu le
iigo
38a HISTOIRE DES CROISA.DES.
et la limpidité des e^ux, il voulut s’y baigner ; mais saisi tout-à-coup d’un froid mortel, il en fut" retiré sans vie, et mourut en bénissant les volontés de Dieu , qui ne lui permettait pas de voir la terre qu’il allait défendre. Sa mort fut plus funeste à son armée que la perte d’une grande bataille ; tou» les Allemands pleurèrent un chef qui les avait fait vaincre tant de fois, et dont le nom seul était l’effroi des Sarrasins. Les ossemens de ce monarque infortuné furent recueillis par la piété filiale ,
Cydnus avec le Sélef, cité par les auteurs du temps. Le Cydnus, qui se nomme aujourd’hui 'Kara-sou , c’est-à-dire eau noire, vient de l’Antitaurus, dans la petite Arménie, près de l’ancienne D.iannée; il entre dans la Cilicie, passe par la ville de Tarse, et se jette dans la mer à deux lieues de cette ville. Iæ Sélef, petite rivière, prend sa. source dan.s les montagnes d’Isaurie et va baigner les murs de Séleucie: les habilans du pays appellent communément cette rivière l^eau de Se'lefké. D’après les historiens d’Arménie, ce fut dans cette rivière que se noya Frédéric Barberousse. Saint Narsès de Lamperon, chargé par les Arméniens d’aller complimenter l’empereur d’Allemagne, raconte que ce prince voulut se baigner dansla rivière de Sélef; les flots qui étaient rapides l’entraînèrent; aflaibli par l’àge, il qe put résister à la force du courant, et fut noyé. (Ces renseignemens précieux et authentiques nous sont donnés par M. Chahan de Cerbied, professeur arménien.) L’historien arabe Emad-eddin raconte que Frédéric Barberousse se noya eh voulant traverser le fleuve à cheval ; la force do l’eau l’entrîiîna vers un arbre contre lequel il frappa de sa tète. On le tira de l’eau, ajoute l’auteur, et son âme était prête à le quitter; l’ange de la mort s’empara de l’empereur et le conduisit à l’Enfer.
Digiti.:“J l:y GoOglC
pour être déposés dans, cette Jérusalem qu’ôn 1190 avait juré de délivrer. Mais la cendre des princes de la croix ne devait plus reposer dans la ville sainte. Gjpillaume , qui était venu en Europe prêcher la croisade, reçut à Tyr les restes de Frédéric. Cefutsdans cette ville, couverte alors de dVuil , qu’on ensevelit le chef d’un grand empire d’Occident , dont l’aiTivée en Asie et les victoires sftr les inCdèles avaient d’abord rempli de joie fous les chrétiens de Syrie. /
Après la mort de Frédéric , la douleur abattit le courage dé ses soldats ; les uns désertèrent les drapeaux 4e la croisade , les autres poursuivirent tristement leur marche sous les ordres de Frédéric, duc de Souabe , qui leur rappelait les vertus de son père , mais qui ne put les conduire à la victoire.
Les bataiUes qp’ils eurent encore à soutenir avec les Sarrasins, lu disette, la fatigue, les maladies, réduisirent l’armée des Allemands à six ou sept cents chevauxj et à cinq mille fantassins. Ces malheureux débris d’une armée formidable traversèrent la Syrié ; le bruit de leurs malbeurs les avait partout devancés : leur arrivée dut inspirer plus d’effroi que de confiance aux chrétiens qui poursuivaient alors le siège de Ptolémaïs (i). ,
(i) On peut consulter, pour les détails des malheurs qu’éprouvèrent les débris de l’armée des Allemands, les auteurs arabes, tom. ii, §§. 5i et 5a de la Bibliolh. des Croisades.
FIN nu LIVBE VII. •
là
Pendant qu’on prêchait la croisade en Europe, Saladin poursuivait le cours de scs victoires dans la Palestine. Ea bataille de Tibériade et la prise de Jérusalem avaient jeté tous les chrétiens dans l’abattement et le désespoir. Cependant au milieu de la consternation générale, une^seule ville, Celle de- Tyr, arrêta toutes les forces réunies du nouveau vainqueur de l’Orient (i). Saladin avait rassemblé deux fois ses flottes et ses armées pour attaquer cette place dont il désirait ardemment la conquête; mais tous les habitans avaient juré de mourir plutôt que de se rendre aux Musulmans : cette généreuse détermination était l’ouvrage de Conrad, qui
(i) Nous avons parlé , dans luie note précédente , du reproche que l’historien arabe Ibn-Alatir fait à Saladin d’avoir, après la, prise de Jérüsalcm, accordé trop facilement aux prisonniers chrétiens la liberté de se rendre dans la ville de Tyr. Ce défaut de prévoyance de la part du vainqueur, fut en quelque sorte la cause qui îurêta toul-à-coup le cours de ses triomphes. (Voyez tom. u de \a Bihliolh. des Croisades, §• 4 * • )
LIVÎ\E VIIT. 38Î
venait d’arriver dans la place, et que le ciel scm- j Liait avoir envoyé pour la sauver.
Conrad, lils du marquis de Montferrat, port-iil un nom célèbre dans l’Occident, et le bruit de scs exploits l’avait précédé en Asie. Dès sa plus tendre jeunesse, il se distingua dans la guerre du Saint- Siège contre l’empereur d’Allemagne. La passion de la gloire et le besoin de clierclier des aventures l’amenèrent ensuite k Constantinople ^ où il dissipa une sédition qui menaçait le trône impérial, et tua sur le champ de bataille le chef des rçbcllês. Ija sœur d’Isaac l’Ange et le titre de César furent le prix de son courage et de ses services j mais son caractère inquiet ne lui perUiit pas de jouir longtemps de sa fortune. Au milieu de ses paisibles grandeurs, éveillé tout-à-coup par le bruit de la îjuerre sainte, il se déroba à la tendresse de sou épouse, à ht reconnaissance d’un, empereur, pour voler dans la Palestine. Conrad arriva sur les côtes de la Phénicie quelques jours après la bataille de Tibériade (i). Avant son arrivée, la viUe de Tyr avait nommé des députés pour demander une capitulation à Saladinj sa présence ranima lés cou-
(j) Gauthier de Vinisauf, dans le chap. vu de son premier liv., Collect. de Th. Gale, loin, ii, raconte comment le marquis échappa au danger d’être pris par les Sarrasins qui venaient de se rendre maîtres de Ptole’raaïs. Aboulféda et Ibn-Alatir donnent aussi à cet égard quelques détails curieux qu’on peut lire au loin, n de la Bihliolh. des Croisndes,^.l^\i t
87 rages; tout cliangea de face. Il se fit donner le commandement de la ville , agrandit les fossés , répara les forlificalions;^es liabilans de Tyr, attaqués par terre et par mer, devenus tout-à-coup d’invincibles guerriers, apprirent sous ses ordres à combattre les armées et les flottes des Sarrasins (1).
Le vieux marquis de Montferrat, père de Con^ rad, qui, pour visiter la TerAî-Sainte, avait quitté ses paisibles états, s’était trouvé à la bataille de Tibériade. Fait prisonnier par les Musulmans , il attendait dans les prisons de Damas que ses enfans pussent le délivrer ou racheter sa liberté.
Saladin le fit venir dans son armée, et promit au brave Conrad de lui rendre son père et de lui donner de riches possessions en Syrie s’il lui ouvrait les portes de Tyr. Il le menaça en meme temps de faire placer le vieux marquis de Montferrat devant les rangs des Sarrasins et de l’exposer aux traits des assiégés (2). Conrad répondit avec fierté qu’il méprisait les présens des infidèles ; que la vie de
(1) Les auteurs arabes appellent Conrad le plus vorace des loups de la chrétienté , le plus rusé des chiens de la foi du Messie. (Voyez tom. ii de la BibUoth. des Croisades,
(a) Les auteurs arabes gardent le silence sur cette circonstance, mais Gauthier Vinisauf et Sicaidi la lapportc^it avec plus ou moins de détails. (Voyez la Biblioth. des Croisades, tom. 5i8, etlexe. chap. du liv. i de Gauthier
Vinisauf, collection déjà citée. )
son père lui était moins chère que la cause des 1187 chrétiens. Il ajouta que rien n’arrêterait ses coups, et que si les Sarrasins étaient assez barbares pour faire mourir un vieillard qui s’était rendu sur sa parole, il se ferait gloire de descendre d’un maSrtyr. Après cette réponse, les soldats de Saladin recommencèrent leurs attaques, et les Tyriens se défendirent avec fureur. Les Hospitaliers, les Templiers, les plus braves guerriers qui restaient encore dans la Palestine, étaient accourus dans les murs de Tyr pour partager l’honneur d’une si belle défense. Parmi les Francs qui se distinguaient par leur valeur, on remarquait surtout un gentilhomme espagnol, connu dans l’histoire sous le nom de chevalier aux armes vertes (1). Lui seul, disent les vieilles chroniques , repoussait et dispersait des bataillons ennemis; il se battit plusieurs fois en combat singulier, terrassa les' plus idtrépides des Musulmans , et fit admirer de Saladin sa bravoure et ses faits d’armes.
La ville n’avait pointe citoyen qui ne sût combattre; les enfans mêmes étaient autant de soldats; les femmes animaient les guerriers par leur présence et leurs discours. Sur les flots, au pied des remparts, il se livrait sans cesse de nouveaux com-
(i) Bernard le Trésorier parie beaucoup de ce chevalier; il raconte que Saladin voulut' le voir, et qu’il lui fit de belles offres que le chevalier refusa avec beaucoup de noblesse. ( Voyez la Bibliothèque des Croisades , lom. i , pag- 579.)
,83 hais. Partout les Sarrasins retrouvaient ces héro$ chrétiens qui les avaient fait ti’embler tant de fois (i).
Saladin désespéra de prendre la ville de Tyr, et résolut de lever le siège pour attaquer la place de Tripoli. 11 ne fut pas plus heureux dans cette nouvelle expédition. Guillaume, roi de Sicile, instruit des malheurs de la Palestine, avait envoyé des secours aux chrétiens. L’amiral Margarit, que ses lalens et ses victoires avaient fait surnommer le roi de la mer et le nouveau Neptune ^ arriva sur les cotes de Syrie avec soixante galères, trois cents cavaliers et cinq cents fantassins (2). Les guerriers siciliens volèrent à la défense de Tripoli, et, commandés par le chevalier aux armes vertes ^ qui s’était distingué au siège de Tyr, forcèrent Saladin d’abandonner son entreprise.
La ville et le comté de Tripoli, depuis la mort de Raymond, appartenaient à Bohémond, prince d’Antioche. Saladin, plein de colère et de dépit, porta les ravages de la guerre sur les bords de rOronte,ct força Bohémonc^’acheter une trêve de huit mois. Dans celte guerre, les Musulmans s’emparèrent de Tortose et de quelques châteaux bâtis
(0 Le siège de Tyr, d’après Ibn-Alatir, dura long temps. Saladin se présenta deux fois devant Cette place qu’il ne put soumettre. Il y eut durant ce siège plusieurs engagemens que l’auteur arabe a racontés, et dont on trouvera le détail au tom. n de la Biblioth. des Croisades.
(2) Voyez Sicardi, tom. i de la Biblioth. des Croisades, p.ig. 5 19.