LU RE VIII. 38.J
sur les hauteurs du Liban. La forteresse de Carac, 1 188 d’où était sortie cette guerre si funeste aux chrétiens, se défendait depuis un an contre une armée musulmane (i). Les assiégés, privés do tous les secours , en proie à toutes sortes de maux et de privations, avaient porté jusqu’à l’héroïsme la résignation et la bravoure. Devant quils se rendissent, dit le continuateur de Guillaume de Tyr, ils vensdirent los famés et los enfans as Sarrasins , et ne demora bcste ne chose nule à chastel quils ne pussent mangier (2). Ils furent enfin obligés de se rendre à Saladin,- le sultan leur accorda la vie et la liberté, et leur fit rendre les femmes ^ le^nfans qu’un héroïsme barbare avait condamnés à l’esclavage.
Au milieu de ses eonquêtes, Saladin retenait toujours Guy de Lusignan dans les fers. Maître de Carac et de la plus grande partie de la Palestine, il rendit enfin la liberté au malheureux .roi de Jérusalem, après lui avoir fait jurer sur l’Evangile de
(1) Suivant l’auteur arabe, Ibn-Alatir, c’e'lait le frère de Saladin , Malek-Adel , qui dirigeait le siège de Carac pendant que le sultan faisait d’autres conquêtes. Après la reddition de Carac, il prit possession des places voisines telles que Schaubek, etc. (Voyez la Biblioth. des Croisades, tom. Il , §§. 42 et suiv. On y trouvera un long développement des conquêtes de Saladin, dont nous n’avons pu parler ici qu’en peu de mots.)
(2) Voyez le continuateur de Gtiillaumc de Tyr dans le tom. v de Vanipliss- Collect. de Martenno , pag. 5go, année 1188.
1 188 renoncer à son royaume et de retourner en Europe. Cette promesse, arrachée par la violence, ne pouvait être regardée comme une loi dans une guerre où le fanatisme faisait mépriser, de part et d’autre, la foi du serment. Saladin lui-même ne pensait pas que le roi de Jérusalem tiendrait sa parole; et s’il consentit à le renvoyer , ce fut sans doute dans la crainte qu’on ne choisît un prince plus habile, et dans l’espoir que sa présence jetterait la discorde parmi les chrétiens.
1189 A peine sorti de sa captivité, Guy de Lusignan
fit annuler son serment par un conseil d’évê- TW chercha l’occasion de relever un trône
où la fortune l’avait un momenf'fait' asseoir. Il se pré^nta en vain devant la ville de Tyr, qui s’était
! donnée à Conrad, et ne voulait pas reconnaître pour roi un prince qui n’avait pas su défendre ses
(i) Gauthier Vinisauf, en parlant de ce serment fait par le roi Guy, dit que ce prince eut raison de le faire annuler par le clergé ; d’abord parce que les promesses faites par ci'ainte méritent d’être révoquées ; ensuite parce que la foule des croisés qui arrivaient trouvait un chef et un guide. Il ajoute ces autres raisons : a l’artifice doit être trompé » par l’artifice; la perfidie d’un tyran doit être frustrée » par son exemple ; car un trompeur invite à le tromper. » Saladin avait le premier manqué à sa foi, et il avait » arraché à un roi captif l’engagement de se retirer en » exil ! Cruelle liberté que celle qu’on achète par l’exil ! » Cruelle délivrance que celle qui fait renoncer au trône! » Mais le dessein de Bélialint détruit par l’ordre de Dieu.» .(Voyez chap. xxv du liv. 1 de V Itinéraire de Richard.)
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