‹ Histoire des croisades (volume 4)Chapitre 18 sur 34 · LIVRE VIIL 5 t!î · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL 5 t!î

Ricliarcl fut , peuclaul un siècle , l'efii oi de l’Orienl j i les Sarrasins et les Turcs le célébrèrent dans leurs proverbes, long-temps après les «roisades (i). H cultiva les lettres et mérita une place parmi les troubadours (a) ; mais les arts n’adoucirent point son caractère impétueux et indomptable , qui lui fit donner par ses contemporains le surnom de Richard Cœur-de-Lion (3) , qu’il a conservé dans l’Histoire. Emporté par l’inconstance de ses inclinations, il changea souvent de projets, d’affections et de maximes; il brava quelquefois la religion, et ‘très souvent se dévoua pour elle. Tantôt incrédule, tantôt superstitieux, sans mesure dans sa Itaine oomme dans son amitié, il fut excessif en toute chose, et ne se montra constant que dans son amour pour la guerre.

Les passions qui l’animaient permirent rarement à son ambition d’avoir un but, un objet déterminé. Son imprudence, sa présomption, l’incertitude de ses projets, lui firent perdre ^e fruit de ses exploits. Eu un mot, le héros de cette troisième croisade est plus fait pour exciter la surprise que pour ins-

(i) Voyez CCS proverbes 'rapportes dans l’extrait du continuateur de Guillaume de Tyr , tom. i , Bibl. des Crois.

(i) 11 existe des poésies de Richard : elles ont été rapportée» par Warburton , Ilislory of tite english PoeCry ; et dans \' A ivheologia.

(3) Lisez l’anecdote fabuleuse à laquelle l’historien anglais Knigthon rapporte l’origine de ce surnom donné à Richard. ( Biblioth. des Croisades, tome i , §. t54-)

5a6 HISTOIRE DES CROISADES.

pirer rcslime, et semble moins .^ppal■tcniI’ à l’his-

toire qu’aux romans de clievalerie (i).

Avec moins d’alidace et de bravoure que Richard, Saladin avait un caractère plus grave, et surtout plus propre à conduire une guerre religieuse. 11 mit plus de suite dans ses projets; et, plus maître de lui-même, il sut mieux commander aux autres. Il n’êtait point né pour un trône, et son crime fut d’y monter ; mais on doit dire que lorsqu’il y fut assis, il s’en montra digue. On sait d’ailleurs qu’en s’emparant de l’empire de Noureddin, il obéit moins à son penchant qu’à sa fortune et à sa destinée. Une fois qu’il fut le maître, il n’eut plus que deux passions, celle de régner et celle de faire triompher l’Aleoran. Toutes les fois qu’il ne s’agissait pas d’un royaume ou de la gloire du Prophète, qu’on ne contraria ni son ambition ni sa croyance, le fils d’Ayoub ne montra que de la modération. Au milieu des fureurs de la guerre, il donna l’exemple des vertus pacifiques; du sein des camps, dit un auteur oriental, il couvrait les peuples des ailes de sa justice , et faisait pleuvoir sur les villes les nuées de sa libéralité. Les Mu9iihnans admiraient l'austérité de sa dévotion, sa constance dans les travaiyc, son habileté dans la guerre (2). Sa générosité, son respect pour le mal-

(1) L’auteur de la chronique anglaise a fait de ce roi un portrait intéressant, qu’on lira à la page 364 du tome i de la Dihliût. des Croisades.

(2) On trouvera beaucoup d’autres traits relatifs au caractère et k la politique de Saladin , dans le tome it de la

heur et pour la foi jurée, furent célébrés par 119a les cliTéticiis qu’avaient désolés scs victoires , et dont il renversa la puissance en Asie. Dans une conversation qu’il eut après la guerre avec l’évéque de Salisbuiy , et qui nous a ét^coiiscrvée par une chronique (i) du temps, Saladin nous fait connaître à -la-fois son caractère et celui de Ri- ^ chard ; le sultan loua beaucoup la bravoure du ix)! d’Angleterre. « Mais ce prince, ajouta -t-il,

» n’est pas assez prudent, et se montre trop pro- » digue de sa vie ; j’aimerais mieux voir dans un » grand homme la prudence et la modestie , que le » mépris du péril et l’amour d’une vaine gloire. »

Cette guerre, qui fut si glorieuse pour le chef des Musulmans, ne fut pas sans avantiige pour l’Europe.

Des croisés qui se rendaient en Palestine, s’arrêtèrent eu Espagne, et par leurs victoires contre les iNIaurcs, préparèrent la délivrance des royaumes chrétiens situés au-delà des PjTénées. Un grand nombre d’Allemands, comme dans la seconde croisade, entraînés par les sollicitations du pape, firent la guerre aux barbares liabitans des rives de la Baltique, et reculèrent ainsi , par d’utiles exploits, les limites de la république chrétienne eu Occident.

Comme la plupart des pèlerins se rendirent par mer en Palestine , l’art de la navigation reçut de

Diblioth. des Croisades, §. 68. M. Rinaucl y a lasscmblé ce que nous apprennent à cet égard les écrivains arabes, particulièrement les auteurs contemporains.

(1) Celle de Gautliier VinisauL

5o8 HISTOIRE DES CROISADES.

1192 grands cncourageiiiciis et fit de sensibles progrès. Pendant le siège de Ptolémaïs, il arriva un grand nombre de vaisseaux d’Europe dans les mers de Syrie ; si la plupart de ces vaisseaux avaient appartenu aux princes qui dirigeaient cette guerre, et non à des marchands qui pro-r niaient de la croisade , sans la servir , il n’est pas douteux que la marine deç Orientaux aurait été anéantie, et que les Musulmans n’auraient pu disputer aux chrétiens l’empire de la mer; toutefois les Hottes d’Occideut eurent une grande supériorité sur celles des Sarrasins; Les chroniques contemporaines parlent de plusieurs batailles navales, «laus lesquelles les Francs eurent tout l’avantage; et les connaissances que déploient les vieux chroniqueurs dans leurs descriptions et leurs récits, nous prouvent que les lumières sur cette partie importante de l’industrie humaine commençaient à se répandre (1). Une remarque qui n’est peut-être pas sans intérêt, c’est que RichariT s’embarqua sur des vaisseaux anglab, et que Philippe eut recours pour son expédition aux Génois. Il n’est pas inutile d’ajouter que le brillant combat livré par Richard dans la mer de Tyr à un gros vaisseau sarrasin , fut une des premières victoires et l’un des premiers trophées de la marine britannique.

Un des résultats les plus iiuportans de la troisième croisade, celui auquel les croisés n’avaient

(1) Voyez l’extrait (le Gaulliier Vinisauf , tome 1 de la Bihlioth, des Croisades.

LTVRE Vm. 5ig

pas songé, fut la conquête et la fondation du royaume de Chypre j l’ile de Chypre renfermait plusieurs villes florissantes ; ses plaines étaient fertiles ; ses coteaux produisaient un vin renommé ; ses ports oflraient un asile commode aux vaisseaux qui se rendaient de l’Occident en Asie , et revenaient de la Syrie en Europe ; le royaume de Chypre porta souvent d’utiles secours aux colonies chrétiennes d’Orient; et lorsque ces colonies furent dispersées par les Sarrasins , il recueillit leurs débris. Ce royaume , conquis par Richard et gouverné par une longue suite de rois, conserva, longtemps après les croisades , les lois que Godefroy de Bouillon et ses successeurs avaient faites pour la ville sainte, et transmit aux âges suivans le plus précieux monument de la législation de ces temps reculés (i).

Bans plusieurs états de l’Europe , le commerce et l’esprit même des guerres saintes avaient contribué à l’afiranchissement des communes. Beaucoup de serfs qui étaient devenus Ubres , avaient pris les armes. Ce ne fut pas un des spectacles les moins intéressans de cette croisade , que celui de voir les bannières de plusieurs villes de France et d’Allemagne flotter dans l’armée chrétienne parmi les drapeaux des seigneurs et dés barons.

(i) C’est à Chypre que furent conservées les grandes assises du royaume de Jérusalem. (Voyez l’ÉcIàircissement sur les assises, â la fin de ce volume, )

TOM. Il<

S3o HISTOIRE DES CROISADES.

La croisade ruina rAnglelcrre ; elle entrelint dans ce pays des germes de discorde; la France, «juoiqn’elle eût à déplorer la perle d’un grand nombre do gnerriers , vil , à la même époc^ue , Üemir la paix dans toutes ses provinces , et profita des niallieurs de scs voisins. La croisade fournit à P!iilij)pe- Auguste les moyens d’afifaiblir les grandf vassaux et réunir la Normandie à la couronne. Elle lui dortna la facilité <le lever des tributs sur tons scs sujets , même sur le clergé ; d’âvoir à sa solde des armées régidièrcs , et lui offrit de j)lus un j)rélex1e pour s’entourer d’une garde fidèle. Ainsi s’élevait celle puissance royale, dont la nation alteuduilses libertés, efqui devait plus Uird triompher à Bouvines de la ligue la plus redoutable (jui eût jamais été foiunée contre la France.

Une longue captivité attendait Ricliard à son retour en Europe ; le vaisseau qui le portait ayant fait naufrage sur les côtes d’Italie , il craignit dé traverser la France et prit la roule derAllcma-’ gne, caché sous I habit d’un simple pèlerin. Scs libéralités trahirent le monarque, et comme il avait partout des ennemis , il fut arrêté par les soldats du duc d’Autriche.

Léopold ne fut point assex généreux pour oublier les outrages cju’il avait reçus de Richard au siège de Ptolémaïs, et retint le nionarque anglais prisonnier. On ne savait plus en Eui ope ce qu’était devenu le roi Richard , lorsqu’un gentilhomme d’Arras , appelé Blondel , alla rechercher les traces de son mailrc j et parcourut rAllcrnague avec

l’habit et la lyre d’uti ménestrel. Anivc devant uu i ,^3 château , où gémissait , disait-on , un illustre cap-^ lif, Blondel entendit chanter le preniier couplet d’une chanson qu’il avait faite autrefois avec Bichard -, il se mit à chanter le second couplet.

Le prisomiier reconnut Blondel / et le fidèle Irou- Ijadour revint en Angleterre annoncer qu’il avait découvert la prison du roi Richard (i). Le duc d’Au-

(i) Les aventures de Ricliard, et toutes les circonstances de sa captivité, brièvement racontées par to«s les monumciis contemporains, ont fourni à un chroniqueur ou plutôt à un romancier du tS^. ou du 14®. siècle, le sujet d’uu assez long ouvrage sous ce titre : Blondcau.W est parmi les manuscrits de Sorbonne, n<>. 404 ( Biblioth. du roi ). Cette clironiquc , dont nous ne pouvons garantir l’authenticité ^ s’occupe principalement du ménestrel. Blondel et de la délivrance du roi Richard, qui avait été saisi par le duc d’Autriche, sous la robe d'ungarçon occupez à Ittcuisine , à toruer cnpon. Voici la substance de celle chronique : Lorsque la uouvcllc de la captivité du roi arriva en Angleterre , Blondeau ,“ né cirArtois , jura en lui-méme qu'il querroit son seignor en toute terre , tant quil Vaveroit trové j et il advint par aventure qu’il se trouva en Autriche devant un château appartenant au duc Léopold. Blondel, qui s’était he'hergie' , dit alors à son hôtesse: Jiiel ostc, y ast-il prisonnier dedans la tor? La d une lui répondit <qu’il y avait un prisonnier renfermé depuis quatre ans. Satisfait de celte nouvelle , Blondel demanda la permission de séjourner, ce qu’il obtint du châtelain , C|ui était jeune chevalier et joli. Le ménestrel demeura tout l' hiver , jouant niull airs sur sa vielle, et cherchant à voir ce prisonnier. Or , comme il était en celte pensée au pied de la tour, le roi le vil; et voulant se faire connaître, il

53a HISTOIRE DES CROISADES.

1 193 triche , effrayé de cette découverte , n’osa plu» retenir entre ses mains son redoutable captif, et le livra à l’empereur d’Allemagne. Henri VI , qui avait aussi des griefs à venger , se réjouit d’avoir on son pouvoir le roi Richard , et le retint dans les fors comme s’il l’eût fait prisonnief • sur le champ

chanta une canchon qui y s avaient fait entr eux deux} car le roi vantait très bien. Blondeau prit alors sa vielle , et en répe'tant la première note, fit entendre à Richard qu’il l’avait compris ; puis il vint vers le châtelain , et lui dit : Beau sire, je ni en irai valontiers an man pays. Le chevalier lui octroya son confié ; et Blondel vint annoncer à toute l’Europe chrétienne qu’il avait retrouvé Richard. Le reste de la chronique est consacré aux négociations du duc d’Autriche , de l’empereur d’Allemagne , pour la rançon de Richard. Il est à croire que c’est cette chronique qui a fourni les premiers clémens des romans plus modernes sur la captivité de Richard. Les historiens d’Angleterre ont puisé leur récit sur Richard dans les chroniques contemporaines que nous avons consultées, et dans les pièces diplomatiques conservées par Rymer. *

Mills, additionals Notts qf the history of Creusades , rapporte la chanson de Blondel et la l'éponse de Richard : ce chant est en langue romane exlrcmemeut diificife à entendre ; en voici la traduction libre :

Blondel. Personne, charmante dame , ne peut vous voir sans aimer} mais votre cœur froid ne satisfait ailkune passion : c’est pourquoi je supporte mon mal, puisque tous souffrent comme moi.

Richard. Aucune dame ne peut dompter mon cœur, si elle garde de faveur pour tous, sans se fixer k un seul. J’aime mieux être haï tout seul , que d étre ainui avec d’autres.

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tïe bataille. Le héros de la croisade , qui remplis- i sait le monde de sa renommée, fut jeté dans uu cachot obscur , et resta ainsi long-temps eu proie à la vengeance de ses ennemis , qui étaient des princes chrétiens.

On le fit comparaître devant la diète germanique, assemblée à Worms; on l’accusa de tous le» crimes que lui avaient reprochés la haine et l’envie ; mais l’aspect d’un roi dans les fers est un spectacle si touchant , que personne n’osa condamner Richard ;*ct lorsqu’il fit entendre sa justification , les évêques et les seigneurs fondirent en larmes, et conjurèrent Henri de le traiter avec moins d’injustice et de rigueur (i).

La reine Eléonore implora toutes les puissances de l’Europe pour obtenir la délivrance de son fils (a). Les plaintes et les chagrins d’une mère lou-

ir — ■ ■ ' '

(i) Gauthier d’Hemingford dit que Richard de'truisit les accusations portées contre lui d’une manière si calme , si libre et si ferme, que non-seulement rempereur fut touché de compassion, mais même de respect. ( Voy. Gauthier d’Hemingford , chap. lxv, Collect. de cinq écrivains anglais. Voyez aussi l’extrait de Mathieu Paris , £ib/. des Croisades, tom. i , pag. 797. H paraît que les principaux griefe de l’empereur portèrent toujours sur la mort du marquis de Montferrat. Nous avons déjà fait mention , d’après Bromton , des deux lettres que le Vieux de la Montagne écrivit pour justifier Richard, se reconnaissant seul auteur du meurtre. (Voyez au tome i de la Bihliothèque des Croisades, p. 749- )

(x) Voyez dans les actes de Rymer, tom. 1, les lettres du

534 llISrOIlŒ DES CROISADES.

cLèrent le cœur de Célestin , qui venait de monter sur la chaire de Saint-Pierre. Le pape réclama plusieurs fois la liberté du roi d’Angleterre , et lança mémo l’exeonmiunication eontre le duc d’Autriche et l’empereur; mais les foudres dedlome lomhaient si souvent sur les trônes d’Allemagne , •tju’elles n’inspiraient presque plus de crainte. Henri brava les anathèmes du Saint-Siège ; la captivité de Richard dura encore plus d’une année ; il n’obtint enfin sa liberté qu’après s’être engagé à payer une rançon considérable. Son royaume, qu’il avait ruiné cà son départ, s’épuisa pour hâter son retour, *:et l’Angleterre donna jusqu’à ses vases sacrés pour briser les fers de son monarque. Il fut reçu avec enthousiasme par les Anglais ; ses aventures, qui arrachaient des larmes, firent oublier ses cruautés, et l’Europe ne se ressouvint que de ses exploits et de ses malheurs (i).

la reine Ëleonore , et celles du vénérable Pierre de Blois, adressées au pape en faveur de Richard. ( Bibliothèque des Croisades , tom. i.)

(i) Rymer a rapjiorté une suite d’actes et de pièces diplomatiques relatifs à la captivité du roi Richard: tels sont, par exemple, le tfaité conclu entre l’empereur Henri VI et Richard, les lettres écrites par ce prince, pour rappeler les barons d’Angleterre à leurs obligations féodales concernant sa rançon. L’Angleterre et la commune de Londres furoni chargées de payer les deux tiers de cette rançon. Los juifs payèrent l’autre tiers. (Voyez les actes de Byntcr , Bibliothètjhe des Croisades, tom. i, et i’Ec’airci=sement snr les juifs, à la fin de ce volume.)

Après la trêve faite avec Ricliard, Saladin s’élait' i ly j retiré à Damas, et ne jouit qu’une année de sa gloire. L’iiistoire contemporaine célèbre la manière édifiante dont il mourut J il distribua également ses aumônes aux chrétiens et aux Musulmans, Avantd’expirej, il ordonna à un de scs émirs de porter son drap mortuaire dans les rues de Damas, en répétant à haute voix : J^oilà ce que Saladin, vainqueur de l’Orient , emporte de ses conquêtes. Les chroni- «pies latines (i) sont les seules qui rapportent ce trait, et nous le répétons ici moins comme un fait historique , que comme une grande leçon de mo-* raie , et l’expression vive et énergique de la fragilité des grandeurs humaines. On trouve , dans les auteurs arabes , une circonstance plus vraie et non moins remarquable , qui peint très bien à-la-fois la douleur qu’inspira la mort de âaladin , et cette espèce de gouvernement où tout semble mourir avec le prince ; Boha-eddin , aj>rès avoir parlé du désespoir que firent éclater les Syriens , ajoute que tout le peuple de Damas resta comme frappé de stupeur, et qu’au milieu de la douleur publique on oublia de piller la ville.

Dans les derniers jours de sa vie, Saladin .s’occupait de nouvelles conquêtes ; il portait ses regards sur l’Asie-M incure , sur l’empire grec , et

(i) Entr’aulres celle de Reniaid le Trésorier. (Voy. Dihlioth. des Croisades, toui. i pag. 58o. ) ' •

1198 peut-être aussi sur l’Occident, dont il avait plusieurs fois vaincu les armées en Syrie (i).

(1) Nous renvoyons, pour les détails, au récit des auteurs arabes, particulièrement de Boha-eddin, qui ne quitta pas Saladin jusqu’à son dernier soupir. ( Bibliothèqut des Croisades , tom. n 68.) v

rlM DU LIVRE VllI.

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ÉCLAIRGISSEMENS.

Eclaircissement sur les Assises de Jérusalem.

Lb plus curieux monument de la jurûprudence féodale pendant le moyen âge, est celui qui est connu sous le titre A' Assises de Jérusalem ; c’est dans ces assises , expression des besoins d’un royaumf militaire , qu’il faut étudier le vé* ritable caractère de la féodalité dans sa native instftution , telle que l’avaient faite les idées et la situation des peuples barbares après la conquête des Gaules. En effet , les chevaliers et les barons du royaume chrétien de l’Asie se trouvaient dans la même situation que les compagnons de Clovis lors de la fondation du royaume des Francs ; ils avaient une population quelquefois hostile à contenir , des ennemis puissans à repousser j la possession du territoire se liait nécessairement à sa défense; la féodalité, les services militaires devaient donc s’établir avec cette hiérarchie militaire , qui fut le fondement de toutes les institutions sociales des peuples diîNord.

On reporte au règne de Godefroy la première rédaction des assises ou coutumes de Jérusalem ; auain monument contemporain n’indique d’une manière positive si c’est ce prince qui rédigea ce g^lid recueil de lois tel qu’il nous est parvenu; il ne faut point s’en étonner; car, dans ces siècles reculés , les lois et les institutions payaient sans être aper-

538 l'CLAIRCISSEMENS.

çiies de nos vieux chroniqueurs. Dans la préface historique

qu’on trouve en tête des assises , on parle du roi Godefroy,

<les circonstances qui accompagnèrent la promulgation des lois féodales du royaume de Jérusalem; mais cette préfacé, monument du quatorzième siècle , ne nous paraît être qu’un recueil de traditions qui, bien que respectables, ne peuvent cependant équivaloir aux témoignages contemjKuains; le roi de Jérusalem donna sans doute des lois à son peuple, et pour nous servir des expressions de la pre- j face elle-même , il fitdes assises et usages qu’on dut mainte- i uir,parlesqnels ses gens et toute manière dépeuplés furent \

gouvernes et menés à droit jniais ces lois sont-ellc“s bien les assises qui nous sont parvenues ? ou n’en furent-elles que le premier germe? Voilà ce que l’IIistoire n’indique pas , et ce que des conjectures hasardées ne peuvent suppléer. fl est évident d’ailleurs, par letexte même des assises, <]ue des inlerjKjlations modernes ont été faites à ce luonument de la législation de Godefroy.

Les assises telles qu’elles ont été publiées par LaThaiimassière, conjointement avec les coutumes de beauvoi- «is ( Bourges et Paris i6go) , et plus an long p>ar Canciani , Leges barhar., sont une compilation faite par l’ordre de Jean d'ibeüu , comte de Jaffa et d’Ascaloti , seigneur xie Caruth et de Bamla , qui mourut en i aGü ; la compilation fut achevée en i36f); seize commissaires, choisis })ar les états de Pile de Chypre, scellèrent l’ouvrage de leur sceau ; et le 3 novembre i3(k), il fut déposé dans j i’église de îiieosie. • • • ■ '

Les assises sont divisées en plusieurs parties essentielles nous les classerons nous-mêmes en trois divisions; l’ime <!estinée ayx dignités du royainR;, l’autre aux cours des l'arons et des bourgeois, la ttoisièrne enfin aux services militaires dus par les barons et les chevaliers à la saintecile.

ÉCLAmCISSEMENS. 53ç)

E'. — . Des dignités du royaume. Le roi était le jireinier dignitaire , le chef suprême de la hiérarchie féodale; on admettait qu’il ne tenait son royaume de personne Jvr Dieu ; on ne devait examiner qu’une chose, s7/ e'toil droit heir dou royaume. Après celte rec9nnaissance, le patriarche annonçait l’avènement aux seignours , preslats , maistres , barons , chet’oliers et hourjeois -y le roi se rendait au Saint-Sépulcre ; là , il oflVait sa couronne, comme la femme qui ‘uaoit son enfant masle allait autrefois l’offrir au temple ; les bourgeois devaient le servir à table le jour du couronnement; les barfins et les chevaliers lui prêtaient serment de fidélité, et lui devaient houiinagc de leurs fiefs ; quant à lui , il ne devait hommage à personne , car il ne tenait son royal fief d'aucuns barons ; c’était le roi qui commandait l’armée féodale , qui présidait à la justice, à l’aclministration du royaume.

Au-dessous de lui et dans la hiérarchie de sa maison étaient quatre gi;ands dignitaires ; le sénéchal , le connétable , le maréchal , le chambellan : le sénéchal exerçait la justice royale ; il était aidé dans scs fondions par des» baillis ou écrivains du roi ; le .sénéchal présidait aiixtinances , à Invente des piosse.ssions royales, à l’exact acquittenient des services dus en argent ; après une bataille , c’était lui qui vf'illait à ce que la part du monarque lui fût réservée; il conservait le tré-sor , payait les chcvaliei’s, les sergens et les écuyers d’armes.

Le connétable présidait à la g<icirc]il doit ordoner batailles , et aux gens d’armes de chevaucher et de retourner par le commandement dou wi ; il pouvait avoir dix cliev.-»liers en sa compagnie ; il les choisissait , [ioiirvu (jucses choix ne portasseht pas sur les hommes de Vôtel du toi ; il était le cheifain de l’armée ; il y commandait aux ba-

54o ÉCLAIRCISSEMENS.

f i'on« et aux chevaliers pendant l’expédition militaire j il présidait à toutes les querelles qui s’élevaient entre les gens de guerre ; il assistait aux combats singuliers , il en réglait l’ordonnance et les lois.

*Le maréchal commandait sous les ordres du connétable, auquel il devait hommage de sop.office ; il remplaçait celui-ci dans toutes les circonstances où il ne se trouvait pas présent dans le camp ou à l’armée ; le maréchal avait quelquefois un petit cttrps de troupes sous ses ordres.

Le chambellan servait le corps du roi ; il devait lui présenter sa coupe , et quand le roi aura mangié , il doit aller avec les autres officiers mander , et la coupe avec quoi il cuira servi le roi doit tesnir devant sa table aux quatre grandes fêtes de l'année •, le chambellan devait hommage au roi, q|il profitait de tous les présens de ceux qui faisaient eux-mémes hommage au suzerain.

Nous devons &ire remarquer que les mêmes fonctions étaient confiées aux grands officiers du palais dans notre ancienne monarchie.

§. II. — Des Barons et des Bourgeois. La cour des barons était présidée pai* le roi , et en son ab* sence par les quatre premiers barons : le prince de Galilée , le seigneur de Césarée et de Sidon , le$«comtes de Jaffa et de Tripoli , quelquefois par le connétable et par le maréchal du royauçae ; tous les barons , c’est-à-dire tous ceux dont les fiefs relevaient immédiatement de la couronne , étaient juges et paii-s de la cour , de la même manière que les arrières-vassaux étaient juges-pairs de la cour particulière de leur baron.

A cette cour suprême du royaume ressortissaient toutes les affaires féodales les plus importantes dans un royaume fondé parla conquête et établi sur des institutions en rapport avec la hiérarchie territoriale.

Digilized by Coogl

Résumons à cet égard les principes :

'1°. Le seigneur pouvait donner son Hef à l’Église , à un monastère ou à des laïcs ; ses héritiSrs devaient respecter sa volonté , car le seigneur , comme le roi , ne tient sa seigneurie d’aucun autre , for Dieu.

a*. En retour, le feudataire devait service de son corps et de ses hommes au baron , et quand il ne pouvait le suivre à la guerre , soit par iniirmité , soit parce qu’il appartenait à l’Église , il devait dire : Je veux bien que mes gens vous aident.

3*. Le fief appartenait toujours à l’aîné mâle de la ligne qui l’avait possédé dans l’origine ; au cas du refus de l’aîné , tous les autres enfans venaient à la succession par tête , et alors ils étaient divisément tenus envers le baron du service personnel et des devoirs^u vnsselage ; le seigneur devait les mettre en tenure sans plaids ni contestations j > c’était une sorte d’exception à ce principe que deux hommes ne pouvaient être tenus pour le même fief au baron.

4*. Le baron rentrait dans le fief aliéné toutes les fois que le feudataire ne remplissait pas les conditions du contrat , c’est-à-^re la promesse de foi , d’hommage , et l'exécution des services militaires ; enfin à défaut d’héritier du 'feudataire , lorsque celui-ci laissait un enfant en bas âge , le baron avait sur lui le droit de garde-féodale , sorte de tutelle militaire qui donnait au baron le'droitdc percevoir à son profit les revenus du fief, à la charge de le défendre ; quand l'enfant avait quinze ans , il devait se présenter au baron , et lui dire : J’ai quinze ans d'âge ■ complets, et celui-ci devait alors lui donnerl’investiture } quant aux damoiseUes , il étoit îtse longuement quà douze ans elle pouvait requerre son fief, pourvu qu'elle prît mari qui pût le défendre ; devenue veuve , à soixante ans seulement oUe était dis^>enséc de prendre mari j quand

543 >'CLAmCISSEME^'S.

elle avait filusiours fiels , le mari devait service de corps jioiir l’un à son clioix , et service d’iiomnies et d’argent pour tous les autres ; la veuve du feudataire héritait de la moitié du fief comme douaire ; quand elle avait des enfans , elle se présentait a son baion , et lui disait : Sire , Dieu a fait commandement de mon seigneur , et je dois acoir la moitié' de mon fief et douaire , et l’autre et bailliage pour mes etfans ; la preuve de la propriété d’un fief devait se faire par les ai chives ou records de la cour du seigneur.

5*. Les barons hauts-justiciers du royaume devaient être sages, loyaux et bons justiciers j les plaideurs devaient avoir l’esprit sain , n’èstrs doutifs , neeshahis , neliontons'^ ne hâtifs , ne se trop courroucer , ne se trop esmouroir en plaidant. La preuve d’un «fait pouvait être respectivement faite par le demandeur et le.défendeur ; et lorsqu'il s’agissait de la perte d’un membre , de la vie ou t!e l’honneur , ou d’une demande civile dout la valeur excédait un marc d’argent, on ordonnait le combat : « Tu me dois telle somme. — Tu en as menti. —Jet’appelle au combat. » Telle était la procédure en matière criminelle. |pn m'atiére civile, c’était le défendeur convaincu par témoin qui appe- ■ lait son adversane en champ clos , parce qu’il accusait les témoins de parjure^, et se trouvait ainsi dans la meme position que le demandeur on matière criminelle. Les femmes , les enfans , les liommcs mutilés ou parvenus à leur soixantième année , étaient seuls dispensés de coriibattrc en personne. L’accusé ou l’accusateur étaient punis de mort s’ils succombaient dans une cause criminelle. Dans les causes civiles , ils étaient* flétris par l'infamie ; le témoin et lerhampion vaincus étaient dans l’un et l’autre cas livrés ili une mort ignojiiinieusc.

C*. L’appel d’un tribunal inférieur à un Inbunal supé-

tCLAIRCISSEMEXS. 543

ri.eur était inconnu ; le demandeur ou le défendeur pouvait seulement fausser la cour , c’est-à-Jiie accuser les juges de n’avoir ni cette indépendance d'opinion , ni ceUe*tonscience droite, j)remière garantie des jugenieus érpiilables. Une condition sévère était alors imposée à celui <jui Jaussait la cour ; il devait combattre en champ 'clos et vaincre l’iin après l’autre , et dans une sr^rle journée , scS juges naturels, même ceux qui n’avaient point été pré^ sons au jugement, car c’était une intuilte envers la cour tout entière ; le demandeur se |>résenlait et dis;iit ; Je Jtiiisse la cour , parce (pie méchamment elle ne fait son r/eeo//'; lorsqu’il voulait ne récuser iju’nn seul juge, il l’arrêtait avant qu’il n’eût donné son opinion à haute voix, et devait lui dire : Tu en as menti ;• aussitôt le combat était onlonné entre l’accusateur et le juge. Si le premier succ'onibait dans cette épreuve dilîlcile , on lui tranchait la tête pour venger l’outrage fait à la cour. ' '

Les principes sur les droits de propriété se réduisent presqu’enlièrement aux rapports féodaux ; cependant (juelques dispositions particulières sur les dettes , la vente des choses, le louage de service , se trouvent encore dans les assises : nous allons les faire connaître.

•Tout chevalier devait exactement acquitter ses dettes; cependant il ne [ ouvait être retenu en gage par son créancier. Celui-ci pouvait liiire vendre tout ce que soti débi-^ teur lui avait confié couinie nantissement ; et lorsque ces choses ne suliisaient pas , il devait se présenter devant la cour, qui , après avoir reconnu les dettes , pouvait même faire vendre le fief. S’il ne s’agissait pas du prêt d’une somme d’argent, mais du prêt d’une chose en nature , le débiteur devait la rendre; s’il l’avait jierdue, il était tenu d’en paver le prix ; si elle s’était détériorée par sa faute , il en sup[Kirtait la dépréciation suivant l’évaluation qui eu

544 ÉCLAIRÇISSEMEI^.

était faite. Lorsque rien ne prouvait la dette , ni le gage , ni les chartes , ni les témoins , on en appelait au serment du débiteur. '

, La vente pouvait s’appliquer à toutes choses , même^à des fiefs. Si la qualité de l’objet vendu était mauvaise ; par exemple , si un animal était rétif, l’acheteur se présentait dwant la cour , et devait dire : «.J’ai aciieté de tel homme n une bête qui est rétive , je veux avoir l’argent X qu’elle m’a coûté. » Alors la cour examinait si , au moment de la vente , le vendeur avait dit : « Je vous vends » une bête rétive; » et si l’acheteur avait répondu : « J’a- X chète cette bête rétive : » autrement ce dernier pouvait réclamer le prix, pourvu que son action eût lieu dans l’an et jour, lien était de même loi's^u’on avait acheté un esclave attaqué d’une maladie secrété ; on se présentait devant la cour , et on disait : « J’ai acheté tel esclave ; il X est attaqué de telle maladie , je veux avoir Aion argent U et rendre l’esclave que j’ai acheté à mon vendeur, x C’était au vendeur de prouver que la convention avait prévu la maladie, dans lequel cas l’assise était exécutée.

' ^ La chose usurpée passait dans la propriété de celui qui s’en était emparé après l’an et jour; mais l’usurpation n’é- ' tait jamais légale» lorsqu’elle était la suite de la guerre, ^ ou qu’elle avait eu lieu au profit de l’infidèle. La terre dont le Turc s’était emparé, fût-elle demeurée un temps immémorial dans ses mains , ne cessait pas d’appartenir à son légitime propriétaire.

^;^(^Outre les esclaves , on pouvait prendre à gage des per- . sonnes moyennant salaire ; ce contrat avait principalement < heu entre les seigneurs et les hommes dParmes. Si le sei- ,:gneur ne voulait pas tenir son engagement, celui qui s’était mis à son service pour un salaire, devait se présenter ^ au connétable ; le connétable appelait ce baron , et lui di-

ÉCLAmCISSEMETîS. 545

sait : « Tel homme , que vous avez pris à gage , se » plaini. que vous ne le payez pas. » S’il s’y refuse , le connétable , après sommation , doit faire vendre les choses qui lui appartiennent, en quantité suffisante pour désintéresser le demandeur. Dans lés afifaites civiles , toute peine prononcée pr la cour se réduisait toujours en « une réparation pécuniaire , à moins qu’il ne s’agît d’un esclave : à son égard les peines étaient toutes corporelles. Dans les classes élevées , l’échelle des amendes était proportionnée à la grandeur du préjudice j et dans le cas d’une importance grave , le combat était oi^nné.

Les assises de Jérusalem n’ont poinl de disposition sur l’état des personnes; ce silence s’explique pr les prérogatives de l’Église au moyen âge. L’état des personnes, qui comprend en général la naissance , le mariage , la puissance paternelle , était réglé par les conciles; et les lois civiles ne s’en occuprent que dans des temps bien |>ostérieurs.

Il n’est donc pas étonnant que les assises n’en parlent pas.

Ces dernières dispositions, sauf le combat judiciaire , conceptions militaires des nations du Nord , se rapprochent beaucoup de la législation romaine.

Il est à remarquer qu’à cette époque , les législations immortelles du puple-roi , conservées dans le Ages/e elles basiliques , commençaient à se répandre et à révéler aux peuples ces grandes idées qui devinrent par la suite la base de toutes les législations positives. Nous devons ajouter que la plupart des corporations qui habitaient Jéru- Kdcm et surtout les villes maritimes , avaient des codes speiaux , une législation qui leur était propre , et avaient stipulé parmi leurs privilèges de n’être soumis qu’à leurs luis particulières.

§. III. — Services miUtaires des fiefs . L’obligation du service militaire étant une des conditions principales de TOM. II. 35

ÉCIAIRCISSEME^^S.

la jiossession des fiefs , chaque baronie du royaume de Je- , rusalem était soumise à un service d’iiommes fixés de la > manière suivante par les assises : ^

Les baronies de Jaifa , d’Ascalon, Ramla , Ibelin etMirabel réunies, devaient 5oo chevaliers , et chacune de ‘ ces, divisions devait particulièrement , savoir : Jaffa , z5 chevaliers ; llainla et Mirebel , chevaliers , etilielin ,

10 chevaliers.

La baronie de Galilée doit 5oo chevaliers ; la jiartie en- » deçà du Jourdain , 6o chevaliers, et la terre au-delà ,

La baronie de Saiette , de Montfoit et Césarée , doit r>oo chevaliers ; et^fts dépendances , savoir : Saiette et Beaufort , 6o chevaliers ; Césarée, 25.

La seigneurie du Crac et du Mont-Réal et de St. -Abraham , doit 6o chevaliers ; le Crac en particulier en doit 4o, . et Mont-Réal 20. . •

La seigneurie du comte Jossellin doit 5o chevaliers j voici ce que doit chacune des dépendances particulières ; le cliâteau du foi , [\ 5 St. -Georges , 10 j la terre de sire Geoffroi Lejour, 6 ; la terre désire Philippe Dons , le chambellan , 2 ; Icvèque de St. -Georges , 10 ; l’archevêque de Nazareth , 6j Toron . i5.

Quant aux terres de Rcllinas et de la Sybille , l(>Cliàteau-Neuf , les assises disent qu’on ne sut pas quel service ils devaient, parce qu’ils ne furent pas grands.

La saintecite de Jérusalém doit 828 chevaliers , cl jiarticulièrement dans la cité et ses dépendances : Laurent de France, 4 j Ancion Rabin , 5 j la femme de Jean Amaury ,

4 j Raymond le Baflile , 5 ; Henri Dtimons , i j Nicolas Dumons , 1 ; Nicolas d’Artois , y ; Simon , fils de Pierre Lermier , 2 ; André du Temple , 2 ; Pierre A'^aneit i ; Amaury , le fils d’Arnaud , 3 ; Simon de Belèrae , 1 ; Enguerran de Pinquegny, i ; Gille, la femme de Jean , i ;

ir

ÉCLAÏRCISSEME>S. ^ 547

Pierre Leiioir, a; Foulque Eenoir, 1 ; Ancien le Borgne, 1 ; Hugues le Petit , 1 •, les enfans de Robert de Pinquegny,

«a ; enfin Eustaclie Patin ,1.

Naplousc doit 3a8 chevaliers , et en particulier dans ''cette baronié , le vicomte doit 5o chevaliers ; Régnier

Rohart et sa mère , 2 ; Jean Belarinér , 5 ; Ncude du ]\Ierle, 4 j llugtiCs Aliinars , 4; h' femme de -

Baudouin le Prince, 3 ; la femme Raymond , 1 ; Jean de St.-r>ertin , 3‘; Constant le l’rère, i ; Isaac de la Pis^ sine, I ; Roger , i ; Aubertin du Roi, 2 ; Bernard Fou- ‘ ger, 1 J Bicliard de Nazareth , i ; Raymond Dabin , 1 ; Baudouin de Routine , 1 ; la femme de Robert Salibi , 1 5 la , femme Michel l’Agent, i •, Girod Passerel , i ; Baudouin d’Ibelin , pour la lignée des Baudouin , 4 5 ^3 dame de Césaire , 2 ; Henri Larbalestrier , i 5 Guy de Naples ,

I j Arnaud de Tripoli, i ; Reynaud'de Soissons , i ; Ainaury de Lassandre , 1 ; Philippe de Nazareth, i ; Georges l’Écrivain , i ; Simon d’Amiens , 2 ; Balian d’I- Imlin , pour la terre qu’il tient à Naplouse , i5.

La baronie d’Acre doit 32<) chevaliers ; la cité en particulier, 72 ; Raymond d’Escandclion , 7 ; Païen sireCaïphas , 7 ; Philipjie Dons-, i ; la dame de Naplouse , 2 5 Gautliie* St. -Denis , 2 ; Rohart Tabon , 1 ; Simon de Malins et Josselin le Comte, i 5 Josepli de Terremonde,

I ; Michel de Sinaï , i ; Dreas, frère de Gibert de Fleury,

I ; 'Gauthier de la Franche-Gardc , 9 ; la femme d’Adam Coste , 1 ; Gauthîer-le-Bel , i ; Eude de la Nude, i ; Niasse , le fils de Robert , i ; Gille de Calavadri , i ; fe sénéchal , 3 ; Gohertin Bonet , 2 ; Arnaud de Dcssole, 25 le vicomte , 1 *, Jean Hareng , 2 ; Jean Derains , i .

La seigneurie d’Arsur doit 33o chevaliers, et en particulier la cité , 20 ; les Vénitiens , 3 ; Simon de Mentain ,

3 ; la femme de Guille , 2 j la femme Robert , i j Fou-

548 ÉCLAIRCISSEMEXS.

quedeFalai.se, 2 ; Anselme, 1 ; Gaul)cl , a") Henri de Mar.liciaine , i ; Adam d’Arsur , i ; Denis , le fils de GeofTro)', i ; Raoiii de Boutliilier , 3 ; Rogi ir Hainery , ^ ; Simon Dumoulin , i; Uûgrir de Grasse , i.

La seigneurie dou Darou doit 220 chevaliers , et la cité en particulier doit 3 chevaliers ; Gérard de Douai , 2 j Renard de Mongissart , 1 . • H

La seigneurie de Baruch doit 2 1 chevaliers.

Les assises s’expriment ensuite en ces termes : « 33 1 » chevaliers sont les aides que les esgliscs et les bourgeois » doivent quand il y a un grand besoing en la terre dou 4 royaume de Jérusalem ; u ét ensuite h; patriarche <le Jérusalem doit 5oo sergens ; le chapitre du Sépulcre , ôoo j de Josaphat , i5o ; Montossion , i5o ; Montelivelle, i5o ; Templum Domini , i5o ; l’église latine , 50 j l’évêque de Taharie , 5 00 ; la cité d’Acre , ôoo ; la cité d'Arsur , 100 ÿ la cité de Jérusalem , Ôoo ; l'abbé de Montelabon , Ôoo ; la cité de Naplouse , 3oo ; la cité de Césarée, Ôo 5 l’évêque de Belesme , 200 j Ramla , Ibelin et Mirabel , lÔo ; l’évêque de St.-Georges, 200 j ' d’Arsur, 5o j l’évêque du Sabalt , 5o ; l’évêque d’Acre , ôôo ; l’évêque de Saint- Abraham , ôo ; l’archevêque de Gisarée, ôo^; d’Ascalon , 100 5 Caïphus , lyô j Tabarie , 200. — Total des sergens , 0,075.

Par l’aspect de ce tableau , joint aux assises de Jérusa-, lem , on peut se faire une idée des forces militaires que le royaume pouvait invoquer dans ses jours de danger. Guillaume de Tyr a donné, dans son Hure , une sorte de précis des moyens employés pour la lefée des deniers 5 la comparaison de ces deux monumens est extrêmement précieuse poiu riiistoire des colonies chrétiennes d'Urienf.

i^cLaircissemens.

• .. No. II.

Lettre à M. MicfiatiJ, sur les Âssatsins ,, par M. Am. •

^ , JutRDAIN (l). . '

Dans le cours de vos travaux , vous aurez rencoiiire souvent. Monsieur , le nom de ces sectaires tmieux , cqonus sous le nom A' Assassins , et dont la religion admettait pour j)rinci|)e, rohéissanco aveugle à ce yietix de la ' Montagne , qui ne régnait que par le meurtre cl les plus - horribles attentats, l’ius d’une fois jieut-ètre vous aurez attribué à ramour du merveilleux qui régnait dans des siècles d’ignorance , de barbarie et de crédulité , les récits des auteurs ^'ciden taux contem^wrains des croisades , touchant leur f persévérance , leur audace imperturbable dans la poursuite et l'exécution du crime. Cependant, il *^faut l’avouer à la honte de notre espèce , ces récits sont ‘ même au-dessous de la vérité , et se trouvent confirmes

par le concours unanime des écrivains arabes et jærsaus.

^ Je ne vous entretiendrai point de ces sectaires d’après • Guillaume de Tyr , Jacques de Vitry , et une infinité d’autres historiens que vous connaissez très bien ; je ne ^yous apprendrais rien que vous ne sussiez déjà. Mais je consacrerai celle lettre à vous présenter une courte esqidssc de l’origine , des dogmes \ de l’Idsloire des Assas-

(i) Cette lettra a été co»iip(Viéc le Mt^moüe. dç M. le ba- •

roii Silvestre’'c!e Sacy /‘oW^^me du nom d* Ai ssns&ius f voyez le tome IV des Mémoires de Plnslitut; un Mémoire inséré dans les l^rtnes de COrient^ tome iv , par M. Él, Quatrenicrcj 3^*. d’après Thisioire^niéiue des Ismaéliens , liioe derhislovien persan Mirkliund , rrtOrecaii très important dont M. Jourdain a publié le texte et la traduc tioii en framjaîs , dans le tome ix des Nolica et Exlraiis des Ma •

nmuils fie la ilibUolhèi^uc ix^yalc.

55« ÉGIA1RCL8SEMENS;

sins , ni«me de leur état actuel 5 car il en existe encore aujourd’hui (juclques restes dans les niontai^es de la Syrie. Je serai charmé qu’elle puisse ajouter quelqu’intérêt J votre ouvrage , ou vous donner au moins une preuve du jilaisir que j’éprouve à vous être agréable.

Avant d’entrer en matière , il ne sera pas inu^lile de vous rappeler l’origine des deux grandes sectes religieuses qui divisent les Musulmans en Sunnites et en Chiites.

Mahomet étant mort sans désigner de successeur , il s’éleva parmi son peuple deux factiuns , dont l’une voulait porter au califat Ali , gendre de ce faux Prophète , et l'autre, le pieux Abou-Bckr. La courageuse fermeté d’Omar trancha les dilTicultés , et le parti d’.Ahou-Bekr triompha.' Omar gouverna après lui, et eut Othman pour successeur. Ce ne fut qu’à la mort dece4)i ince faHlequ’Ali prit possession du trône , regardé par scs partisüms comme son héritage. Cependant à peine son règne avait-il commencé , qu’il s’éleva de toutes parts des factions , dont le but était de le priver du sceptre. Ali avait contribué à cet'état de choses , en dédaignant les ménàgemens de la politique , en indisposant par des refus , par des drsgrâces, dos officiers de Mahomet, dont le créüit était grand. Un de ces factieux , Moaviali , rival ambitieux et puissant, aidé de l’astuce d’Ibn-el-Ass , le fameux conquérant de l’É-* gypte , soutenu par Aïchah , veuve de Mahqmet , qui ne jiouvait pirdonnerà l’époux dè l'atimeh d’avoir soiq>çonnc sa fidélité conjugale, profitant habilement des fautes d’Ali, parvint enfin à lui ravir nine autorité dont la légitimité ne pouvait étie contestex:. Dans le même temps, un rebelle termina par le meurtre le cours d’une vie que ce califè allait probablement finir dans riiumiliatiou et les peines de tous genres. Ses deux fils n’eprouvèrent point un sort plus heureux , et jxhireut victimes de l’ambition des

'LCXAinaSSEMENS. 5.1.

OiiiniiaiK’s , iiiaMoii Muaviali fut le premier prince.

Dès-lors on rit s’élever dans l’empire niusuliuaii deux partis, dont l'opposiliQu avait la religion |our base, et ><jni existent encore de nos jours : ce sont les Sunrules et lc*s Chûtes. Les preiniei s reconnaissaient la légitimité ^e la succession dans les personnes d’Abou-lîekr , d’Oraàr et d'Otliman , et jneltaicnl Ali sur le même rang que ces trois califes. Les seconds, au contiaire , traitaient d’usurp ileurs lei premiers xMcaires deMaliomct , et soutenaient , <|u*.Ali était son seul et véritable successeur.

• Le nombre des partisans d’.Mi devint très grand , surtout en Perse niais ces partisans ne tardéient pas à s<; <liviser eux-mêmes en plusieurs partis réunis dans leur vé- ^ nération pour Ali et s.i dtesccndance , mais divisés par rapport aux prérogatives qu’ils altacbaient à cette noble origine , et à la brandie qui possédait les droits à X'Imamat , c’est-à-dire la puissance spirituelle et temporelle. De toutes les sectes auxquelles cette différence d’opinions donna ..^-naissance,, la plus |iuissante ibtceUé’des isinaéliens. Elle était ainsi appelée* , paro; qu’elle prétendait ipic la dignité ,

. d’imam avait été transmise pfr Une suite non int(a jompne, des descendans d’Ali jusqu’à un prince nommé Ismaè'l , et <|ii’Rpiès sa mort l’imiiraat avait'reposé sur des personnages inconnus aux liommcs , jusqu’au moment où devait s’opé-. rerie triomphe de la maison d’Ali. A cette secte apparle- "iiaient les Cannâtes et les califes fa limites*, qui enlevèrent l’Egypte et la Syrie aux califes abassides de bagdati , ' et formèrent un empire puissant , jusqu’au moment où Saladin vint renverser IcuMiônë et y placer un pniicé.de la descendance d’.Abbas. Comme ces fatlniites ne recon\ -

naissaient d’autorité légitime que la leur, ils employèrent un grand nombre dOrmissionnaire* à répandre Uurs^ogmes et à se former en tecreldcs prosélytes. . ' ' •

55a ÉCLAIRCISSEMEXS.

Tel est , Monsieur , l’exposé que j’ai cru nécessaire avant de vous entretenir du fondateur de la secte qui fait l’objet de ma lettre, ,

Ce fondateur s’appelait Hassan , fils de Sabbali ; i{ était natif des environs de Thous , ville du Korassan , célèbre pour avoir donné le jour à plusieui's grands lioiuines. Soj» père vivait dans les pratiques d’une vie mortifiée et d’une doctrine austère , mais il suivait en secret la secte des rafédhites ou partisans d’Ali. Cependant , pour éloigner tout soupçon sur ses opinions , il confia l’éducation de son fils à un docteur fameux , Movaffec-eddin de Nichapour , qui était un vertueux sunnite. Il se donnait une origine arabe , et se prétendait issu de la famille de Sabbah-llouraïri ; mais c’était une fable è laquelle personne n’ajoutait foi, et on savait très bien que ses ancêtres habitaient des villages de la dé^iendance de Thous.

Hassan parle ainsi de sçs premières années et de sa conversion à la secte des Ismaéliens : « Dès l’âge de sept ans ,

» j’ai travaillé à acquérir des connaissances et des talens. ^ » Je faisais , ainsi que mes j)èrcs , profession de cette secte \

» des chiites , qui reconnaissaient la succession des douze » imams.... J’eus occasion de me lier avec un réfik(i)

» nommé Amiréh-Zarrab , et il s’établit une amitié intime » entre lui et moi. Je croyais que les dogmes et les opi- » nions des Ismaéliens n'étaient autres que ceux des philo- » sophes , et j’imaginais que le souverain de l’Egypte » ( c’est-à-dire le calife fatimite ) était un sectateur de la ü philosophie. Cette persuasion où j’étais m’engageait U dans de vives discussions avec Amiréh : toutes les fuis » qu’il voulait défendre sa doctrine , nous avions ensem- >

* (i) 3*ex|iU<^uerai plus bas.qUi'U éuicut les persomuiges qui portaif^

ce uum.

» blc des disputes et des conUoverses tuucliant les dogmes. » Il avait beau attaquer la doctrine de ma secte ,*je ne » me rendais point à ses discours ; néanmoins ils faisaient » insensiblement impression sur mon esprit. Dans ces en- » trefaites, nous nous séparâmes , et j’eus une maladie » violente. Je médisais alors intérieuremeut : la «loctrine U des Ismaéliens est conforme à la vérité , et ce n’est que » l’entAement qui m’empêche d’y adhérer. Si donc , ce » qu’à Dieu ne plaise , le moment fatal est arrivé pour » moi , je mourrai sans avoir embrassé la vérité. Je revins » cependant en bonne santé , et je fis la connaissance d’un )» autre Ismaélien nommé Abou-Ncdjm-Sarradj. Je l’in- » terrogeai sur le vrai système delà croyance ismaélien- *» ne J il me l’expliqua clairement , et j’en pénétrai bien » toutes les profondeurs. Je rencontrai ensuite un dai (i) » Ismaélien , nommé Moumen , à qui lechéik. Abdeliné- » lik-l)eri-Attach , dai de l’Irac , avait permis d’exercer M les fonctions de missionnaire. Je lui témoignai le des- » sein que j’avais de faire entre ses -mains ma profession » de foi , et il accéda à ma demande. Dans le temps que » Icchéik Abdelmélik vint à Key , je l’accompagnai , et » ma conduite lui ayant plu , il me confia le ministère U de dai. « 11 faut que vous alliez en Égypte, me dit-il,

» afin de rendre vos hommages à l’imam Moslanser , et » <juc cela vous porte bonheur, u Mostanser-billah , des- » Cendant d’Ali , occupait alors le califat d’Égypte et l’i- » mamat. Lors donc que le chéik partit de Rey pour Ispa- » han , je me mis en route pour l’Égypte. »

Hassan fut reçu en Égypte avec toutes sortes de distinctions , car le bruit de son mérite l’y avait précédé , et l’ijiiam Mostanscr l’admit à sa plus intime familiarité. Ce

D) JVxpIimie plus has ci:llr dôiinmiiialiim.

Jiaut degré de faveur le perdit. -Les courtisans , jaloux de sou crédit , travaillèrent A sa disgrâce ; et la division s'étant mise entre le célèbre Eedr-al-l)jéniali , généralissime des troupes du calife , et lui , Hassan succomba. Scs ennemis le saisirent et le jetèrent , avec quelques Francs , dans un vaisseau <jiii faisait voile pour l’Afrique. A peine éfait-ou en mer, qu’une liorrible tempête s’éleva et mit le bâiiment en danger ; tous les passagers , saisis dc*fr.ayeiir, n’attemlaicnt que la mort ; le seul Hass;m conserva son repos et sa tranquillité. Interrogé sur cette conduite extraordinaire ; « Notre Seigneur , ré]opdil-il , m’a promis » qu’il ne nous arriverait aucun malheur ; » et en eliet, au l)OUt de quelques instans la mer reprit son calme. On ne manqua point de crier au miracle, et Hassan lit en jieti d'instans autant de discii>les de ses compagnons de toyage. Une autre fois , le vaisseau fut poussé dans le port d’une ville chrétienne , dont le gouvernement lit rembarquér notre pieux docteur après lui avoir donné l’hospitalité. Fnlin le vaisseau ayant été jeté sur les côtes de la Syrie , Hassan l’abandonna et se mit. on route par terre pour se rendre en l'erse. Il p;issa par Alep et Bagdad , se rendit dans le Konzistan , à Ispaban , à Yezd et dans le Kirman. prêchant [larlout sa doctrine. Du Kirman il retourna à Ispahan , qu’il habita pendant quatre mois , au Ixjut desquels il partit jwurle Kouzistan 5 il s’y arrêta trois moi* et vint à Damégan , où il séjourna trois ans , se faisant dans cette coiitrée un grand nombre de prasélytes. flassan . a piès dilléren tes autres courses, s’empara enlin d’.AIamout, château très fort , situé dans le lloudbard , pays voisin de Uasbin. Mirkliond , historien persan , rap|>ortc qu’il fit proposer ù îHéhdi, descendant d’Ali , (jui possédait ce lieu, «le lui vendre la portion de son territoire que jwurrait embrasser une peau de bœuf , pour le prix de 3ooo dinars.

Méhcli àyant consenti à ce laarchê , Hassan prit une peau de bœuf dont il fit des lanières liées les unes aux autres , et avec lesquelles il environna tout le cliltfeauK Ce fut au moyen de celte ruse qVil se rendit maître d’Alamout , (jui devint dans la suite le point central de là puissance des isinaéliens.

' Cette puissance, par l'habileté et l’activité do Hassan, prenait de nombreux accroissemens; déjà elle s’était établie dans toute la povince de Roudbard, où a-s, sectaires .avaient élevé un grand nombre de châteaux-forts 5 il n’étaitplus question en Perse que de Hassan , qui menaçait de ranger sous sa domination* la Pei'se entière. Mélik-chali, alarmé de ses progrès , ordonna à un de ses généraux de jdétruire Hassan et ses partisans, et de raser Jours forte- •resses^ mais ce fut en vain, et la mort frappa Mélik-chah * sans que ses troupes eussent obtenu le moindre avantage.

Les troubles qui suivirent cette mort, la division .qui sc mit parmi t%s enfans de ce prince , au sujet de la succession au trône, laissèrent à Hassan le champ libre pour augmenter le nombre de ses prosélytes. Les châteaux Jes mieux 'fortüiés du nord-ouest de la Perse tombèrent en son pouvoir. Enfin le sultan Sindjar s’étant rendu maître de- ce royaume , il songea sérieusement à détruire les isinaéliens. Hassan se déharrassa par artifice de cet ennemi dangereux ; il séduisit un des sersùteurs du pirincc, qui, pendant son sommeil, plaça près de sa tête un stylet aiguisé. Lorsque le sultan vit ce poignard à son réveil, H fut saisi d’une grande crainte; mais comme il ignorait la main qui l’avait placé , il garda le silence Sur cet événement. Au bout do quelques jours il reçut la lettre suivante du chef des ismaélicns : « Si l’on n’avait point de bonnes intentions U pour le sultan , on auràit enfoncé dans son sein lepoi- » gnard qui a été placé près de sa tête jiendant son som-

556 , , ÉCLAIRCI^EMENS.

» meil. » Siruljar effrayé consentit à fuire la paix avec les isDiaélieiîs, sous’ trois conditions : la première, qu’ils ne • feraient aticîme nouvelle construction à leurs châteaux ; la deuxième , qu’ils n’achèteraient point d’armes et de machines de guerre; la troisième enfin , qu’ils ne feraient plus de nouveaux prosélytes. Il accord.à même à Hassan ,, à titre de pension , une portion des revenus du pays ffc Coumès. ^

‘ Dès-lors Hassan vécut paisiblement dans le château d’Âlamout , livré»à la retraite la plus sévère , aux exer- • cice d’une piété vive, et à la composition de traités dogmatiques conformes à sa doctrine. 'Oq dit que pendant trente-cinq ans qu’il habita Alamout', il no monta que deux fois sur là terrasse de son palais. Il exigeait de ses sectaires la plus rigide exactitude dans l’observance de èa religion ; la tendresse paternelle ne put même le faire dé-* vier de sa sévérité. Hoss'éin, son fils , ayant tué le dai du Couhestan , il le fit périr ; un autre de ses fils , pour avoir bu du vin, éprouva le même sort. Un homme ayant joué de la Qâ^e dans le çhâteau d’Alamout, il l’en fit chasser , et résista àitoutes les prières qu’on lui adréssa pour obtenir sa grâce. Quelques auteurs prétendent qu’en sacrifiant ainsi’ ses fils , il voulait prouver aux ismacliens qu’il w’avait point l’intention de fixer le pouvoir souverain dans sa famille ; je doute qu’unè telle raison puisse justifier Hassai/ de. sa barbarie. Au surplus, ce ne serait point la première fois que la politique aurait sacrifié les sentimens du cœur aux intérétsd’un état. ‘ , ^

L’habileté de cet homme dans la conduite des affahes ^ égalait son fanatisme. L’histoire noqs en a conservé plusieurs preuves , dont je citerai seulement celle-ci. Ha.ssan avait étudié sous l’iman Movaifek-eddin , dans la société de ^Nizam-Elmoulk , l’un des plus grands hommes d’ét.vt

ÉCLAUVCIS^MENS. 55j

qu’ait prdJuils l’islamisme , et la commuDauté de travaux avait établi eotrc eux une amitié très* étroite. Ils s’étaient promis mutuçllemcnt que le premier qui parviendrait aux honneurs les partagerait avec l’autre , sans que la fortune pût altérer leur attachement; Hassan , après avoir mené long-temps une vie misérable > alla trouver à Nichapour Nizam-^lmoulk, ministre du grand Mélikchah : c’était vers l’année io^3 de J.-C. Nizam-Qmoulk , iidèle ù sa promesse, accueillit Hassan avec empressement , et lui fit obtenir une dignité à la cour. Doué d’un esprit très étendu , d’une rare finesse , d’une grande fac'dité pour l’administration , ce protégé ne tarda pas à s’insinuer dans les bonnes grâces du sultan et à acquérir sa confiance. Un jour Mélik-chali ayant conçu quelque doute sur la probité de son premier ministre, lui' demanda en combien de temps il pourrait dresser un état mis au net des recettes et dépenses des provinces. Il est bon de savoir qu’à cette époque la domination de ce prince s’étendait 'depuis Âtrtioclie dé Syrie jusqu’à Kaclikar dans le Turttestan. NU zam-Elmoulk demanda l’espace de deux ans ; Hassan offrit de faire le travail en quarante jours, si le sultan voulait mettre à sa disposition tous les écrivains de sa cour ; et sa proposition ayant été acceptée , il réalisa sa promesse. Il se préparait à présenter au prince le résultat de ses recherches , lorsque Nizam-Elmoulk , qui voyait sa perte prochaine, trouva moyen de se procurer ces états et de les mutiler. Lorsque itassan parut devant le sultan , ce prince lui fit plusieurs questions sur la situation et les finances de l’empire. Hassan eut recours à ses papiers; et les trou-; vant incomplets , il balbutia et ne put répondre. Nizain- Eltnoulk profita habilement de ces tergiversations pour le perdre dans l’esprit de Mélik-chah : « Des hommes sages, » dit ■ il , ont demandé doux ans pour faire le travail dé-

» siré par votre inajesté; mi ignorant , qui a prétendu le » terminer en quarante jours , ne peut donner aux ques- » tions qu’on lui fait que des raisons insignifiantes. » Le prince, dans sa colère, voulait faire’puiiir Hassan ; mais comme c’était une créature de sa cour, il laissa tomber «Hte affaire , et se contenta de lachafgér de son mépris. Ce trait, qui ne fait pas lionneur' au caractère de Nizam- Elmoulk J et montre le peu de délicatesse de Hassan dans sa conduite i l’égard d’un lioinme à qui il devait sa fortune, prouve du moins que ce dernier possédait une grande facilité dans le travail.

Tel est riiommc que les Ismaéliens , ou plutôt les Assassins de nos croisades , reconnaissaient pour chef, et auquel ils donnaient le nom de séidouna) notre seigneur. Mais avant d’aller plus loin , il est nécessaire d’entrer ici dans quelques détails sur les principes de cette secte, l’origine des dénominations q\i’elle porte et son organisation.

Vous avez vu précédemment, Monsieur, l’origine de la dénominatioh d’ismaéliens donnée 5 la branche dfes partisans d’Ali , à laquelle appartenait Hassan. Ce nom n'est point le seul cependant sous lequérces hérétiques soient connus des MusulmanS'Orthodoxes : on les appelle encore hatheiùens, nezzariens , molaheds et hachichins ; ces deux dernici es épithètes s’appliquaient seulement aux prosélytes de Hassan. ^ ' •

Ce titre de halhéniens désignait les principes établis par les ismacliens. Un des caractères de leur religion était d’expliquer d’une manière allégorique tons 1& préceptes de la loi musulmane; et cette allégorie était poussée si loin par (juelques-nns de leurs docteurs , qu’elle ne tendait à rien moins qu’à détruire tout culte public, et à elever une doctrine pnircment phUosophi([ue et une morale très licencieuse sur les ruines de toute révélation cl de toute;

ÉCLAIRCIÎÎSEMENS. 55<)

autorilc divine. Voilà jM»in;quoi on les ap|>elait htUlienis ou bathéniens , c’eil-à-Uire^/>ar//’.»û/M du culte intérieur.

Molahed, pluriel du mol arabe signifie ;

Its partisans de Hassan ne reçurent cette épitliéte que vers ranuée 1 1()4 de Jésus-Clirist , et sous le .règne de l’iin de scs successeurs, numine Hassan, iils de Moliainmed. Ce prince se livra , dès sa jeunesse , à l’élude des livres dogmatiques de cette secte; et comme son j>ére, auquel il avait succédé, était dépourvu de science, il parut aiiir yeux de la populace un savant très profoud et un lioiiime extraordijiaire. Cettè bonng opinir^ à l’égard di' sa |K’rsonne, s'accrut de jour en jour, et les ismaéliens s’empressaient de plus en plus de remplir ses ordres, IIass;ui , enhardi par ce succès, manifesta des opinions erronées, et se donna |K)ur rimaiii du siècle, üon père vivait encore» et, dans son ignorance, il suivait scru|iuleuseraent les dogmes de sa six:tc. Les prétentions de son iils le l'évollèrent ; il lit tuer deux cent cinquante de ceux quî les avaient favorisées. Tant que .Mohammed vécut, Hassan reprima ses véritables inlen lions ; mais il les reprit dès que la mort de son jière l’eut mis en |io^s<‘ssion du trône. 11 permit toutes les choses que la religion défendait , abolit les pratiques cxtérieui-cs du culte musulman , permit à ses sujets de boire du vin , les dispensa de toutes les obligations que la loi de Ulohauimed im| ose à ses sectateurs , publia que la connaissance du sens ' allégorique des préceptes dispense de l’ol)servatlon -du sens littéral, et enlin se lit proclamer fils de i\e/.zar, fils du cahfe Mostanser, et le calife de Dieu sur la surface de la terre (i). Cette conduite hérétique mérita aux ismaeliens la dénomination de molahed, impie. ,

(i) Cette doctrine régna chez le» ismaélieii» de l’erse ijeiidaiit près de cinquante an» ; mais Djéid-cdjin , pelil-fil» de Iltssan , rcluLlil le culte dans su pureté.

56o ÉCLAinaSSEMENS. ■ ' -

Le surnom de nezzariens dérivait du nom de ce Nezzar dont je viens de parler, et fut donné à ceux des ismacliehs qui suivirent le parti de ce prince, fils aîné du calife d’Égypte MostanseX. Les sectateurs de Hassan étaient du parti de Nezzar» * . '

Je viens actuellement à l’épithète Assassins. L’origine * de ce nom avait été l’objet de nombreuses recherches ,. restées toutes sans aucun résultat satisfaisant, lorsqu’un savant illustre a démontré d’une’manière évidente, en s’appuyant de difféiens textes arabes, qu’il était lii corruption du mot hacMchin.^ et qu’il avait été d|pné aux ismaéliens parce qu’ils faisaient usage >, d’une liqueur enivrante appelée hacJdch. Ce hachich est une préparation de feuilles de chanvre ou de quelqu’autre partie de ce végétal, que l’oit emploie de différentes manières, soif en liqueur, soit sons la forme de confection ou de pastilles édulcorées avec des substances sucrées, soit même en fumigations.' « L'ivresse » produite par le hachich , dit M. Silvestre de Sacy, jette » dans une sorte d’extase pareille à celle que les Orientaux » éprouvent par l’usage de l’opium ; et, d’après le témoi- » gnage d’un grand nombre de voyageurs , on peut assurer » que les hommes tombés dans cet état de délire s’imaginen t » jouir des objets ordinaires de leurs vœtix , et goûter une v félicité dont l’acquisition leur coûte peu , mais dont l’u- » sage, trop souvent répété, altère l’organisation animale,

» et conduit au marasme et à la mort. Quelques-uns même,

» dans cet état de démence passagère, perdant la conscience B de leur faiblesse , se livrent à des actions brutales , ca- '

T» pables de 'troubler l’ordre public. On n’a point oublié » que, lors du séjour de l’armée française en Égypte, le » général en chef fut obligé de défendre sévèrement la » vente et4'usage de ces substances pernicieuses, dont l’u- » sage a fait un besoin pour les habilaiis de l’Égypte, et

ÉCLAittClSSEMENS.. 56 <

» surtout pour les classes inférieures du peuple. Ceux qui » se livrent à cet usage sont encore apj>elés aujourd’hui » hackichin , hachac/iirii et ces deux expressions font voir » pourquoi les ismaéliens ont été nommés par les Iristoriens . » latins drt croisades, tantôt y/ jrmfnî et tantôt »

l’our j»eu que I on ait queh[ue teinture de la langue arabe, des altérations que certains mots de celte langue ont éprouvées en passant dans les auteui-s latins et grecs , et par suite dans les écrivains français, il est impossible d’élever aucun doute sur la vérité de l’étymologie proposée par M. Silvestre de Sacy. Cependant il est permis de croire que tous les ismaéliens n’employaient point indistinctement le hacliich ; que leur chef seul avait la connaissance de cette préparation ,’et qu’il ne l’administrait qu’à ceux qu’il destinait à exercer le méfier infime de fedai ou ^'assassin; car il régnait dans les partisans de cette secte une hiérarchie i-emarquable : les dais, les réfiks et les fedais formaient trois classes très distinctes.

Le chef de la secte habitait, ainsi que je l’ai dit , dans le château d’Alamout , placé au milieu des montagnes. Ce fut la situation de ce séjour qui lui fit donner le titre de cheik aldjébal, seigneur de la montagne; mais comme le mot cheik signifie également seigneur et vieillard, nos historiens des croisades le prirent dans le dernier sens , et appelèrent le princte <les Assassins , le VieiLx de la Montagne.

Les dais formaient la première classe de la secte : c’était à eux qu'il était réservé d’en propager la doctrine (i). Ils

(l) Dai , participe arabe, ti^nifîc. proprement celui qui appelle, adv^oewis , et par exlension , il désigne un personnage c^ii proche It-s hommes el invite à embrasser une doctrine quelConcpie. Le titre de dai fut connu des le premier siècle de rislamUme : chaque secte <nit les siens.

TOM. n.

Wi ÉCLÀlHClSSEMEKS.

exerçaient lés fonctions de missionnaires, se répandant dans toutes les provinces, y prêchant les dogmes de leur culte, et recevant la profession de foi de ceux qu’ils convertissaient. IL y avait encore des degrés parmi eux : on appelait dai efdoat, dai des dais, celui qui avait plusieurs missionnaires sons ses ordres , et dont la juridiction comprenait une ou plusieurs provinces. Les Ismaéliens avaient des dais aidoat en Syrie , en Irac , en Dilcm , au Korassan, etc. , * •

Sous le nom de réfik, on comprenait, à ce qu’il parait, l'universalité des sectateurs. >

Enfin , \e&fédais étaient les ministres aveugles du Vieux de la Montagne ; c’était dans leurs mains qu’il plaçait le couteau sous lequel devaient tomber, sans miséricorde , tous ceux qui s’opposaient à l’établissement de sa doctrine , ou la combattaient par des argument dangereux ; les princes , les généraux , les docteurs , personne n’était à l'abri de leurs coups; ils montraient, dans l’exécution du crime, une persévérance que leur seul fanatisme égalait.

Le mot de fédai, dans sa signification' propre, signifie homme dévoué, et l’ap^ication en était très juste, puisque cette classe de la secte ismaélienne avait 'peur les ordres de son prince un dévouement sans exemple; il est vrai que cette obéissance aveugle s’achetait par la ruse ; car je ne doute point qu’il ne faille appliquer aux fédais se' que Marc-Paul rapporte des jeunes gens elevés par le Vieux de la Montagne. « Ce voyagem, dont la véracité est générale- II ment reconnue , dit M. de Sacy, qous apprend que ce a prince faisait élever de jeunes gens , choisis parmi les » babitans les plus robustes des lieux de sa domination , » pour on Élire les exécuteurs de ses barbares arrêts. Toute » leur éducation avait pour objet de les convaincre qu’en » obéissant aveuglément aux ordres de leur chef, ils s’assu-

ÉCLAiRCISSEMENS. 563.

» raient, après leur mort, la jouissance de tous les plaisirs » qui peuvent flatter les sens. Pour parvenir à oe but, ce » prince avait fait faire auprès'iie son |>alai$ des jardins déli- » cieux (i). Là, dans des pavillons décorés de tout ce que » le luxe asiatique |>eut imaginer de plus riche et de plus » brillant, habitaient de jeunes beautés, uniquement coni> sacrées aux plaisirs <le ceux auxquels étaient destinés ces » lieux enchanteurs. C’était là que les princes ismaéliens » faisaient transporter de temps à autre les jeunes gens dont U ils voulaient faire les ministres aveugles de leurs volontés. » Après leur avoir fait avaler un breuvage qui les plongeait » dans un profond sommeil , et les privait piour quelque » temps de l’usage de toutes leurs facultés , ils les faisaient » introduiredansccspavillons dignes des jardins d’Armide. » A leur réveil , tout ce qui frappait leurs oreilles et leurs » yeux les jetait dans un ravissement qui ne laissait à la » raison aucun empire dans leur âme. Incertains s’ils » étaient déjà entrés en jouissance de la félicité dont on U avait si souvent oflert le tableau à leur imagination , ils a se livraient avec transport à tous les genres de séduction » dont ils étaient environnés. Avaient-ils passé quelques » jours dans ces jardins, le même moyen dont on s’était » servi pour les y introduire sans qu’ils s’en aperçussent, U était de nouveau mis en usage pour les en retirer. On » profitait avec soin des premiers instans d’un réveil qui » avait fait cesser pour eux le charme de tant de jouis- » sances , pour leur faire raconter devant leurs jeunes

(i) Un passage de riiislorieii Mirkhond Tient à l'appui de ce rdcil; il noua apprend que Hassan , après s’être emparé du château d’Alamout, y fit creuser un canal et conduire de l’cau de fort loin au pied de ce château. Des arbres fruitiers furent plantés à l’extérieur par ses ordres . et il encouragea les habitans à ensemencer ta terre. C’est ainsi que Tair de ce lieu, qui était auparavant malsain , deS'int pur et salubre.

» compagnons les merveilles dont ils avaient été témoins ; » et ils étaient convaincus que le bonheur dont ils avaient » joui pendant quelques jours trop rapidement écoulés, » n’était que le prélude et comme l’avant-goût de celui » dont ils pouvaient s’assurer la possession éternelle par » leur soumission aux ordres de leur prince. »

Ce breuvage , doué d’un pouvoir si merveilleux, n’était autre que le hachich, dont le chef de la secte connaissait les vertus, et dont l’usage ne se réjundit que dans les siècles postérieurs.

Voilà, Monsieur, ce que les historiens yrientaux nous apprennent touchant l’origine de la secte des Assassins , ses dogmes, son organisation politique. Quant à son histoire, à l’étendue de ses domaines et de sa puissance , ce sont autant de points dont les développemens demandent un espace beaucoup plus grand que celui dans lequel je suis obligé de me renfermer. Cependant je consacrerai quelques lignes à ces différens articles pour satisfaire votre curiosité.

Mirkhond nous« laissé, dans son grand ouvrage intitulé Rouzat Alsafa, une histoire des ismaéliens de Perse. Ce morceau est d’autant plus précieux et authentique , qu’il est extrait mot pour mot d’une histoire écrite par le célèbre visir Atha-clmulk , qui avait été envoyé par Holagou , après la ruine des ismaéliens , dans le château d’Alamout , et avait été à même de consulter leurs Mémoires historiques originaux. Mirkhond , ou plutôt Atha-elmulk , nous apprend donc que cette dynastie d’ismaéliens de Perse a fourni huit princes , en comptant parmi eux Hassan-ben-Sabbah , et qu’elle a subsisté pendant un espace de cent soixante-dix ans, jusqu’au moment oà Holagou, appelé par différens princes qui haïssaient les ismaéliens à cause de leurs excès, conquit la Perse , détruisit les cliâteaux de la secte, et 0U7 voya au-delà de l’Oxus, liokn-eddyn-Korchah , dernier

KCLAIRCISSEMENS. 5fî5

souverain d’Alaniout. Ce grand événement eut lieu cil ia56.

Cependant cette branche principale , ou plutôt cette souche des Ismaéliens , n'est point celle dont il es A ouvent fait mention dans nos croisades; mais Ilassan-Sabbali, après avoir jeté les fondeniens de sa puissance en Perse, avait envoyé des missionnaires supérieurs et des missionnaires du second ordre dans toutes les parties du monde luusiilmau : ces missionnaires se répandirent surtout en Syrie. Un certain émir Seldjoiikide, très célèbre, qui gouvernait Alcp, servit merveilleusement leurs desseins, llédouan (c’était le nom de ce prince) entra en amitié avec les Ismaéliens, embrassa même leurs principes, et leur accorda une protection ouverte. De cette éjxiquc , c’est-à-dire de l’année 5oi de l’hégire, date l’origine de cette grande ^uis^nce qu’ils ont eue en Syrie, et qui a subsisté jiendant prés de deux siècles; mais ces ismaéliens étaient soumis au souverain d’Alamout, et étaient dirigés par des dais. 11 est même remarquable que la plupart des fédais, employés à commettre le meurtre en Syrie , étaient Persans de nation , et avaient sans douté été formés à cette exécrable profession dans les jardins délicieux d’Alamout , et par la vertu du hacliich.

On s’est trop pou occujié jusqu’à ce jour, én Europe, de riiistoire des ismaéliens d’après les écrivains orientaux, pour déterminer l’étendue de pays occupé par ces sectaires. D’ailleui's, la géographie de la Perse s’enveloppe de trop d’obscurité pour qu’on puisse assigner la juste position des châteaux qu’ils habitaient. Ce que je puis vous assurer, c’est que cette province de Roudbar, oà se trouvait le siège de leur empire, est, selon le Ferhenk-Choouri, Dictionnaire persan expliqué en turc, un grand district renfermant plusieurs villages , et situé entre Casbin et le Guilan, dans

56G ÉCLAUVCISSEMïïsS.

le voisinage de Théhéran , capitale actuelle de la Perse.

Guillaume de Tyr nous apprend que les Ismaéliens possédaient en Syrie dix forteresses, et évalue leur nombre à soix^ro' mille âmes. Leur principal établissement était iMassiat, place importante, bien fortifiée , située â l’occident de Hamah , à la distance d’une journée de marche. Ils s’en étaient emparés en 5o5 de l’hégyre , après avoir assassiné l’émir qui y gouvernait, et l’ont conservée jusqu’à nos ^ jours. Outre Massiat , ils possédaient sept forteresses dans le parallèle de Hamah «t d’Ëmesse, jusqu’à la Méditerranée et dans le voisinage de Tripoli. Ils avaient com- ' mencé à paraître en Syrie vers la fin du cimpiième siècle de rhégyre. Leur puissance prif de grands accroissemens sous le Sedjoukide Redouan , qui embrassa leur doctrine. Pendant toute la durée de son règne', ils eurent une maison dans la ville d’Âlep , où ils exercèrent leur culte. On les redoutait tellement , qu’ils enlevaient au milieu des rues les femmes , les enfans , sans qu’on eût le courage de s’opposer à leurs violences. Ils dépouillaient publiquement les gens d’une autre secte que la leur, donnaient asile aux plus grands criminels, et trouvaient dans l’impunité une nouvelle audace pour commettre de nouveaux crimes. Ces barbares portaient même l’audace jusqu’à s’emparer, à main armée , des villes et châteaux-forts j c’est ainsi qu’ils enti’èrent à Apamée, d’où Tancrède les chassa.

Quelle que pût être l’étendue des domaines possédés par les Ismaéliens , soit en Perse , soit en Sytie , elleme saurait être comparée à la grandeur de leur puissance , établie par le fanatisme , maintenue par la crainte qu’ils inspiraient. Répandus dans tout le monde musulman, depuis les extrémités de l’Asie mineure jusqu’au fond du Turquestan , ils étaient partout redoutés. En vous offrant quelques traits de leur fanatisme et de leur audace, si je ne vous donne point

une idée précise de leur puiæance , je vous ferai connaître ■au moins de quelle nature elle était , et ce qu’on peut présumer qu’elle fut. Commençons par le dévouement et le, fanatisme.

Ce serait une chose vraiment incroyable que ce dévoue*^ ment sans bm'nes des fédais pour les ordres de leur chef, le fanatisme dont il savait les animer, si les écrivains occidentaux, arabes et persans, ne nous en avaient conservé des traits.

L’histoire nous apprend qu’Henri, comte de Champgne, ayant fait un voyage dans la petite Arménie, il tendit visite, à son retour, au roi des Assassins, et en fut reçu avec les honneurs les plus distingués. Le prince le promena dans tous les lieux de son séjour; et l’ayant conduit à une tour très élevée , sur chaque créneau de laquelle étaient des hommes vêtus de blanc : « Sans doute, dit-il à son hôte,

» vous n’avez point de sujets aussi ohéissans que les miens. » En même temps il fit un signe, et deux de ces hommes se * précipitèrent du haut de la tour et expirèrent à l’instant. Le chef des ismaéliens ajouta : « Si vous le désirez, au moindfé » signal de ma part , ceux que vous voyez se précipiteront » également. » En se séparant de Henri , nem sans lui aVoir fait de riches présens , il lui dit ^ « Si vous avez quel- X qu’ennemi qui en veuille à votre couronne, adressez-vous » à moi , et je le ferai poignarder par mes s^iteurs. x

Mélik-chah, alarmé des progrès de Hassan-ben-SaUiah, lui envoya un de ses officiers pour le sommer de se soumettre et d’abandonner ses châteaux. Hassan fit venir en sa présence un de ses serviteurs , et lui ordonna de se tuer, ce qu’il fit à.l’instant; il dit à un autre de se jeter du haut d’un#onr, et ses ordres furent également exécutés. « Rap- » portez à votre maître, répondit-41 alors à l’amb^ssadeux,

V ce.que vous avez vu , et dites-lui que j’ai sous mes ordres

» soixante mille hommes dont la soumission est la môme. » En 1 1 ao, quelques Batliénicns ayant assassiné Uorsaki ,, prince de i^Iossoul, ils furent à l’instant massacrés. La mère d’un de cos isinaéliens ayant appris, la mort de cet émir et ■ le sort des assassins , se livra à tous les excès de la joie ; mais ta satisfaction se cliangea en une vive douleur, lorsqu’elle eut ajq>risqueson fils, par un hasard heureux, avait échappé à la destinée de ses compagnons. Ainsi , le fanatisme opéra chez cette femme ce qui était l’œuvre de l’honneur national, del ’aniour de la patrie dans le cœur de celte mère Spartiate dont l’histoire a immortalisé l’héroïsme, et qui, succomba à ta douleur en apprenant que son fils était échappé au massacre des Thermopyles. Quel sera donc le charme et le pouvoir de la vertu, si l’aveugle fanatisme, la honte de notre espèce , peut la rivaliser dans les belles actions qu’elle produit? J

Les ismaéliens étaient d’autani plus dangereux et redou- * tés, qu’ils s’introduisaient auprès de tous les princes, en cliangeant de costume et de profession suivant les circonstances. Us prennent l’habillemeat syrien pour se défaire de rémire Ahmed-yel dontle dois bientôt parler ; ils entrent , en qualité de palefreniers du Korassan , au service de Tadje!— moulk-Bouri, prince de Damas , et l’attaquent inopinément. Les meurtriers de Borsaki prennent l’habit de derviches pour éloigner d’eux tout soupçon. Les ismaéliens veulent-ils poignarder le marquis de Montférat? ils embrassent le christianisme, prennent les habits religieux, affectent la piété la plus vive, gagnent l’amitié, l’estime du clergé, méritent la bienveillance de leur victime , et, après lui avoir donné la mort, ils périssent dans les supplices avec une ^admirable résignation. Un docteur de Perse très célèbre, l’ima^ Fakreddyn-Razi , avait été accusé de pratiquer en secret la doctrine des ismaéliens. Pour se laver de cette injurieuse cît-

ÉCLAIKOSSEIME^S. ^ SOq

lomnie , il monte en clinire, et prononce Jcj malédictions contre eux. Cette nouvelle étant parvenue à Alamout , Moliainmed, qui régnait alors, chargea de sa vengeance un fédai. Celui-ci se rend auprès de l’imam , lui dit qu’il éti<it jurisconsulte, qu’il désirait s’instruire sous un maître aussi habile qu’il l’était , et fit si bien par ses caresses qt ses flatteries , que l’imam l’accueillit dans sa maison ; il y passa sept mois sans trouver l’occasion de remplir sa commission. Enfin, s’étant trouvé seul un jour avec riinam, il ferma les jiortes de la maison , tira son poignard , se précipita sur le docteur , le renversa et s’assit sur sa poitrine. Fakreddyn lui demanda quel était son dessein. « Je veux, lui » dit-il, tefemlrc depuis le nombril jusqu'A la poitrine. » — Pour quel motif, reprit l’imam ? » Alors le fédai lui reprocha d’avoir maudit les Ismaéliens dans la chaire. L’i- }nam jura plusieurs fois de ne jamais parler en mal dorénavant de cette secte. Alors le f^ai lui rendit la liberté, en disant : n J#n’avais point l’orcire de te tuer , autrement JJ je ne me serais point cru permis de tarder à exécuter » cet ordre ou d’y manquer. Sache maintenant que Mo- » hammed te salue; il désire que tu lui fasses l'honneur » de venir au château; tu deviendras un gouverneur J) tout-puissant , car nous t’obéirons aveuglément. » Et il ajouta : « Nous ne tenons aucun compte des discours du » peuple; scs insultes n’ont aucun effet sur nous; mais » pour vous, vous ne devez point permettre à votre lan- » guc de rien dire contre nous et de censurer notre con- » duite, parce que vos paroles s’impriment dans le* cœurs » comme les traits de la gravure sur la pierre. j> L’imam dit : «■ Il ne m’est point possible d’aller au château, mais » je ne prononcerai dorénavant aucune parole qui puisse )> déplaire au souverain d’ Alamout. n Après cet entretien , le fedai tira de sa ceinture trois cent soixante pièces d’or,

570 w ÉCLAIRCISSEMENS.

et dit à l'iaiam : « Voici votre traitement pour une an- » née^ et il a été statué par le sublime divan , que vous » toucheriez chaque année pareille somme du réis Mod- )v hafier. J’ai chez moi deux robes du Yémen; lorsque je * » serai parti, il faudra que vos domestiques les prennent;

» ^car notre maître les a envoyées pour vous. » Dans le même moment le fédai disparut. L’imam prit les pièoes d’or et les robes , et il toucha pendant cinq ans le traitement fixé.

Ce dévouement miraculeux , cette confiance dans unp vie dernière, dont la félicité ne saurait être décrite , produisaient l’audace et 1a pei'sévérance dans l’exécution des ordres du prince , le courage imperturbable qui portait les Ismaéliens à endurer la mort, sans que les souffrances les plus fortes pussent leur arracher aucun aveu. Les califes, les émirs tombaient sous leurs coups dans les mosquées , dans les rues , s^s les lambris des palais , au milieu de la foule du peuple et des grands.*Étaient-ils pris le couteau fatal à la main , ils remerciaient le ciel qui les approchait du lërme de leurs désirs , et la mort était pour eux le premier degré de la félicité. Maudoud , Acsancar- Borsaki , princes de Mossoul , sont assassinés au sortir de la grande mosquée de la ville , et quoiqu’entourés de leurs officiers et de leurs domestiques. Ahmed-yel , gouverneur de plusieurs châteaux de l’Azerbaidjan , s’était déclaré plusieurs fois l’ennemi du seigneiir de la Montagne , il reçoit la mort an milieu de la salle d’audience du sultan MohaSied , à Bagdad. Le grand Saladin avait refusé d’embrasser ou de protéger la doctrine ismaélienne , et avait annoncé l’intention de la détruire ; tandis qu’il faisait le siège d’Ézaz dans le voisinage d’Alep , un fédai se jette sur lui et lui porte un coup de poignard à la tête. Saladin le saisit par le bras ; mais le meurtrier ne cessa de frapper

ÈCLAIRCISSEMEÎÎS. 571

que lorsqu’il eut été tué. Un second , un troisième fedai lui succédèrent sans obtenir plus de succès. Néanmoins jj>aladin se retira dans su tente, saisi d’une grande frayeur.

Je vous ai dit précédemment , Monsieur , que l’irruption d’Holagou en Perse , et les expéditions de Bibars en Syrie, ruinèrent la puissance Ismaélienne. En détruisant les châteaux , ces deux guerrière ne purent toutefois détruire entièrement la secte. Lorsque Tamerlan pénétra dans le Mazendéran , il y trouva un grand nombre d’ismaéliens. 11 est souvent fait mention de ces sectaires dans l’histoire de la conquête du Yémen par les Turcs, j^'ous savons qu’ils sont répandus de nos jours dans plusieurs parties de la Perse , et que le gouvernement les tolère. On dit même qu’ils ont conseiTé jusqu’à leur imam , qui descend d’Ismaël même , fils de Djafar-elsadic , et se nomme Chah- Khalil ; il habite la ville de Kheh , prés de Kom. Cet imam est presque vénéré comme un dieu par ses prosélytes , qui' lui attribuent le don des miracles et le décorent souvent du titre de calife. Les ismaélieus se retrouvent jusque sur les bords du Gange et de l’Indus , et chaque année ils viennent recevoir pieusement à Khekh les bénédictions de leur seigneur, en échange des magnifiques offrandes qu’ils lui apportent. Enfin il en existe encore plusieurs familles aujourd'hui dans les montagnes du Liban , sur lesquelles M. Rousseau , consul-général de France à .\lep , nous a donné de précieux renseignemens.

Les ismaèliens de Syrie sont divisés en deux classes : les soueïdanis et les khedhréwis. Les derniers , qui forment la partie la plus nombreuse de la secte , ont pour chef l’émir .\li-Zoghbi , successeur de l’émir Mustapha-Edris ; leur principale habitation est à Messiade, que M. Sylvestre de Sacy croit devoir être appelée Meslat. Cette ancienne forteresse est située à douze lieues ouest de Hamali , sur un

rocher isolé. A trois lieues ouest de Messiade , les Ismaéliens possèdent une autre forteresse nommée Kad mous, non moins grande que la première.

La seconde classe , qui comprend les soueïdamis , est bien moins nombreuse que la précédente, et concentrée dans le village de Feudara , du district de Messiade. Sa pauvreté l’a mise en butte au mépris des klielidréwis ; son chef actuel s’appelle Cheik Sole'iman.

La secte des ismaéliens ne se compose aujourd’hui que de quelques malheureuses familles éparses çà et là , et que les vexations de^ Turcs anéantissent tous les jours. Voici l’événement sinistre qui les a plongés dans cette siti^ation. Je laisserai parler M. Rousseau.

« Les Reslans, une des familles les plus distinguées de a la secte des Nosaïris , possédaient depuis un temps im- » mémorial la forteresse et le territoire de Messiade , lors- » que lès ismaéliens , devenus assez puissans pour einpiéj* ter sur leurs domaines , les attaquèrent à l’improviste » et les chassèrent du pays pour s’y établir eux-mêmes. » Cette usurpation manifeste aigrit encore davantage la 1» haine invétérée que se portaient les deux peuples. Les » Nosaïris , après avoir inutilement tenté plusieurs moyens » pour rentrer dans leurs possessions, eurent enfin re- » cours à la ruse. Ils envoyèrent à Messiade plusieurs des » leurs , qui , sous des noms empruntés et sans faire naître » aucun soupçon de leurs mauvais desseins , entrèrent au » service du Chéik-émir, Mustafa-Edris , «fui comman- » dait alors dans la forteresse.

» Abon-Ali-Hammour et Ali-Bacha, chefs des conjurés, » ne tardèrent pas à trouver l’occasion qu’ils attendaient. » Un jour que l’émir était resté seul dans son logis, ils » l’assaillirent et le percèrent de plusieurs coups de poi- » gnard. Ce meurtre imprévu, fut le signal de grands

ÉCLAIRCISSEMEÜS. 573

» malheurs pour les isinaélicns. Les mesures avaient été » tellement concertées entre leurs ennemis , qu’à un cer- » tain signal une bande nombreuse de Nosaïris, |)Ostée » dans les avenues de Messiade , devait s’y précipiter » tou l-à-cou|) et massacrer les liabitans qui voudraient se » défendre. Cæ projet reçut son entière exécution. Les » isinaélicns, attaqués brusquement , consternés et égor- » gés pour la plupart au milieu des rues, ne résistèrent » que faiblement , et se rendirent à leurs ennemis, à qui » ils furent contraints de jurer , pour l’avenir , obéissance » et soumission. On évalue le butin que ceux-ci firent » dans cette journée , à plus d’un million de piastres, y » compris les dépouilles des villages et des campagnes. » Cet événement eut lieu dans l'année 1809. »

Ces Ismaéliens ont un livre qui contient les dogmes de leur croyance actuelle , les pratiques de leur culte , etc. Il a pour auteur un certain Cheikh Ilualiim , qui semble être un des illuminés de cette secte; il fut mis au jour après le pillage de Messiade. C’est un assemblage de rêveries absurdes, de principes incohérens, ridicules, insignifians, où la doctrine primitive de ces sectaires se trouve jointe à une foule de dogmes qui lui sont étrangers , et que le temps , les communications avec d’autres sectes , et l’ignorance, ont introduits dans leur croyance. CejMjndanton ne saurait en négliger entièrement l'étude, puisqu’ils servent à prouver jusqu’à quel point l’esprit humain peut s’abuser.

Pour ne point fatiguer votre patience , je négligeai , ]\Ionsieur , ce qui a rajiport à la théologie mystique , aux différentes incarnations de l’imam ou messie, qui s’est manifesté dans la personne d’Adam , de Noé , d’Abraliain , de Moïse, de Jésus, d’Ali, quatrième calife, selon lei mahométans orthodoxes ; je passerai également sous si-

lencelet mystères des lettres alphabétiques , qui se divisent en lumineuses et obscures, substantielles et corporelles, étaient d’abord au nombre de vingt-deux , ont été augmentées de six lors de la révélation de l’Alcoran , se rapportent aux maisons de la lune, aux signes du zodiaque, aux planètes, aux élémens, désignent tantôt un prophète, tantôt on saint personnage , enfin sont susceptibles d’une infinité d’applications allégoriques j mais je citerai dans son entier la description du Paradis.

« J’ai réservé un séjour plus permanent et plein de délices éternelles à ceux qui suivent ma loi et craignent les efTets de ma justice. Ce séjour est le Paradis , où l’on entre par huit düTérentes portes qui conduisent à autant d’enceintes ; il y a dans chaque enceinte , yo,ooo prairies de safran *, dans chaque prairie , yo,ooo demeures de nacre et de corail ; dans chaque demeure , yo,ooo palais, ”0,000 galeries de topaze ; dans chaque galerie , yo,ooo salons d’or ^ dans chaque salon , yo,ooo tables d’argent ; sur chaque table , 70,000 sortes de ragoûts secs, etc. Chacun de ces mêmes palais contient encore 70,000 sources de lait et de miel , avec autant de pavillons de pourpre , occupés par de belles adolescentes. De plus , chaque salon est surmonté de 70,000 dômes d’ambre , et sur chaque dôme sont étalées 70,000 merveilles sorties des mains du Tout-Puissant. Les habitans de ces lieux enchantés sont immortels; ils ne connaissent ni les infirmités, les pleurs, ni les ris , ni les prières , ni le jeûne. »

dois vous dire , au sujet de ce passage , que dans la vraie doctrine des Ismaéliens , le Paradis est la vraie religion et l’époque de sa manifestation , et que cette description ou toute autre semblable doit être regardée comme une allégorie.

À cette citation , je ne puis me refuser d'en joindre deux

nutrcs : l’une sur les ilevoirs de riiomme , l’autre sur les idées métaphysiques de cette secte.

« O fils d'Adam, l’empire de l’univers m’appartient en propre j ce que tu possèdes vient de moi ; mais sache ^ue les alimens dont tu te nourris ne te préserveront point de ^ la mort , ni les habits que tu portes des infirmités de la chair ; tu avanceras ou ri*culeras , suivant que ta langue s’exercera au mensonge ou à la vérité. Ton êtie se compose de trois parties : la première est à moi ; la seconde à toi, et la troisième nous appartient en commun. Celle qui est à moi , c’est ton âme ; la tienne , ce sont tes actions , et celle que nous partageons entre nous , ce sont les prières que tu m’adresses. Tu dois m’implorer dans tes besoins ; ma bienfaisance est d’exaucer, ü fils d’Adam ! honore-moi et tu me connaitras ; crains-moi , et tu me verras ; adoremoi , et tu t’approcheras de moi. O fils d’Adam ! si les rois sont précipités dans les flammes pour leur tyrannie, les magistrats pour leurs traliisons , les docteurs {lour leurs ja< lousies , les artisans pour leurs fraudes ,, les grands pour leur orgueil , les petits pour leur hypocrisie , les pauvres pour leurs mensonges où seront donc ceux qui aspi-

rent à entrer dans le Paradis ?

N 11 y a trois sortes d’existence : la première,

usuelle et relative , exposée à l’infiuence des astres , sujette aux altérations, et susceptible d’étre ou de ne pas être ù-lafois, c’est celle de la matière; la seconde, intellectuelle, qui a été précédée par le néant , tuais qui devient permanente du moment qu’elle commence ; c’est celle de l’âme , sur laquelle les corps célestes ne peuvent agir ; la troisième , nécessaire , absolue et éternelle , supérieure par sa nature aux deux autres , c’est celle de l’Etre-Suprême, paf qui tout a été produit, qui a toujours subsisté, et qui subsistera à jamais.

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ÉCLAIRCIS6EMENS.

» I/Êtrc dont l’existence est éternelle, le premier principe est illimité , unique et sans compagnon.

U L’iiomme existe donc doublement par l’âme et par le corps ; son existence spirituelle survit à son existence corporelle , qui se dissout tôt ou tard.

» L’âme est une substance simple , homogène et immatérielle , un souille indestruatible de la Divinité. Le corjis est un composé de parties matérielles , hétérogènes et destructibles , qui ne subsiste qu’autant que ces parties restent unies ensemble. L’âme n’est point essentiellement inhérente au corps ; celui-ci n’en est pas le sujet 5 nous savon» seulement qu’elle y est présente , comme l’éclat du soleil sur la superficie d’un objet quelconque. ^

» L’âme est immortelle... Les âmes ont été créées bien avant les corps ; elles résidaient , en les attendant, dans le monde intellectuel, séjour des vraies essences. Depuis leur union avec ces corps, elles s’efforcent sans cesse de conserver la réminiscence de leur cause productive ; et si , dans leur nouvel état, elles n’oublient point cette essence première, elles retournent alors à leur demeure antéiieuie; autrement elles restent errantes et malheureuses dans le monde matériel, pour y éprouver perpétuellement les vicissitudes et les peines de la vie présente.

» Pour ne point se détériorer et ne point perdre scs droits à la proximité de son auteur, il faut que l'âme soit constamment remplie de l’idée de cette cause première, qui est disposée à l’attirer iins cesse vers elle : c’est son véritable 'état de jrerfection, celui dans lequel elle se maintient, en devenant insensible à toutes les affections terrestres.

))*Outreson âme immatérielle et raisonnable, l’homme en a encore une autre , qui est l’âme naturelle : celle-ci naît et se détruit avec le corps ; c’est une certaine force 1117

ÉCLAIRCISSEMEXS. £7^

définissable , mais actuelle et agissante , qui est commune avec les animaux privés de la raison, et qui l’élève audessus de ces derniers, c’est le souille immortel que la Divinité lui a communiqué, à l'exclusion des autres êtres de l’univers. »

‘ fiecevex, Monsieur , je vous prie , etc.

No. UI.

Êelaireissement sur Us ordres de chevalerie.

L’histoire des ordres de chevalerie se lie essentiellement à celle des croisades; le rôle brillant que ces pieuses congrégations militaires jouèrent dans les guerres saintes, leur longue existence au milieu des sociétés chrétiennes , leur influence sur l’esprit des croisades et des pèlerinages , jettent 1 sur leur histoire cet intérêt vif et animé qui s’attache aut grandes institutions enfantées par l’esprit religieux et militaire du moyen âge. -

Si dans le grand tableau des croisades il eût été impossible de s’arrêter trop long-temp sur l’origine et les développement des ordres militaires, il nous parait important d’y consacrer un éclaircissement spécial' où le lecteur ' trouvera, sinon l’histoire complète, du moins l’exposition rapide des caractères généraux et des institutions particulières de clwque ordre de chevalerie. Par chevalerie nous n’entendons point ici cette grande confrérie militaire qui embrassait toutes les autres, et dont les membres n’étaient enchaînés que par une sorte de confraternité d’armes , mais ces ordres tout-à-la-fois monastiques et militaires , soumis à des vœux et à des pratiques austères et ascétiques, au célibat, aux abstinences , à des statuts , enfin réunis en corporation particulière possédant des biens comme corps ,

' TOM. n. 37

U-H ÉfXAmaSSEMETCS.

les recevant et les transmettant d’âge en âge. Ces corporations diverses se sont disputé long - temps la précniinence d'antiquité et de gloire j il ne nous appartient pas do décider ce grand débat; et c’est plutôt pour adopter un ordre méthodique que pour assigner un rang et des préférences , que nous diviserons cet éclaircissement en quatre sections, consacrées à chacun des ordres militaires.

^ 1*'. Onf/'e Quoique les chroniques

des croisades ne parlent jamais de l’ordre de St.-Lazare , cependanteet ordre fait remon tei- son origine aux temps les plus reculés; c’est au berceaude l’Église chrétienne, dit-on , qu'il s’établit dans la ville d’Acre et qu’il se consacra au service des pèlerins et des lépreux : les empereurs Honnorius, Théodose, Â'alcntinien , Justinien et Tibère, pirotégèrent ce pieux étabUsscinent; et lors de l’expédition d’iléraclius en Orient, les religieux de St.-Lazare accompagnèrent son armée pour panser les blessés et prendre soin des malades ; par la suite ils obtinrent la permission de s’établir à Jérusalem , Bethléem, Nazareth; une église antique de St.- Lazare, dans nie de Chypre, constate qu’ilsétaientanciennement établis dans cette île ; une bulle de Benoît IX ( i o4'j) leur accorda de nombreux privilèges ; ils furent confirmés lors des croisades , par le pape Urbain II (1096). On lit dans des lettres du Roi Jean ( i348), que les frères de St.- Lazare desservant les hôpitaux de Jérusalem et de la Palestine, avaient une existence brillante du temps de Titc et de Vespasien , assertion évidemment exagérée ; quoi qu’il en soit , l’auteur de la vie du pape Gélase, écrite du temps des premières croisades, représente les religieux de St.-Lazare reprenan t ce vif éclat dont l’ordre avait brillé à son origine, et qui s’était terni durant la domination des Perses, des Arabes et des Sarrasins; ce fut à cette époque de la première croisade, que l’ordre devint tont-à-La-fois militaire et reli-

ËCLmClSSEMEIfS. S79

gieux; comme tous les autres ordres , il dut prendre les armes pour défendre les conquêtes des chrétiens. Jusqu’alors son institution avait été de soigner les léproseries , les malades , les blessés , et de fournir aux pèlerins des moyens de visiter les saints lieux ; il s’unit alors aux ordres militaires; mais ne voulant rien perdre de son caractère primitif, l’ordre se divisa en trois classes : tandis qu’une partie des chevaliers repoussait, les armes à la main, les invasions des infidèles , l’auti-e soignait les^ léproseries ; la troisième enfin, connue sous le nom de prêtres, se consacrait aux autels, donnait le Saint-Viatique et tous les seçours spirituels aux malades.

Louis VII amena des religieux de l’ordre de St. -Lazare en France ; ils établirent leur maison entre le faubourg St. -Denis et le faubourg St. -Martin; de saintes filles s'y affilièrent, et sous la protection des rois l’ordre devint bientôt riche et puissant. Des établissemcns de St.-Lazarc se répandirent en Italie, en Allemagne, et André II les protégea en Hongrie. Quand ils eurent acquis quelques richesses, ils étendirent leur bienfaisance; ils s’occupèrent de fournir des vaisseaux aux pèlerins qui passaient en Orient et de racheter les captifs des mains des infidèles; l'habillement de Fordre consistait , dans l’origine, en un manteau, une calotte de religieux; une croix étail peinte sur le côté du manteau ; ils y ajoutèrent ensuite un collier; les religieux avaient d’abord adopté la règle de St.-Basile, ils prirent ensuite celle de St.- Augustin; il leur était prescrit de prendre les armes et de suivre la bannière de la croix pour attaquer les infidèles en tous les lieux de la terre , de s’adonner aux œuvres de la charité et aux soins des malades. Voici quelle était la formule du serment auquel chaque chevalier eUiit soumis en entrant dans l’ordre : « Moi, fais aujéur- » d’hui mon vœu d’obéissance, et promets au Dieu tout

5«o ÉCLAIRCISSEMENS.

» puissant J à la sainte Vierge Marie , à notre Mons. St,-»

» Lazare, aux chevaliers des malades de Jérusalem, que » je serai obéissant et chaste, et renonçant aux biens du » monde; que je garderai fidèlement la règle de St.- » Augustin , autant qu’il me sera possible, jusqu’à la iqort.

^ 2. Des Hospitaliers, Tout le monde connaît l’origine de cet ordre célèbre , fondé dans la Palestine par quelques hommes religieux, et devenu si brillant par la suite dans toute la chrétienté. Nous avons indiqué dans l’histoire des croisades les services que rendirent les chevaliers de St.-Jean à la Terre-Sainte; ce n’est donc point une histoire de cet ordre que nous allons entreprendre , inais un résumé complet et exact de ses institutions.

L’institution primitive des Hospitaliers euf pour objet le soin des blessés et des malades ; le pieux Gérard fut le ^ndateur de cet ordre; plusieurs jeunes gentilshommes , renonçant à leur patrie, s’y associèrent; on .compte parmi eux Raymond Dupuis, Dudon de Comps.de la province du Dauphiné, Gaston ou Caston de la ville de Berdeis , Conon de Montaigu de la province d’Auvergne. Par les soins du pieux Gérard on vit bientôt s’élever une église magnifique en l’honneur de Saint-Jean-Baptiste; des bâtimens spacieux furent construits, les uns pour servir d’hpspicé aux malades, les autres de logement aux chevaliers; un chroniqueur olAerve que dans ces temps primitifs de l’ordre, le pain des chevaliers n’était fiütqufavec de la grossière farine, êt qu’on r^rvait les mets exquis pour les pèlerins blessés dans les .combats. Ces fières ne dédaignaient pas de laver les pieds des pauvres pèlerins et de pnwr leurs blessures ; des prêtres attachés à l’lràpita| leur administraient les sacremens et les consolations de l’Église; à cette époque l’ordre fonda déjà des maisons succursales dans les principales provinces de l’Europe.

ÉCLAHICISSEMENS. 58r

• Telles furent celles cTAmlalousie , de Tarente dans la Fouille, de Messine en Sicil*, et un grand noftibre d’auti es que le pape Pascal II prit sous U protection spéciale (Ui St. -Siège.

Les statuts de. l'ordre furent modifiés» sous le grandinaitre Dupuy ; jusqu’alors ils n’ayaient commandé que l’humilité envers les pèlerins et la charité envers tous les frères; l’obligation du service militaire^ y fut ajoutée : chaque chevalier fit le vœu de combattre à outrance les infidèles.

Sous le grand-maître Raymond, on commença à classer l’ordre par langues et suivant la patrie des chevaliers ; on distingua ces tangues en Provence , Auvergne , France , Italie, Aragon, Allemagne et Angleterre; on «créa* des bailliages, des connuanderies dans chacune de ces langues, mais les commanderies furent indistinctement attribuées à tous les chevaliers. ' <

La forme du gouvernçnient de l’ordre était aristocratique; l’autorité supérieure résidait dans le conseil, dont le grand-maître était le dief; celui-ci avait deux voix lors «les délibérations ; il nommait et destituait les précepteurs chargés d’aller reeneillir en Europe les aumônes des fidèles et les revenus des commanderies, qui, sauf ce qui était rigoureusement nécessaire à leur administration et à lu subsistance du chevalier titulaire, devaient être envoyés en Asie ; c’était avec ces ressources de l’Europe et les propriétés des chevaliers en Asie, que l’ordre fournissait aux frais de la guerre et à la subsistance des pèlerins ; c’est pourquoi les maisons succursales devaient vivre avec la plus grande frugalité, la Terre-Sainte étant l’unique objet de leur sullicitufle.

L'habit régulier de l’ordre consistait alors en une robe de couleur noire , avec un manlea u à pointes de la même cou-

58t ÊCLAIRCISSEMEKS.

leur , auquel était cousu un capuchon ; sur lec$té gauche du manteau était une croix 4e toile blanche à huit pointes ; dans les premiers temps, cet habillement était commun à tous les religieux de l’ordre; en 1209, Alexandre IV, dans une bulle adressée ù l’ordre, distingue le frère servant du chevalier; les n ns furent sou mis à l’habit régulier de l’ordre, les autres purent porter à la guerre une supra -veste ou cotte d’arme rouge, avec la croix blanche semblable à l’étendard de l’ordre et à scs armes , qui sont de gueule à la croix pleine d’argent ; cet habit devint par la suite si honorable que celui qui fuyait dans les combats était déclaré indigne de le porter; abandonner l’étendard de l’ordre, était renoncer à ses insignes ; lorsque les afliliations européennes curent fait entrer dans le sein de l’ordre de St.-Jean beaucoup de ibmillcs qui n’avaient jamais vu le temple et la Sainte-Cité, on permit aux chevaliers qui n’étaient pas dans la Palestine de porter la croix , indépendamment de l’habit; cependant les papes s’élevèrent souvent contre cette sécularisation d’un ordre aeligieux.

Cette innovation ne fut pas la seule que se permirent les chevaliers de St.-Jean; les envahisseniens de cet ordre sont signalés jtar un concile tenu sous Adrien IV : « iS'ous apprenons, disent les évêques assemblés, par les plaintes véhémentes de nos frères de la Palestine, que les Hospitaliers abusent des privilèges qu’ils tiennent du Saint-Siège; que leurs religieux usurpent les propriétés ecclésiastiques, les paroisses , les presbytères; qu’ils administrent les sacremens aux excommuniés et les enterrent avec toutes les cérémonies de l’Eglise; qu’enfin , dans toutes les circonstances, ils usurpent les prérogatives des prêtres de Jésus-Christ.

•\-peu-près vers cette époque, une sorte de réforme eut lieu dans l’ordre; le grand-maître ne dut plus avoir qu’un chapelain, un majordome, deux chevaliers, trois écuyers,

ÉCLAIRCISSEMEIÎS. 68î

un turcopole et un page; chacun de ces domestiques ne pouvait avoir qu’un cheval; le grand-maîlre n’avait à son service que deux ches%ix de main et une mule; les chevaliers étaient réduits à l’écuyer compagnon nécessaire de leurs expéditions.

Malgré cette réforraation sévère, assez d’abus restèrent ' encore pour exciter la vigilante attention des papes; il existe une lettre d’Innocent II, dont les expressions sont extrêmement curieuses : « Nous avons appris avec douleur » que vous entretenez dans vos maisons des femmes d’une » vie déréglée , avec lesquelles vous vivez dans le désordre ;

» que vous n’observez pas plus le vœu de pauvreté que » levœu de continence; vous possédez de grands biens dont » chaque chevalier dispose , ne se contentant pas de cette » rétribution annuelle, qui est leur seule propriété, sur les » biens qui sont au Seigneur et donnés pour son service ;

» un plus grand mal encore , c’est que , contre toute espèce » d’ordre et de bonne police, vous protégez indifféremment » tous ceux qui ont été admis clans votre confrérie, sans » vous inquiéter s’ils sont coupables; c’est pourquoi voire » maison sert d’asile à des voleurs, à des meurtriers et à » des hérétiques; vous retranchez chaque jour quelque » chose à vos aumônes accoutumées pour en augmenter » la bourse de vos plaisirs; pleins decupidité, vous changez » par mille fraudes diverses les testamens de ceux qui U meurent dans vos maisons , c’est dans celte intention » que vous exigez qu’ils se confessent nécessairement k » ceux de votre ordre; on cTit même, grand dieu ! que » vous êtes suspects d’hérésie. »

U Le pape, en conséquence, réforme les mœurs des » Hospitaliers, ordonne qu’ils n’étaleront plus ce luxe » insolent qui afflige les fideles de Jésus-Christ; ils devront P être sobrc't dans leur noinviture , ne plus parler dans l«s««

M réfectoire J en un mot, tuivie en tout point 4a ‘règle M monastique. *

En ia6^, le pape Clément IV £iit un pompeux éloge des Hospitaliers : « Ils doivent , ces vénérables frères , être » considérés comme les Machabées du Nouveau-Testament^

• J* ils ont renoncé aux douceurs du siècle pour prendre X l’habit du pauvre et l’^)ée de Jésus-Christ ; chaque » jour l’Église s’en sert pour préserver la chrétienté de X l’invasion des infidèles, x

En 1 269 , les états de Césarée firent de nouveaux règle* mens pour les chevaliers de St.-Jean ; on établit alors d’une manière positive et régulière des commanderies et des commandeurs titulaires à vie; on créa des prieurs chargés de veiller à ce que les commanderies fussent bien administrées; ces prieurs devaient parcourir l’Europe , recueillir tous les revenus de leur prieuré dans leqiml étaient ' comprises plusieurs commanderies , empêcher qu’on lie les aliénât, soit par vente, soit par testament; ce fut alors qu’on défendit à tous les chevaliers de tester et de léguer la moindre chose à leur famille , les biens devant intégralement i-evenir à l’ordre. •

Sous le grand-maitre Guillaume deVillaret, on trouve le premier établissement des femmes hospitalières; une donation faite à l’ordre en 1269, sous la condition de cette fondation pieuse, en avait donné la première idée; les filles de St.-Jean sont consacrées, d’après leurs statuts, aux soins des malades; leur habillement est en laine rouge ; elles portent un grand madteau noir sur lequel est une croix blanche à huit pointes.

Après les croisades, l’ordre de St.-Jean de Jérusalem fôt devenu célèbre dans toute la cliretienté ; son histoire est dans les mains de tout le monde , comme le souvenir de ses grandeurs dans tous les esprits; on pourra voir dans la

ÊP.A1RC1SSE1IAENS. 586 -

suite de V Histoire des Croisades , les services qu’il rendit à la chrétienté en arrêtant les invasions des Musulmans. On sait que l’ordre n’a pas cessé d’exister , et que les chevaliers de Malte subsistent encore , malgré que leur souveraineté se soit eâacée au milieu de la plus grande révolution.

111. — Des Templiers. Âu moment où quelques compagnons dc^odefroy s’établissaient dans la Palestine et se vouaient, sous le nom à' Hospitaliers , au service des malades , neuf chevaliers français , ^ui avaient suivi le noble duc de Bouillon sous l’étendard de la croix, fondaient une $orte>de conhérie militaire entièrement consacrée à la défepse des saints lieux et à protéger les pieux voyageurs qui visitaient le tombeau de Jésus-Christ.

Cet o/dre , d’aboçd peu nombreux , s’accrut de toute cette brillante chevalerie qui passait sans cesse d’Europe en Asie. Au commencement du douzième siècle , les membies de cette confrérie militaire prirent le nom àe chevaliers du Temple, de Templiers; dans quelques chartes ils sont nommés io/</ntr du Christ, Milicedu temple de Salomon , la Milice de Salomon. Le concile de Troyes approuva cet ordre en na8. Leur statut est ainsi intitulé: Régula pauperum comilitonum templi Salomonis. 11 nous paraît important de faire connaître les dispositions de ce statut ;

Le dievaller du Temple devait se vouer, à la pratique de toutes les vertus chréliênnes et militaires. La principale dignité était celle de grand-maître; au-dessous de lui étaient les précepteurs , et par la suite les prieurs; ensuite les visiteurs , puis enhn les commandeurs.

La réception d’un chevalier avait lieu de la manière suivante: Le chapitre s’assemblait dans l'église et ordinairement pendant la nuit ; le récipiendaire attendait au dehors. Le chef qui présidait le chapitre envoyait à trois diÛércnles

586 ÉCLAmCISSEMETIS.

reprises deux frères, qui demandaient au néophite s'il voulait être admis dans la milice du Temple. Cet interrogatoire était trois fois répété ; alors le récipiendaire devait demander trois fois le pain et l’eau, ensuite on l’introduisait. Le chef du cha[titre lui adressant la parole , lui disait ; « Les règles de l’ordre sont sévères ; vous vous exposez à de grandes peines , à d’imminens ^ahgers j quand vous voudrez dormir il faudra que vous veilliez ; il faudra supporter les fatigues quand vous voudrez vous reposer , souffrir la soif et la faim quand vous voudrez boire et manger , passer dans un pays quand vous voudrez rester 'dans un autre ; » ensuite il lui faisait ces questions : « Youlezvous être chevalier? Êtes-vous sjiin de corps? N’êtesvous point marié ou fiancé ? N’appartenez-vous pas déjà à un autre ordre? N’avez -vous pas de dettes que vous ne puissiez acquitter par vous ou par vos amis? » A chacune de ces questions, le récipiendaire devait répondre d’une manière satisfaisante ; alors il prononçait ses vœux : pautrele, chasteté, obéissance , et se consacrait à la défense de la Terre-Sainte. On trouve, dans les privilèges de l’ordre de Citeaux , la formule du serment des chevaliers du Temple ; lu voici : « Je jure de consacrer mes discours , » mes forces et ma vie à défendre la croyance de l’unité » de Dieu et des mystères de la foi : je promets d’être sou- » mis et obéissant au grand-inaitre de l’ordre; quand les » Sarrasins envahiront les terres des chrétiens , je passe- » rai les mers pour délivrer mes frères ; je donnerai se- » cours de mon bras à l’Église et aux rois contre les B princes infidèles ; tant que mes ennemis ne seront que » trois contre moi , je les combattrai , et jamais ne pren- » drai la fuite ; seul je les combattrai , si ce sont les méa créans. »

Les pratiques qne devaient accomplir les clmvaliers con-

ÉCLAIftClSSEMEjN'S. 587

siitaient à commimiér trois fois l’an ; trois fois la semaine ils entendaient la messe et {.oavaient manger de' la viande; les pauvres recevaient aussi trois fois par semaine l’aumône dans les églises; ceux qui manquaient à leur devoir étaient flagellés trois fois ‘en plein chapitre ( U parait que le nombre trois était mystérieux dans le sein de l’ordie ). • .

La première obligation du Templier était de combattre les infidèles, et ce devoir était si impérieux que celui-là qui y manquait était banni à jamais de l’ordre. Lorsqu’ils . marchaient à l’armée , ils se réunissaient sous leur étendard appelé Bauceant, sur lequel était cette légende d’humilité : Nonnohisy Domine^ non nohis, sed nominituo dàgloriam. Les Templiers ne pouvaient marcher aux combats sans avoir assisté à la célébration des saints mystères , et le plus souvent ils y participaient en recevant le pain des anges.

Saint Bernard nous a laissé 'un. éloge remarquable de l’ordre des Templiers ; *« Ils vivent , disait le saint prédi- » cateur de la croisade, sans avoir rien en propre, pas » même leur volonté ; vêtus Empilement et couverts de U poussière , ils ont le visage brûlé des ardeurs du soleil,

» un regard fier et sévère ; à l’approche du combat ils s’ar>

» ment de foi au dedans et de fer au dehors; leurs armes » sont leur unique parure; ils s’en servent avec courage ■» dans les périls, sans craindre le nombre ni la force des » infidèles; toute leur confiance est dans le Dieu des ar- » mées, et en combattant pour sa cause, ils cherchent M une victoire certaine ou une mort sainte et honorable.

» O l’heureux genre de vie, dans lequel on peut’attendre » la mort sans crainte , la désirer même, et la recevoir » avec fermeté ! » '

Tel était, dans les premiers temps, la grande réputa-

588 ÉCLAIRÇISSEMOS.

tion de l’ûrdre , que même lé poète satirique Guiot , qui

ne méi\a^eait aucun des ordres religieux, disait d’eux ;

Molt «ont prodomme U Templiers j

Li se rendent li clieyaliers

Qui ont ce siicle esavoré

Et ont tôt veu et tôt tasU. ,

« Les Templiers sont des hommes très vailians : c’est là U oà se retirent les chevaliers qui sont fatigués du monde , '» qui ont tout vu et goâté de tout. i>

Cependant, déjà dans le treizième siècle diverses accusations pesaient sur eux j on leur reprochait d’abord leurs grands désordres, leurs guerres civiles avec les chevaliers de St. -Jean ; et le concile de Salzbourg , tenu en 1 292 , ne vit d’autre moyen que de tenter de les réunir en un seul ordre ; il .existe encore un ^curieux mémoire dans lequel ce projet de réunir les deux ordres est présenté comme impossible par le grand-maître du Temple, au pape :,«Et en effet, dit le grand-maître, n’est-il'pas à » craindre que les chevaliers ne se disent les uns les autres : » Nous valions mieux qi^Vous avant d’être réunis à vous; » nous faisions plus de biens. »

D’autres accusations s’accumulèrent contre les Templiers : leurs richesses et leur vœu de pauvreté faisaient un' tel contraste, que les poètes du temps, les historiens, s’élevèrent plusieurs fois contre eux. On lit dans une chronique maniiscrite à la suite du roman de Fauvcl, ces vers contre les Templiers :

là frères, li mestre du Temple Qu’ettoient rempli et ample ' v D’or et d’argent et de richesse ,

Et qui menoient telle noblesse ,

, Où sont-ils ? que sont devenus

Que tant ont de plait maintenu.

ÉCtAIRCT^EME\S. 589

Que nul a olz o9 s'osoit prendre ,

^ Toijora acbetoient aans vendre;

Nul riche a olz n’étoit de prise ;

Tant va pot à eau qu'il se brise.

« Les frères du Temple et le grand-maître , que sont-ils U devenus ? Où sont-ils ? Ils étaient cependant bien riches ,

» biens puissans : personne n’osait s’en prendre à eux -, ils » achetaient touj^ours sans jamais vendre; Hui riche ne » pouvait leur être comparé ; mais tant Va la cruche i » l’eau qu’à la fin elle se brise. » * •

' Mathieu Pâris s’est aussi élevé avec sévérité dbntre les ordres militaires du Temple et de St.-Jepn , et leur iiiiicense fichesse. Les chevaliers de St.-Jean pondaient en Occident neuf mille manoirs , et les Hospitaliers dixneuf mille ; et chacun de ces manoirs pouvait , sans s’appauvrir , fournir un chevalier pour la Terre-Sainte. ' * <

Le pape les avait accusés une seule fois d’héiésie; cependant les grandes accusations ne se sont élevées. contre eux qu’à l’inctant de leur célèbre prgcès , et Philippe-le+ Bel lui-méme , dans une ordonnance peu antérieure à leur condamnation , en avait rendu un témoignage Ihvorable.

« Les, œuvres de piété et de miséricorde , la libéralité » magnifique qu’exerce dans le monde entier le saint U ordre du Temple , divinement institué depuis longues » années , son courage qui mérite d’être eveillé en faveur » de la Terre-Sainte, nous engagentà répandrenotre libé- » ralité sur l’ordre et ses chevaliers en quelque lieu.de » notie royaume qu’ils se trouvent , et à donnw de^ » marques d’une faveur spéciale à l’ordre et aux che- » valiers , pour lesquels nous avons une sincère prédilec- » tion. »

Tout le monde connaît la 'fin ‘malheureuse de l’ordre des Templiers, dont M. Baynouard a rendu l’histoire po-

5go ECIAIRUSSEMEMS.

pulaire. Une discussion s’est élevée dans l'Europe savante , et principalement en France et en Allemagne. M. Deliamer, dans les mines de l’Orient, tom, 6, a voulu justifier la condamnation des Templiers, en les accusant de gnoticisme; son niéuroire ne prouve point ce qu’il veut prouver. M. Raynouard a répondu à son adversaire dans le Journal des Suf ans , de l’année i8ig; nous reviendrons sur ce sujet dans un autre Éclaircissement , où nous examinerons avqc impartialité les raisons données pour ou contre par les sevans de la France et de l’Allemagne.

§. IV. Ordre teutonique. — L’ordre teutonique doit son origine à la croisade de Frédéric Barberousse. Les chroniques , d’accord avec les écrivains de l’Allemagne , rapportent qu’un grand nombre de seigneurs particuliers et gentilshommes allqpiands, Ifô uns par un sentiment de piété , les autres [lar un désir de gloire , suivirent l’empereur dans cette malheureuse expédition. Après la mort de Frédéric, le patriarche de Jérusalem proposa d’étahlir un ordre de chevalerie , afin de perpétuer les services que la noblesse allemande avait rendus dans la Palestine : en effet, l’ordre fut institué sous- le nom de St. -George, parce que tous les nobles allemands servaient ù cheval. Depuis , ils trouvèrent convenable de mettre l’institution nouvelle sous la protection de la sainte Vierge, sous l'invocation de laquelle un hôpital , destiné aux pèlerins allemands, avait déjà été fondé. Leurs statuts furent dressés sur les memes bases que ceux des Templiers et de Malte, c’est-à-dire qu’ils se consacrèrent au service du pauvre et à la défense de la Terre-Sainte ; ces statuts portaient « que les chevaliers qui seraient admis dans l’ordre , devraient être de race noblej que l’ordre, sous l’invocation de la vierge Marie , ferait vœu de défendre en général l’Église chrétienne ; qu’ils protégeraient les veuves , les

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ÉCLA.1HCLSSEMEKS. • Sgi orphelins et les pauvres affliges, et qu’en général ils serviraient et protégeraient tous ceux qui seraient aptesà être reçus dans l’hospice, u Les pèlerins établirent le chef-lieu de l’ordre dans cette maison pieuse de Marie , qui avait donné son nom à l’ordre. Une fois ces statuts adoptés par •

l’ordre , il fallut les faire approuver par le souverain pontife et l’empereur. C’est pourquoi les chevaliers dépêchèient auprès d’eux l’archevêque de Brême et révê<jue de Paderborn. L’empereur applaudit beaucoup à ce noble projet J et, devenant le protecteur de l’ordre, le pape, dans une bulle du aa février 1 191 , en confirma les statuts, et y ajouta «que les chevaliers seraient vêtus d’un habit blanc, sur lequel on coudrait une croix noire de la forme de celle de St.-Jean et des Templiers; cette même croix devait aussi être brodée sur leur bannière de guerre, sur leurs armoiries dont le fond était blanc ; ils devaient vivre conformément à la règle de saint Augustin, posséder en toute propriété l’hospice de Sainte-iMarie , destiné aux * Allemands , et des indulgences furent accordées à ceux ^ui le secouraient ou lui accordaient quelqùe don. » Le duc Frédéric de Souabe reçut le premier chevalier àu nom de l’empereur; Henri de Walpot exerça provisoirement les fonctions de grand-maître. La même année ils reçurent du pape et de l’èmpercur le droit de posséder, à titre de souveraineté , toutes les propriétés , les provinces même , que l’ordre pourrait acquérir sur les infidèles. En mêftc temps, Philippe, roi de France, accorda au grand-maître l’honneur de porter des fleurs de lys aux quatre extrémités ,

de la croix teutonique.

Othon de Kerpa et Herman Barth se succédèrent dans la grande-maîtrise. L’ordre avait d’abord été établi à Jérusalem ; lorsqu’il eut reçu quelque accroissement, il vint à Ptolémaïs. En reconnaissance d’un grand service rendu

DigitiZK) f «'lOgU

Sgi iJCLA-mCISSEMENS.

à Jean , fils de Henri, roi de Jérnsal^ , ce prince 'permit aux cheyaliers de pbrter sur leur habit blanc un» croix potencée d'or , qui était les ^ propres armes du royaume de Jérusalem.

Plus tard , les chevaliers de l’ordre teutonique reçurent, avec la permission du pape , le don des provinces de Culm et de Livonie, et tout ce qu’ils pourraient acquérir dans la Prusse , alors possédée parades barbares livrés à toutes les superstitions du paganisme. La conquête d’une grande partie de la Prusse fut le prix des exploits des chevalfers teutoniques; ils y fondèrent quatre évêchés , à Colnitz, Rosembourg , Seinland et Heilsberg j ils en fondèrent encore cinq en Livonie et en Courlande, et firent bâtir des villes et des châteaux. Le* chevaliers teutoniques furent virités , 4 Acre par saint Lemi» , qui étendit à tout l’ordre la fateur que Philippe-Auguste avait accordée àu grand-maître ' seul, -de porter quatre fleurs de lys d’or dans le fond de ses arm«.

C’est à l’ordre teutonique qu’est due la fondation de Kœnigsberg (bonrg du roi) , qu’ils bâtirent en l’honneur •du roi de France et en souvenir de ses bienfaits.

Les guerres continuelles des chevaliers teutoniques contre les païens n’entrent point dans le plan que nous avons adopté ; nous nous bornerons à dire*que la grandemaîtrise de l’ordre n’a jamais été accordée- pendant ces teflips qu’aux plus hauts seigneurs territoriaux de l’Alie- , magne.

La réception des chevaliers était faite à-pemprès dans les mêmes formes quelles autres ordres de chevalerie. Pour être reçu chevalier, il fallait faire preuve de seize quartiers de noblesse , tant du côté paternel que du côté materneL Depuis da réforma^ion , il n’était ps nécessaire d’être 'Catholique; les protestans pouvaient posséder les

ÉCLAIIICISSEMENS. 5y3

commandcries situées dan? la Saxe, dans la Tliurin^c et dans la liesse; cependant il ji’y a jamais eu que tiès [>eu «le chevaliers qui n’appartinssent pas ;\ la coniinunion romaine, et quand ou en admettait quelques-uns, l'ordre leurcon- £ait avec peine les commanderieset autres bénéfices , dans la crainte que ces chevaliers ne tissent passer, en sécularisant les bénéfices, les biens de l’ordre aux princes protestans.

Lorsque les justifications légales avaient eu lieu , le récipiendaire devait être présenté par le grand-maître en diapitrc^énérai ; là , les commissaires nommés déclaraient qu’une ‘enquête avait été faite , et qu’il en était résulté une conqilète justification en faveur du chevalier ; celui-ci devait faire les vœux de chasteté, de pauvreté, et d’aller à la guerre contre les infidèles qu^^l serait nécessaire; après ce serment , legrand-maîtréVcn'lui donnant le manteau blanc et la eroix noire , lui disait : Nous vous promettons de vous donner, tard tjue vous vivrez, du pain, de l'eauetunluihit. c

L’ordre teutonique se divisait en douze provinces, savoir : celles d’Alsace , de Bourgogne , d’Autriche , de Coblcntz , d’Arch , qui se nommaient provinces de la juridic-' tion de l’russc ;la Franconie, liesse, Biessen , Westphalie , Lorraine, Thuringe , Saxe, Utrecht , qui prenaient le nom de provinces de la juridiction d’Allemagne ; toutes ces provinces étaient divisées en commandcrics ; le plus ancien des commandeurs prenait le titre de commandeur provincial , soumis au grand-maître de l’Allemagne , et obligé de lui rendre foi et hommage ; ces douze commandeurs provinciaux formaient le chapitre admis lui-même dans la diète générale de l’empire ; le grand-maître avait sa résideneq^ Mariendal , en Franconie.

L’ordre teutonique portait d’argent à une croix pattJe de solde , chargée d’une croix potencee d’or et en coeur , TOM. II. 38

Digiîizieti Ly - .1 ” *^Ic

5ç,4 ÉCLrVIRCISSEMENS.

sur le tout Vaigle impérial de" sable ; l’ordre a négligé de porter ces quatre fleurs de ly^ d’or dont le roi St. Louis l’avait honoré ; il est à croire que dans quelques-unes des guerres entre l’Allemagne et la France, où les chevaliers teutoniques prirent les armes , ils ont supprimé ces marques d’honneur et d’alliance.

Dans le dernier volume de cette histoire, nous consacrerons un autre Éclaircissement à la chevalerie en général , considérée comme institution politique.

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