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Lettre sur F état des Juifs pendant les Croisades, Monsieur, ^
La situation des PjjPpendant le moyen âge est un des phénomènes historiques les plus extraordinaires ; une nation tour-à-tour protégée et persécutée, soumise tout- à lafois aux fureurs de la .multitude, à la sévère rigueur des lois de l’Église, aux besoins industrieux des souverains : tel est le spectacle que nous présentent les juifs pendant plus de dix siècles. Au temps des croisades, la législation prit une teinte plus sombre, les persécutions se multiplièrent; et comme les guerres saintes influèrent singulièrement sur la situation politique et religieuse des Israélites, j’ai pensé qu’un tableau résumé de l’état des juifs en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en Italie pendant ce période , ne serait pas tout-à-fait inutile dans la grande histoire que vous avez entreprise.
g. 1*'. — Situation des Juifs en France. Les juifs pénétrèrent dans les Gaules vers le 3". siècle; ils se répandirent bientôt dans toutes les provinc|^ , et principalement vers le Midi; qp les trouve déjà à Arles et à bordeaux sous l’épiscopat de saint Hilaire; les chroniques.
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œntempoMÎnes les accusent d’avoir tenté de livrer Arles aux Francs et aux Bourguignons ; un monument co;isacré aux iJieux Mânes constate que dans le 4'- si»'*cle un j:réfet de l’empire avait été égorgé par des sicaires et des juifs; leur situation politique était alors peu brillai:fc. Les lois des peuples barbares leur interdisent la faculté d’avoir des esclaves, et punissent de mort la moindre irrévérence d'un juif envers un prêtre de Jésus-Cbrist ; les conciles recommandent aux Gdèles de fuir leur intimité, de ne point assister à leurs fêtes religieuses, de ne jamais manger ou danser avec eux ; cejiendant le besoin qu'on avait des juifs ne pennettait pas toujours la rigoureuse exécution de ces lois ecclésiastiques ; seuls ils faisaient aloi's le commerce de la Syrie, et rapportaient en Europe les étoffes précieuses, ornement des autels; les rois avaient ordinairement auprès d’eux un négociant juif qui voyageait cb’aque année dans les contrées de l’Asie pour acheter les objets nécessaires au luxe de' la cour et à Téclat de la couronne. Le premier bannissement des juifs date du règne de Dagobert. Suivant les chroniques contemporaines, l’empereur Héraclius en fit la demande formelle au roi des Francs ; il était effrayé d’une prédiction qui annonçait que l’em- *pire serait envahi par une race de circoncis ; au lieu de jeter lesyeuxsur les Sarrasins, alors encore tout pleins de l’enthousiasme du Pioplièle, Héraclius s’imagina que les juifs malheureux ef dispersés étaient cette race conquérante ; il en sollicita la proscription ; l’exil ne fut pas d’une longue durée. Sous Pépin, les juifs revinrent en France ; son fils jeta les yeux sur eux pour réveiller le commerce anéanti. Le juif Isaac fut un des envoyés du monarque auprès du <àlife Aaroun Raschild ; les autres ambassadeurs étant morts en route , Isaac demeura seul chargé du poids de cette importante mission ; il revint en France, et
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étonna la cour par les riches présens iju’envoyait Aaroun à son ami le chef «le la nation du Messie. Sous Louis-le- Déhonnaire, les juifs fuient protégés outre-mesure 5 il existe des plaintes curieiises d’Agohard , évêque de Lyon j il déplore ces temps d’une nouueUe persécution. Les juifs avaient un accès plus facile auprès du trône que les pretres de Jésus-Christ ; l’épouse du monarque , ses sœurs , fameuses par leurs déliauches, les protégeaient; ils insultaient aux mystères de la religion et aux croyances de la multitude ; ils enseignaient les plus odieux blasphèmes ; Louis n’écoufa pas ces plaintes. Sous Charles-le-Chauve , les Israélites furent accusés d’avoir empoisonné le monarque et d’avoir livré Bordeaux aux Jforniands. Les désordres de la seconde race favorisèrent les persécutions; la féodalité s’était alors établie avec tous ses abus; des coutumes hizanes flétrirent les Hébreux. A Toulouse, chaque année, le jour de Pâques, les juifs étaient soumis à recevoir un soufflet en commémoration du même outrage que reçut Jésus-Christ. A'Déziers, l'évêque, dans une prédication véhémente, exhortait les fidèles ù courir sur les juifs pendant les cérémonies de la semaine sainte , et de les poursuivre à coups de pierre. Au Puy , toutes les fois qu'il s’élevait un débat entre deux israelites, c’ét.aient les* enfans de chœur de la cathédrale qui le décidaient, « afin , disent les vieilles chroniques, afin que la grande innocence des juges corrige la grande m Jice des plaideurs. « Dans la Provence, dans la Bourgogne, on Ipur interdisait l’entrée des bains publics, excepté cependant le vendredi , jour de Vénus, et pendant lequel les bains étaient ouverts aux baladins et aux prostituées. Au milieu de ces vexations, les juifs n’en exerçaient pas moins leur commerce ; leurs usures étaient fixées à trois deniers par livre chaque semaine ; ils avaient amoncelé les épiceries; ce qu’il y a
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tle curieux , c'est que j>ar nue Charte , l’évA[ue J’Aix concède des privilèges assez considérables aux juifs, moyennant qu’ils lui promettent de lui donnefthaque année quelques livres de poivre, Je canelle et d’autres épiceries.
Lorsque les croisades furent prêcliées , telle était la condition des juifs ; la haine publique les poursuivait déjà. Au coinnicucenient du 1 1*. siècle, 'on les avait accusés’ d’avoir des rapports^réquens avec les Sarrasins ; Glabert , cité dans votre Bibliothèque des Croisades, rapporte qu’on les poursuivit en Europe, parce qu’on les accusait d'avoir prévenu le prince des Sarrasins d’une expédition qui se préparait dans l’Occident. Les massacres des juifs commencèrent lors de l’expédition de Guillaume d’Aquitaine contre les Maures : les chevaliers et les barons égorgèrent tous les juifs qu’ils rencontrèrent sur leur piassage. Le Pape calma ce désordre; il chercha à leur per^der qu’il existait une bien grande différence entre les Sarrasins prêts à envahir la chrétienté et les juifs réduits à un état de paisible servitude. A Rouen , de nouveaux massacres souillèrent la cause de la croix lors ile la prédication de Pierre l’Ermite; on raconte^u’au iiiilien des cadavres, le comte d’Eu sauva un OTanf juif, qui devint ensuite le plug pieux des cénobites. David Gary, historien juif, dit qu’alors les chrétiens partant • pour la Palestine s’excilSlent les uns les autres, 'disant : ' M Venez , exterminons-les , c^n qu’on ne se souvienne plus du nom d’Israël. » Les massacres difrèrent depuis le mois d’avril jusqu’au mois dé juillet; l’Allemagne surtout en fut le théâtre. On vit le même spèclacle lors dje la prédication de saint Bernard : les juifs étaient alors dans la joie , car ils croyaient que le Messie venait de naître. Les croisés respectèrent les juifs de la France; ce ne fut qu’aux ’ bords du Rhin que commencèrent les massacres. On en
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verra les details dans la partie de celle lettre destinée ai« > juifs d’Allemagne. En France, les rois continuèrent à les tourmenter et à les [■•otéger tour-à-tour. Philippe-Auguste, prêt à partir pour l.a croisade , fit arrêter les juifs dans toutes les s>Tiagogues , les fit dépouiller et garder dans une étroite prison-, il c.xigea d’eux i5,ooo marcs d’argent, qu’il destina à son pèlerinage j ce qui fait dire à un contemporain que le roi leur déroba leur%r comme ils avaient autrefois eux-mêmes dérobé les vases aux Égyptiens. Saint ^
Louis chassa les juifs , puis les rappela , puis les chassa encore ; il lerir défendit l’usure; etafin d’empêcher qu’ils ne fissent des prosélytes , il recommanda que nul, s’il n’est grand clerc ou théologien parfait , ne doit disputer aux juifs ; mais doit l'homme lai , lorsqu’il entend mesdire de' la foi, re'pondre à bonne espee tranchant. Les rabins (ont beaucoup de contes ridicules-sur saint Louis; ils disent, entr’autres choses, que saint Louis voulant posséder à^ut prix un chef-d’œuvre d’alchimie produit par la science d’un juif, il se déguisa , cherchant pendant la nuit à s’introduire dans lu maison du rabin; mais il tomba dans une marre d’eau que l’alchimiste avait disposée tout exprès pour arrè^^es curieux.
Lacroisade des enfans et des pastouraux, pendant la captivité de saint Louis, fut encore marquée par le massacre des juifs; mais dejmis celle époque l’histoire des . israélites n’offre plus d’intérêt par rajiport aux croisades.
Il suffit de dire que , presque toujours accusés des grandes calamités qui aflligeaient la société , ^s furent souvent punis do la haine qu'ils inspiraient. Sous Charles YI , ils furent bannis définitivement du royaume : l’ordonnance qui les expulse du territoire explique et justifie les griefs du peuple contr’eux.
ÿ. II. — Etat des Juifs en Jlllemagne. Ce fut
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#nu$si vers le quatrième siècle que les juifs s’établirent en Allemagne. Un édit de Constantin adressé aux decurions de Cologne, atteste qu’ils étaient déjà en grand nombre dans cette cité j des pierres funéraires , gravées en caractères jiébraïques, viennent à l’appui de ce témoignage; mais l’Allemagne, incorporée à l’empire des trancs, n eut une histoire particulière qu’après la dissolution de la monarchie de Chailemasne et à l’avènement de Courad. Les annales de cette époque ^atlestei^ que les juifs, considérés comme objets mobiliers , faisaient partie des droits régaliens , et qu’ils dépendaient immédiatement de la cour d15 prince; souvent, cependant, les empereurs les aliénaient , par un motif de piété ou de bienveillance , en laveur des abbayes ou des grands du royaume. Plus tard , les ju^kdevinrent la propriété des feudataires; leur com-. mercc^e concentrait dans les foires et da^ le prêt uS(Uraire; ils étaient méprisés par les grands et par la multitude.
Lorsque la prédication delà croisade retentit en Alle- . magne , la situation des juifs était dure, mais tranquille; les jiélei ins du comte Émicon de Folkmar , de Godeskalk , les massacrèrent partout sur leur passage. A Cologne , ils •réduisirent la synagogue en cendre ; trois cents Israélites , qui s’étaient sauvés de la cité à la faveur des ténèbres , rencontrés par les pèlerins, furent massacrés sans pitié et périrent par le glaive. A Mayence , les juifs sollicitèrent un asile de la piété de l’évêque et l’obtinrent dans le palais épiscopal ; les croisés ne respectèrent même pas cet asile consacré par la piété : les juifs furent égorgés jusqu’.-ltix pieds de l’évcquc. Ces mêmes scènes se répétèrent dans la Franconie et la Bavière. A Trêves, les juifs ayant vainement sollicité la protection de l’évêque, qui voulut les contraindre à cmbfasscr la foi de J.-C. , s’armèrent de couteaux et Icijdongcrcnt dans le ccrui de leurs ciifan»
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(Usant qu’ils aimaient mieux les envoyer dans leseind’A-# braliam que de les livrer à la merci des clirétiens. I>es femmes se prc^cipitèrent dans le fleuve. Les liistoriens juifs t>nt peu p!irl(i de ces premiers massacres , parce que , suivant l’expression du rabin Beh-Josué , l’ odeur 4e ces souffrances serait trop maut'oise. L’empereur vit avec peine les d(3sordres qui avaient aœompagné le passage des |>élerins ; l’arclievêque de Mayence et son neveu furent obligeas (le fuir , parce^qu’on les accusa d’avoir profité des dépouilles des juifs.
Cependant la seconde croisade eut encore les mêmes résultats ; la prédication du moine Rodolphe exeSa prtout la disc(ïrde et la confusion. Il existe à ce sujet un document précieux , c’est celui d’un contempor ain , juif de nation, qui voulut transmettre à la postérité le sour^^ des. douleurs d’Israël^.e prêtre Joseph était âgé de^H ans lorsque la croisade de 1 1 46 fut publiée; il assista, encore enfant , aux scènes douloureuses qu’il a décrites. Laissons-le parler lui-même : (( Lorsque Edesse eut été prise , ; % » et que les chrétiens eurent appris les victoires des Turcs » dans le pays de Juda et de la Syrie, le pape Eugène » env<^a des prêtres à tous les rois , à tous les peiqiles , *
» et leur fit dire : Les enfans rentrent dans le sein de leur » mère, et vous nen êtes point émus ? Alors le moine Ber- » nard alla de pays en pays, de côntrée en contrée, et * » prêcha sur la misère et la servitude où se trouvaient » plongés les incirconcis dans la terre de Canaam. Ce fut » alors que l&’deuil se mit dans la maison de Jacob ; ses >» genoux fléchirent , la pâleur se manifesta sur son visite ;
» le prêtre Rodolphe vint en Allemagne pour marquer » d’un fil rouge en signe de croix ceux qui voulaient le » suivre en Palestine ; il conçut»de médians projets » contre les juifs , et sc dit à lui-mên^e : e'est le moment
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» d'agir et de parler contre ce peuple plem d'espérance. » Ce probe parcourut donc* tous les pays, et partout il U séduisit les chiens ( les chrétiens ) , en leur disant: » engez votre Dieu de ses ennems. Quand les juifs ap- >» prirent cette triste nouvelle, le cœur leur manqua; ils
• » 'furent saisis d’angoisses, comme une femme en mal » d’enfant ; ils élevèrent la voix vers Dieu , et s’écrièrent : )• O Seigneur ! tu veux donc nous répudier pour tou- » jours J r affliction doit-elle venir coup sur coup nous » affliger sans relâche ! « Le Seigneur entendit ces gé-
^ » misseniens, car il envoya sur le^ traces de ce Uélial » l’abbé Bernard , qui parla ainsi aux pèlerins : Marchez » vers Sion; mais n’adressez que des paroles bienveil- » lautes , car ils sont les os et les yeux du Messie. Il est » dit dans les Ecritures : Ne les égorgez pas , de peur que » mon peuple ne l’oublie. Les jxdcrins apaisèrent donc » leurs emportemens , et le Seigneur conserva encore une » fois la vie à son peuple. Louange à celui qui nous
^1» sauve et nous déKvre ! » Ce témoignage éclatant en faveur de saint Bernard est un bel éloge de sa conduite. Pierre le Vénérable professait la même indulgence que l’abbé de Clairvaux , mais il voulait qu’on s’emparât de l’argent des juifs ; cet argent était le produit d’usures excessives et de gains illicites : on ne pouvait'donc mieux l’em-
• ployer qu’à la guerre sainte.
Après la deuxième croisade , l’état des juifs en Allemagne se lia essentiellement au gouvernement féodal ; ils s’élevèrent à une condition au-dessus du besoin. Après la publication de la bulle d’or , les électeurs acquirent le droit déposséder, même sans l’assentiment de l’empereur, des Israélites, quelle que fût leur condition ; ils ne furent plus alors un droit régalien : les empereurs ne purent plus les expulser que de leurs états héréditaires.
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111. — Situation des Juifs en Angleterre. Quelf|ues colonies juives, détachées de la Gaule, allèrent s’établir en Angleterre vers le milieu du quatrième siècle j les lois des rois saxons , les conciles de la Grande- Ilretagnc le constatent sulTisammetit, Après la conquête des Normands , la condition des juifs dans la Grande- Bretagne fut la même qu’elle avait toujours été , là où s’établit le gouvernement féodal. On rapporte un fait curieux de Guillaume-le-Roux , prince qui se distingua par tant d’impiétés. Un jeune juif s’était converti à la foi j ce prince reçut de l’aiÇent de la-synagogue , et s’engagea envers elle de ramener au culte de Moïse le néophite chrétien. Une autre fois il assista à une conférence entre un rabin et un prêtre de J.-C. , et se moqua, dans son indififérence , des argumens de l’un et de l’autre disputans. Depuis le règne de ce prince , les juifs jouirent à Londres et dans les principales cités d’Angleterre du droit de communauté et de corpoi^ation . Au couronnement de Richard , on avait défendu aux juifs de pénétrer au milieu de l’église, dans la crainte qu'ils ne jetassent quelque sort sur le prince 5 mais ils parvinrent à s’y introduire. On les reconnut à leurs ceintures de cuir, à leurs yeux, à leur barbe sale; aussitôt le peuple les poursuit dans les rues, et le sang coule par torrent. Lors du départ pour la croisade et malgré que le. prince eût désapprouvé le soulèvement de scs sujets contre les juifs , les mêmes massacres se réjiétèrcnt à Londres , A'orck , Norvich. Le i y des calendes d’avril les juifs furent assiégés dans le château d’Yorck , que riiumanilé du châtelain leur avait ouvert comme un asile inviolable; lorsqu’ils se virent réduits à la dernière extrémité , ils se tuèrent les uns les autres : un seul rabin frappa plus de quatre cents juifs de son glaive. Lors<jue Richard tomba dans les mains du duc d'Aulritho , la reine
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Éléonore ayant établi une contribution pour la rançon »le son fils, les coniniunautés des juifs en payèrent le tiers; Richard leur en sut grc lors de son retour. Ses successeurs jicrsécutcrcnt les juifs pr avarice. Tout le monde connaît les supplices nouveaux inventés par l’avidité des Henri. Dans la suite, les juifs furent .accusés d’avoir empoisonné les fontaines. Une autre accusation non moins grave pesa sur eux. Mathieu Pâris rapporte qu’un des plus vénérables entre les Israélites, ayant appris l’invasion des Tartares , s’adressant à ses frères , leur dit : « O enfans d’Abra- » hain! vigne de Saboth ! nos frères enfermés dans les » monts Caspiens ( ceci vient de l’opinion qu’une colonie » juive s’était établie dans cette partie de 1 Asie), vien- » nent de sortir de leur demeure ; marchons au-dev.'tnt » d’eux et portons -leur des présens. » Les juifs applaudirent et firent emplir secrètement plusieurs tonneaux d’armes, de blé, et, sous prétexte de les destiner au commerce, ils les firent sortir du pays. Lorsque ces tonneaux furent arrivés en Allemagne, les faux^narchands ayant refusé de payer un droit de péage , on défonça un des tonneaux et on en reconnut bientôt la destination : les juifs convaincus furent punis. Si ce fait est faux , il prouve au moins l’état des opinions. En i2C)i ils furent définitivement expulsés d’Angleterre , où ils ne rentrèrent que sous Cromwel .
IV. — État des Jnijs en Espagne et en Italie. L’état des juifs, dans ces deux contrées, se liant moins encore à l’histoire des croisades , nous nous bornerons aux sommités du sujet. Trois gouvernemens se succédèrent en Espagne : les Visigolhs, les Sarrasins et les rois cjjréticns de,Castille et d’Aragon. Sous les Visigolhs , les juifs furent cruellement persécutés; les lois de ce peuple barbare frapjièrent de mort Tisraélile presque pour tous les cas; le
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code de l’Inquisition s’y trouve tout entier. Les Arabes furent tolérans parce qu’ils étaient éclairés ; sous leur gouvernement , la prospérité des juifs s’accrut sans cesse ; l’ère brillante de la littérature hébraïque commence au huitième siècle et finit au quinzième. Le gouvernement militaire et mobile des rois chrétiens de Castille ne suivit à l’égard des juifs aucun système j on rançonna les juifs, mais ils vécurent presque toujours en paix sous la protection achetée des princes.
En Italie, les juifs se répandirent sur toutes les côtes maritimes. La législation des papes à leur égard fut tolé-. . rante ; celle des républiques et de Naples , juste et équitable. L’Italie dut aux juifs quelques utiles inventions; ils inventèrent, dit-on, la lettre-de-change , ce moyen facile de transporter les richesses mobilières d’un bout du monde à l’autre. Enfin , tandis qu’ils étaient expulsés de toutes les contrées de la terre , ils demeurèrent paisibles dans les états du pape, sur toutes les côtes de la Méditerranée, sans jamais éprouver de graves persécutions.
• Telle a été , Monsieur , la condition des juifs au moyen âge; cette lettre n’est que le succinct abrégé deT’ouvrage que je publie sur la matière , et que l’Institut a accueilli de son suffrage. Capefigue.
ANALYSE DES CARTES ET DES PLANS QUI SE TROUVANT DANS CE VOLUiME.