‹ Histoire des croisades (volume 4)Chapitre 3 sur 34 · avant J.-G · texte numérisé non relu

avant J.-G

4®. — 44 avant J.-G. , - . < ' .

5e. — 53i de J.-G. ' • ■ .

'6®. — 1 106 de J.-G.

7e. — 1680 de f. -G. ^ •

Voyez Dissertation de Freret, toln. X, pag. 367 , de l’Académie des Inscriptions ; art. Comète , dans X Encyclopédie ^ et M. Delambre , histoire de l'Astronomie, tom. i.

L’aspccl du tombeau de Jésus-Christ ne put maintenir l’union entre le prélat que l’église de la cité saûite reconnaissait pour son chef, et le prince qui gouvernait le royaume de Jérusalem. Quelque temps après la prise de Césaréc, le roi Baudouin n’ayant pas de quoi payer la solde des troupes, s’était adressé au patriarche Daimbcrt, dépositaire des aumônes des fidèles. Daimbert refusa d’abord, de venir au secours du roi ; Baudouin résolut pour l’y contraindre, d’employer la force et la violence. « Oui, dit-il au patriarche dans le transport de sa » colère, j’enlèverai les trésors des églises et du » saint-sépulcre ; j’ai promis de sauver Jérusalem » et le peuple chrétien^ quand j’aurai accompli ma » promesse, je rétablirai la gloire et la richesse du » Dieu tout-puissant. » Dairnbert intimidé par les menaces de Beaudouin, consentit à abandonner une partie de ses trésors j mais à mesure que le roi de Jérusalem éprouvait de nouveaux besoins, il faisait de nouvelles demandes auxquelles le patriarche répondait par un refus injurieux. Il accusait le roi de dépouiller l’église de Jésus-Christ et de profaner le sanctuaire. Le roi accusait à son tour Daimbert de U ahir la cause des chrétiens, et de dissiper, au milieu des plaisirs et dans l’ivresse des festins, les tributs de la piété (i). Baudouin , depuis le commen-

■ (i) Voyez, dans la Biblioth. des (%)isades, tom. i, pag.63,le curieux récit d’Âlbertd’Aix. Baudouin surprit le patriarche au milieu d’un festin. Rien ne peint mieux les mœurs du temps que le dialogue entre le pau iarchc et le roi.

cernent de son règne, poursQivait de sa haine le patriarche, auquel il reprochait d’avoir conspiré contre sa couronne et meme contre sa vie j le scan- • dalefle ces violentes discordes se renouvelait chaque année, sans que la sagesse des évêques et des légats du pape pût jamais les apaiser.

Enfin le patriarche résolut de s’éloigner de Jérusalem, et se retira à Antioche, espérant faire* par- ' tager à Bohémond son chagrin et sa colère.'Mais à cette époque, Bohémond, loin de pouvoir servir la vengeance de Daimbert, n’était pas assez puissant pour venger scs propres querelles. Enfermé dans sa capitale, menacé à-la-fois par les Grecs et par les Sarrasins, n’ayant plus ni trésors ni armée, il ne lui restait plus d’autre espoir que celui d’intéresser à ses malheurs les princes de la chrétienté, et d’appeler l’Occident à sa défense. ,

Après avoir fait répandre le bruit de sa mort’, îl s’embarqua au port Saint-Siméon , et, caché dans un cercueil (i), il traversa la flotte des Grecs qui

(i) Il faut lire la traduction du passage d'Anne ComBènè^ sur les ruses qu’employa Bohémond pour échapper aux Grecs. ( Bibliothèque ules Croisades , tom. ii. ) Il aborda en Italie, parcourut la France ; et suivant le témoignage de Geoffroy, moine de Saiiit-^rtial de Limoges, il déposa à Saint-Léonard des chaînes en argent , signe de sâ Captivité. Les traducteurs de Gibbon sont tombés dans une erreui’ qu’il est important dft relever j le mot.cooA:, en anglais, correspondant le plus souvent à l'expresSion française cuisiniery les tiaducteurs ont supposé que Bohémond fit mettre dans le cercueil un cuisinier nlort, ce qui rendrait

■46 HISTOIRE DES CnOISADES.

oG se réjouissaient .de son trépas, et maudissaient sa mémoire. En arrivant eu Italie, Boliéinond va se jeter aux pieds du souverain pontife; il se plaint des malbeurs qu’il a éprouvés en défendant la rc- * ligion; il invoque surtout la vengeance du ciel contre Alexis qu’il représente comme le plus grand fléau des chrétiens. Le pape l’accueille comme un héros et comme un mai-tyr; il loue ses exploits, écoule ses plaintes, lui donne l’étendard de saint Pierre, et lui permet, au nom de l’Eglise, de lever en Europe une armée pour réparer ses malheurs et venger la cause de Dieu.

Bohémond se rend en France. Ses aventures, ses exploits avaient partout répandu soa nom. Il se présente à la cour de Philippe Ier,,qui le reçoit avec les plus grands honneurs et lui donne sa fille Constance en mariage. Au milieu des fêtes de la cour, tour-cà-lour le plus brillant des chevaliers et le plus ardent des missionnaires, il fait admirer son adresse dans les tournois et prêche la guerre contre les enuemis des clirelicns. Après avoir déposé des chaînes d’argent dans une chapelle dédiée à saint Ix'onard, dont il avait invoqué l’appui dans sa captivité, il se rendit à Poitiers, où, dans une gi’ande assemblée, il embrasa tous les cœurs du feu

plus exlraordinaSrè encore le récit d’Anbe Comnène; màif le texte parle d’un coy mort :*on sait que les Anglais seservent quelquefois de l’expression Aoç dans le sens Ac gallus, ce qui peut servir îi expliquer l’erreur. {Bibliotii. des Croi-, sctdes:, tom. i,.pag.*4t>4. ) '

de la guerre sainte. Tous les chevaliers du Lirrioü- , i jg sin, de l’Auvergne et du Poitou se disputaient Thonneur 'de l’accompagner en O^-ient,* encouragé par / • ces premiers succès , il traverse^ 1m I^énéès et lève des soldats, en Espagne; il reîourneven Italie et trouve partout le même empressement à. le suivre.

Tous les- préparatifs acheVéi,' 3 s’embarqué à Bari et va descendre, sur les terres dé Fempre greç^ menaçant de se venger do ses plûs mortels ennemis, mais, au fond, poussé par. l’ambition bieé plus que par la haine; le prince. d’Antioche ne cessait d’animer, par ses discours, l’ardeur de scs nombreux compagnons': aurions, ih "représènlait les Grecs comme les alliés des lytusulmana et les ennenns de Jésus-Christ ; aux autres, il parlait des . richesses d’Alexis et leur promettait les dépouilles de l’empire. 11 était sur le point de'réaliser ses brillantes espérances, lorsqu’il fut tout-â-.coup abandonné par la fortune,'' qui’ jusque-là n’avait fait pour lui que dé's'prodiges. '' • ^ »

La ville de Durazzo, dont il avait entrepris lé siège , résista long-temps à tous ses efforts ; les maladies ravagèrent son armée; la plupart des guerriers qui l’avaient suivi désertèrent- ses drapeaux; il fut obligé de faire une paix honteuse avec l’eiqpereur qu’il? voulait détrôner, et vint mourir dé ^désespoir dans, la petite principauté de.Tarente, qu’il avait abanddimée.pour là cônqucte de l’Orient (i). '■ '

(i) Anne Comnche, lib'. x, raconlc avec de cu-

La malheureuse' issue de celte croisade, dirigée tout entière contre les Grecs, devint funeste aux ' chrétiens établis en Syrie , et les priva des secours qu’ils devaient attendre de l’Occident. Tancrède, qui gouvernait toujours Antioche , fut attaqué plusieurs fois par les barbares accourus des -bords de l’Euphrate et du Tigre, et ne put^ leur résister qu’avec le secours du roi de Jérusalem (i). Josselin et Baudouin du Bourg, qui avaient été conduits à Bagdad, n’étaient revenus dans leurs états qu’après cinq ans d’une dure captivité. Lorsque Baudouin retourna à Edesse, il ne put payer le petit nombre de soldats qui lui étaient restés fidèles, et pour obtenir des secours de son beau-père, seigneur de Mélitèue, il lui fit accroire qu’il avait engagé sa barbe (;^) pour la solde de ses compagnons d’arm'cs, moyen peu digne d’un chevalier, et que n’excuse point aux yeux dé l’histoire l’extrême détresse du prince réduit à l’employer. Les ressources du gouvernement d’Antioche n’étaient pas moins épuisées que celles du comté d’Edesse. Tant de revers,

rieuxdélails le siège de Durazzo et les exptîditions de Bohëmond. [B^lioth. des Croisades , tom.'ii. )

(i) Kemaleddin etjes autres auteurs arabes sont entrés dans de longs et carieux détails sur ces guerres, qu’on trouvera dans la Diblioth. des Croisades , lom. ii , §.5 et suiv.

(a) La manière singulière dont Baudouin s’y prit pour arracher cette somme à son beau-père, est rapportée dans .Guillauihc de Tyr. ( Biblioth. des Croisades , tom. i , P“S".*49-) Ces traits de moeurs doivent ajouter aux lumières de ceux qui ne se bornent pas à étudier l’histoire dans le récit des grands événemens.

tant (le misères n'avaient pu instruire les chrétiens et leur inspirer le besoin de la concorde. Tancrède et Baudouin du Bourg eurent entre eux de vives contestations ^ ils appelèrent tour-à-tour les Sarrasins â de'fendre leur cause, et tout fut dans la confusion sur les bords de rEupbrate et de l’Oronte. Dans ces^ divisions funestes, c’est Tancrède qui avait montré le plus d’animosité. Le roi de Jérusalem, considéré comme l’arbitre des colonies ebrétieun(?s, lui -écrivit cher Thincrède ^ si vous

persistez' à faire îa guerre aux chrétiens , nous^e vous regarderons plus comme notre frère. Cel te exhortation touchante ne jesta point sans effet; Tancrède et Baudouin, rapprocliés par des sentimens fraternels, se réunirent enfin pour combattre les ennemis des chrétiens, et pour supporter leurs communes misères (i).

Le royaume de Jérusalem se trouvait dans une situation moins déplorable, et le roi Baudouin, profitant de l’arrivée presque continuelle des pèlerins de l’Occident, s’occupait toujours d’agrandir ses états. La prospérité et le sort du royaume fondé parles croisés, semblaient attachés à la (ion’quéte des

(i) Sîl*on en croit Albert d’Aix, Tancrède et Bohèmond avaient déjà' montré peu de zèle pour la délivrance ^de Baudouin, en refusant de rtichàngcr^ontre une princesse turque tombée entre -leurs mains. {Biblioth. des Croisades, tom. I , p. 1 76. ) Voyez aü reste le récit des auteurs arabes. ( Ibid., tom. Il, an 5oa de l’hégire, §. 5. )

5o HISTOIRE DES CROISADES.

O villes maritimes de la Svric et de la Palestine (i); c’est par-là qu’on devait recevoir des secours, et qu’on pouvait établir des communications promptes et faciles avec l’Occident. Les peuples navigateurs de l’Europe se trouvaient intéressés à seconder en cette circonstance les enlrcpriscs du roi de Jérusalem. La navigation de la Méditerranée et le tranS- port des pèlerins dans la Terre-Sainte, étaiemt pour eux une source inépuisable de richesses ; les places maritimes de la Syrie devaient offrir un asile comnx)dcàlcurs vaisseaux, uu entrepôt àssui'é à leur commerce.

Depuis la première croisade, les Pisans et les Génois envoyaient chaque année des vaisseaux dans les mers de Syrie ; on se rappelle qu’ils avaient aidé Baudouin Dr. à la conquête d’Arsur et de Césarée; l’année même où Baudouin d’Edesse et Josselin furent faits prisonniers à la bataille de Charan, les Génois étaient revenus en Orient, et le roi de Jérusalem , aidé de leurs secours aux ^ mêmes conditions que dans les conquêtes précédentes, avait assiégé la ville de Ptolémaïs, ou de . • . ; ' . (. ' ;

(i) Pour prendre une juste idde de l’état -des* colonies chrétiennes et des guerres que se faisaient les Musulmans et les Francs,' on peut consulter, en les comparant, Guillaume de Tyr (lib.xt), et les historiens arabes analysés.

( Bfbliotlièq. des Croisades , tom. ii. ) Quoiqu’ils ne soient pas toujours d’accord ,• cependant la comparaison peut servir à' éclaircir une , infinité de points' historiques un peu obscuVs! . •

DigiflziW by Googlc

, < LIVRE V. 'fil

Saiùt-Jcan-d’Acrc , qui se rendit après vingt jours mô de siège. Le royaume de Jérusalem devait tirer de grands. avantages de cette conquête (i) ; lieureüx si des privilèges de souveraineté accordés à un peuple marchand, n’avaient altère le principe du gouvernement établi, et porté, cômrae nous, le verrons bientôt, les germes d’une rapide décadence dans hn empire fondé par les armes. ; '

A chaque (çonquête de Baudouin, une nouvelle, armée venait des bords du Nil.pôur arrêter le cours de se]s victoires; mais dès long-temps ks Egyptiens i étaient accoutumés à fuir devant les Francs; ils ne furent d’ailleurs jamais secondés, dans leurs expéditions, par les Musulmàns de Syrie, qui les voyaient avec peine dépasser les limités «iu désert.

Un petit nombrp de guerriers clmétiens ,• qu’on n’aurait jamais ,"^pu prendre poqr une- armée s’ils n’avaîeiit fait des prodiges , suffît pour mettre en ' déroule une multitude de .soldats sortis des njurs d’Ascalon (2). A la suite de cette victoire, plusieurs des places qu’occupaient encore les Egyp-

(1) Gmllaiime de Tjt, lib. si. Voici quelles furent les conditions qu’obtinrent, les assie'(;c'» : « Ceux qui voulurent sortir de la ville avec leur famille et leur? bieiis, furent libres d’aller se fixer où ils voudraient; ceux, qui ai,nïèT rent inipùx ‘rester, sc, sthtmirenl ù payer un tribut annuel au roi, » - , '

Foulcher de Chartres , ad Ann. 1100, qui s’arrête assez longuement sur les détails de cette bataille , dit que vingtcinq vaisseaux de la flotte’ égyptienne échouèrent sur les côtes ou

furent ohligés de se réfugier dans le port de Joppé.

5a HISTOIRE DES CROISADES,

tiens sur la cùlc de Syrie tombèrent au pouvoir des chrétiens (i^- Bertrand, fils de Raymond, comte de Saint-Gilles, arrivé d’Europe avec des {guerriers, vint alors assiéger la ville de Tripoli , secondé par les Génois, devenus les auxiliaires de tous ceux qui voulaient s’emparer des places maritimes, Ti'ipoli , depuis long-temps menacée, avait en vain demandé des secours à Bagdad , à Mossoul, à Damas. N’ayant plus rien à attendre des puissances musulmanes de la Syrie et de la Perse, et tourmentée parde^ divisions intestines, elle avait tourné ses dernières espérances vers l’Egypte; mai^ le calife du Caire ne fît que peu d’elforis pour la défendre, et lorsque lés assiégés attendaient les flottes et Ves armées égyptiennes qui devaient venir à leur secours, un ambassadeur arrivé sur un vaisseau , leur demanda, au nom du calife, wj.e belle \ esclave qui était dans la ville et du iTiis tTahrico- • tien propre à fabriquer des luths et des instrurnens de musique. A. cette demande, dit l’historien arabe. Nûvaïri, de qui nous tenons ce récit, les liabilans virent bien qu’il n’y avait plus de salut pour eux, et Tripoli ouvrit ses portes aux cliréliens (2). •

(ly Voyei, à la Bihliolh. des Croisadtÿ l\ova.. ii, la situa* lion des puissances musulmanes à cette époque, tl’apres les auteurs arabes. ' • ^ ,

(2) L’historien arabe Âboulféda justifie , dans’ son récit , 1rs Génois du massacre des Musulmans, attendu que, suivant lui , la ville avait été prise' d(’assa'iit, et que les vainqueurs léavaient fait "qu’user du droit de la gaerre.i Foul-

,, ïlaymon'd, comte de Saint-Gilles et de Toi|- u louse, l’un des, compagnons .de Godefroy, après avoir erré long-temps en Asie, était mort devartt cette place dont il avait copiraeucé le siège. Guil- ‘ laume de Tyr, en parlant de la mort de Raymond,

■ nous dit qu’il était itn prince fort dévot et crai~ gnant Dieu; W. se plaît à louer,, cef^rdïsm^pieux qui lui avait fait abandonner ses états en- Europe., pour mourir pauvré et délaissé sur la terré de Jésus - Christ (i). En mémoire de ses longs tra-" vaux et de ses exploits dans la guerre contre les V infidèles, le riche territoire de Tripoli fut érigé en comté, et devint l’héritage de sa famille, (2). ,

Ce territoire était renommé par ses productions j des eaux ly rapides, voulant entre les rochers du Liban , allaient . par des canaux arroser les' nombreux jardins de Tripoli. Dans les plaines et sur les collines, voisines de la mer' croissaient ea abondance le blé, la vigne, 'les oliviers, et le mûrier

cher de Chartres , qui assista au siégé , dit que les G.énpis ^s’introduisirent dans la ville,, an moyen de cordes et d’échelles. (Toih. Il , 5 de la Biblioth. dès Croisades, an 5o2

de l’hégire; Foulchcr, §. 36“^ ad Ann; ,1109. ) - ^ '

(1) Suiv;|Dt Aboulféda, Raymond 'de Saint-Gillp tomba . du haut d’un toit , et mourut dans le 'ehâtp^u des pèlerins , qu’il avait fait bâtir auprès de Trijioli. {Bibl;oth. des Croisades, tom. n, §. 5, an 499 de l’hégire.).' '

(a) DomVaisetle a conservé dans les.picccs de son second Volume de Y Histoire du Languedoc, le le^mént du comte Raymond. Nous l’avons inséré en endos' dans les pièces justificativoe de ce Volume. '

blanc, dont la feuille nourrissait le ver à soie, introduit par Justinien dans les plus riches provinces do son empire. La ville de Tripoli comptait pins de quatre mille ouvriers instruits si fabriquer des étoffes' de laine, de soie et de lin. Une gi'ande partie de cos avantages furent sans douto perdus pour les vainqueurs, qui, pendant le siège, ravagèrent les campagnes , et dans Ift prise do la ville portèrent partout le fer et la flamiric.

Tripoli renfermait encore d^iutres richesses. Une bibliothèqp® établie dans cette ville conscerait en dépôt les monumens de raucienne littérature des Persans, des Egyptiens et des Grecs. Ceiît copistes y étaient sans cessé occupés à transcrire des manuscrits. Le cadi, maître de la ville, envoyait dans tous les pays des hommes chargés d’acheter des livres , rares et précieux. Après la piisc do Tripoli, cette bibliothèque fut livrée aux flammes. Quelques auteurs orientaux ont déploré cette perte irr^'parable; mais aucune de nos anciennes chronic[ues n’en a parle, et leur silence, en cette occasion, montre, assez l’indifférence profonde avec laquelle les soldats francs furent témoins d’nn incendie qui dévora cent mille .volumes-Q). , ■

(i) Ibn-Abou-Taï j'iiislorieii aral)è, .dirque les cbi-dliens moiilrJrciit à la prise de Tiâpoli la lircnïefurtHir de desirnCtion que les Arabes qui brûlèrent la bibliolhèqne d’A- Icxaiidric. Uu prêtre, atti^ché au comte Bertrand de ' Saini-Gillés , entra dans lu salle où se trouvait rassemblé un grand nombre d’exemplaires du Coran, et comme il déclara que la bibliothèque de Tripoli ne renfermait que les

Biblos, ‘situé sur les, rivages fertiles et riants de la Phénicie; Sarepta, où saint Jérome voyait encore de son temps la tour d’Isaïe ; Beryle ou Bcroutl\, fameuse dans les premiers siècles de l’Église, par une école d’éloquence, eurent le sort de Tripoli et devinrent des baronies gouvernées par des* chevaliers clirétiens. Après ces conquêtes, les Plsans, les Génois et' plusieurs guerriers de, l’Occident rjui avaient suivi Baudouin dans scs expéditions, revinrent en Europe. Le roi de Jérusalem, abandpnné'dc ces utiles auxiliîrircs, fut obligé d’employer jqe qui lui restait de forces, à repousser les invasions desiSarrasins, qui pénétrèrent dans la Palestine cl montrèrent leurs étendards sur la montagne de Sion. Mais telle était alors l’influence qu’exerçait sur les esprits le seul nom des colonies chrétiennes, que lorsqu’elles se trouvaient abandonnées par Icur^ défenseurs naturels, ou menacées pai’ de nouveaux ennemis, les opinions répandues dans la’ chrétienté armaient pour leur cause, les peuples les plu§ reculés de l’Occident. Les Génois avaient à peine quitté les mers de Syrie, qu’on vit ^arriver au port de Jafl’a Sigur, fds de Magnus, roi

. livres impies de Mahomet, elle fut livrée aux flammes. Le même historié» parle dit nombre incroyable 'de trois , millions'de volumc^s. Nous avons préféré li version de Novq,'iri qui réduit le nombre des volumes à cent mille. Ce dwnicr aülcur raconte que la bibliolhèipic de Tripoli avait été/fondee par \c.c:iiA\ÂboiUal'eh Hasen, qui l|ii-même avait composé plusieurs ouvrages. ( , pour loiu ces détails,

'\d Biblioth. des Croisades', tom. i i.)

5f)' HISTOIRE DES CROISADES. 1 •

de Norwège (i). Sigur était accompagné de dix mille Ndrwégiens qui, depuis trois ans, avaient quitté le iipid de l’Europe pour visiter la Terre- Sainte. Baudouin vint, à Jalla, au-devant du prince de Norwège, et le conjura de combattre, , •avec lui , pour le salut et "ragrandissement du royaume de Jésus-Clirist. Sigur se rendit avec joie à la prière du roi de Jérusalein., et ne demanda, . pour récompense de ses Iravaui, qu’un morceau .. du bois de la vi’aie croix. Lorsqu’il arriva en triomphe à Jérusalem, accompagné de ses gucrriers, les habitans de la ville sainte contemplèrent avec line surprise mêlée de joie l’ênorrac baclie de bataille et la haute stature des pèlerins de la Norwège. Avec un secours si puissant on résolut d’assiéger la ville de Sidon, Bientôt la flatte de Sigur parut devant le port de cette ville, tandis que Baudouin etBei’trand, comte de Tripoli, dressaient leurs tentes devant les remparts. Après un siège de sii'semaines, Sidon se rendit aux clirétiens; les chevaliers de Baudouin et les soldats de Sigur firent penda^t le siège dès prodiges de valeur, et montrèrent dans leur victoire l’humanité qui accompagne la véritable bravoure (2). Après cette conquête^ Sigur

(i) GùiUaume^ de.Tyr, lib. xi, i4> 1 appelle lyifidam juvenis proceriis corpore et Jbrnid decoriis ; on peu t . voir, dans le tome n de la Biblioüi. des Croisades fie uîmoignage dçs historiens norwéglens et danois sur le pèlerinage de Sigur. {Cotleelion de ■Lar^gebcck,) ,

(a)' Rendant Ce siège , Baudouin manqua d’etre assassiné

quitta la Palestine, au milieu 'des btûie'diclionfs du t jjeuple chrétien. Il s’embarqua pour retourner en Norwègey emportant avec lui le morceau de la vraie croix qu’on avait promis, à ses services, et qu’il déposa à sou retour dans la ville de Kônghel,' oiV la vertu de cette précieuse relique de Vait, disait-il, préserver les frontières de son rojaume de, l’invasion desemieniis. Les Norwégiens ne furent pas" le seul peuple du Nord qui prit part à l’expérlitiôn dont nous venons de parler. Nous lisons, dans une clu'ouiqtie do Brème (i) , qu’on fît alors dans toiit l’empU'c germanique une grande levée d'hommes pour la guerre sainte ‘d’outre-mer. Plusieurs Brémoisj'au signal de. leur archevêque et conduits jiar deux consiüs que nomme la chronique, partirent pour rOrieut et se distinguèrent à, la priâe de Béryte et de Sidon. Au -retour de leur pèlerinage', ' ils n’avaient perdu que deux deleurs compaguons; ils furent reçus en triomphe par leur^ concitoyens j et des armoiries accordées à la ville de Brèmé, par l’empereur d’Allemagne, attestèrent les séi’vieçs qu’ils avaient rendus à la cause de ^ésuss Christ, dans la Terre^Sainte. . ^ ^

par-un Je ses plu» jiilinits 'serviteurs, Musulman convcin au christiani^ie., que les liabitans de Sidon étaient parvenus à corrômpre. C'opendant ces' liabitans furent admis * > à capituler et obtinrent, de sortir de la ville". (Guillaume de Tvr, lib.’ XI, §. 14.) . ''

(r) L’extrait de cettç chronique se trouve dans les collectioas allemandes traduites , tom. 11 , de la DtbÜothèqiie des Croisades, ‘ ' ' A - ' \

' 58 ' niSTOlRE 43ES CROLSADES.

1 ^ 10 Baudouin, revenu vaintjaeur à Jérusalem, apprit'

^ avec doiJeur que Gervais', comte de Tibériade, avait été surpris par les Turcs et conduit avec scs jdus ûdèles cbevàliers dans la ville de Damas. Des "'députés musulmans vinrent offrir au roi de Jérusalem la liberté de Gervais, en écban^e de Ptoléjiuüs, clc Jaffa et de quelques autres villes prises par les chrétiens; un r9fus, ajoutaient-ils, allait causer la mort du comte de Tibériade. Baudouin proposa de payer pour la liberté ,do Gcrvàis une sCMiime considérable. « Quant aux villes que vqus > )) me demandez, leur dit-il, je ne vous les donne-

» rais pas pour mon propre frère Eustachc, ni • j> pour tous les princes chrétiens. » Au retour des ambassadeurs, Gervais fut traîné , avec tous ses dievaliers, sur unq place de Dama? , et tué à coups de ilèclies par les Sarrasins (i).

Les chrétiens donnèrent des larmes à la mort du ‘comte de Tibériade, et bientôt ils eurent à pleurer une perte, plus douloureuse. Tancrède, qui gouvernait la principauté d’Antioche, prourut dans une, expédition confre les inlidèlcs'(2). Il avait fait

ma

(i) L’auteur arabe Ibn-Gionzi donne des détails sur la captivité de Gervais , ne s’accordent' pas avec les autres récits; ni dit qu’ôn l’envoya avec ses compagnons ait calife ‘ de Bagdad. ( F'cyyez tom. II de la Bibliothcquç dos Crqisades, §. 5. ) ' ’ ' . . * , • *

’S (a) Guillaume de Tyf, 1. xi, §. i8, raconte qucTapcrède,à son lifde ràort, recommanda à sa femme, laquelle, estait 'Jille de Philippe, roi de Frapce-, d’épouser Bertrapd, fils . ylu comte de Tripoli i ce qui eut lieu en effet. L’historien . I ,

di.:

•admirer à l’Orient les vertus héroïques d’un cl^e^ ’^iia valicr français ; rien ne poui’ait ébranler sa fidélité^ rien ne jiarâissait impossible à sa. valeur; les Musulmans louaient sa loyauté- et sa franchise : modèle à-la-fois de la fierté chevaleresque et de la modestie’ ch véliennc, il bravait souvent' l’autorité de» princes chrétiens, scs compagnons d’armes; niais il ne résistait jamais à Iciirs'-pr^es ; il ne souffrait pas que ses rivaux insultassent à sa renommée'; . mais en-niébie temps il défendait à son écuyer de . parler de ses exploits, 'fontes les fois que la, fortune favorisa scs travaux, il abandonna tout à ses soldat^, ne se réservant pour lui, comme il avait coutume de le dire, que les soins, les fatigues et les' périls de la guerre. Taiicrède remporta' un grand ndmbre de victoires sur les Sarrasinst, repoussa souvent les armes de l’empereur Alexis , s’empara dç plusieurs villes de la Syrie et de la Gilicie, ren- , dit Alep tributaire d’Antioche (i). , • *

Cependant les progrès'" des armes chrétiennes avaient alarmé le sultan de Perse et le calif(?dc Êag-

/‘ajoHic -que Tancrùde leur ordonna, d,e rendre 'Antioche on jeune fils de Bohem'ond dès qii’il la reclani'erail; et cela dit et p'rdonne'f rendit son' esprit à celui qui le lui avait 'donne' , et fut cet jllustre Séigneur inhumé au portique de te'gli^ du prince des apôtres , l’an de J.-C.,iil i2.

(t) Kemaleddfn/.orifîi“®n‘® d’Alcp, et qui en a «?cril une histoire particulière, raconte les causes qui ameuèrent les, '• malheurs et la s'civitude de sa patrie. {Bibliolh, des Creàsodés , tom. h’, §$. 5 et suiv. ) 1 '

6o HISTOIRE DES CROISADES.

J |'|3 (lad (i) ; le signal d’une guerre sacrée fut donné à tous les peuples nmsulinaiis. Une armée innom— » / brable, venue des bords'dc l’Euphrate et du Ti-'

. grc, traversa la Syrie, et pénétra dans la Galilée. Le roî de Jérusalem se mit à la tête de ses che- vaiiers pour aller au-devant des infidèles. Les deux armées se rencontrèrent près du lac deGenezaretli, où bientôt s’engagea un combat terrible. La valeur des chrétiens ne put triompher du nombre, et les Musulmans firent un si grand carnage* * de leurs ennemis, qu’au rapport d’un historien arabe, les eaux du lac* (\e Genezarcth furent teintes de sang pendant plusieui's jours (^i). Roger de Sicile, qui 'gouvernait Antioche depuis la mort dc Tancrède, les comtes d’Edesse et de Tripoli vinrent avec leurs troupes au secours de Baudouin. L’arnfée. chrétienne, quoiqu’elle eût alors onze mille hommes

^0 F'qyez le récit intéressant de Kenialcddih, qni peint bien la terreur répandue dans toutes les ptoviftees musulmanes, frontières .dos colohies chrétiennes. {Biblioth. des Croisades, tom. u,§§.'6et7.) , .. • ^

(a) La défaite dps c^irétiens est allpbuée par Guillaume de Tyt, à l’impatience de Baudouin qui ne voulut point,

• attendre l’arrivée des comtes d’Edesse , de Tripoli et d’Antioche (lib. XI, §. 19); il périt, suivant lui, treht'e cheva- / liers et douze cents fantassins ; suivant Albert d’ Aix , trente chevaliers et -quinze cents fantassins. Le premier de ces ' liistoricns dit que les Turcs se' retirèrent précipitanunçnt; Albert d’Aix rapporte qu’ils u’opérèrtÿit leur retraite que .lorsqu’ils apprirent que les comtes d’Edosse et de'Tripoli avaient joint le roi de Jérusalem. {Biblioth. 4^s Croisadesÿ tora. 1 , pag. io5. ) • \ -

' . ^ LIVRE V. 6i

sous ses drapeaux j aUa camper sur les montagnes -voisines, et n’osa risquer upe seconde bataille. Les. chrétiens, ainsi retranchés sur des hauteurs inaccessibleÿ, furent témoins du ravage des campagnes et de l'incendie des villes. Toutes les rives du Jour-' dain étaient en ïç\x. Une telle, frajeur , dit Guil-, laume de Tyr, avait saisi tout le royaume'^ que nul n’osait saillir des lieux où il habitait.\]i\ grand , nombre de Sarrasins,. sortis d’Ascalon, de Tyr et des autres villes musulmanes, avaient profité du premier revers dèrarmee chrétienne pour dévaster plusieurs contrées de la Palestine. Le pays de Sichem fut envahi,' Naplouse livrée au pillage; Jéru- . salen^ , restée sans défenseurs , ferma, ses portes et - craignit un moment de retoj^iber au pouvoir dOs infidèles^ ■ " * . '

Tout-à-coup cette-guqrre se termina sans com-’ batSj^t'la multitude des ennemis s’éloigna comme un orage eniporlé par. lès vents. Alois les colon jjf s cln-étiennes et toutes Jcs provinces de la Syrie farent én butte à d’autres calamités. Des nuées de . santerellcs^ venues de l’Arabie , achevèrent de ravager les campagnes de la Palestine. Une horrible famine désolait le comté d’Édesse et la principauté d’Antioche. Lin tremblement de terre se fit sentir dep.uisi le mopt Taur us- jusqu’aux déserts de ITdu-' méCç^ Plusieurs villes de, Cilicie n’étaient plus que des monceaux de ruinas. Treize tours de la7\ilic* 4’Édpà se, la citadelle d’Alep^s’écroülcrent avec fra- . cas. Lés pliis haiites' fprteresses couvrirent la terre de leurs débris, et leurs côramandans, musulmans

3 ou clirétiens, chef.clièrent un asile avec leurs soldats dans les forets et le? lieux déserts. Une tour d’Antioclic, plusieurs édifices, plusieurs églises do la ville furent renversés de fond en cdinble. Le , clergé, les grands et le peuple confessaient leurs péchés, se couvraient d’hahits de deuil, et couraient dans les rues et dans lès campagnes en criant : Seigneur, épargnez-nous! En lin le Ciel parut apaisé y le tremblement de térro, dont les secousses s’étaient renquvclées pendant plusieurs mois, cessa tout-à-coup .ses ravages, cl tous les ebréliens .célébrèrent la miséricorde de Dieu par ' une fêle solennelle (i). . , ■ '

4. Lorsqu’on avait appris à Bagdad les désastres de la Syrie, le divan s’était persuadé que les peuples de cette contrée avafent attiré sur eux ^ colère céleste, et que le moment était arrivé d’attaquer des provinces dont les forteresses venaient d’èlro renversées et qui restaiehl sans défense. Le calim et les apôtres les plus feryens dé l’islamisme se rappelaieut que IMaudoud, prince de Moussoul, qui avait commandé la dernière expédition des Musulmans dans la Galilée, étail mort à Damas, assassiné par deux Ismaéliens (2). Ou accusait le

' (0 f' qyez,s\\TjCe tremblement de térre^ les' dtîtails- inld- . ressaiis donnés par Gauthier, le Cluincelier } il était témoin oculaire et chatteelier du prince d’Aiitioclic. {Biblioth. dos tonu i', pag. io5. ) ■ ^

‘(a) Suivant le récit d’All>ert d’Aix , Màudojid, aprefS cire .. revenu couvert de' gloire à Damas, fut secrètement assassiné par le prince musulman de celle cité, jaloux de scs sticccs. *

C, ; LR^RE V. ; <53

prince de Damas- du meurtre d’un fidèlô de'fenseur 1 1 ,4 / de 'la -foi musulmane, et de toutes paris la voix > ‘

, . des croyarls s’élevait pour demander vengeance ^ d un §i grand attentat. Une armée nombreuse par-’ lit ^os bords du Tigré et s’avança vers la Syrie, impatiente de punir à-la-fois les chrétiens et les Musulmans infidèles. •

^ Dans le danger qui le menaçait, l’émir de Da- mS mas n’iiésila point à faire une alliance avec les princes chrétiens. Le roi> de Jérusalem , le prince d’Antioche, le comte de Tripoli, joignirent leurà troupes à celles de leur nouvel allié, et tous niarchèrent ensemble au-devant dos guerriers-deMoussoul' et de Bagdad , qui ravageaient les bords de l’Euphrate. Les chrétiens- étaient remplis de zèle et d’ardeur, etbtûlaient de comballtej mais leurs .nouveau^ auxiliaires, qui se défiaient toujours des" soldats de Jésns-Çhrist, ne voulurent point leur' donner l’avantage d’iipe victoire; ils firent 'to^^s leurs efforts pour éviter une bataille décisive, dans laquelle iL craignaient à-la-fois lè iriompfie do leurs alliés et de leurs çnn'emis (*i). Cependant, une réunion si formidable suffit pour délivrer la.

Les auteurs arabes laissent aussi entendre quq la moirt de Maudoud fut l’ouvrage des Musulmans eux-mêrpcs.i[i?/li/iül. des Croisades , \x>m. ir, §. ^.) .. . . , . ,

(1) Les historiens latins s’accordtent sur cepoint, que l’ar- ' mee du sultan, craignant la reuhion de tant de forces, .se i-c- ^ lira les Arabes iw peuvent s’empC-cber d’exprimer toute la de'fiance qu’inspiraient aux Musulmaiis Jeurs. nouveau:| [Diblioth. des Croisades^ {.om.'ii ). ,

'64' HISTOIRE DES CROISADDs. , '

ii5 Syrie d’uue invasion et pour forcer les barbares « rejiasser l’Eupliralc. Quoique les Musulmans de Damas et les puissances ebrelierjnes eussent ü-ouvé leur salut commun dans une alliance passagèi'e, tel cHail néanmoiiis l’esprit des Francs et de leurs, adversaires, que tous les sectateurs de Mahpnïet accusèrent, dans cette occasion, le prince de Damas d’avoir trahi la cause de l'islamisme, et lorsqu’il se sépara de l’armée cln étiemic pour retourner dans sa capitale, tous les fidèles de Syrie i remercièrent le ciel d’avoir enfin séparé ïétciulàrd de Bèlialilu drapeau de Jésus~Chnst{\).

1118 Leroi de Jérusalem .n’ayant plus'~à combattre les Turcs de Bagdad, ni les Turcs de Syrie, toui^ua ses regards vers l’Egypte -.dont- il avait tant de fois dispersé les armées. 11 rassembla l’élite de ses guerriers, traversa le désert, surprit et pilla la ville de Pharainia , située à trois joiu’uées du Caire (2^. Le succès de cette expédition lui fai-

' (i).Nous avons évité d’entrer dans, les détails" de cés. ex- V pédUions nombreuses et difficiles à sniv're dans l’bistoire ' du royaume de' Jérusalem; nous renvoyons', pour tous ces détails, 'aux extraits des historiens 'mybes dans là Bihtio- (hèq. , tom. 11, §§'"] et suiv., et à Guillaume de Tyr, 1. 1 1 .

(2) Pliaramia est située sur les bords de la mer, non loin des ruines de l’ancâejine<PeInse,. On trouva .dans cette ville, au témoignage d’Albert d’Aix, beaucoup d’or' et d’argent , des vivres'en abondance, que n’avaient pu sauver- les habitans dans leur terreur. Voyez, dans la Bibliothèque, 1. 1, p. 80, les circonstapces.de' la maladie do Baudouin, causée par les fatigues du siège et 1a chaleur de l’embrasenient de

Dkn

sait espérer qu’un joui- il pouirait se rendre maître j 1 18 d’un riche royaume j il 4-evenait triomphant et •cliargé de Initin à Jérusalem , lorsqu’il tomlja malade à Elarisch, sur les couüns du désert qui sépare l’Egypte de la Palestine. .Bientôt ôn désespéra de sa vie ; les compagnons de ses victoireà , assemblés autour de lui, laissaient voir leur profonde tristesse. Baudouin ne songea qu’à les consoler par l’exemple de sa résignation , et s’eftbrça de relever leur courage, en leur rappelant la gloire de Jésus- Christ et les devoirs des guerriers chriHiens. . •

« Mes chers compagnons , leur dit-il , vous qui U avez souffert tant de maux, bra^é lant'dc périls,

» jiourquoi vousNlàissez-vous abattre par la dou- )». leur? N’oubliez -pas que vouç avez besoin de J) votre courage accoutumé. Songez que vous ne » perdez eil moi qu’un seul hommè, et que vous » ‘avez parmi vous plusieurs guerriers qui me sur- » passent en habileté. Ne vous occupez que des '•

)> moyens de retourner victorieux à Jérusalcili et >) de défendre l’héritage du fils de Dieu. Si j’ai,

» long-rtemps combattu avec vous , et si nies longs '

» travaux 'me donnent le droit de vous adresser )) une prière , je vous conjure de ne pas abandon- )) ner mes osscincns sur une terre étrangère, et de,

» les ensevelir près du tombeau de mon frère » Godefroy.» , *" •

Le roi de Jérusalem fît ensuite assembler ses scr-

Pharamia, et le récit des Arabes sur la mort et le tombeau de Baudouin. , ' ' ’ >

TOM. il. ' 5 '

G6 ilISTOIRE DES CROLSADES. '

8 viteurs, et leur donna des ordres pour sa sépulture (l). Apres avoir désigné Baudouin du Bourg pour son successeur, il expira au milieu de scs compagnons qui fondaient en larmes et s’efibrraient , dit Albert d’Aix, de, cacher leur désespoir, poj*r ne point faire connaître aux Infidèles -la perle que venaient de faire les chrétiens.

‘ Baudouin vécut et mourut au milieu des camps j |K'ndant son règne, qui dura dix-huit ans, les habita ns de Jérusalem entendirent chaque année la grosse cloche qui annonçait l’approche des Sarrasins. Ils ne virent presque jamais dans le sanctuaire le bois de la vrlre croix qu’on avait coutume de porter à la guerre, et de montrer aux soldats chrétiens comme un gage de la victoire.

Xe frère et le successeur, de. Godefroy se vit plus d’une fois à la veille de perdre son royaume, et ne^ le conserva, que par des prodiges de valeur. Il perdit plusieurs batailles par sa témérité et son imprudence ; mais son activité extraordinaire^ le sauva toujours des périls où il s’était engagé.

Les forces du royaume suffisaient à peine pour le défendre dans les momens du péril. Baudouin ne pouvait tenter quelque grande entreprise, que lors-

(i) Les dernières paroles de Baudouin à ses serviteurs ont èlé recueillies et rapportées par Albert d’Aix, lib. xii, §. 17. 11 leur recommande surtout ^ me ferh ejcenlera sale interius et exterius me apprime frica oculos tiares , aures et os ineittn non parcè iniplè , et cwn ccèteris me reportare non desinas; tout le discours de Baudouin à son cuisinier a «‘té’traduit dans la Bihl. (tes Civisades, tom. i ^ pag. 81 . )

qu’il lui arrivait des renforts d’Occident; quand les 1 1 pèlerins qui pétaient les armes retournîiient dans leur patrie, Baudouin était souvent obligé d’abandonner une expédition commencée, et se trouvait quelquefois exposé, sans m^qyen de résistance, aux attaques d’un ennemi toujours impatient de venger ' ses défaites. ' ^

Pendant tout le temps qu’il resta sur le tü^ne de Jérusalem , Baudouin n’eut , pour entretenir une armée, que la dune; sur les terres*’cultivées, quelques tributs imposés an' commerce, le butin feit sur l’ennemi cf la rançon des prisonniers. -Lorsque la paix durait quelques mois ou que la guerre était' malheureuse, les revenus de l’Elat-se' trouvaient diminués de moitié et ne pouvaient foifrnir aux dépenses les plus nécessaires, Ce fut dans un moment de détresse qu’il força le patriarclio de Jérus'alem à lui abandonner les offrandes dos fidèles. Lorsqu’il épousa la comtesse de Sicile, quoiqu’jqfant . une autre fenime vivante, on savait iqu’il ne contractait ce lien sacrilège que pour se procurer de l’argent : étranges moyens de pourvoir aux dépenses de la guérre de Jésus-Christ, que de violer à-la-fois ' la sainteté de l’église et la sainteté dû mariage (i) ! '

(i) Allsçrt d’Ahc, ’qm fait une description pompeuse de la brillante réception qii’on lit à la prjncessc de Sicile., ne> se pçrmet aucune i^éiie'xioii .au* ce mariage ; Guillaume de Tjrr rapporte que U princesse mit pour condition, à wn 'hymen, que si elfe avait un enfant de Baudoiiin, ib régnerait sur Jérusalem; Baudouin promit tout parce qu’il avait besoin d|argent, mais il renvoya la princesse de Sicile trois ans

Les historiens du temps donnent îles éloges aux brillantes qualités do Baudouin. Bans la première croisade, il s’était l'ait ha'ir par un caractère ambitieux et ailier; dès qu’il eut obtenu ce qu’il désirait, et qu’il fut monté sur un tronc, il ül axlmirer sa générosité et ?a clémence; devenu roi de Jérusalem , il suivit l’exemple de Godefroy, et mérita à sou • tour de servir de modèle à ses siiccesseui’s.

Son amour extrême poui- les femmes lui attira quelquefois les vives censures du clergé. Pour expier scs foutes, selon l’opinion du temps, il dota richement les églises, et surtout celle de Bethléem ; plusieurs élablissemens religieux lui durent leur origine. Au milieu du tumulte des camps, il ajouta plusieurs dispositions au code de son prédécesseur; mais ce qui honore le plus son règne, c’est le soin qu’il prit de repeupler Jérusalem. Il offrit un asile honorable aux chrétiens dispersés dans l’Arabie , dans la Syrie et l’Egypte. Les fidèles persécutés par les Musulmans accoururent en foule avec leurs femmes, leurs enfons, leurs richesses; Baudouin leur distribua les terres , les maisons abandonnées , et Jérusalem commença à redevenir florissante.

, Les dernières volonlés de Baudouin furent accomplies. L’armée chrétienne, précédée des dépouilles mortelles de son chefÿ revint à Jérusalem. Baudouin du Bourg , qui venait dans la cité sainte

apres, qilaiid'il eut dépensé ses trésors; de Raine de Roger, roi de Sicile, contre les Francs de la Palestine. {Biblioth, des Croisades, tom. i, pag. i/p. ) .

pour célébrer les fêles de Pâques et visiter le frère , , , de Godefroy , arriva dans la ville le^imanclic des Rameaux, à l’heure, où, suivant l’antique usage, le peuple et le clergé parcouraient en procession la vallée de Josaphat. Comme il entrait par la porte d’Ephraîm, les dépouilles funèbres de Bamlouin, accompagnées de ses guerriers en deuil, entraient par la porte de Damas. A cet aspect, des cris lugubres se mêlèrent aux cantiques des chrétiens.

Les Latins étaient dans l’afihction j les Syriens' pleuraient, ql les Sarrasins, dit Foulthcr de Chartres, témoins de ce douloureux spectacle, ne pouvaient retenir leurs larmes. Au miTleu dé toiit ce peuple affligé, le comte d’Edesse accompagna le convoi funèbre jusqu’au pied du Calvaire, où Baudouin fut enseveli près de Godefroy (i).

Quoique le dernier roi eût désigné Baudouin du Bourg pour son successeur , les barons elles prélats se réunirent pour choisir un nouveau prince. Plusieurs proposèrent d’offrir la couronne à Euslache de Boulogne, frère deTjodefroy. Josselin de Courlen^, l’un des premiers comtes du royaume, se déclara eu faveur de Baudouin du Boui^î. Josselin

(i) Voici l^épitaphe de Baudouin : ' . ' -

iRex Btdduinus Juda aller Machàbeus

Spet pàlrt'œ vigor ecclesiœ virlus utriiisr/ue •

Quijomiidahant éin dona tributa fçrehant

Cades et Ægy'ptiis ae homicidus danmens

. Prah dolorl in modico hoc clauditur-

■ ‘ ■ Tumulo. ' ’ • v

70 IIISTOIIIE DES CROISADES.

utS en arrivant en Asie, avait été accueilli et comblé de bienfaits par le comte d’Édesse, qui lui donna plusieurs villes sur l’Euphrate. Chassé ensuite ignominieusement par son bienfaiteur, qui l’accusait d’ingratitude , il s’était réfugié dans le royaume de Jérusalem, où il avait obtenu la principauté de Tibériade, Soit qu’il voulût réparer d’anciens torts, soit qu’il espérât obtenir de nouveaux bienfaits, il représenta aux barons assemblés, à que Baudouin » du' Bourg- appartenait à la famille du dernier M roi ; que sa piété , sa sagesse , sa bravoure étaient ' . » connues de tout l’Orient J qu’aucune contrée, ni

M en-tleçà ni au-delà des mers, ne pouvait olfrir » un prince plus digne de la confiancb et de l’au mour des chrétiens. Les bénédictions des habi- » tans d’Édesse le désignaient aux choix des barons M et des chevaliers J la Providcnçc venait do l’cnï» voyer à Jérusalem pour consoler le péuple chré-^ J* tien de la mort du frère de Godefroy. » Ce discours réunit tous les suffrages en faveur de Baudouin du Bourg, qui Tut couronné peu de jours après j et transjiiit le comté d’Edesse à Gosselin de Courtenay. .

Érig Tandis que le royaume de Jérusalem célébrait çq paix l’avènement de Baudouin du Bourg au trône de Godefroy, la principauté. d’Antioche se trouvait de nouveau exposée a tous les (léau3^ de la ~ guerre. Tous les Musulmans de la Perse,. de là Mésopotamie et de la Syrie, que louis précédentes défaites n’avaient point découragés, jurèrent d’exterminer la race des chrétiens et marchèrent vers

rOrontc sous les ordres d’Ylgazi, prince de Maridin çt d’Àlep, le plus farouche des guerriers de l’islamisme. Roger de Sicile, fils de Richard,’ qui, depuis la mort dé Tan.crède, gouvernai J Antioche pemlant la minorité du fils de^ Bohémond , avait t appelé à son secoùrS le roi.de Jérusalem ,.le comte de Tripoli, celui d’Édçsse (i); mai» 'sans; attendre leur arrivée, il eut l’imprudence' de liviw une bataille dont la pérte devait mettre en péril toutes les^olonies chrétiennes. Avant le combat, Ylgàïi harangua ses soldais, et Iq cadi d’Alép parcourut les rangs, excitant, par là violence dé seS' discours , la fureur des barbares. Dans le camp des chrétiens, l’archevêque d’Apamée^fecommanda^à tous les guerriers de confesser leurs péchés et dé* communier, (i/m que s’ étant Jbrt'^s du pain céleste , ils pussént vivre ou mourir comme il çonvèndit a. des soldats' du Ghrist. Iæ.s chrétiens repoussèrent d’abord leurs ennemis j mais Dieu nè vo'ûlut ’pomt qu’iîs restassent victorieux. Au milieu des deux ^ armées on vit tout-à-coup s’élever un tourbillon qui ressemblait à un tonneau de soufre enflammé montant dans les aifs.-Gc phénomène .jeta l’effroi parmi les chrétiens ,■ accablés déjà/paf la> multi-

..yr — . — ■ - ,

(i): Gauthier Je Cliahcelier a raconté daits’lcs plùs'^rands • details les guen-es du princairAatioclie contre les Musulmans; Gauthier, cliuncelier de Roger^ lut présent cj, coin- Laiüt sous les drapeaux '«le crtpriuee-. sou ouvrage a été tra- ’ duit. (^Biblîolh. des Croisades î t. io5 et suiv, )I1 faut comparer avec ce récit celui des auteurs artjbeS, qui lui est prcsque'tüujours conforme. des Croisades^ t. ti, §. g.)

ju ' HISTOIRE DES CROISADES.

ïiiQ tucle des infidèles. Roger, qui s’efforéa d<î çctenir scs soldats, tomba jjcrcé de couf>s^ et sa mort fut le signal de la sanglante défaite des cbrèliens. Gauthier le Chancelier, qui assistait ^ cette bataille, attribue le désastre de l’armée cluéliemic à la légèreté, à riniprévo}^nce du prince d’Antiqchc qu’il . nous représente peu d’heures avant le .combat, parcourant les vallées et les collines'avec sou équipage de chasse, prenant des oi.seaux avec ses faucons et foi’çant les bêtes fauves avec ses chiens. Celte bataille hit livrée près d’.^lrtésie , dans un . lieu appelé le champ du sang. Los Musulmans ‘ firent un grand nourbre de piisonniers. Gautier, qui fut lui-même chargé de chaînes, nous peint les alfrcux tourlnens qu’on fit soulfrir aux captifs; mais il n’ose pas dire tout ce qu’ü a vu, dans la ' crainte, dit-il, quq les' chrétiens apprenant ces excès de barbarie, ne soient portés. un jom’ à les imiter (i).

L’armée, victorieuse d’Ylgazi se répondit dans tous les pays chrétiens du vpisirrage, portant partout la destruction et la mort. Ce fut au milieu de la désolation générale que le roi "de Jjirusalem arriva dijns Autioclie. Cette yijle avait perdu scs plus braves défenseurs. Des ecclesiastiques et des moines gardaient les tours et Icÿ remparts, et veillaient sous le commandement du patriarclie à la sûi'eté de la place, menacée par la population grecque et armé-

(i) A'^oyez. rextr.nit de Gautliier le Chancelier. ( Biblioth. Crow«d«,.toni. t, pag. 123. )'' .

nienne, qui Supportait avec peine le joug des La- nao tins (1). La présence de Baudouin du Bp\irg auquel on donna Tautorité suprême, rétablit l’ordre et dissipa les alarmes. Après avoir pourvu à la défense de la' ville, il. visija les églises d’Antioche en liabit de deuil. Son krméè reçut à gérions la bénédiction du, patriarche et sortit ,de la ville pour aller ù la poursuite des Musulmans.* Le toî, ainsi que ses chevaliers et ’ ses barons , marchaient des pieds nus au miheu d’une foule immense qui invoquait pour eux l’appui du Dieu des armées.

L’armée chrétienuè ialla camper sur la montagne , ,21 de Danilz, où' les Musulmans vinrent l’attaquer. Ceux-ci étaient pleins de confiance dans leur multitude ; mais les chrétiens mettaient- leur espoir dans la puissance divine, et surtout dans la présence de la croix véritable , que Baudouin avait apportée de Jérusalem. Après un combat sanglant, les infidèles furent vaincus et dispersés. Ylgazi et le chef des Arabes, Dobais, avaient pris la fuite pendant la bataille; cette victoire répandît l’effroi dans'Alep et jusque dans les* murs de Moussoul, taudis que la croix de Jésus-Christ , reportée avec pompe dans la ville sainte, "annonça'aux habitans les ' miracles , qu’elle avait produits au inilicu des soldats 'chrétiens. Baudouin, après avoir donne la paix a Antioche revint dans sa 'capitale; èt pour 1, .-.4 — — ,.-r-

(1) On peut lire à ce si^ct des rdflcxions^fort ciiriçuséS de Gaiithier le Chancelier! Voyez son extrait , Bihlioth. àcs 6Voija</er , loin. I, pag. 1 17. , /

liai qu’il nie ‘manquât rien aux victoires des chrétiens,' Dieu permit alors que le redoutable ' cher des Turcoinans, "Ylgazi, terminât sa carrière, frappé par une mort subite et violente (i).

Telle' est. l’époque de rhist’oirc que nous avons à décrire^ que les circonstances les plus graves s’y succèdent coihjue les scènes d’un dramc,*ct qu’un espace de quelques mois suffit 'à des événemens qui auraient' pu remplir W annales d’un siècle. A peine l’historien des colonies chrétiennes vient-il de parler d’une bataille, d’une révolution, d’une . grande calamité, que d’autres combats, des r^vo- ' lutions nouvelles, des calamités plus grandes en— côre se présentent sous sa plume et viennent mettre une sorte de confusion dans ses récits. Nous avons vü la fin malheureuse du prince Roger, et la - désolation d’Antioche, dont tout le ,temtoire était envahi par les Musulmans j maintenant c’est le comté d’Edesse qui pleurera la captivité de ses prinees, et quelques jours seront à peine écoulés que de ce nouveau malheur naîtront d’autres.in- Ibrluncs qui mettront en péril tous les états chrétiens dè la Syi'ie. '■ •

Bal%c, neveu et successeur d’Ylgasi, répandait

• {})'' Voyez dans Gauthier le Chancelier la manière sin- •> gulière dont il raconte la mort d’Ylgazi ; l’historien arabe de la ville d’Alop en parle aussi.- {Dihliolh. des Çroisades y , toni. I , pag. ia3; loni. n ,^. lo. ) En' rapportant la mort d’Ylgazi, Fouldier de Chartre?, s’exprime oi a;s termes : Laiidavimiis omnê^ et henediximus Deum quia suffocatus est fl/tzco Me sœvissimus qui chrislianhsiniuni diù trihulavit.

la terreur sur les rives de • l’Euphrate et sem- naa blablo au lion de l’Écriture, qui rôde sans cesse pour chercher- sa proie, il parvint à surprendre Josselin de Coïirtenay et son cousin Galeran, qu’il lit conduire chargés 'de 'chaînes vers les confins de la Mésopotamie. -Cette nouvelle étant parvenue dans le royaume de- Jérusalem , Baudouin du Bourg accourut; à Edesse, soit pour consoler les liabitans , soit^ pour chercher l’occasion et les moyens de briser les Fors des princes captifs. Mais se confhmt trop à sa bravoure, et victime de sa ' générosité, il tomba lui-même dans les embûèhes de r émir Jlalac j et conduit dans la forteresse de Quart-Pierre (i), il devint le compagnon d’infortune de ceux, qù’il avait Voulu délivrer.

Lés vieilles chroniques ont célébré la valeur na3 héroïque dé cinquante Arméniens qui se dévouèrent pour la délivrance des prinées chrétiens. Après y avoir invoqué la protection, du Tout-Puissant, ils s’introduisirent dans la forteresse de Quart-Pierre, dégursés,'sélon quelques historiens, en marchands, selon d’autres çn moines (2). À peine entrés dans

(i) Les auteurs arabes appellent cette forteresse Kliart- ^rt, et les Turcs KJiarpout. Elle - est située à üorjcàt .de l’Euphralc, au nord-ouest'd’Édcssc.

(-2) Guillaume de Tyr> qui raconté ces événemensi, ajoute que Fespoir de giandcs récompenses' fut un des mobiles qni déterminèrent les Arméniens (lib. Ay, §. 17 ). Orderié Vital , selon son usage, mêle encore des détails roma- ^nesquès à la vérité historique. ( Bibliot, des Croisades, tom. I , pag. 3ig. ) La chronique d’Ordcric p’esj. souvent qu’un recueil de contes contemporains.

76 inSTOmE DES CROISADES.

a3 la citadelle, celte élite de braves quittant leur déguisement et montrant leurs armes, massacrèi’ent la garnison musulmane et brisèrent les fers des illustres captifs. Ce château, dont les chrétiens venaient ainsi de se rendre maîtres, renfermait des vivres en abondance et toutes sortes de munitions de guerre. Balac y avait laissé ses trésors, ses femmes et les plus précieuses dépouilles des pays dévastés par ses armes. Les guerriers chrétiens Se réjouirent d’abord du succès de leur entreprise ; mais bientôt les Turcs du voisinage se . réunirent en foule et vinrent assiéger la forteresse où flottait l’étendard du Christ. L’émir Balac, qui, selon les récits du temps , avait été averti en songe des projets formés contre lui , rassemble son armée et jure d’exterminer Baudouin, Jossehn et tous leurs libérateurs. Ceux-ci ne pouvaient résister long-tejnps à toutes les.forces réunies des Turcs, s’ils u’élaieut secourus par leurs frères les chrétiens. On décide alors que Josselin sortira de la forteresse, et qu’il ira dans les villes chrétiennes implorer le secours des barons et des chevaliers. Josselin part aussitôt, après avoir juré qu’il laissera croître sa barbe et qu’il ne boira point de vin, jusqu’à ce qu’il ait rempli sa mission périlleuse,* il s’échapjie à travers la multitude menaçante des Musulmans, passel’Euphratc, portésur deuxoulrcs de peau de chèvre, et, traversant toute la Syrie, arrive enfin à Jérusalem, où il dépose dans l’église du saint sépulcre -les chaînes qu’il avait portéOs chez les Turcs, cl raconte en géjnissant les aven-

tures (?t les périls de Baudouin et tle ses compa- na3 gnons. A ér voix, un grand nombç.e de chevaliers et de guerriers chrétiens jurent de naarcher à la délivi'ance de leur monarque captif, Josselin se met à Jeur tête ; il s’avancait vers l’Euphratçj . \

les plus braves des guerriers d’Edesse et d’À,n- ' * tioche avaient rejoint scs drapeaux, lorsqu’on ap- ' prit que le farouche Balac venait dé rentrer de force dans le château de Quart-Pierre, Après le départ de Josselin, Baudouin, Galeran et le? cinquante guerriers d’Arménie avaient résisté longr tenlps aux forceà musulmanes; mais les fondemens du château ayant été" minés,' les guerriers chrétiens se trouvèrent tout -à- coup au milieu des ruines. Balac, laissant la vie au roi de Jérusalem, l’avait fai^ conduire dans la forteresse de Charan.

Les braves Arméniens étaient morts au milieu des supplices, et la palme du martyre avait été leprbt < de leur dévouement. Quand Josselin etles guerriers' • qui le suivaient apprirent' ces tristes nouv/clles, ils perdirent tout espoir d’exécuter leur projet, et retournèrent les uns à Edesse et à Antioche, les autres à Jérusalem, désolés de n’avoir pu donner leur vie ‘pour la liberté d’un prince chrétien.

Cependant les Sarrasins d’Egypte cherchaient à profiter de la captivité de Baudouin, et se rassemblaient dans le$ plaines d’Ascalon, avec le dessein de chasser lè^ Francs de la'Palestine. De leur côté, les chrétieils de Jérusalem et des autres villes du royaume, se confiant dans lèür çgurage et dans la protection de Dieu, se préparaient à défendre

iia3 leur territoire. Comme on attribuait toujoms les succès des iuGdclcs aux péchés des chrétiens, lès préparatifs d’une guerre devaient toujours commencer par l’expiation et par la prière. Le peuple et le clergé de la Terre-Saintc suivirent en cette occasion l’exemple des habitans dc Niuive, et cherchèrent d’abord à fléchir la colère du ciel par les signes d’une pénitence rigoureuse. Un jeî^ue fut ordonné, pendant lequel les femmes refusèrent le lait de leurs mamelles à leurs enfans au berceau ; les troupeaux même furent éloignés de leurs pâturages et privés de leur nourriture accoutumée (i).

La guerre fut -ensuite proclamée au son de la grosse cloche de Jérusalem. L’armée chrétienne, dans laquelle ou comptait à peine trois mille cdmbattans, était commandée par Eustachc d’Agrain, comte de Sidon, nommé régent du royaume eu l’absence de Baudouin. Le patriarche de la ville sainte portait, à la tête de l’armée, le bois de la vraie croix. U était suivi, dit Robert du Mont, de Ponce (a), abbé de Clunj, portant la lance avec laquelle on avait, percé le flanc du Sauveur, et

(0 Les circonstances de ce jeûne rigoureux sont rapportées dans la chronique de SigcLcrt. {Biblioth. des Croisades, t. Il, p. 46.) Guillaume de Tyr,' qui a beaucoup parlé des préparatifs qu’on fit à Jérusalem pour résister aux ennemis , ne lait point mention de ce jeûne, lib. xn, §. 2 1 .

■ (2) Ce Ponce avait, été -remplacé comme abbé, de Cluny par Pierrc-le-Vénérable; en revenant de laTijrre-Sainte, il .rentra de force dans son abbaye , dont il fut encore une fois chitwé. '

de l’évêque de Betliléem, qui tenait dans ses mains na3 un vase miracyilenx où l’on prétendait avoir conservé le lait de la Vierge, mère de Jésus-Christ.

Au moment où les guerriers chréliena sortirent de Jérusalem, les Egyptiens assiégeaient Joppé par terre et par merj A l’approche des Francs, la^ flotte musulmane pleine d’effroi s’éloig^ du rivage.

' L’armée de terre, campée dans un lieu nommé IbeUin, attendait avec inquiétude l’armée chrétienne. Enfin les deux armées sont en présence ; au milieu du combat, une lumière semblable à celle de la foudre brilla dans le ciel, et tout-àcoup* éclata dans les rangs des infidèles. Ceux-ci restent comme immobiles de terreur; les chrétiens, armés de leur foi, redoublent de courage; les ennemis sont vaincus , et les débris de leur armée, qui était deux fois plus nombreuse que celle des chrétiens, se réfugient avec peine dans Jes murs . d’Ascalon. Les Francs, victorieux et c|iargés de butin, revinrent à Jérusalem en chantant les louanges de Dicui >, ^

Quoique l’armée des Francs eût triomphé ainsi des Sarrasins, toujours occupée de la défense des villes et des frontières sans cesse menacées , elle ne pouvait Sortir du royaume pour faire des conquêtes.’ Les guerriers qu’on retenait dans les cités chrétiennes j api'ês une si grande victoire, s’afllivgeaient de leur inaction, et semblaient placer encore leur espoir dans les secours de l’Occident. Ce fut alors qu’il aifiva une flotte vénitienne sur les côtes de Syne. ‘

8o HISTOIRE DES CROISADES.

,î3 Les Vénitiens qui , tlcpuis plusieurs siècles, s’enrichissaient par le^commerce de l’Orient, et craignaient de rompre d’utiles relations avec les puissances musulmanes de l’Asie, n’avaient eu que 1res peu départ à la première croisade etauxévénemens dont elle fut suivie. Ils attendaient.l’issue de cette grande entreprise pour prendre un parti , et s’asso^ cier sans péril aux victoires des chrétiens ; mais à k fin, jaloux des avantages qu’avaient obtenus les Génois ctlesPisans en Syrie, ils voulurent aussi partager les dépouilles des Musulmans, et préparèrent une expédition fôrmidable contre les infidèles. Leur flotte, en traversant la Méditerranée, rencontra celle des Génois qui revenait de l’Orient; la fureur de la jalousie alluma tout-a-coup la guerre; les vaisseaux géuois, chargés des richesses de l’Asie, furent attaqués et. forcés de fuir en désordre. Après avoir rougi la mer du sang des chrétiens (i), les Vénitiens poursuivirent leur route yers les côtes de la Palestine, où ils rencontrèrent iti flotte des Sarrasins, sortie des ports de l’Egypte ; .'^entôl il s’engage» un violent combat , dans leto\is les vaisseaux égyptiens furent dispersés fef couvrirent les flots de leurs débris. Le doge de VeniBâr, Tqui comirtamlalt k flotte vénitienne, entra dans le port de Ptolémaïs, et fut conduit en triomphe à Jérusalem. En célébrant les dernieres vie-

(i) Coiisullez sur ce combat, Guillaume de Tyr, lib. xii,

a3 ; les eaux de la* mer fumit rowgies du sang des vaincus , et l’air fut iiifecté par l’TOeur de leurs cadavres.

UVRE V. a'i

loircs rempoi'lèes sur les inUdèles, on s’occupa, de u;i3 les uiellre à profit par une expédition importante.

Dans un conseil , tenu en présence du régent du royaume et du doge de Venise, ou proposa d’aller assiéger la ville de Tyr ou la ville d’Ascalqn. Gomme les avis étaient -partagés, on convint d’intertoger Dieu et de suivre sa volonté. Deux Lillets de parchemin, sur lesquels ou avait écrit les noms d’Ascalon et de Tyr, furent déposés sur l’autel du Saint-Sépidcre. Au milieu d’une foule nombreuse de' spectateurs , un jeune orphelin s’avança vers l’autel, prit l’un des deux billets, et le sort tomba sur la ville de Tyr, (i)ï *•

Les Vénitiens, qui n’oubliaient point lesi intérêts de leur commeice et de leur nation, demandèrent, avant de commencer le siégç de Tyr, qu’on leur accordât une église, une rue, un four banal, un tribunal particulier dans toutes les villes de la Pa^ leslinel Ils deniandèrent encore d’autres privilèges et la possession d’un tiers de la vijlè conquise. La conquête de Tyr paraissait si importante, que le régent, le chancelier du coyaunie et les grands vassaux de Ifi couronne acceptèrent sans hésiter les conditions dès Vénitiens dans un hete que Tbistoire a conservé (2). j , •

(i).Guillaiiine de Tyr, lib. xfi et xin; ce sont ces deux livres qu’il faut consulter pour tous les événemeus- que nouS'venons de raconter.

(à) Cette pièce intéressante, et qui rtiontrc quel était l’esprit que les llalieui apportaient dans les croisades, ; pourra se, lire daus les piècës iustificativcs de cé volume.

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