‹ Histoire des croisades (volume 4)Chapitre 4 sur 34 · UOM. II. G · texte numérisé non relu

UOM. II. G

lUSTOIEE DES CROISADES.

ixS Lorsqu’on eut ainsi partaj^é par un traité la ville ([u’on allait conquérir, on s’occupa des préparatifs du siège. L’armée chrétienne partit de Jérusalem et la flotte des Vénitiens du port de Ptolémaïs vers le commencement du printemps. L’historien du royaume de Jérusalem, qui fut long-temps archevêque de Tyr, s’arrête ici pour décrire les antiques merveilles de sa métropole. Dans son récit àla-fois religieux et profane, il invoque tour-à-tour le témoignage d’Isaïe et de Virgile; après avoir parlé du roi Hyram et du tombeau d’Origène, il ne déiliiigne point de célébrer la mémoire de Gadmus et la patrie de Didon (i). Le bon archevêque vante surtout l’industrie et le commerce de Tyr, la fertilité de son territoire , ces teintures si célèbres dans l’antiquité, ce sable qui se changeait en vases transparens (2), et ces cannes à sucre dont le miel, dès ce tcmps-là, était recherché dans toutes les régions de l’uriivers. La cité de Tyr; au temps du roi Baudouin, rappelait h peine le souvenir de cette ville somptueuse, dont les riches marchands.

(i) I.a description que fait de Tyr l’historien du royaume de Jérusalem, est pleine d’intérêt. lib. xiii, §.

(a) genus elegantissinium et in eodem renini gé-

néré facilè obtinens principatum , de arend quâ in cddem planiiiâ coüigilur mirabiliter conjicilur quod indè ad remotas etiam delatwn provincias aplani vasis mirabilibus et

perspicud sinceritate prcecipuè niateriam prœbet

Canamellas undè preliosissima et saluti mortaliuni necessaria maximè eoi^citur Zuchara. (Guillaunoe de Tyr, lib. xu. , §. 3. ;

an rapjjort d’Isale, étaient des princes; mais on la i regardait encore comme la plus peuplée et la plus commerçante des villes de Syiie ; elle s’élevait surun rivage délicieux que lés montagnes mettaient à l’abri des frimas du nord; elle avait deux grands môles qui, comme deux bras, s’avancaient dans les flots pour enfermer un port où la tempête ne trouvait point d’accès. La ville de Tyr, qui avait soutenu plusieurs sièges fameux, était défendue, d’un côté, par les flots de la me»’ et des rochers escarpés; de l’autre, par une tiiple muraille surmontée de hautes tours.

Le doge de Venise, avec sa flotte, pénétra dans le port et ferma toute issue du côté de la mer. Le patriarche de Jérusalem, le régent du royaume. Ponce', comte de' Tripoli, commandaient l’armée de terre. Dans les premiers jours du siége^ les chrétiens et les Musulmans combattirent avec une opiniâtre ardeur, mais avec des succès partagés. La Assumon des infidèles vint bientôt seconder les efforts des Francs. Le calife d’Égypte avait cédé la moitié de la place au prince de Damas, pour l’engager à la défendre contre les chrétiens. Les Turcs et les Égyptiens étaient divisés entre eux et ne voulaient point combattre ensemble; les Francs profitaient de ces divisions et remportaient chaque jour de grands avantages. Après quelques mois d’attaques sans cesse renouvelées , les remparts s'écroulaient devant les machines des chrétiens; les vivres commençaient à manquer dans la place. Les infidèles étaient prêts k capituler, lorsque la dis-

84 IIlStOJllE DES CROISADES.

124 corde vint desunir à IcUr tour les chrélicus , et fut sur le ])oiut de rendre inutiles les prodiges de la valeur et les travaux d’un long siège ( i).

' L’armée de terre se plaignait hautement de sup^ porter scidc les combats et les fatigues; les chevaliers et leurs soldats menaçaient de rester imrrio- Lilessous leurs teutes, comme les Vénitiens sur leur.<i vaisseaux. Pôur prévenir l’ellèt de leurs plaintes, le doge de Venise vint dans le camp des chrétiens avec ses inarins armés de leurs rames, et déclara cpi’il était prêt à monter à l’assaut. Dês-lors une généreuse émulation enflamma le zèle et lè courage des soldats de l’armée et de la flotte. Les Musulmans partis de Damas pour secourir les assiégés s’avaucèreut jusque dans le voisinage de Tyr. Une armée égyptienne, sortie en meme temps d’Ascalon, ravagea le pays de Naplouse et menaça; Jérusalem. Toutes ces tentatives ne purent ralentir l’ardeur des chrétiens et retarder les progrès du siège (*2). Bientôt ou apprit que Balac, le plus rodoutabéo des émirs turcoraans, avait péri devant les murs

(1) Sur les causes de ces divisions, il faut consulter IRii-

Giouzi , au tom. 11. {nibliolh. deS Croisades , §. 1 1 , an 5 1 B de l’kégirc. ) •••< -> -T: -r ^ »%>

(2) Pendant le siège de Tyr des jeunes gens de ' la ciCé résolurent de mettre le feu' aux machines des chrétiens; un jeune pèlerin en sauva une des flammes à force de jeter de l’eau dessus malgré les traits des assiégés; les chrétiens appelèrent un Arménien habile, afin de diriger les pierriers'; par spn içle et son savoir, il mérita une récompense publiijue. (Guillaume de Tyr, lib- xiii » S* 9’ ) *

de Maubef;. Josseliu, qui l’avait tué de sa propre iiî5 main, bn fit donner la nouvelle à toutes les villes chrétiennes. La tête du farouche ennemi dés Francs lut portée eu triomphe devant les murs de Tyr, où ce spectacle redoubla l’enthousiasme belliqueux des assiéfçeans (^i).

Les Musulmans, sans espoir do secom's, furent obligés de se rendre après un siège de cinq mois <’t demi. Les drapeaux du roi de Jérusalem et du tlüge de Venise flottèrent ensemble sur les murailles de Tyrj les chrétiens firent leur entrée triomphante dans 4à ville, tandis que les habitans, d’après la capitulation, en sortaient avec leurs femmes et leurs enfans (2), ,

Le jour où Ton reçut à Jérusalem la nouvelle de la conquête de Tyr fut une fête pour tout le peuple de la ville sainte. Au bruit des cloches on chanta le Te Deum en actions de grâces; des dra- ï

•(1) Guillaume de Tyr rapporte que, pour faire honneur au comte d’Edesse, le comte de Tripoli arma chevalier, en prt^enco de l’armce, celui qui apporta la tête de Balac (lih.xii, 5* * 1 1); l’auteur ar.ahc Ibn-Giouzi raconte dilTeremincnt la moçt de cctëmir. \Biblioth. des Crois, f 1. 11 , §. 1 1 .)

(2) Guillaume de Tyr interrompt son récit du siège de

* Tyr, pour nous dire que la garuisou musulmane d’Ascalon, voyant Jérusalem sans défense, marcha sur cette cité dans l’espérance de la surprendre ; lib. xiii, Marin Sancty , historien de Venise ; donne un^récit fort circonstancié du siège de TJt, qu’on peut comparer à celui de Guillaume J de Tyx et des Arabes, t Voyez la Bihlioth. des Croisades, tom. 1 , pag. 63o et suiv., cl toiii. ii, les extraits dc^ historiens arabes. ) ■ •

I f35 peaux furent arborés sur les tours et sur les rem- . parts de la ville J des branches d’oliviers et dfes bouquets de fleurs étaient semés dans les mes et sur les places publiques; de riches étoffes ornaient les dehors des maisons et les portes des égllse.s. I^es vieillards rappelaient dans leurs discours la splendeur du royaume de Juda, et les jeunes vierges répétaient en chœur les psaumes dans lesquels les prophètes avaient célébré la ville de Tyr (i).

Pendant que les chrétiens ajoutaient ainsi une cité opulente au royaume de Jérusalem, Baudouin du Bourg était toujours prisonnier dans la ville de Charan, brûlant de s’associer aux exploits de ses guerriers et de mêler quelque gloire âu souvenir de ses malheurs. Ses ennemis durent s’apCTcevoir que la captivité d’un prince franc n’arrêtait point les progrès des armes chrétiennes. L’illustre captif profita de la confusion et de l’esprit de discorde que les dernières victoires des chrétiens avaient répandus parmi les Musulmans de Syrie, pour traiter de sa rançon et recouvrer sa liberté. A peine

(i) Quoaudito clamorjucundissimum aitàlitur, Te Deum laudamus, illico vocibus. altisonis decantatiir^ signa pulsantur y processio ad templum Domini deducitur } vexilla in mûris et turribus elevantur per omnes viras , omamenta multicoloria extenduntur. ( Foulcher de Chartres , annee iri4.) On ne nomma un archevêque de Tyr que quatre ans après la prise de la ville. Guillaume de Tyr fait à ce sujet de grandes plaintes ; il déplore surtout la servitude et l’état de misère où se trouva long -temps l’église de Tyr, ( Voyez Guillaume de Tyr, lib. xni. )

fut-il sorti (le sa prison, qu’il rassembla quelques 1 guerriers et marclia contre la ville J’Alep Le chef des Arabes j Dobais, et quelques émirs de la contrée se réunirent à l’armée clirétienne; bientôt les habitans se trouvèrent réduits aux dernières extrémités, et la ville était prête à se rendre lorsque le prince de Moussoul accourut à la tête d’une armée j Baudouin du Bourg, obligé d’abandonner le siège (a) , revint enfin dans sa capitale, où tous les chevaliers chrétiens remercièrent le ciel de sa délivrance, et vinrent se ranger sous ses drapeaux. La fortune leur offrit bientôt l’occasion de signaler leur valeur, sous un chef qu’ils paraissaient avoir oublié et dont ils reconnurent avec joie l’autorité, lorsqu’il leur promit de les conduire à d(^ nonveaux combats. Les Turcs, qui avaient passé l’Euphrate pour secourir Alep, dévastaient alors la principauté d’Antioche. Baudouin accourt à la tête de ses guerriers, livre un combat sanglant aux .troupes, infidèles, s’enrichit de leurs dépouilles , et les force d’abandonner les terres des chrétiens.

A peine rentré triomphant dans Jérusalem, il donne de nouveau le signaLde la guerre, et met

en fuite l’armée de Damas, près du lieu où Saül

(i) Le siège d’Alep a été racoutè fort au long par l’historien musulman de cette cité; son récit curieux a été traduit. [Bibüoth. des Croisades ^ tom. n, §.,ia.)

“(a) Les auteurs arabes ont accusé Baudouin d’avoir raan- <pvé à scs engagemens. (Voy. les plaintes de Kcmaleddtu,, tom. Il d« la Diblioth. des Croisades, §. ii.)

8« lîISTOmE DES- CROISADES,

avait entendu ces paroles; Saül, Saïd, poiu'quoi me persécutezro^oiis? Les "ucrriers chrétiens, dans CCS campaf'nes rapides, avaient fait un butin immense, et les dépouilles de l’ennemi servirent à racheter les otages que le roi de Jénisalem avait laissés entre les mains des Turcs. C’est ainsi que les Francs réparaient leurs revers à force de bravoure, et qu’ils acquittaient leurs promesses par .des victoh'es (t). » -

Les états chrétiBUs avaient alors pour ennemis les califes de Bagdad et du Caire, le prince de Damas, les éinirs de Mossoul, d’Alep et les descendans d’Ortoc, maître de plusieurs places dans la Mésopotamie. Les Égyptiens étaient fort affaiblis par leurs nombreuses défaites, et ne conservaient que la ville d’Ascalon de leurs anciennes conquêtes sur les côtes de Syrie; mais la garnison de cette place, formée de plusieurs' armées vaincues, menaçait encore le territoire des chrétiens. Quoique les Égyptiens eussent perdu les villes de Tyr,, de Trlpoh, de Ptolémaïs, ils restaiertt toujours les maîtres, de la mer, et leurs llçttes dominaient, sans obstacle, dans les parages de la Syrie, lorsque les peuples maritimes de l’Europe ne venaient pas au secours des Francs établis eu Palestine. .

, Les Turcs, accoutumés à la vie militaire et pas-

(i) Cojnpai'ez le récit de Guillaume de Tyr.; lib. xiii,. §§. suiv., avec les extraits des auteiu-s arabes. {Bh hliolk. dçs Croisadcs'f %om' n. )

Digilized by GoogU

toralc, ne disputaient ni aux Egyptiens ni aux iiaS Francs l’empire de la mer j mais ils se faisaient redouter par leurs incursions continuelles dans les provunces chrétiennes. Dociles et paliens, ils supportaient mieux que leurs ennemisda faim., la soif, la fatigue; la connaissance du pays, l’habitude du climat, les intelligences qu’ils avaient avec les habitans leur donnaient un grand avantage sur les chrétiens dans leurs courses guerrières. Ils se montraient plus habiles que les Francs à lancer des flèches; leur cavalerie était plus exercée aux évolutions militaires. Il n’était pas jusqu’à la crainte, fllle du despotisme, qui ne favoris'it leurs armes, eu maintenant parmi leurs soldats le respect pour la discipline. Leur üictique consistait à fatiguer • leurs ennemis, à leur dresser des embùclies, à les attirer dans une position désavantageuse où ils pouvaient triompher sans cojnbat. La discorde qui divisait sans cesse les ptinces musulmans de la Syrie, les empêchait de suivre long-temps le meme plan de défense ou d’attaque^ lorsqu’une tranquillité passagère succédait à leurs guerres civiles, tantôt excités par l’ardeur du pillage, tantôt animés par -les prières et les conseils du calife de ^ 1

Bagdad, ils fondaient avec impétuosité sur le ter- 1

ritoire d’Autioclie, d’Édesse, de Tripoli, ou sur • le royaume de Jérusalem. Si les Musulmans éprouvaient une défaite, ils se retiraient avec l’espoir de ^trouver une occasion plus favorable ; s’ils étaient • ^ •

vainqueurs, ils ravageaient les villes et les cain- ''' pagnes, et retournaient dans leur pays, chargés' '

. ' . ■ Digtized by GÿOgle

90 HISTOIRE DES CIWISADES.

iia8 de dépouilles, en chantant ces paroles : V Alechmn est dans la joie, et L’Evangile est dans lei larmes. X ’

Une fioulc de nations dilFe'rentes de mœurs , de caractère et d’nrigine, se partageaient' les débris de l'empire des Seljoucides, souvent armées les unes c'ontre les autres, mais, dans le moment du péril toujours prêtes à se ^réunir contre les Francs. Les tribus arabes qui avaient abandonné les' villes à. la domination desTuics, erraient dans les provinces qu’elles avaient autrefois possédées et combattaient sans cesse, non plus pour la gloire et pour la patrie, mais pour.le butin et pour l’islamisme. D’autres peuplades, celles des Curdes, attirées par l’espoir du pillage , traversaient le "Tigre et l’EiipHrate et venaient se mettre à la solde des conquérans qui ravageaient la Syrie. Nourris dans les, montagnes qui avoisinent la grande Arménie^ ils conservaient des mœurs féroces qt sauvages; plusieurs de- .leurs guerriers servirent avec éclat la çausé des Musulmans, et ce fut de cette tribu des Curdes que sortit dans la suite la dynastie de Saladin. -

La plus redoutable de toutes les nations que des chrétiens eurent alors à combattre , était celle des. Turcomans. Ces hordes érrantes étaient originaires des bords de la mer Caspienne, et ressemblaient pour leurs mœurs et leurs usages militaires, aux- Tartares dont ils tiraient leur origine. Ils avaient pénétré dans la Syrie quelque temps avant la pre-* mière croisade ; et lorsque l’armée des Francs .traversait l’Asie mineure; les Turoomans de la famille

Di,,:;:.-): .

d'Orlock, étaient maîtres de Jérusalem. Vaincus na8 par les Égyptiens, ils se retirèrent vers le nord de la Mésopotamie d’où ils menaçaient sans cesse les provinces que les Francs venaient de conquérir sur l’Euphrate et l’Oronte. On ne les redoutait pas moins pour leur bravoure que pour leur férocité.

Nos vieux chroniqueurs ne parlent qu’eiï frémissant des cruautés que' les Turcoman% exerçaient sur les vaincus! L’historien du royaume de Jérusalem, qui leur donne le nom de Parthes , compare leur nation à l’Hydre de Lerne, et nous apprend que chaque année on voyait arriver des rivages du Tigre et des frontières de la Perse une si grande ^ multitude de ces barbares, qu’c//e aurait si^ fow' couvrir toute la terre.

Parmi les peuples établis en Syrie, l’histoire ne doit pas oublier les Assassins ou Ismaéliens , dont la secte avait pris naissance vers le onzième siècle, dans les montagnes de la Perse. Peu de temps aVant la première croisade , ils s’emparèrent d’une partie du Liban'et fondèrent une colonie entre • Tripoli et Tortose ; cette colonie était gouvernée •par un clief que les Francs appelaient le Vieux ou le Seigneur de la Montügne (i). Le chef des Ismaéhens ne régnait que sur une vingtaine de

(i) M. de Sacy a fait des travaux utiles et approfondis sur les Ismaéliens. ( Voyez & la fin du volume l’éclaircissement C. ) Guillaume de Tyr ) son continuateur Jacques de Vitry, et Bernard le Trésorier, ont longuement parlé de cette secte et. du Vieux de la Montagne. » .

1128 châteaux ouLourgades. J1 comptait à peine soixante mille sujets; mais il avait fait du, despotisme une espèce de culte et son autorité était sans bornes. Ses sujets le, regardaient comme le seul dépositaire , ■' des lois de Mahomet ; tous ceux qui résistaient à ses volontés méritaient la mort. Le Vieux de la Montagne, selon la croyance des Ismaéliens,, pouvait distrilpjcr à ses serviteurs les délices du Paradis : celui qui mourait pour obéir à son chef, montait au ciel où l’attendait le prophète de la Mecque; celui qui niourâit dans son lit , souffrait de longues douleurs dans un autre monde.

Les Ismaéliens étaient divisés en trois classes :

, le peuple, les soldats et les gardes. Le peuple vivait de la culture des terres et du commerce; il étiiit docile, laborieux, sobre et patient. Rien n’é- . galait l’adresse, la force et l’audace des guerriers, ün vantait leur habileté dans la défense et le siège des places. La pliipart des princes musulmans clicrchaient à les avoir à leur solde.

• La classe la plus distinguée était celle des gardes o<i fédais; on né négligeait rien pôur leur éduca- ^ lion. Dès léur enfance, ils fortifiaient leur corps par des exercices'violéns; ils cultivaient leur esprit j>ar l’étude des arts. On leur apprenait les langues . de l’Asie et de l’Europe, pour qu’ils pussent aller dans tous les pays exécuter les ordres de leur maître. On employait toutes .«iortos de prestiges pour enllammcr leur imagination et leur courage; pendant leur sommeil , provoqué par des boissons enivrantes, ils étaient transportes dans des jardins

Digiuzod by Goo^k

délicieux, el sc réveillaient entourés des séductions de la volupté. C’est là que le Vieux de Li MonUigne, en leur montrant les iinaj'es des joies du Paradis , leur inspirait une aveugle obéissance. Au milieu des illusions qui enivraient leur sens^ égaraient leur esprit , le cbel’ des Ismaéliens pouvait leur ordonner de se jeter du haut d’une tour| de se précipiter dans les flammes, de se percer d’un fer mortel (i). Lorsque le Vieux de la Montagne leur avait désigné celui qu’il voulait punir, ils allaient, armés d’un poignard, le chercher dans les palais, au milieu des camps, et ne connaissaient ni les obs^ tacles , ni les dangers.

Souvent les princes chargeaient le chef des Ismaéliens du soin de leur vengeance, et lui demandaient le trépas de leurs rivaux ou de leurs ennemis. Les rois étaient ses tributaires. La crainte qu’il inspirait, les meurtres commis par ses ordres grossissaient scs trésors. Son château s’élevait au uiilijeU de rochers escarpés et dans un lieu presque inaccessible. Setftblkble à l’aigle du Liban , l’elTi-oi des^ campagnes ou il va chercher sa proie," et qui vit traiKjuille sur les lieux élevés qu’il a choisis pour sa retraite, le Vieux de la Montagne, entouré de sa milice intrépide et retranché dans la forteresse de Massiat, répandait partout la terreur de son nom, et lui-méme bravait en paix les nienaces des puissans monarques. ^

I laS

(i) Voyez le Voyage du comte de Champagne dans les étals du Vieux de la Montagne. ( Biàlioth. des Croisades, tom. I , pag. 372. )

, Dîyi‘

iia8 Les Ismaéliens, implacables seclaices , et secfètement attachés à la doctrine des califes égyptiens, avaient une profonde aversion pour les Turcs de ^ Syrie ; plusieurs d’entr’eux servaient les émirs et les sultans de cette nation, mais ils faisaient payer cher leurs services et se mêlaient souvent aux révolutions sanglantes qui précipitaient du trône les dynasties musulmanes de l’Orient. Ils avaient moins de haine pour les chrétiens, parce que ceuxci combattaient les Turcs; quelquefois même ils furent pour les Francs d’utiles auxiliaires. Après la captivité de Baudouin , üs avaient offert de lui livrer Damas eu échange de la ville de Ty r ; l’armée chrétienne passa le Liban au miheu de l’hiver; mais les pluies ne lui permirent point de s’approcher de la ville , et le complot ayant été découvert, plus de six mille Ismaéliens fureut égorgés par les habitans.

' Quelqije temps après, un Ismaélien qui commandait la ville de Panéas , ou Gésarée de Philijjpe, bâtie aux sources du Jourdain, livra cette place aux chrétiens de Jérusalem. A-peu-près à la même époque, le Vieux de la Montagne avait ordonné la mort de Borsaqui, prince de Moussoul, le plus" redoutable ennemi des Francs : ce meurtre, commis au milieu d’une mosquée, jeta la Syrie dans le trouble et l’agitation; mais les chrétiens ne surent point en profiler, et, du sein du désordre, il s’éleva ^ une puissance nouvelle et formidable. Zenguy , fils d’Acksancar, l’un des plus habiles capitaines de son temps, s’empara de Moussoul, d’Alep, de plusieurs autres ^villes de Syrie cl forma la dynastie des Ala-

Dig ■ '“1 by C

liVlÎE V. y5

bccks, ou £ouverfieursdu pnnce (i), dont Tempire devait s ctendie sur une grande partie de l’Orient, L’histoire orientale, en parlant de l’avénenient de Zenguy , déplore la faiblesse où étaient alors tojnbées les puissances musulmanes, et remarque , avec douleur que les étoiles de V islamisme avaient , pâli devant l’ étendard victorieux des Francs, En effet, les colonies chrétiennes, quoiqu’elles eussent ^|rouvé.des revers, n’avaient pas laissé, au milieu • la confusion genéi’ale-, de faire de grands progrès et d’élever une puissance redoutable. '

Le comte d Édcsse s’étendait sur les deux rives de rEuplimte et sur le revers du mont Taurus. Son territoire comptait plusieurs villes florissantes; le,s rivages de la mer, depuis le golfe d’issus jusqu’à Laodicée , les contrées qui s’étendaient depuis la ville de Tharse en Cilicie jusqu’aux portes d’Alep , et depuis le mont' Taurus jusqu’au voisinage d Emesse et aux ruines de Pahuire , formaient la principauté. d’ Antioche , la plus vaste et la plus riche des provinces chrétiennes. Le comté de ïri-^ poli, défendu d’im coté par le Liban, de l’autre • par la nier'de Phénicie, et placé au centre de l’em-

I üiS

(0 Ce tiüe, qui revieût à ce que l’hisloite de Fiance appelle les maires du palais , est composé de deux mots grecs ata et bek, qui siguifient père du prince, Aujom-d’hui le^sulian de Constantiupple appelle son grand visir Aï/u , ou père. M. Reinaud a expliqué l’origine et le sens de celle dénomination, en faisant, d’aprtÿ les auteurs arabes, le portrait de Zcngui. (Voy. le deuxième volume de la Bibliothècfue des Croisades, an '545 de l’hégire^ J. *7. )' .

gü HISTOIRE DES CROISADES.

1128 pire lies Francs, cynipreuait jjusicurs villes forli- >. liées, un {'ranil uombrordlî bourgs tics campagnes lerlilcs. Vers le noi^d, U avait pour limites le château de Margath ; vers le midi, le lleuve xVdonis j ^ ce fleuve célèbre dans rauliquilé profane et sacre'c , formait les limites du royaume de Jénisalcin, qui, d’uu autre côté, portait ses froûlières jusqu’aux portes d’Ascaiun et jusqu’au désert de l’Arabie. Cet empire des Francs avait pour.enncnii^ tous lés'peuples musulmans de l’Égypte, de la Syi^^ et de la Mésopotamie ,• il devait aussi avoir pour alliés et pour auxiliaires tous les clirétiens répandus alors en Orient, et cet esprit de fraternité qui unit tous les hommes de la même croyance, ajoutait sans doute à la force d’une confédération formée au nom de Jésus .-Christ. Oû se rappelle quels secours les croisés, à leur arrivée en Asie, avaient reçu de la population chrétienne des provinces qu’ils traversèrent. A l’époque dont imus parlons, on comptait encore un grand nombre de chrétiens dans l’Asie mineure, à Ale]> , à Dà- • mas, dans toutes les villes d’Égypte; et , quoiqu’ils fussent violemment comprimés parles Musulmans, on doit croire qu’ils n’étaient pas toujours spectateurs indifléreus de cptte grande lutte éley.ée, entre l’Alcoran et l’Évangile. La petite Arménie, défendue par ses montagnes , par sa population guerriè're, devint alors un royaume chrétien. Elle fut quelquefoii» pour lies Francs un puissant auxiliaire ,

' et se déclara toujours ‘contre l’ennemi commun, l'islamisme. Une autre puissance chrétienne s^était

; nÿ Goo^Ii

formée dans les -vastes régions de l’ibérie ou ,,.^8 de la Géorgie.' Guillaume de Tyr ctUèbre la bravoure et les sei*vices du peuple géorgien, qui, vers le milieu du xii®. siècle, mit un frein à la puissance des nations de la Perse, et ferma* le passage des Portes - Oaspiennes aux barbares de la Tartarie (i).

Quels que fussent cependant les secours que les colonies des Francs pouvaient attendre des peuples chrétiens de l’Asie, ces secours n’étaient rien san? doute à côté de ceux qu’ils recevaient de l’Occidcut. L’Europe voyait avec orgueil ces puissances chrétiennes de la Syrie qui lui avaient coûté tant de sang,' on s’affligeait de leurs revers; on se réjouissait de leurs progrès; le salut de la chrétienté paraissait attacl>é à leur consei'vation. Les plus» braves des chrétiens- étaient toujours prêts à se dévouer pour l’héritage et la cause de Jésus- Christ (a).

(1) Il est certain que les Géorgiens furent sur le point de changer la face d’une partie de l’Asie. Déjà ils avaient conquis l'Arménie cl rnpouss<; les Musidmaus de la Perse. Ce furent les Karlsmicus et les Tartares, conduits par Gengiskan, qui non-seulement remirent ces pays sous le joug de Mahomet, mais p(?nétrèrcnt jusqu’au cœur de la Géorgie.

( Voyez les Hfémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, par M. Saint-Martin, tom. i, pag. 378-etfiuiv. , ' tom. Il, pagi 79 et suiv.-) . . ,

(2) Pour se former une juste idée des colonies chrétiennes d’Orient, on peut consulter la carte placée au commencement du volume , où la démarcation de chaque état est positivement déicrmii)ée;, nous examinerons, dans un éclair-

y8 HISTOIRE DES CROISADES.

I laS L® deTOtion des pèlerinages amenait chaque jour en Orient une foule d’hommes impatiens d’échanger le bourdon et la panetière contre le glaive des combats. La piété inspirait la valeur, et près du tombeau du Christ, tout devenait belliqueux, jusqu’à la charité évangélique. Du sein d’un hèpital consacré au service des pauvres et des pieux voyageurs, on vit sortir des héros armés contre les infidèles. On admirait également l’humanité et la bravoure des chevaliers de Saint-Jean (i). Tandis que les uns veillaient aux soins de l’hospitalité , les autres allaient combattre les ennemis de la foi. A l’exemple de ces pieux chevaliers, quelques gentilshommes se réunirent près du lieu où avait été bâti le temple de Salomon, et firent le serment de protéger et de défendre les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem. Leur réunion donna naissance à l’ordre des TempHers, qui, dès son origine, fut approuvé par un concile ^ et dut scs statuts à saint Bernard.

Ces deux ordres étaient dirigés par le mémo mobile qui avait fait naître les croisades, la réunion de l’esprit militaire et de l’esprit religieux. Retirés du monde , ils n’avaient plus d’autre patrie que Jérusalem, d’autre famille que celle de Jésus- Christ. Les biens, les maux, les dangers, tout était

cissement spécial , quelles furent les forces militaires et féodales de ces états chrétiens! 1[ Voyez Eclaircissement D , à la fin du volume. * ■■

(i) Nous consacrerons un éclaircissement spécial aux Ordres de chevalerie. (Voy.Eclairciss. B à la finde cevolume. )

Digilized by Googk

commun cntr’eux; une seule volonté, un seul esprit dirigeait toutes leurs actions et toutes leurs penseesj tous étaient reunis dans une même maison qui semblait habitée par un seul homme. Us vivaient dans une grande austérité, et plus leur discipline était ^sévère, plus elle avait de liens pour enchaîner leurs cœurs. Les armes formaient leur seule parure ; des ornemens précieux ne décoraient point leurs habitations ni leurs églises,- mais on y voyait partout des lances, des boucliers , des étendards pris sur les infidèles. A l’approche du combat, dit saint Bernard, ils s’armaient de foi au dedans et de fer au dehors; ils ne craignaient ni le nombre, ni la fureur des barbares; ils étaient fiers de vaincre, heureux de mourir pour Jésus-Christ, et croyaient que toute victoire vient de Dieu.

La religion avait sanctifié les périls et les violences de la guerre. Chaque monastère de la Pales-

tine était comme une forteresse où le bruit des armes se mêlait a la priere. D’humbles cénobites cherchaient la gloire des combats; des chanoines institues par Godefroy pour prier auprès du saint tombeau, à l’exemple des Hospitaliers et des Templiers , s’étaient revêtus du casque et de la cuirasse, et, sous le nom de chevaliers du Saint-Sépulcre, se distinguaient parmi les soldats de Jésus-Christ.

La gloire de ces ordres militaires se répandit bientôt dans tout le monde chrétien. Leur renommée pénétra jusque dans les îles et chez les peuples lointains de l’Occident. Tous ceux qui avaient dos péchés à expier accoururent dans la ville .sainte

iii8

leo

iiu8 pour parlaf»or les travaux des guerriers cliréticiis.

, Une foule d’hommes qui avaient dévasté leur propre pays, vinrent défendre le royaume de Jérusalem et s’associer aux périls des plus fermes défenseurs de la foi.

, L’Europe n’avait point de famille illustre qui ne fournît un chevalier aux ordres militaires de la Palestine. Les ])rinces memes s’enrôlaient dans cette sainte milice et quittaient les marques de leur dignité pour p^-endre la cotte-d’arme rouge des Hos- ])ilaliers, ou le manteau blanc des chevaliers du ïcmple. Chez tous les peuples.de l’Occident, on leur donnait des châteaux et des villes qui .olfraient un asile et des secours aux pèlerins^ et devenaient des auxiliaircs du royaume de Jérusalem; de simples religieux, des soldats de Jésus-Christ, avaient un legs dans tous les teslamens, et souvent ils furent les héritiers des princes et des monarques.

Les chevidiers de Saint-Jean eldu Temple méritèrent long-temps les plus grands éloges : heureux et plus dignes des bénédictions de la postérité; si, dans la suite, ils ne s’étaient pas laissé corrompre ]»ar leurs succès cl par leurs richesses; s’ils n’avaient pas souvent troublé l’étal dont leur bravoure était l’appui ! Ces deux ordres étaient comme une croisade qui se renouvelait sans cesse, et qui ontreteriail l’émulation dans les armées chrétiennes.

Les m^œurs militaires des F i-ancs qui combattaient alors dans la Palestine, présenleuL un spectacle digne de fixer l’attention de l’iiislorien et du philosophe, et peuvent servir à explj(jii.er les jiro-

loi

grès rapides et la décadence inévitable du royaume i ia8 de Jérusalem. Le principe d’honneur qui animait les guerriers et les empêchait de fuir, même dans un combat inégal, était le mobile le plus actif do leur bravoure, et leur tenait lieu de discipline (i). Abandonner son compagnon dans le péril, se retirer devant renuemi, était une action infatué aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes. Dans les combats, leurs rangs serrés, leur haute stature, leurs chevaux de bataille, couverts comme eux de fer, renversaient, dispersaient les nombreux bataillons des Sarrasins. Malgré la pesanteur de leurs amies, 'rien n’égalait la rapidité avec laquelle ils . se transportaient dans les lieux les plus éloignés.

On les voyait combattre , presque dans le même \ temps, en Egypte, sur l’Euphrate et sur l Oronte; ils ne s’éloignaient de ces théâtres accoutumés de leurs exploits que pour menacer la principauté de Damas, ou quelques villes de l’Arabie. Au milieu de leurs expéditions, ils ne connaissaient d’autre loi que la victoire, abandonnaient et rejoignaient

(i) Il faut voir dans les clironiqueurs, qui étaient presque tous des moines et dps ecclésiastiques, le mépris profond qu’ils aScctent pour ceux qui fuyaient dans les combats ; ces bons chroniqueurs ne trouvent point d’expressions assez fortes pour flétrir le manque de courage dans un guerrier chrétien. Aux yeux de Guillaume de Tyr,* c'est toujours une honte d’avoir été battu , à moins qu’ori ne meure sur ‘ le champ de bataille. Dans toüs ses jugemens sur les soldats du Christ , pn retrouve quelque chosu dit Qu" U mourut die vieil Horace. . '■ >

loi HISTOIRE DES CROISADES,

laS à leur gré les drapeaux qui les cpnduisaient à l’cnoemi, et ne demandaient à leurs chefs que l’exemple de la bravoure. '

Comme leur milice avait sous ses drapeaux ,des guerriers de plusieurs nations , l’opposition ‘ des ‘ caractères, la différence des moeurs et du langage, entretenaient parmi eux une généreuse émulation , et quelquefois faisaient naître la jalousie et la discorde. Souvent le hasard, une circonstance imprévue , décidaient une entreprise et le sort d’une campagne. Lorsque les ' chevaliers clirétiens se croyaient en état de' combattre l’ennemi, ils allaient le chercher sans se mettre en peine de' cacher leur marche ; la confiance dans leur force , dans leurs armes, et surtout dans la protection du ciel, leur faisait négliger les stratagèmes et les ruses de la guerre, et même les précautions les plus nécessaires au salut d’une armée. La prudence dans leurs chefs ne leur paraissait souvent qu’une marque de timidité et de faiblesse, et plusieurs de leurs princes payèrent de leur vie ou de leur liberté la vaine gloire d’affronter les périls sans utilité pour la cause des chrétiens. •

. Les Francs de la Palestine ne connaissaient guère d’autres dangers, d’autres ennemis que ceux qui se présentaient devant eux sur le champ de bataille. Mais plusieurs erttreprises importantes que la fortune seule semblait diriger, devaient assurer le salut et la prospérité des états chrétiens en Asie^ La première de ces entreprises était d’abaisser la puissance des califes d’Égypte j la seconde de con-

. . . UVRE 'V. ,*o5

quërir et de conserver les villes marilitnes de la i Syrie, afin de recevoir les flottes et les secours de l’Occident; la troisième, de défendre les frontières et d’opposer de toutes parts une barrière aux Turcs et aux Sarrasins. Chacun de ces grands intérêts, ou plutôt. tous ces intérêts réunis occupaient sans cesse les Francs établis en Asie, sans que la plupart d’entr’eux sentissent les dangers et les avantages de leur position, sans qu’ils'employassent, jiour réussir, d’autre moyen que leur épée. C’est là qu’il/aut- admirer leurs efforts, et que leur bravoure, qui suffisait à tout, paraît tenir du prodige.

Nous venons de faire connaître l’état des colonies clirétiennes en Syrie; nous allons reprendre la suite des événemens les plus rernatquables de celte époque. Par;ui les illustres pèlerins qui se rendaient alors dans la Palestine et s’associaient aux ‘ travaux des chevaliers ebrétiens, l’histoire ne doit pas oublier Foulque, eomte d’Anjou (i); il était fils de Foulque le Rechin et de Bcrtrade de Montfort, qui devint la femme de Philippe pr. ^ et pôur laquelle le roi de France avait bravé toutes les fou-

(i) Voici le portrait que tracent du comte d’Anjou les chroniques contemporaines : « Foulque, comte d’Anjou, » qui tant estoit renommé et prisié aux armes. » {Grande chronique dfi France, Çollect. des histor., t. xu, p..i83. )■ Vir honestus strenuùs armis, disent les gesta eonsulua^ Andigaven. ( Dachert, specileg., tom. iii, pag. 262. ) Guillaume de Tyr afait son'portrait physique et moral, comme de tous les rois de Jérusalem. (Voy. Biblioth. des Croisades, lom. I, pag. i44- )

loi UISTOIRE DES CROISADE.

Il '>8 dres de l’Eglise. Foulque d’Anjou ne pouvait sc consoler de la mort de sa femme Eremberge , fille d’Elie , comte du Maine. Sou chagrin le conduisit dans la Palestine, où il entretint pendant un an cent liomme^ d’armes qu’il menait lui-mcme au combat. Il réunissait la piété à la bravoure , et mérita l’estime des chrétiens , par son zèle à défendre la çause de la religion. Baudouin, qui n’avait point , d’enfant mâle, lui offrit en mariage sa fille. Mélisende, et promit de le faire reconnaître pour sou û’ successeur. Foulque accepta cette proposition avec- "" ^ joie, et devint le gendre et l’iiéritier du roi de Jé-» t'usajem (i),

ii3i Baudouin devait bientôt srt r/eWe ett^

vers la wort, et, selon la pieuse expression des chroniques contemporaines , entrer dans la 'voie de tpule chair. Voyant approcher sa dernière heure, il se fit transporter au lieu même où Jésus-Christ était ressuscité, et mourut entre les bras de sa fille et de son gendre, auxquels il recommanda la gloire des chrétiens en Orient, Baudouin avait un esprit droit, une âme élevée, une douceur inaltérable. La religion présidait à ses moindres actions, inspirait toutes ses pensées; mais il avait plus de dévotion peut-être qu’il ne convenait à un prince et à un guerrier. On le voyait sans cesse prosterné contre terre^ et, si l’on en croit Guillaume de Tyr, il avait les mains et les genoux endurcis par les pratiques de la piété. Il passa dix-huit ans sur le trône d’E-

(0 Guillaume de Tyr, lib. xm J §. a4.

Digilbed by Googli’

desse, douze sur celui de Jérusalem; il fut fait n3 deux fois prisonnier et resta sept ans dans les fers des infidèles. Il n’eut ni les dél'auls ni les ({ualités de son prédécesseur; son règne fut illustré par des conquêtes et des victoires auxquelles il n’eut point de part; mais il n’emporta pas moins au tombeau les regrets des cliréticns, qui aimaient à voir en lui le dernier des compagnons de Godefroy.

Les malheurs qui troublèrent sa vie et les soins qu’il fut obligé de donner à la principauté d’Anliocbe, ne l’empécbèrent pas de porter son attention sur l’administration intérieure de son royaume. Afin que la ville sainte fût toujours pourvue de subsistances nécessaires, il permit, par une charte, aux Arméniens, aux Syriens, aux Grecs, et meme aux Sarrasins, de transporter dans Jérusalem, en franchise de tous droits, le riz,, le bled et toute espèce de grains propres à la nourriture des babitans (i). De telles concessions, dit à ce sujet Guillaume de Tyr, lui méritèrent l’amour des peuples. Sous le règne de Baudouin II, les mœurs commencèrent à se corrompre; par les soins de ce prince, un concile s’assembla à Naplouse, pour mettre un frein au libertinage et réprimer les infractions à la morale et à l’ordre public. Mais les décrets de ce concile ne servirent qu’à montrer les désordres des chrétiens et n’arrêtèrent point les • progrès delà corruption, qui ne fit que s’accroître sous les règnes suivaus.

(i) Guillaume de Tyr, lib. xn, §. i5.

io6 HISTOIRE DES CROISADES. '

i3i Le^ concile de Naplouse (i) était le second qui eût été cénvoqué dans la Terre-Sainte depuis la conquête de Jérusalem. Le premier avait été tenu sous le règne de Baudouin, frère de Godefroy, pour juger la conduite et les droits d’Arnould dd llolies, nommé patriarche de Jérusalem. Ce serait peut-être ici l’occasion de parler du clergé latin qui s’établit dans les villes et les provinces conquises par les croisés. Nous avons raconté les démêlés de Baudouin Br. avec le patriarche Daimbert. Ces démêlés, dont la violence dut scandaliser les chrétiens, ne se terminèrent que par la mort du patriarche qui , parti d’Antioche avec Bohémond, s’était rendu à Rome pour solliciter l’appui du pape, et qui â son retour avait fini en Sicile une vie plus' remplie de périls et d’orages que d’actions édifiantes. Souvent les patriarches de Jérusalem et ceux d’Antioche, dont les noms rappellent quelquefois aux vieux chroniqueurs celui de Ma- « rius (a) , voului’ent usurper l’autofrité temporelle

(i) Voyez dans le^ pièces justificatives, i la fin du volume, ' où les décrets de ce concile sont rapportés en entier.

(a) Guillaume de Tyr 'apporte toujours', dans ce qn'il raconte des querelles de Baudouin et du pati'iarche , les préventions et les préjugés' dont nous avons parlé; il v«^ jusqu’à accuser par des paroles ambiguës, le roi de Jérusalem d’avoir empoisonné le-patriarche : « En effet , dit-il , le roi étant allé voir le patriarche gravement malade , lui demanda comment il se portait. — Je me porte, répondit le prélat , comme vous voulez, sic est nobis inpresenti dchmine reas secut vuUis. Ce soupçon de Guillaume de Tyr

•' -eigitized W

et firent ‘ entendre leurs plaintes ou leurs me- ii3t naces contre les chefs des colonies chrétiennes. Comme ces plaintes, qui tiennent beaucoup de place dans l’histoire contemporaine, n’eurent aucune influence marquée sur les grands événemens, nous avons cru devoir les passer sous silence. Les princes chrétiens établis en Orient, qui combattaient pour le triomphe de l’Evangile , se trouvant en quelque sorte revêtus d’un sacerdoce militaire, pouvaient lutter avec avantage contre les prétentions injustes du clergé. Il s’éleva aussi des contestations entre le patriarche d’Antioche: et celui de Jérusalem sur l’étendue de leur juridiction ecclésiastique. Ces débats furent déférés" à la cour de Rome, qui fit triompher la cause du patriarche de la ville sainte.

Les papes appelés à juger les querelles élevées entre le clergé et les princes chrétiens de la Syrie , ne parurent ' jamais y mettre une grande importance, ce qui excita souvent les murmures des prélats, et quelquefois même la vive censure des chro- ^

. niqueurs du temps. On doit ajouter ici que le clergé latin en Orient était loin d’avoir la considération et la puissance dont jouissait le clergé en Europe. U n’obtint qu’une part très médiocre dans les dépouilles des vaincus, et ses propriétés ne pouvaient être comparées à celles des princes et des barons.

ne s’accorde guère avec la piété exemplaire qui, au témoignage de l’archevêque, était une des vertus caractéristiques de Baudouin. ’ '

Digilized by C.oogli

. îo8 , HISTOIRE. DES CROISADES.

3i encore moins à celles des ordres de Saiul-Jean et du Temple. Dans réloi{juemenl où d était des écoles les plus célèbres de la cliréliciité, il n’avait point dans son sein assez d’hommes distingués pour que les principales dignités ecclésiastiques’ fussent toujours le prix du jiiérite et du savoir (i). En un mot, le clergé des états chrétiens èn,, Syrie n’eut jamais ni l’ascendant des richesses, ni* celui des lumières, et si l’on en croit Guillaume de Tyr et Jacques de Vitry, il n’eut pas toujours celui des vertus évangéliques.

Foulque, comte d’Anjou, fut couronné roi de Jérusalem après la mort de Baudouin. A son avènement au trôné, la discorde troublait les étals chrétiens et menaçait d’une ruine prochaine la principauté d’Antioche. Le fils de Bohémond, jeune prince rempli de bravoure, était arrivé d’Italie pour recueillir l’héritage de son père; d’abord attaqué par Josselin, comte d’Edessc, qui ne crai- gnit point de s’allier aux Musulmans pour envahir , et ravager les terres d’un prince chrétien, obligé ensuite de repousser chaque jour les agressions des Turcomans, il avait péri les armes à la main

• (i) Quelquefois de simples moines étaient élevés aux premières dignités eccIéiiaHiqucs. On lit, dans une chronique i qu’un pèlerin flamand fut élevé en ii3o aû siège patriarchal de Jérusalem , et cela parce que sc^n , cierge s’était allumé le premier , le jour des miracles du feu sacré.. ( Histoire littéraire de France, tom. ,v, pag. 34i. )•

Difjiîi^Md by ■- -îui^Ig

dans la Cllicio (i). Sa mort jeta la principauté i d’Antioche dans les plus grands désordres; il ne laissait qu’une fille, à qui la faiblesse de son âge et de son sexe ne permettait pas de prendre les rênes du gouvernement. Sa veuve, Alyse, fille de Baudouin, tdurmentée, dit Guillaume de Tyr, par V esprit du démon (2) , et voulant à toute force se faire la dame du pajs, pour satisfaire son ambition de régner, osa solliciter le secours de Zengui, auquel elle envoya un palejivi aussi blanc que la neige y ferré d’argent, avec un frein d’argent, et couvert d’une housse blanche , symbole de la candeur de ses promesses. Baudouin II, par sa fermeté, avait réprimé et puni les complots d’Alyse , en qui l’esprit de domination étoulfait tout-à-lafois la tendresse maternelle et la piété filiale , l’amour de son Dieu et l’amour de sa patrie. Mais a la mort de son père, cette princesse, étant sur toutes autres femmes , fière et cauteleuse, s’était bâtée de reprendre scs projets ambitieux. Foulque fut obligé de quitter deux fois son royaume ,.soit pour rétablir l’ordre troublé par les prétentions d’Alyse, soit pour repousser les invasions des Turcomans, toujours prêts à profiter des discordes élevées parmi les chrétiens. Les esprits étaient

(^1) Guillaume de, Tyr, qui a raconté la mort de Bohe'-. moud , le considère comme im grand prince , et agi'éable a Dieu; Dco ümabilîs. {hih. xii, 27. )

■(2) La princesse Alyse avait aussi entraîné dans son pàrti le jeune comte d’Édessc. ( Lib xiii , §. 28. )

no HISTOIRE DES CROISADES.

, tcUeraent animés, que Pons, comte de Tripoli , attiré dans le parti de la fdle de Baudouin, osa livrer un combat au roi de Jérusalem dans les plaines de Rugia; une sanglante défaite punit la félonie du comte, et la paix se rétablit dans Antioche. Au second voyage qu’il fit sur les bords de l’Oronte , Foulque fut plus heureux, car U n’eut point à combattre des chrétiens, et la victoire qu’il remporta sur les Turcs accourus en foule de la Perse et du pays de Moussoul, augmenta tellement sa considération et son crédit, que tous les pailis qui divisaient encore la ville d’Antioche, se réunirent à sa voix , et ne voulurent plus être dirigés que par ses conseils. Il profita habilement de celte disposition des esprits , et pour achever son ouvrage , il résolut de donner à la fiUe de Bohémond un époux qui pùt défendre ses droits et mériter la confiance des guerriers chrétiens.

La Syrie n’offrait au roi de Jérusalem aucun prince, aucun chevalier qui fût digne de son choix. 11 jeta les yeux sur les princes de l’Occident, et choisit Raymond de Poitiers pour gouverner Antioche, comme Baudouin II l’avait choisi lui-même pour gouverner Jérusalem. Ainsi l’Europe, qui avait fourni des défenseurs aux états chrétiens d’Orient, leur fournissait aussi des princes et des rois. Raymond de Poitiers, pour tromper tous les regards , et déconcerter tous les projets ennemis , fut obligé d’arriver en Orient sous l’humble costume d’un pèlerin. La veille de son entrée dans Antioche, Âlyse était persuadée que Raymond ve-

Digilized by GoogU

liait eu Asie pour l’épouser elle-même; on avait opposé ainsi la ruse à la ruse, et le patriarche parut se prêter à celle supercherie pour éviter le trouble et le scandale; le mariage de la fille dc- Bohémond fut célébré avec une grande solennité dans l’église de Saint-Pierre, et l’ambitieuse Alyse alla cacher sa honte et son dépit dans Laodicée , qu’elle avait reçue en apanage.

■Foulque d’Anjou, après avoir rétabli la paix dans Antioche , avait trouvé à son retour la discorde dans ses états, et jusque dans sa propre maison. Gauthier, comte de Césarée, gendre de Hugues, comte de Jaffa, accusa sou beau-père du crime de félouie envers le roi. Ce dernier s’était attiré la haine de Foulque d’Anjou et des seigneurs du royaume; les uns disent par son orgueil et son esprit de désobéissance, les autres par de coupables liaisons avec la reine Mélisendc. Lorsque les barons eurent entendu Gauthier de Césarée , ils proposèrent, d’après la coutume du royaume, un combat en champ clos entre l’accusé et l’accusateur, et comme le comte de Jaffa ue se rendit point au lieu désigné, il fut déclaré coupable.

IIu gués descendait du fameux seigneur de Pnyset qui leva l’étendard de la révolte contre le roi de France, et qui, vaincu à la fin par Louis-le-Gros(i),

(i) Le chateau de Puyset, près d’Orléans, fut assiégé trois fois par toutes les forces de Louis-le-Gros; ce château fut a la fin pris et démoli. Velly et tous les historiens français font mourir le seigneur de Puyset dans le royaume de Naples, parce qu’ils ont négligé de lire Guillaume de 'Fyt.

,,a HLSTOIRE DES CROISADES.

i3'j dépouille de ses possessions, banni de sa palrio, s’élait réfuj'ié dans la Paleslinc, où ses exploits lui avaient fait obtenir le comte de JalFa cjuil transmit à son fds. Hugues avait le caractère bouillant et impétueux de sou père, et, comme lui, ne savait ni pardonner une injure, ni supporter un acte d’autorité. En apprenant qu’il était condamné sans être entendu, il ne peut retenir sa colère, et court dans Ascalon implorer le secours des infidèles contre les chrétiens. Les Musulmans , charmés de la division qui s’élevait parmi leurs ennemis, se mirent aussitôt en campagne et ravagèrent tout le pays jusqu’à la ville d’Arsur. Hugues, après avoir contracté une alliance criminelle avec^ les Sarrasins, vint s’enfermer dans Jaffa, où il fut bientôt assiégé par le l’oi de Jérusalem.

La soif de la vengeance animait les deux partis ^ Foulque d’Anjou avait juré de punir la félonie de son vassal,- Hugues était déterminé à s’ensevelir sous les murs de Jaffa. Avant qu’on commençât l’attaque , le patriarche de Jérusalem interposa sa médiation et rappela aux guerriers chrétiens les préceptes de la charité évangélique. Hugues rejeta d’abord la paix avec indignation j mais ayant été abandonné par les siens, il prcLa enfin l’oreille aux discours pacifiques du patriarche, et consentit à déposer les armes. Le roi de Jérusalem renvoya son armée , et le comte de Jaffa s’engagea à quitter le royaume', où il ne devait rentrer qu’après trois ans d’exil. Il attendait à Jérusalem le moment favorable pour son départ, lorsqu’une cirçonslancc im-

Digi''. ■■

Page 1