‹ Histoire des croisades (volume 4)Chapitre 7 sur 34 · I.IVRE VI. ' -x · texte numérisé non relu

I.IVRE VI. ' -x

cîiréllensj il comj>ara les croises aux Hébreux, à «£ui Moïse avait promis, au nom du ciel, une terre de bénédiction , et qui périrent tous pendant le voyage , parce qu'ils avaient fait mille choses contre Dieu. On aurait pu répondre à saint Bernard qu'il était facile de prévoir les excès et les désordres d’une multitude indisciplinée , dans laquelle , comme pous l’avons vu, on avait admis des hommes pervers, des femmes de mauvaise vie, et même des voleurs et des brigands. Au reste, les raisons que donnait saint Bernard étaient appuyées sur les croyances du temps, et ne laissaient pas de produiro quelqu’imprcssion sur les esprits. Dans la persuasion où l’on était qu’une guqrre contre les Musulmans ne pourrait qu’être agréable à la Divinité, lorsque cette guerre entraînait après elle de grands malheurs, la dévotion des fidèles croyait devoir justifier la Provklence, et, pour la justifier, rien ne paraissait plus simple que d’accuser les croisés. C’est ainsi que chaque siècle â des sentimens et des opinions dominantes, d’après lesquelle.? les hommes so laissent facilement persuader; et lorsque ces opinions viennent à être ren^lacées par d’autres,* les raisonnCmens dont elles étaient la force et' l’appui , ne persuadent plus personne et ne servent qu’à montrer les faiblesses de l’esprit humain.

Au reste, on déplorait les maux présens; mais l’avenir en préparait de plus grands encore qné personne ne prévoyait. S’il est vrai que le divorce d’Eléonore fut une des suites de la croisade , oii peut le compter panni les plus grands mal!. cnrs

Digitizûd uy

a4o HISTOIRE DES CROISADES,

qui résultèrent pour la France de cette expe'dition. Par ce divorce niallieureux, la France perdit alors l’Aquitaine; et plus tard la puissance'anglaise, en dcç.à de la mer, s’accrut tellement, qu’on vit la royale postérité de l^ouis VII presque réduite à clierchcr un asile ^r des terres étrangères, tandis que les descendans d’Eléonore et de Henri II se faisaient couronner rois de France et d’Angleterre, dans l’église de Notre-Dame de Paris.

La flatterie entreprit de consoler Louis-le-Jeune des revers qu’il avait éprouvés en Asie, et le représenta dans plusieurs médailles comme le vainqueur de l’Orient (i). Il était parti de la Palestine avec le projet d’y retourner; et, dans son passage à Rome, il avait promis au Pape de se mettre à la tète d’uue nouvelle croisade.

Jamais les colonies chrétiennes n’avaient eu plus besoin d’étre secourues; depuis que les Français avaient quitté la Palestine, chaque jour on apprenait de nouveaux malheurs arnvés aux chrétiens établis en Syrie. Peu de temps après le siège de , Damas, Raymond perdit la vie dans une bataille livrée entre Apamée et Rugia, et sa tète, envoyée au calife de Bagdad, montra l’importance de la victoire remportée par les Musulmans. Plusieurs

(i) L.1 légende de l’une de ces médailles est ainsi conçue: ^ Régi invicto ab Oriente reduci, ’

Frementes lætitià ciTes.

Dans une autre médaille, on avait reprraenté le Méandre, et nu trophée élevé sur ses bords, avec cette inscription: Tureit ad ripM Metiandrü C7iiis , fugatis.

places de la principauté d’ Antioche avaient ouvert i i5a leurs portes aux soldats de Noureddin, et conduit par la fortune de scs armes jusqu’aux rives de la mer, qu’il n’avait jamais vue, ce héros bfcrbare c’était baigné dans ses Ilots comme pour en prendre possession (i^. Josselin, après avoir perdu la ville d’Edesse, tomba lui-même aux mains des infidèles, et mourut de misère et de désespoir dans les prisons d’Alep. La province d’Éd esse, menacée par les Turcs, abandonnée aux Grecs, perdit la plupart de ses habitans, et toute la poj)ulation latine de cette contrée, poursuivie comme le peuple d'Israël par un autre Pharaon, se réfugia, à travers mille dangers, sur les terres d’Antioche et sur celles de Jérusalem (2). Le comte de^Tripoli périt assassiné par une main inconnue, au milieu de sa capitale (3), et toutes les villes de son comté furent plongées dans le deuil. Au milieu de tant de périls qui menaçaient les polonies chrétiennes, la reine Mélisende et son fils se disputaient le gouverne-

(1) On peut lire, dans la Bibliotk. des Croisades, des détails curieux sur la manière dont Josselin fut fait prisonnier, tom. ii 20.

(2) Guillaume de Tyr fait, dans son dix-septième livre, une description intéressante de la retraite des familles chrétiennes qui habitaient le comté d’Edesse.

(3) Raymond fut tué dans un lieu appelé la Fontaine

Mûrie y l’an 1 148 , le 27 juin, le jour de la fèie des saints apôtres saint Pierre et sainlPaul. (Voy. Guillamne de Tyr, lib. XVII. ) ' - . . .

24a HISTOIRE DÈS CROISADES.

J, 5.;, ment tlii royaume de Jérusalem (i). La division arriva au point que Baudouin assiégea la tour de David , où sa tiière s’était réfugiée avec tous ses partisans. Enllii tous les malheurs semblaient se réunir pour accabler les puissances chrétiennes d^ la Syrie^ct les Musulmans se disaient entre eux que le moment était enfin venu de renverser l’empire des Francs. Deux jeunes princes de la famille d’Orlock osèrent concevoir le projet de conquérir Jérusalem sur les ebréliens (2) ; une année qu’ils avaient rassemblée dans la Mésopotamie vint camper sur le mont des Oliviers, et la ville sainte ne <lut sou salut qu’à la bravoure de quelques chevaliers, tpii ranimèrent le peuple effrayé, et l’exhortèrent à défendre avec eux l’héritage de Jésus- Christ.

Le roi de Jéru&dem , le patriarclwî de la ville sainte, celui d’Aiitiocbe, les chefs des ordres militaires de Saint- Jean et du Temple;' ne cessaient "d’adresser leurs gémissemens et leurs prières aux fidèles d’Occident. Le pape, touché de 'tant de calamités, exhorta les peuples chrétiens, à porter 1 des secours à leui-s frères d’Orient. On parlait déjà, en Allemagne, en Angleterre, en France, de re-

(1) TjCS iltfmêles (le Rnudouin et de Mdlisende sout racontés longnciuent dans Guillaume dcTyr; ou peut lire un extrait de son récit (Lins la Biblioth.' des Croisades, lom. i.

(2) Notre extrait de Guillaume de Tyr renferme quelques

dc'tails sur cette expéilition des enfansd'Ortock. {Biblioth. des Croisades, tom. i, pag. i4g. ) ' '

prendre la croix et les armes; mais les princes qui nSa n’avaient point oublié les revers de la dernière croisade, et que n’épa rouaient point les plaintes et même les railleries du peuple , n’osèrent point encourir d’autres repi . relies et braver de nouveaux périls. Le clergé et la noblesse que la guerre sainte avait ruinés, n’échauffèrent point par leur exemple l’enthousiasme renaissant de la multitude; Godefroi , évêque de Langres , revenu de l’Orient , avait abdiqué sa dignité épiscopale, et s’était renfermé dans le monastère de CJairvaux , où il déplorait , au milieu des austérités de la pénitence , une guerre pour laquelle il avait montré un zèle plus ardent qu’éclairé.” Ce qui acheva d’éteindre l’ardeur nouvelle des peuples, l’abbé de Clairvaux, dont l’éloquence miraculeuse avait remué l’Occident , ne fit plus entendre sa voix , et son silence fut comme un saint avertissement , ou plutôt comme un autre miracle qui retint dans une paix profonde le monde chrétien prêt à s’ébranler une seconde fois. *

On vit alors, chose difficile <1 croire, l’abbé Suger, qui s’était opposé à l’expédition de Louis VII, prendre la résolution de secourir Jérusalem , et, dans une assemblée tenue à Chartres, exhorter les princes, les barons et les é\êqiies à s’enrôler sous les drapeaux de la guerre sainte (i). Comme on ne

(i) Consultez la Vie de l’abbd Suger, écrite par son secrétaire. jVous avons en français une Vie de l’abbé de Saint- Denis, en trois volumes.

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2^4 7I1STOTRE DES CROISADES,

répomlait à sos iliscoiirs (pie par le silence de la douleur et de l’iitonnenieiit , il forma le projet de tenlcr lui seul une entreprise dans laquelle avaient éclioué (leux monarques. Suj^er, à l’âge de 70 ans, résolut «le lever une armée., de l’entretenir à ses frais et de la conduire lui-même dans la Palestine. Selon la dévotion du temps, il alla visiter à Tours le tombeau de saint Martin, aiin d obtenir la protection du ciel, et déjà plus de dix mille pèlerins avaient pris les armes et se disposaient à le suivre en Asie, lorsque la mort vint arrêter l’exécution de ses desseins.

Dans ses derniers momens , Suger invoqua l’assistance et les prières de saintBcrnard, qui soutint son courage et l’e.xliorta à ne plus détourner ses pensées de la Jérusalem céleste, dans laquelle ils devaient bientôt se revoir. Malgré les conseils de son ami , l’abbé de Saint-Denis regrettait en mourant de n’avoir pu secourir la ville sainte. Saint Bernard ne larda pas à suivre Suger au tombeau, emportant avec lui le regret d’avoir prêché une guerre malheureuse.'- t

La France perdit, la même année, deux hommes qui l’ont illustrée j l’iiii , par des qualités et des talens utiles à la patrie j 1 autre , par son éloquence et des vertus chères aux chrétiens. Dans un temps ou l’ou ne songeait «ju’a délendre les privilèges de l’Église, Suger défendit ceux de la royauté et ceux du peuplej tandis que d’éloquens prédicateurs animaient le zèle des guerres saintes, qui étaient toujours accompagnées de quelques désastres, l’habile

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ministre de Louis VII préparait la Fi ance à re- n53 cueillir un jour les fruits salutaires de ces grands événemens. On l’accusait de s’ctre laissé Introduire bien avant dans les alfaircs du siècle j mais la politique ne lui fit point publier les préceptes de l’Evangile. Au jugement de ses contemporains , il vivait à la cour en sage courtisan , et dîins son cloître en saint religieux. S’il y a dans l’Église de France, écrivait saint Bernanl au pape Eugène, quelque vase de prix qui embellisse le palais du roi des rois, c’est sans doute le vénérable abbé Suger. Coiftneabbé de Saint-Denis, il possédait peut-être plus de richesses qu’un moine ne doit en avoir, puisqu’il se proposait d’entretenir une armée j mais il n’employa jamais ses trésors que pour le service de la patrie et de l’Église, et jamais l’état n’avait été plus riche que sous son administration. Toiite sa vie fut une longue suite de prospérités et d’actions dignes de mémoire. 11 réforma les moin^ de son ordre sans mériter leur haine; il fit le -bonheur des peuples sans éprouver leur ingratitude; il servit les i;ois et obtint leur amitié. La fortune le favorisa dans toutes ses entreprises, et pour qu’il n’y eut rien de malheureux dans sa vie, et qu’on ne pût lui reprocher aucune faute, il mourut lorsqu’il allait conduire une armée en Orient. . '• ^ ’

Suger et saint Bernard, unis par la religion et par l’amilié, curent une destinée différente : le premier, né dans une basse condition, se laissa aller aux faveurs de la fortune , qui le porta aux plus grandes dignités; le second, né dans un rang

a46 HISTOIRE DES CR01S.\DFÆ.

i5u plus cle^x•, se liâta d’en clesceiulrc, et ne fut riçn que par son f'éiiie. Saint Bernard rendit peu de services à l’étal, mais H défendit la religion avec un zèle infaligahlc; et comme on plaçait alors l’Eglise avant la patrie, il fut plus grand aux jeux de ses conlemj)orains «pie l’abbé Suger. Taul «ju’il vécut, toute l’Europe eut les yeux fixés sur l’abbé de Clairvaux,* il était comme une lumièi’e placée au milieu des chrétiens ; toutes ses paroles avalent la sainte autorité de la religion qu’il prêchait. Il étoufïa ,tous les schismes , fit taire tous les imposteurs,- et, par ses travftix , mérita dans son siècle le titre de dernier père de l’Eglise , comme le grand Bossuet l’a mérité dans le notre.

On pourrait reprocher à saint Bernard d’élre trop souvent sorti de' sa retraite et dem’avoir pas toujours été, çomme il le dit lui-même, le disciple des chênes et des hêtres. Il ne fut étranger à aucun événement politique de son temps; il se mêla de toutes les aflaircs du St.-Siége. Les chrétiens se demandaient quel était le chef de l’Église; les papes, les princes murmurèrent quehjuefois contre son autorité; mais il ne faut pas oublier qu’il rappela sans cesse la justice et la modération aux grands de la terre, l’obéissance et le respect des lois aux peuples, la pauvreté et l’austérité des mœurs au clergé, à tous, les saintes tuaximes de l’humanité cl de la morale évangélique.

FIN DU UIVnE VI.

A niPsure que le grand tableau des croisades se i déroule devant nos yeux , on peut s’apercevoir que les guerres saintes ont j)icsque toujours le même mobile , et que les mêmes passions animent toU' jours les croisés. Lorsqu’on ne jette qu’un coupd’œil rapide sur ces temps reculés , on pourrait d’abord penser que des cvcnemens, qui paraissent tous se ressembler entre eux , doiyent à la fin, par la confusion des objets et runiformité du spectacle , adaiblir la curiosité et lasser l’attention du lecteur; mais quand on approfcfcdit les é|>oques historiques dont nous parlons, quand on entre plus avant dans l’étude des passions et des afiaires humaines , on se pénètre de l’idée qoe tous les événemens ont une physionomie qui leur est }>roju-e , et qu’il eu est des faits de l’histoire comme dos êtres d’une mê^ie espèce dans la nature. -Tous ces êtres se ressemblent au premier aspect, et néanmoins ils présentent une variété infinie à la vue atteiUive de l’observateur. Dans la carrière qui

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a48 mSTOIRE DES CROISADES,

nous reste à parcourir , de grandes révolutions se mêlent partout au récit des guerres saintes, et nous offrent une foule de leçons et de scènes diverses ; à chaque révolution , ce sont des peuples nouveaux qui se montrent sur la scène politique, ce sont des lois différentes que la fortune ou la victoire impose aux sociétés. Ici, c’est un empire qui s’élève , et dont la jmissance nouvelle change tout-à-coup , la face du monde; plus loin, c’est un empire qui tombe, et dont les ruines attestent l’instabilité des grandeurs de la terre. Non-seulement les révolutions se succèdent sans cesse ; mais , à chaque épo- que mémorable, nous voyons apparaître des hommes que leurs qualités élèvent au-dessus du vulgaire, et qtii diffèrent entre eux par leur génie , leurs passions ou leurs vertus ; ces hommes extraordinaires , comme les figures qui animent les productions des grands peintres, impriment leur caractère à tout ce/jui les environne, et l’éclat (ju’üs répandent autour d’eux, l’intérêt qu’ils font uaîti-e par leurs actions et leurs seutimens , nous aideront souvent à rajeuflir et à varier les récits et les tableaux de cette histoire.

Ceux qui ont étudié les mœurs et les révolutions de l’Orient , ont pu remarquer que la religion do Mahomet , quoiqu’elle soit toute guerrière , no donnait point à ses disciples cette bravoure opiniâtre , cette persévérance dans les revers , ce dévouement sans bornes dont les croisés avaient offert tant d’exemples. Le fanatisme des Musulmans avait besoin de la victoire pour conserver sa force

et sa violence. Élevés dans les idées d’un aveugle i fatalisme, ils étaient accoutumés à regarder les succès ou les revers comme un arrêt du ciel : victorieux j ils se montraient pleins de confiance et d’ardeur ; vaincus , ils se laissaient abattre et cédaient sans bonté à un ennemi qu’ils regardaient comme l’instrument du destin. L’envie d’acquérir de la renommée excitait rarement leur audace, et dans les accès même de leur ferveur belliqueuse , la crainte des ckâtimens et des supplices les retenait sur le champ de bataille bien plus que la passion de la gloire. Il leur fallait un chef à redouter pour oser braver leurs ennemis , et le despotisme semblait nécessaire à leur valeur. '

Après la conquête des chrétiens, les dynasties des Sarrasins et des Turcs furent dispersées et presque anéanties , les Seljoukides eux-mêmes étaient relégués au fond de la Perse, et les peuples de Syrie connaissaient à peine le nom de ces princes dont les ancêtres avaient régné sur l’Asie. Tout , jusqu’au despotisme , fut détruit en Orient. L’ambition des émirs profita du désordre ; les esclaves se partagèrent les dépouilles de leurs maîtres ; les provinces , les villes mêmes devinrent autant de principautés dont on se disputait la possession in-p certaine et passagère. Le besoin de défendre larehgion musulmane , menacée par les chrétiens , avait conservé quelque crédit aux califes de Bagdad. Ils étaient encore les chefs de l’islamisme ; leur approbation semblait nécessaire au pouvoir des usurpateurs et des conquérans ; mais leur puis-

a5o mSTOIRE DES CROLSADES.

iSa sauce , ruiilûiuc sacré , ue s’excrçaîL que par des prières , que par de vaincs cérémonies , el n’ins- ])irait point la crainte. Dans cet abaissement, ils ne paraissaient occnj)és (ju’à consacrer le fruit de la trahison et de la violence. Us ne suiUsaient point à donucr des villes ou des emplois (ju’ils ne pouvaient refuser. Tous ceux (juc la victoire et la licence avaient favorisés, venaient se prosterner devant les vicaires du Prophète ; et des nuées d’émirs, de visirs , de sultans, pour nom» servir d’une expression orientale, semblaient sortir de la poussière de leurs pieds.

’ Les chrétiens ne connurent point assez l’état de l’Asie, qu’ils pouvaient conquérir , et, peu d’accord entre eux , ils ne profitèrent jamais de la division de leurs ennemis. Il sulïit d’avoir connu l’esprit de désordre et d’imprévoyance qui réj^nait dans les croi.sades , pour connaître aussi l’esjirit de cette république chrétienne que les croisades avaient fondée en Syrie, et dont elles étaient l'ânie ' et l’appui. Les Francs jioursuivirent avec as.sez d’activilé la conquête des villes et des provinces maritimes , conquête à laijuelle le commerce de l'Europe se trouvait intére.ssé , et qui assurait leurs fréquentes relations avee l’Occident; mais leur attention et leurs elforts se diri;;èrent rarement sur les villes et les jjrovinccs de l’intérieur du pays , dont les peuples entretenaient des rapports continuels avec le nord de l’Asie, et recev'aient charjue jour des secours et des ençoiu-aycmens de Mousoul, de Bagdad , et de toutes les contrées musul-

Digifeed by

mRÉ vu. ‘i'ii

inanosderOrient(i).Tous ces peuples, Ion g-lemps n5a îiflaiblis , comme nous l'avons vu , par la division de leurs chefs, étaient animés par une haine commune contrôles chrétiens , et celte haine , qui leur tenait lieu de patriotisme , tendait sans cesse aies rapprocher. Les Francs, loutoccupés de conserver leurs possessions .sur les côtes de la mer j n’employèrent aucun moyen pour empêcher que , d’un autre côté j leurs ennemis ne parvinssent à se rallier , et qu’une puissance sortant tout-à-coup du sein des ruines , ne vînt leur disputer le fruit de leurs victoires. Les plus sages ou les moins imprévoyans ne virent point alors que toute cette population de Syrie, abattue , mais non anéantie , disjiersée , mais non vaincue , n’attendait pour réunir ses forces et déployer sa redoutable énergie , qu’un chef habile et heureux, poussé à-la-fois par le fanatisme religieux et par l’ambition des conquérans.

Noureddin , fils de Zengui , qui s’élail emparé de la ville d’Edesse avant la seeonde eroisade, avait hérité des conquêtes de son père et les avait augmentées par sa valeur. 11 fut élevé par des guerriers qui avaient juré de verser leur sang pour la c-ause du Prophète ,• et lorsqu’il monta sur le tfône , il rappela l’austère simplicité des prejuiers

(i) Nous avons rem.irqué que la domination de la Syrie riait attacliée :> la possession des villes de Damas et d’Alep. Les clnetiens ne puvcnl jamais y être les maîtres, parce qu’ils ne possédèrent jamais ces deux villes.

a3a ^ HISTOIRE DES CROISADES.

i5a califes. « Nouredtlin , dit un poète arabe, réiinis- >» sait l’héroïsme le plus noble à la plus profonde » humilité. Lorsqu’il priait dans le temple, ses » sujets croyaient voir un sanctuaire <lans un au- » Ire sanctuaire. » Il encourageait les sciences, cultivait les lettres, et s’appliquait surtout à -faire lleurir la justice dans ses états. Ses peuples admiraient sa cléiTjence et sa modération j les chrétiens ^ mémos vantaient son courage et son héroïsme profane. A l’exemple de son père Zengui, il devint l’idole' des guerriers par ses libéralités , et surtout par sot zèle à combattre les ennemis de l’islamisme (i). Au milieu des armées qu’il avait formées lui-même, et qui le respectaient comme le vengeur du Prophète, il contint l’ambition des émirs , et répandit la terreur parmi ses rivaux ; cbacune de scs conquêtes, faites au nom de Malipjuet, ajoutait à sa renommée comme à sa puissance ; de toutes parts les peuples , entraînés par le zèle de la religion et par l’ascendant de la victoire, se précipitèrent au devant de son autorité ; enlin l’Orient trembla devant lui, et le despotisme se relevant au milieu des nations musulmanes, le

(i) Ou trouvera au tome ii de \a.' Bibliothèque des Croisades , §. 5i , le tableau fort intéressant qu’un auteur arabe fait des qualités de jVoureddin. Ce portrait est d’autant plus curieux qu’il nous vient d’un homme qui était contemporain dc Nourcddin, et qui avait pu le bien connaître. L’iiisturicu arabe est surtout curieux lorsqu'il nous parle des soins que prit le sultan de soumettre les émirs eux-mêmes aux lois de la justice.

tlcspoüsmo avec la confiance et la crainte qu’il n5a inspire tour-à-lour à ses esclaves, fut rendu aux disciples de l'islamisme qui semblaient l’implorer comme un moyen de salut. Dès-lors toutes les passions e^ tous les efforts des peuples de la SjTie furent dirigés vers un même objet , le triomphe du Coran et la destruction des colonies chrétiennes.

Baudouin 111, qui entreprit d’arrêter les progrès de Noureddin, avait fait admirer sa valeur dans plusieurs combats. On se rappelle que les chrétiens dirigèrent souvent leurs armes contre Ascalon, le plus ferme boulevard de l’Égypte, du côté de la Syrie. Baudouin , suivi de ses chevaliers, s’était approché de Cette place dans l’intention de ravager son territoire (i). L’approche des chrétiens répandit la terreur parmi les habitans, ce qui inspira au roi de Jérusalem la résolution de former le siège de la ville; il envoya aussitôt des messagers dans toutes les cités chrétiennes, annonçant son entreprise inspirée par Dieu lui-méme, et conjurant tous les guerriers de se rendre à l’armée. Bientôt on vit accoui ir les barons et les chevaUers; les prélats et les évêques de la Judée et de la Phénicie vinrent aussi prendre part à la sainte expédition; le patriarche de Jérusalem était à leur tête, portant avec lui la vraie croix de Jésus-Christ.

La ville d’Ascalon s’élevait en cercle sur le bord

(i) Voyez le livre xyii, §§. a3 et suiv. de Guillaume de Tyr, de qui nous empruntons tous les de'tails relatifs à ce sidge. . .

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i5j do in mer, et présentait du côté de la terre des remparts et des tours inexpugnables j tous les liahitaiis étaient exercés au métier de la guerre, et l’Égypte, qui avait un si grand intérêt à la conservation de cette place, y envoyait, quatre fois cliacpic année, dos vivres, des armes et des soldats. Tandis que l’armée chrétienne attaquait les rem-'^ parts de la ville, une Hotte de quinze navires à éperons, commandée par Gérard de Sidon, secondait les elforts des assiégeans. L’abondance régnait dans le camp des chrétiens; la discipline y était sévèrement observée ; on veillait jour et nuit, dans la crainte d’une surprise. La vigilance n’était pas moins gramlc parmi les assiégés; les chefs ne quittaient point les tours et les remparts, encourageant sans cesse leurs soldats; et pour (jue la ville ne pût être surprise au milieu des ténèbres, des lanternes de verre suspendues aux créneaux des tour.s les plus élevées, répandaient pendant la nuit une lumière semblable à celle du jojur.

Le siège durait depuis deux mois, lorsqu’aux environs des fêtes de Pâques on vit débanpier dans les ports de Ptolémaïs et de Jalïîi un grand nombre de pèlerins venus d’Occident. Les chefs de l’armée chrétienne s’étant assemblés, on décida que les navires arrivés d’Europe dans les ports de la Palestine seraient retenus par ordre du roi, et qu’on in\ Itérait les pèlerins à venir au secours de leurs frères qui assiégeaient Ascalon. Une foule de ces pèlerins, répondant aux espérances qu’on mettait ainsi dans leur piété et dans leur bravoure, accou-

UVRK VIT. , l'in

ruront fnissilôt ;m camp des assiegeans , et plu- i sieurs navires vinrent se réunir à la flotte de Gérard de Sidon. A leur arrivée , toute l’armée fut dans la joie et pleine de confiance dans la victoire. ■

On construisit un grand nombre de machines avec du bois tiré des navires j parmi ces machines, on voyait avec étonnement une tour roulante d’une immense hauteur, semblable ù une forteresse avec sa garnison. Cette tour, poussée vers les remparts, portait d’affreux ravages dans la ville. Toutes les machines agissaient ensemble; les unes lançant des pierres, les autres ébranlant les mnrs; les assauts, les combats sanglans se renouvelaient sans cesse. Cinq mois s’étaient écoulés depuis le commencemçut du siège, et les forces de l’ennemi s’épuisaient, lorsqu’une flotte égyptienne de soixantedix voiles entra dans le port d’Ascalon , apportant des renforts et tous les secours dont la ville avait besoin. Le courage des assiégés redoubla avec leur nombre ; cependant l’ardeur des chrétiens ne se ralentissait point; leurs attaques devenaient plus fréquentes et plus meurtrières; leur tour mobile, que rien ne pouvait atteindre , répandait chaque jour plus .d’effroi parmi les assiégés. A la fin, ceux-ci, déterminés à détruire celte machine formidable, jetèrent entre la tour et le rempart une grande quantité de bois, sur lequel on répandit de l’huile, du soufre et d’autres matières combustibles; on y mit ensuite le feu ; mais le vent qui venait de l'Orient , au heu de pousser la flamme contre la

a56 HISTOIIIE DES CROISADES.

J, 53 tour, la poussa contre la ville; cet incendie dura tout le jour et toute la nuit, et comme le vent ne changea point de direction, les pierres de la muraille se trouvèrent calcinées par le Feu; le lendemain au point du jour le mur tout entier s’e'croula avec un Fracas horrible ; les guerriers chrétiens accoururent au bruit, couverts de leurs armes, et la ville allait tomber en leur pouvoir, lorsqu’un incident singulier vint tout-à-coup leur dérober la vie- . toire. Les Templiers (i) étaient déjà entrés dans la place, et pour s’emparer seids des dépouilles de l’ennemi, ils avaient placé sur la brèche des sentinelles chargées d’écarter tous ceux qui se présen- . teraient pour les suivre ; tandis qu’ils se répandaient dans les rues et pillaient les maisons , la Foule des Musulmans s’aperçoit de leur petit nombre et s'étonne d’avoir pris la Fuite. Les soldats et les halji— tans se rallient, reviennent au combat, et les Templiers dispersés tombent sous les coups de leurs ennemis, ou s’enFuient par la brèche dont ils avaient interdit le passage à leurs compagnons d'armes.

(i) Guillaume de Tyr, en raconUnt ce fait, cite un vers^ latin ;

Non hahet eveiiius sordida prœda oonos.

Le vieux traducteur Diipréau a rendu ainsi ce vers :

De proie avare et sordide butin ,

< IS’ advient jamais que bonne en soit lajîn.

.Aboulfarage", dans sa Chronique syriaque , fait mention de ce trait si honteux pour les Templiers.

LITRE Tlî. aS7

Les Wréliens perdant l’espoir dé s’emparer de la i •ville, et presse^ j)ar les Musulmans, qu’anime une ardeur nouvelle, sc retirent tristes et confijs dans leur camp; le roi de Je'rusalem convoqua aussitôt les prélats et les ‘barons, et leur demanda d’une voix émue quel parti on devait prendre dans une circonstance si fâcheuse. Lui-ménu', ainsi que les principaux chefs des guerriers, désespeVait de la conquête d’Ascalon, et proposait d’abandonner le siège; le patriarche et les évêquevS,.pIeins de. confiance dans la bonté divine, s’opposaient au parti de la retraite, , et , pour appuyer leur avis, invoquaient les passages de l’Écrilurc clans lesquels Dieii promet de secourir tous ceux qui coinbatlent ou qui soufl'rent pour sa cause. L’avis du patriarcheet des prélats ayant prévalu dans le conseil, on se prépara à de nouvelles attaques, ot le lendemain l’armée chrétienne se présenta devant les murailles de la ville, animée par les exlioftations des prêtres et par la présence de la vraie croix. Pendant toute la journée On combattit de part et d’autre avec une ardeur égale; mais la perte des Musulmans fut- plus grande que celle des chrétiens; le lendeinaiii, on convint d’une trêve pour oiisevelir les morts. En voyant le grand nondjre de guerriers qu ils avaient perdus, le^ infidèles tombèrent dans le découragement; la vue de leurs murailles renversées ajoutait encore à leut douleur; des bruits sinistres venus du Caire né leurlai.ssaient plus l’espérance d’être ’seconrus par le calife d’Égv ple. Tout-à-îroup lo^' peuple Vas.semble'' en tu-

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