‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 10 sur 209 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Toutes les fols que les croisés quittaient l’Eu-* rope,lcs clicfs leur promettaient de les ramener dans leur pays , de veiller à leur salut pendant le pèlerinage. Malheur à ceux qui ne tenaient point leur promesse, car ils étaient accusés, devant Dieu et devant les hommes , de manquer de foi et de charité. Un de ims vieuk chroniqueurs, en racontant l’hisloire des croisades , admire la magnanimité des grands de la terre, qui s’immolaient pour leurs soldats et leurs serviteurs. Mais il n’en est pas surpris, lorsqu’il se rappelle que Jésus- Ghi ist, le maître et le sauveur du monde , en avait donné l’exemple (i).

Aucune loi ne punissait la désertion des croisés j , mais l’opinion générale des chrétiens la condamnait comme une action infâme. Nous avons vu avec quelle violence tout l’Occident s’éleva contre Etienne, comte de Blois , déserteur de la première croisade. En nous rappelant que ce prince tomba sous les coups des infidèles dans son second pèlerinage , Guillaume de Tyr ajoute que Dieu fit éclater envers lui sa miséricorde, car la palme du inarlyre pouvait seule effacer la honte dont il s’était couvert. Pour connaître sur ce point les senlimcns des contemporains, il faut entendre fabbé Guibert, reprochant à l’ermite Pierre d’avoir, au milieu des horreurs de la famine, abandonné les croisés. « Sache te n nourrir de l’herbe des troupeaux , lui dit le sé- » vère historien; lorsque lu haranguais les peuples.

(i) Odon de Deuil. ( Bihliolh, des Crois.)

ao. HISTOIRE DES CROISADES,

h tu ne les appelais pas à des festins ; sache te con- 1* former à ce que lu as dit, et donne l’exemple à » tes frères en Jesus-Christ (i). » L’histoire contemporaine hésite de nommer les chevaliers qui désertaient la bannière des pèlerins, car ces chevaliers J élans étaient rayés du livre de vie.

Si les chefs des croisades se montrèrent dévoués au salut de leurs soldais , ceux-ci n’avaient pas moins de dévouement pour leurs chefs. Chaque troupe de croisés présentait l’image d’une véritable famUle; on aime à voir les chroniqueurs du temps employer l’expression latine familia^ pour désigner la maison militaire d’un prince ou d’un chevalier de la croix. Lorsque Godefroide Bouillon, après avoir terrassé un ours qui poursuivait un pauvre pèlerin , reparut au milieu des croisés , blessé et couvert de son sang , ceux-ci furent plus alîligés que s’ils avaient été vaincus par les Sarrasins. Dans les guerres ordinaires, le soldat ne prend qu’une faible part aux intérêts de la cause qu’il défend ; mais dans une guerre qui avait pour unique objet le triomphe d’une croyance, tous ceux qui combattaient avaient les mêmes craintes, les mêmes espérances , nous devons dire la même ambition. Cette communauté d’intérêts et do sentimens donnait beaucoup de force aux armées de la croix , et rapprochait sur le champ de bataille, non seulement les chefs et les soldats, mais des nations opposées entre elles par les mœurs.

(i) Giiibei't. {Dihlioth. des Crois.)

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