‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 11 sur 209 · LIVRE XXL · texte numérisé non relu

LIVRE XXL

le caractère et le langage. « Si un Breton , un Alle- » mand ou tout autre, voulait me parler, dit un M historien qui se trouvait à la première croisade, » je ne savais pas lui répondre ; mais quoique di- M visés par la différence des langues, nous parais- » sions ne faire qu’un seul peuple, à cause de » notre amour pour Dieu et de notre charité pour » le prochain (i). » Au siège de Nicée, à celui d’Antioche, tout était en commun parmi les innombrables soldats de la croix, venus de tous les pays de rOccident. Les chroniqueurs de la Germanie se plaisent à décrire l’esprit de paix et de charité qui régnait dans l’armée de Frédéric Barbcrousse, traversant les provinces de l’empire grec. §ans doute que les armées chrétiennes ne présentèrent pas toujours CO spectacle édifiant : que de discordes n’éclatèrent point sous les drapeaux dos croisades! mais le sentiment de fraternité n’en subsistait pas moins au fond des cœurs. Pour apprécier le caractère des croisés, il suffit de sê rappeler les dbcours des prélats et des clercs chargés de les ramener aux vertus évangéliques , et la facilité que trouvaient les saints orateurs à se faire écouter, lorsqu’ils leur parlaient de l’oubli des injures!

Que serait devenu le malheureux peuple des pèlerins s’il n’avait été secouru par les seutimens généreux ! C’est ici qu’il faut admirer la Providence qui place toujours le remède à coté du mal , et qui , dans les misères de l’homme, lui envoie les vertus

(i) Foudicr de Cliarlrcs. ( Diblioth. des Crois.)

HISTOIRE DES CROISADES, necessaires pour les supporter. On peut voir ce que les sentinicns fraternels ont de plus simple et do plus touchant dans une lettre adressée aux fidèles (l’Occident par les pèlerins restés à Jérusalem. Ceux-ci recommandaient aux chrétiens d’Europe les croisés qui rctouri^aient dans leur patrie. « Nous )) vous prions, disaient-ils, et nous vous sup- » plions par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui fut )) toujours avec nous, et qui nous a sauvés de î> toutes nos tribulations, de vous montrer re- I) connaissans envers vos frères qui retournent vers » vous, de leur faire du bien , et de leur payer ce » que vous leur devez, afin de vous rendre agréables M au Seigneur (i). » Nous regrettons que l’histoire n’ait point parlé plus longuement des derniers moniens que les guerriers do la première croisa((le passèrent ensemble à Jérusalem, et des regrets déchirans qui durent accompagner leur séparation. Ceux qui parlaient sercconiniandaientau souvenir et aux prières de leurs compagnons d’armes, gardiens du saint tombeaiu , et ceux-ci leur répondaient , les larmes aux yeux : « N’oubliez jamais vos frères » restés dans l’exil. » Ces senlimcns réciproques des croisés n’aunonçalcnt-ils pas d’avance les liens de la fraternité, les rapports de famille qui devaient unir pendant deux siècles les pépies de l’Europe et les colonies ebrélicnnes d’Üricnl.

(i) \ oyez celle Icllic dans les Pièces jusliticaiivcs di\ preinicr volume de noire Hisioirc.

Page 1