LIVRE XXL
devait apporter do différence dans les caraclèxcs (ju’il met en parallèle. On sait quë riuiniilité , telle que nous l’enseigne l’Évangile, n’était pis la vertu des héros de l’antiquité ; les épopées dans lesquelles ils sont célébrés nous les montrent toujours pleins d’ostentation; on les voit sans cesse insulter à leurs ennemis, en vantant leurs propres exploits , et le pieux Énée lui-mêràe s’écrie plus d’une fois sur lechanlp debataille,que sa renommée est montée jusqu'aux astres. Ce sentiment brutal de la forcé, cet orgueil du glaive, n’annoncent que les passions d’un siècle barbare, et pour savoir quelle devait être la supériorité de la civilisation moderne sur celle de l’antiquité profane, il suffirait peut-ctro de comparer les héros de l’Iliade et de TÉnéide aux héros célébrés par le Tasse et par nos simples chroniqueurs.*
Une autre vertu disdnetive des croisés, c’est le sentiment de la fraternité ; ce sentiment, qui leur montrait des frères dans les chrétiens d’Ôrienl , devait resserrer tous les liens qui les unissaient entre eux; il devait s’accroître surtout en présence des infidèles, au milieu des misères et des périls d’une guerre lointaine. « Nous qui avons été bap- » tisésen Jésus-Christ, disait l’évéque Adhémar à >) ses compagnons prêts à combattre les Turcs,
)i nous sommes tous les enfans de Dieu , nous som- » mes tous des frères ; qu’une affection réciproque )) unisse tous ceux que lie un nœud spirituel (i). »
(1) Raymond d’Àgiics. ( iîiW/oi//. t/es Crois>)
i8 lllSTOlllE DES CROISADES.
Les orateurs des guerres saintes prêcbaient sans cesse la fraternité évangélique ; les rois et les princes en donnaient eux-mêmes l’exemple. Richard montra souvent, dans la croisade dont il fut le chef, celle rnagnaniinilé généreuse , celte charité héroïque qui fait braver tous les dangers pour secourir la faiblesse qui succombe. Un jour qu’il volait au secours du comte de Leycester, et qu’on cherchait à le retenir: « Non, je ne serais pas digne » d’être roi, s’éciïa-l-il , si je ne savais pas mé- )) priser la mort pour défendre ceux qui m’ont » suivi dans la guerre (i) ! » Nous pourrions rappeler ici beaucoup d’autres circonstances où Richard exposa sa vie pour sauver celle des soldats chrétiens J et ces traits de générosité nous font oublier les actes de barbarie qui souillèrent sa gloire.
Un prince, qui porta dans les croisades plus de piété et de charité chrétienne que Richard, se dévoua avec moins d’éclat, mais avec plus de vertu , au salut des croisés qui l’avaient suivi en Orient. Nous avons rapporté la réponse admirable de Louis IX à ceux qui l’exhortaient à s’embarquer sur le Nil, tandis que des guerriers , épuiséç de fatigue et désespérés, retournaient par terre à Damiette ; lorsque ce prince expirait sur la cendre, à Tunis, le sort doses compagnons d’armes occupait encore sa pensée. Qui reconduira en France ce peuple que fai amené ici (2) ! Telles furent les deruièi’cs paroles du saint monarque.
(1) Gaulliicr Vinisauf. {Diblioth. des Crois.)
(u) Leiire <le ïhibued sur la mort de saiiu Louis. (Zî/hliülh. des Civù. )