‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 104 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

leurs différends , et qu’ils confiaient tous leurs interets.

Les souverains pontifes ne surent pas d’abord tout le parti qu’ils pouvaient tirer des croisades j dans la première expédition, Urbain, qui avait des ennemis à combattre, n’implora pointle secours des guerriers auxquels il avait fait prendre la croix j ce ne fut qu’à la seconde croisade que les papes purent s’apercevoir de l’ascendant que devaient leur donner les guerres saintes.

Les croisades avaient été pour les papes un prétexte pour usurper , dans tous les Etats de l’Europe , les principaux attributs de la souveraineté ; ils s’emparèrent , au nom de la guerre sainte, du droit de lever partout des armées et des impôts : les légats qu’ils employaient dans tous les pays de la chrétienté exerçaient en leur nom l’autorité suprême ; la présence de ces légats inspirait le respect et la crainte ; leurs volontés étalent des lois. Armés de la croix , ils commandaient en maîtres à tout le clergé ; et comme le clergé avait chez tous les peuples chrétiens le plus grand ascendant, l’empire des papes ne connaissait plus d’opposition ni de limites.

On voit que nous n’avons rien oublié des avantages que les chefs de l’Eglise trouvèrent dans les croisades. Voici, d’un autre côté, les obstacles et les écueils qu’ils rencontrèrent dans l’exercice 'de leur pouvoir.

11 faut dire d’abord que l’empire des papes ne prit que très peu d’accroissera’ent en Asie , pendant les

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guerres saintes ,* les querelles , les discordes qui troublaient sans cesse les colonies chrétiennes d’Orlent, et dans lesquelles ils se trouvaient obligés d’intervenir, multiplièrent leurs embarras, sans ajouter à leur puissance.

Leur voix ne fut pas toujours entendue au milieu de la multitude des croisés ; quelquefois même, les soldats de la croix résistèrent aux volontés et méprisèrent les conseils des pontifes (i). Les légats du Saint-Siège furent souvent en opposition avec les chefs des armées chrétiennes (2) , et leur caractère ne fut pas toujours respecté au milieu des camps. Comme les papes passaient pour diriger les croisades , ils étaient en quelque «orte responsables des malheurs et des désordres qu’ils n’avaient pu prévenir ; cette responsabilité morale les exposa quelquefois à être jugés avec rigueur , et nuisit à leur réputation de sagesse et d’habileté.

Par un abus de l’esprit des croisades , les papes se trouvèrent entraînés à des guerres où leur ambition était souvent plus intéressée que la religion (3); ils songeaient alors à leur pouvoir temporel , et c’est

(1) La cinquième croisade nous offre un exemple très frappant de cette résistance opiniâtre aux ordres du pape. ( Voyez à ce sujet notre analyse des lettres d’innocent III , Coll, de Duchesne , Biblioth. des Crois. )

(2) Voyez le récit du siège de Damiette en 121g (xn^. li* vre de notre Histoire ).

(3) Les guerres de Grégoire IX avec Frédéric II. ( Fqyez Mathieu Pâris , Biblioth. deseCrois. )

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